CINQUIÈME LECON
Nous avons passé en revue toutes les substances solides qui concourent ou peuvent concourir à former la terre cultivable ; nous avons reconnu qu'il faut que ces substances soient mélangées en certain nombre et dans de cer- (aines proportions, pour que la terre qui en résulte devienne fertile; nous avons même vu qu’une terre fertile pour une plante pouvait ne l'être pas pour une autre plante, et c’est cette dernière circonstance qui a fait imaginer les amendements; les engrais et les composts. Maintenant nous allons nous occuper des moyens de reconnaitre les qualités d'un terrain que l’on se proposerait de cultiver.
Quand on se propose de cultiver une terre qu'on ne connait pas encore, il faut commencer par l’examiner avec attention. On considère d’abord la nature et la vigueur des plantes qui y croissent naturellement, ensuite on fait quelques trous dans différentsendroits jusqu’à la profondeur de 8 à ro décim., et on reconnait la qualité de la terre à sa densité, au toucher, à sa couleur, à sa saveur et à son odeur. Si ces deux examens conduisent à une induction favorable pour la terre, on n’assurera cependant pas encore qu'elle puisse être cultivée avec avantage; car il pourrait arriver qu’elle reposat sur un banc d'argile, de tuf, ou sur une nappe d’eau, ce qui modifierait singulièrement sa fertilité. On fera donc quelques fouilles jusqu’à la profondeur de 1 mètre 172 à 2 mètres, et, selon qu'on
trouvera le fond plus ou moins semblable à la superficie , ou plus ou moins différent, on portera un jugement plus ou moins favorable sur sa bonté et sur le succès des cultures qu’on se propose d'y établir.
Ces moyens de procéder à la connaissance des qualités d’une terre suffisent pour les cultivateurs expérimentés, et Olivier de Serres, la Quintinie, Duhamel n'en employaient pas d’autres ; mais la chimie nous a appris, dans ces derniers temps, à leur en adjoindre un d'une plus grande précision, lequel consiste à décomposer la terre pour en mieux connaitre les parties constituantes. Ce der-
nier moyen s'appelle analyse : je vais vous en donner un exemple.
A nalyse des terres.
L'expérience a démontré que la fertilité de la terre minérale dépend (sauf certaines circonstances) du nombre, de la nature et de la quantité de chacune des substances qui entrent dans sa composition. Si donc on pouvait parvenir à connaitre le nombre et la quantité relative des substances qui composent une terre déjà naturellement fertile, telle, par exemple, que la terre normale, on pourrait, en analysant une terre quelconque , reconnaitre en quoi elle diffère, en comparant le résultat de son analyse avec le résultat de l'analyse de la terre normale, et corriger son défaut avec connaissance de cause. Eh bien, la chimie nous fournit un moyen d'arriver à celte connaissance par le procédé que je vais vous expliquer.
On prend plusieurs poignées de terre à la surface et jusqu'à la profondeur de 6 à 5 décim. du sol que l’on veut analyser, et, après les avoir bien mélées et en avoir retiré les pierres et les racines qui peuvent s’y trouver, on fait sécher cette terre au soleil ou dans un four, après que le pain est retiré. Quand la terre est bien sèche et réduite en poudre, on en pèse 100 grammes , que l’on met dans un
vase de verre et sur lesquels on verse environ {00 grammes d'eau claire : on délaye et on agite bien le tout avec une bagueite ou une spatule de bois, et on laisse reposer pendant quatre ou cinq minutes. Si de petits débris de fumier ou de végétaux surnagent, on les enlève avec une petite écumoire et on les met de côté pour les faire sécher à part et les peser. On agite de nouveau le mélange de manière à mettre en suspens tout ce qui s'était déposé ; on laisse déposer pendant une minute, et l’on décante tout le liquide qui est au-dessus du dépôt : ce liquide contient une grande partie du terreau qui pouvait se trouver dans la rerre, et on le reconnait à la couleur noirâtre qu'il donne à l’eau ; on répète cette opération plusieurs fois jusqu’à ce qu'on n'obtienne plus que du liquide clair, ce qui indiquera qu'il ne reste plus de terreau dans le mélange. Tout le liquide décanté et recueilli dans un même vase contient le terreau, qu'on laisse déposer pendant une heure ou deux; on le sépare de l’eau en décantant celle-ci, et on le fait sécher lentement pour le peser. On sépare ensuite l'argile fine absolument de la même manière que le terreau, mais en laissant déposer au plus une demi-minute après chaque agitation ; on l'obtient même directement si on s'aperçoit que la terre ne contienne pas de matière brune ou noiratre, qui est le terreau.
Le résidu d’où l’on a extrait ainsi les débris végétaux, le terreau et l'argile fine peut retenir encore de larsile sableuse et du sable siliceux ; il est très-facile de les séparer par le même procédé, mais en laissant déposer au plus pendant deux ou trois secondes ; l'argile est entrainée par l’eau.en deux ou trois lavages, et Le sable reste au fond du vase; on les fait sécher aussi séparément, puis on les pèse.
Réunissant tous les poids obtenus ainsi, on obtient en somme le poids total employé, moins une perte légère et la quantité de matière soluble. On obtiendra cette dernière
exactement en lavant 100 autres grammes de terre avec dix ou douze fois leur poids d’eau claire ajoutée successivement, puis les faisant dessécher; la perte en poids indique la quantité de matière dissoute. Pour connaitre de quoi elle se compose , il faudrait faire évaporer le lavage et analyser le résidu; mais cette opération est trop compliquée pour être exposée ici, et d'ailleurs nous pouvons, quant à présent, nous passer de ses résultats,
Il est très-facile de s'assurer si les differents produits éliminés successivement par décantation contiennent du carbonate de chaux : il suffit, en effet, de verser sur chacun d'eux quelques gouttes d'acide hydrochlorique étendu; ceux qui en contiennent produiront aussitôt un petit bouillonnement que l’on nomme effervescence. Si l’on veut apprécier la proportion de ce carbonate de chaux, on ajoutera de l’acide jusqu’à ce que l’effervescence cesse. On lavera ensuite ces mêmes produits, on les fera sécher de nouveau, et la perte en poids qu’ils auront éprouvée représentera le carbonate dissous.
Au moyen de cette analyse , on parvient à connaître assez exactement les quantités relatives de silice, de carbonate de chaux, d'argile et de terreau qui se trouvent dans une terre quelconque, et cette connaissance est sufh sante à l'horticulteur, puisque ce sont ces quatre substances qui font la base de toute terre cultivable, Quand quelques autres carbonates, de l’oxyde de fer, du soufre, et quelques sels s’y trouvent aussi, ce n'est qu'accidentellement ei toujours en trés-petite quantité. La chimie possède également le moyen de les reconnaitre et de les séparer; mais alors l'analyse est plus compliquée, et je ne crois pas nécessaire d'attirer votre altention, quant à présent , sur cet objet dont nous pouvons nous passer encore pendant quelque temps. |
Voici deux analyses faites par le procédé que je viens de vous expliquer.
Ænalyse d'une terre normale prise à Clamart-sous-Meudon, réputée la meilleure des environs de Paris.
Arles DIBUSe SHPRENNR QIRRREReNrnE 5r APee nes, 00 NRA UMR OA 33 Sable siliceux et fragments de quartz. . 7,4 Carbonate de chaux en petites pierrailles. I Carbonate de chaux en poussièrefine. . 0,6 Débnis pneux,- 0e. UP RSR 0,9 Terreauetsubstancessolublesà l’eau froide. 0,5 100,0
Vous voyez, par cette analyse, que la terre normale contient environ # d'argile; c’est ce qui la rend plus compacte, plus fraiche et, par conséquent, plus propre que les autres à nourrir les plantes pendant les chaleurs de l'été.
Analyse de la terre de bruyère de Meudon, réputée la meilleure des environs de Paris (x).
Sable siliceux analogue au grès. . . . 62 Racines et débris végétaux. . . . . 20 T'erreau et végétaux consommés. . . 16 Carbonate de chaux 1 27 2 PROS 0,8 Matière soluble à l’eau froide. . . . 1,2 [00,0
Remarquez que le sable siliceux entre presque pour les deux tiers dans cette terre, et que l’autre tiers, et plus, est composé de végétaux dont plus de la moitié n’est pas encore réduite en terreau. On peut croire que cette dernière circonstance ne contribue pas peu à rendre la terre de bruyère excellente et à prolonger sa fertilité.
en
(1) Cette terre avait été passée au crible fin, comme lorsqu'on l’emploie pour les plantes délicates.
(59) Je vous ai rapporté ces deux analyses les premières, parce qu'elles sont de celles auxquelles j'ai pris part, et que je puis répondre de leur exactitude ; en voici encore deux
autres extraites du Cours de culture de feu le professeur Thoüin,
Analyse d'une excellente terre franche ou terre normale.
Argile. PLAGE MAITRE RAIN EMNEMEER PSSCT 1. LT à CRSRINE ASAS EE ESS RSS SR SRCTS A0 300 hlersiiceus.t LS ie isa, 0,60 Parties végétales non décomposées. . . 1,69 DR hrabpler 192 5200580 api ne 0,02 RE SHARE, DE 1825) 2,10
Vous voyez qu'il y a à peu près autant d'argile dans celle-ci que dans celle du premier exemple ; mais elle en diffère en ce que, d’une part, elle contient beaucoup plus de matière calcaire ou de carbonate de chaux, et que de l’autre part elle contient beaucoup moins de silice.
Analyse d'une terre d’alluvion très-feriile, mais beaucoup plus légère.
Sable tsiheeuss: 05:53 == calcaire. . , 11 SIC Ep SPA, NI HSro Carbonate de chaux. 19 Mrialensl er ip; Ver Débris végétaux. . . 7
Ici la silice et le sable siliceux forment plus des deux cinquièmes du mélange, tandis que l’argile n’en forme qu'un cinquième. Ce serait une terre légère si le calcaire ou le carbonate de chaux n'y entrait pas aussi pour deux
cinquièmes; car, après l'argile ou lalumine, c’est le carbonate de chaux qui donne le plus de corps à la terre.
Ces exemples suffisent pour vous faire sentir que les résultats de l’analyse doivent différer entre eux en raison des substances analysées, et que, comme les sols varient dans leur composition d’un endroit à l’autre , les résultats de l'analyse qu'on en fait doivent varier aussi en raison du lieu où l’on a pris la terre qui en est l’objet.
Mais une chose qui a dû vous frapper aussi bien que moi, et dont cependant aucun auteur n’a parlé, c’est que ces analyses, quelque savantes qu’elles soient, ne sont pas applicables à la pratique, par cela seul que leurs auteurs n'ont eu égard qu’au poids des substances et point du tout à leur volume.
Vous concevez, en effet, que, s'il nous fallait peser les diverses substances que nous faisons entrer dans les composts , l'opération deviendrait d’une grande longueur, d’une dépense exorbitante , et que jamais le profit que nous pourrions en retirer ne couvrirait la dépense. Nous devons donc, tout en rendant justice aux savants qui ont cru rendre un grand service à la culture en indiquant cette manière d'analyser les terres, les prier de recommencer leurs analyses, en employant pour mesure le volume et non le poids des substances. Jusque-là le véritable cultivateur ne pourra voir, dans les analyses qu'on nous propose pour exemple à imiter, qu une théorie excellente en elle-même, mais impraticable en grand ; tandis que nous pourrions les exécuter à la lettre et les pratiquer en grand si elles avaient pour mesure le volume des substances.
Ces considérations me fournissent naturellement l’occasion de vous rappeler, messieurs, que nous devons être circonspects en toute chose, que nous ne devons ni accueillir avec une confiance sans bornes, ni encore moins repousser absolument les innovations que l'on pourra nous
proposer, et que nous devons enfin les soumettre à l'expérience avant de nous former une opinion fixe quelconque, parce que notre art est essentiellement expérimental,
Nous avons jusqu'ici considéré les terres dans leurs qualités intrinsèques et d’une manière à peu près abstraite; il nous reste maintenant à jeter un coup d'œil sur les influences qu’elles éprouvent de l’exposition où elles se trouvent.
De l'exposition d’un terrain.
Le terrain d’une plaine élevée, telle que celle qui se trouve entre la Cour-de-France et Villejuif, n'a pas d'exposition proprement dite, puisque rien ne modifie à son écard l'influence des vents ni du chaud ni du froid ; mais il n'en est pas de même du terrain qui se trouve dans une vallée étroite, de celui qui se trouve près d’un bois, près d'une montagne ou sur les flancs de cette montagne : ceux-ci reçoivent une influence quelconque de leur position, et, selon que cette influence est avantageuse ou contraire à nos intérêts, nous disons que l’exposition est bonne ou mauvaise.
On pourrait compter autant d'expositions que de rumbs de vent, mais on se borne à en distinguer particulièrement quatre, correspondant aux quatre points cardinaux. Ainsi nous avons 1° l'exposition du midi ou du sud ; 2° l’exposition du nord; 3° l'exposition de l’est ou du levant; 4° l’exposition de l’ouest ou du couchant,
Un terrain peut être à l’une de ces expositions par deux causes différentes : 1° en s inclinant vers l’un de ces points; 2° en étant abrité du côté RRporé par une montagne, une forêt, etc.
Quand l'exposition décline de l'un de ces points vers un autre point, comme, par exemple, du sud vers l’est ou de
(62) l’est vers le sud, on dit que l’exposition est au sud-est ou à l’est-sud, ainsi des autres expositions.
Les expositions sont bonnes ou mauvaises en raison de la latitude, de la hauteur du lieu et de la chaleur du climat. Dans les pays froids, l'exposition du midi est la meilleure ; dans les pays chauds, c’est celle du nord qui est préférée.
Sous le climat de Paris, l'exposition du midi est bonne pour les productions du printemps, et celle du nord pour les productions de l'été ; mais, dans un grand établissement tel que l’institut de Fromont, on a besoin de toutes les expositions , et on se les procure par des murs, des talus, des palissades ou des massifs de grands arbres.
Sous ce climat, les terres chaudes et légères sont brülantes pendant l'été à l'exposition du midi, et ne peuvent plus nourrir de plantes à racines menues dans cette saison : il faut les utiliser par des récoltes printanières et automuales. Les terres fortes ou compactes, à l'exposition du nord, ne sont productives, au contraire, que pendant les srandes chaleurs de l'été. Cette dernière exposition convient aux arbres et arbrisseaux robustes dont la végétation __est tardive.
L'exposition de l’est ou du levant jouit d’une partie des avantages de celle du midi sans en partager l’inconvénient ; mais elle est plus sujette aux gelées printanières qu'aucune aatre, parce que le soleil y darde ses rayons dès en quittant l'horizon. L'exposition du couchant ou de l’ouest craint moins les gelées printanières que le levant; mais elle est sujette à être tourmentée par les vents d'ouest qui dominent en automne,
Vous voyez, messieurs, que chaque exposition a ses avantages et ses inconvénients: Chacune est avantageuse à certaines cultures , à certaines plantes, et peu favorable ou nuisible à d'autres. Je n’insiste pas maintenant sur cet objet, parce que nous aurons occasion dy revenir mille
fois, et que votre pratique vous a déjà éclairés à son égard.
Quand on fait un Jardin d'agrément ou paysager, on se conforme à l'exposition naturelle du terrain, et on établit ses points de vue en conséquence; mais, quand il est question d'établir un jardin fruitier et potager, le point de vue est invariable ; c’est celui d'obtenir plusieurs sortes de beaux et bons fruits, des lésumes en abondance, de bonne qualité et de bonne heure chaque année. Pour atteindre ce but , autant que possible, avec une seule exposition et avec une seule sorte de terre sous le climat de Paris, on établira son jardin en terre normale, légère, profonde, placée sur une pente légère à l’exposition du sud-est.
Messieurs, nous avons appris, dans Îles lecons précédentes, que la terre cultivable est un mélange variable de quatre terres minérales et d’une terre végétale ; nous avons remarqué que ces cinq terres ne se trouvaient pas toujours réunies dans le même sol, et que quelquefois on n’y en trouvait que deux ou trois ; nous avons reconnu qu'il n'y a que la terre végétale qui soit fertile seule, sans le secours d'aucune autre , tandis que chacune des quatre terres minérales prises isolément est absolument stérile, et que ce n’est que par leur mélange qu'elles deviennent fertiles; nous avons même observé que, dans le mélange de deux terres minérales, il fallait que ces deux terres fussent trèsdifférentes l’une de l’autre, pour que le mélange devint fertile ; enfin nous avons vu que l’état actuel de la science exige qu'on divise la terre cultivable elle-même en dix sortes, que nous avons appelées 1° terre siliceuse, 2° terre calcaire , 3° terre alumineuse, 4° terre magnésienne, 5° terre granitique, 6° terre volcanique, 5° terre végétale, 8° terre de bruyère, 0° terre tourbeuse, 10° terre houilleuse ; et nous avons tâché de nous faire une idée suffisamment nette des caractères de chacune de ces terres.
Aujourd’hui je vais vous rappeler que le srand nombre de plantes diverses indigènes et exotiques qui sont du do-
maine de l’horticulture ne peuvent pas s’accommoder toutes d’une seule sorte de terre, quelle qu’elle soit, et que nous sommes presque toujours obligés de leur en composer une plus convenable à leur constitution, et surtout au but que nous nous proposons d'atteindre en les cultivant. C’est une vérité si bien démontrée par l'expérience, que nous ne nous y arrêterons pas; mais Je dois chercher à vous prémunir contre une assertion qu'on a trop généralisée , et que peut-être vous avez déjà adoptée sans restriction, faute d’y avoir suffisamment réfléchi. Des auteurs, recommandables d’ailleurs, ont dit qu'il fallait donner aux plantes cultivées une terre semblable à celle qu’elles avaient dans leur lieu natal; mais, si nous suivions ce conseil à la iettre, nous nous en trouverions fort mal ; il peut être bon pour un certain nombre de plantes indigènes, mais il n'est presque jamais applicable aux plantes des climats plus chauds que le nôtre : je vais vous en donner quelques preuves. J'ai vu l’Oranger prospérer parfaitement en terre forte dans les pays chauds; cependant, si nous le cultivions ici eu terre forte, il réussirait fort mal, parce que la température de notre climat n'est pas assez constamment élevée pour échauffer convenablement une terre forte, ni pour en chasser l’humidité stagnante nuisible aux racines de l'Oranger. Nous sommes donc obligés de cultiver ici l’Oranger dans une terre plus légère et moins compacte que celle où il croîitetse multiplie naturellement.
La plante appelée Michauxia croit naturellement en Syrie dans du sable aride, où elle ne s'élève qu’à la bauteur de 15 à 20 centim., et ne produit que de petites fleurs insignifiantes : cultivée en bonne terre dans nos jardins, cette plante s'élève à la hauteur de 2 mètres, produit des fleurs jarges de 5 centim. et fort belles, Le Rhododendrum ponticum, dans son pays, croit dans les fentes des rochers, ne produit que de longs rameaux grêles, terminés par deux ou «rois petites fleurs : cultivé dans uos jardins ep terre de
EU
bruyère, il devient dix fois plus touffu, se garnit de larges feuilles et se couvre de fleurs admirables par leur grandeur, leur nombre et leur éclat. J'ai trouvé, en Amérique, des Andromèdes et des J’acciniumn dans de la terre siliceuse et ferrugineuse qui n'avait aucun rapport avec la terre de bruyére, et, si nous donnions ici une terre semblable à ces arbrisseaux , leur végétation ne nous satisferait certainement pas.
Il me serait facile, messieurs, d'ajouter beaucoup d’exemples à ceux que je viens de citer, pour vous démontrer qu’il n’est pas toujours indispensable de donner aux plantes cultivées une terre semblable à celle qu'elles avaient dans leur lieu nata!, et que, s’il y a beaucoup de plantes que nous ne pouvons avoir aussi belles que dans leur pays, il en est aussi un certain nombre qui sont plus belles dans nos cultures avec des terres différentes de celles dans lesquelles elles croissent naturellement dans leur pays.
Nous cultivons dans de la terre de bruyère, en serre chaude , plusieurs Orchidées, plusieurs Zi{landsia, des Cactées, quelques Besleria qui sont parasites sur les arbres dans leur pays, mode qu’il serait difficile d’imiter ici. Nous culuivon;: simultanément, et avec assez de succès, en serre chaude, dans la même terre, des plantes qui ne croissent naturellement qu'au bord de la mer et des plantes qui ne croissent naturellement que sur les montagnes. Cela tient à ce que, les plantes étant d’une organisation assez simple, nous pouvons changer le régime de plusieurs jusqu’à un certain point. C'est à vous , messieurs, à étudier la possibilité et la latitude de ce changement , afin de rendre la culture moins dispendieuse sans en diminuer les avantages. | Vous n’en devez pas moins vous informer avec soin du climat, du lieu bas ou élevé, et de la nature de la terre où croissent les végétaux dont vous recevez des graines ou de
jeunes pieds : ces notions sont toujours précieuses et d'un
( 66 ) grand secours pour arriver à donner aux plantes le régime le plus convenable à nos intérêts.
Cette petite digression, qui est une anticipation sur un sujet qui nous occupera plus tard, est aussi une transition qui nous amène naturellement aux articies amendements, engrais et composts, dont nous allons nous occuper.
Des amendements.
On confondait autrefois les amendements avec les engrais; mais, depuis quelques années, les agronomes ont senti le besoin de distinguer ces deux moyens de fertiliser les terres. Nous devons adopter cette distinction.
L'amendement consiste dans les moyens de fertiliser la terre sans y apporter d'engrais.
On amende les terres de deux manières : 1° en les mettant dans un rapport convenable avec les influences atmosphériques et avec l’eau; 2° en mélangeant convenablement celles qui sont de nature différente. Je vais vous donner quelques exemples de ces deux manières en commeuçant par la première. :
1” Le moyen le plus simple et le plus connu d’amerder une terre forte est de la diviser le plus possible , afin que l'air et la chaleur la pénètrent facilement , et que les racines des plantes puissent s’y étendre sans obstacle. Si donc vous aviez une terre forte à cultiver, il faudrait, à l'automne, la labourer grossièrement et profondément sans en briser les mottes, la relever en monticules, ou y former des sillons profonds, afin que l'air, les gelées et ies dégels de l'hiver pussent bien la pénétrer. Au printemps, vous seriez étonnés de la facilité que vous trouveriez à labourer cette terre ; vous verriez que les grosses mottes que vous ne pouviez pas diviser à l'automne se réduiraient alors faeilement en poudre , que votre terre serait perméable à la
chaleur, que les racines de vos plantes s’y étendraient fa- Le
CON cilement, et qu'enfin vous obtiendriez une végétation infiniment plus belle que si vous n’eussiez pas exposé ainsi la terre aux influences atmosphériques pendant l’hiver. J'ai travaillé dans un potager où l’on n'aurait jamais rien obtenu au printemps, si on n y eüt pas pratiqué le labour d'automne dont je vous parle.
Mais la terre forte ayant de la tendance à se durcir, à se fendre par le retrait que lui cause la sécheresse, les plantes qu’elle contient en souffriraient si on n’y prenait garde, en tenant la superficie toujours meuble au moyen de binages fréquents, profonds de 5 à 10 centim.
Quand une terre est naturellement trop humide, on l’amende en la divisant en planches bombées, ou qu’on élève plus ou moins en raison de l'humidité, en creusant les sentiers et en en rejetant la terre sur les planches. Dans ce cas, il faut tracer les planches dans la direction de la pente du terrain, pour que les eaux surabondantes s’écoulent dans les sentiers vers l’endroit le plus bas : si le terrain était parfaitement de niveau, on donnerait une pente Îégère aux sentiers en les creusant davantage vers le fossé ou la pierrée qu’on aura pratiqué d'avance pour recevoir les eaux. |
S'il était question d'amender une terre qui péchät par trop de sécheresse, il faudrait, au contraire, tenir les sentiers plus élevés que les planches ; et, si la terre était en même temps sablonneuse, ne la labourer que pour la planter, et ne la remuer, dans toute autre circonstance, que le moins possible pendant les sécheresses de l'été.
Vous voyez que ce premier moyen d’amender les terres ne consiste guère qu’à diminuer l'humidité de celle qui en a trop et qu’à l’'augmenter dans celle qui n’en à pas assez,
2 Le second moyen d’amender les terres est plus puis. sant et bien plus varié que le premier ; il consiste, comme nous l’avons vu, dans le méiange de differentes terres pour en former une nouvelle, non-seulement propre à la plante
que nous voulons cultiver, mais encore pour la rendre plus häâtive. Si, par exemple, nous avions un potager établi en terre normale ou bonne terre franche, la plupart des légumes y viendraient parfaitement dans l'été; mais la fraicheur de la terre ne serait guère favorable aux primeurs. Pour en obtenir, il faudrait modifier la terre de quelques côtières, de quelques planches les mieux exposées au s0leil, en y mêlant une quantité suffisante de sable siliceux, pour la rendre plus légère ou plus propre à absorber les rayons du soleil. Par ce seul moyen, on obtiendrait des Radis, des Laitues, des Pois ou autres légumes huit ou quinze jours plus tôt que dans la terre normale.
Si, au contraire, le potager était en terre siliccuse et sèche, on obtiendrait des primeurs avec facilité, mais beaucoup de légumes n’y viendraient qu'avec peine pendant l'été; ceux même qui demandent une fraicheur constante, tels que l’Artichaut, les Cardons, le Céleri, plusieurs es pèces de Choux, y végéteraient à peine : il faudrait donc, dans ce cas, méler à la terre du potager une quantité suffisante de terre argileuse, pour lui donner la compacité propre à conserver le degré de fraicheur nécessaire à ces plantes.
Lorsqu'on se propose d'amender une terre par mélange, on peut avoir ou n'avoir pas en vue de la rendre en même temps plus précoce, ou de lui conserver la précocité qu’elle peut avoir. Si on est indifférent sous ce rapport, on n’aura pas égard à la couleur de la terre amendée ; mais, si on tient à ce qu’elle soit précoce, toutes choses étant égales d’ailleurs, on fera en sorte qu'elle soit le plus noire possible, puisque la couleur noire absorbe les rayons calorifiques du soleil plus qu'aucune autre couleur. Alors, si la terre n'est pas naturellement noire, on la noircira en y mélant de la vieille terre de bruyère , de la tourbe desséchée ou bruülée, ou de la terre de marais également desséchée.
Le but de tout amendement par mélange étant d'obtenir
(69 ) une terre mixte entre deux ou un plus grand nombre de terres, c'est-à-dire une terre qui ne pèche plus par aucun excès, vous concevez bien que les terres mélangées se corrigent d'autant mieux les unes par les autres, qu'elles offrent plus de différence entre elles; que la terre forte se corrige et samende en y mélant une terre légère; que celle-ci se corrige et s’amende, à son tour, en y mélant de la terre forte; que, d’après ce que nous avons déjà appris, une marne argileuse doit amender une terre siliceuse aussi bien que ferait l'argile, mais que la marne, qui est ordinairement blanche, doit rendre le mélanse un peu froid, puisque la couleur blanche repousse les rayons du soleil. Cependant la marne contenant beaucoup de chaux, qui a la propriété de dissoudre promptement les substances animales et végétales qui peuvent se trouver dans la terre amendée , un amendement par la marne argileuse doit faire développer une végétation vigoureuse plus promptement qu'un amendement par la terre argileuse, puisque la chaux dissout les engrais plus promptement que l'argile.
La marne sableuse, dont parlent plusieurs auteurs, est plus rare que la marne argileuse, et c'est dommage, car elle serait plus propre à amender la terre forte ou argileuse que le sable siliceux pur, en ce que, tandis que la chaux de la marne sableuse agirait chimiquement, le sable qu'elle contient agirait mécaniquement.
La chaux, calcinée et mise en poudre, est un amendement puissant pour les terres siliceuses et les terres alumineuses qui contiennent des engrais non consommés, parce qu'elle en détermine promptement la décomposition.
Les plâtras pulvérisés produisent un effet analogue à celui de la chaux; les recoupes de pierres calcaires peuvent aussi être employées dans le même but et dans Îles mêmes circonstances. Enfin, messieurs, un amendement n'étant autre chose que la modification d’une terre par le mélange d’une autre terre, il ne vous sera pas difhcite
( 70 j d'obtenir, par un melange raisonné, toutes les modifcations dont vous pourrez avoir besoin dans votre pratique. Je ne vous ai même parlé aussi longuement de l’amerdement que pour vous accoutumer à ne pas le confondre avec l’engrais dont nous allons nous occuper.
Des engrais.
Les engrais se distinguent des amendements en ce qu’ils apportent des parties nutritives aux plantes, tandis que les amendements n’en apportent pas; ils se tirent de la décomposition des végétaux et des animaux, se réduisent définitivement en terreau et forment la terre par excellence.
La clarté demande que nous divisions les engrais en trois sortes, comme nous avons fait du terreau : ainsi nous reconnaitrons 1° l’engrais végétal, 2° l’engrais animal , 3° l'engrais mixte. Chacun de ces trois engrais contient plusieurs variélés dont nous énumérerons les principales et dont nous rappellerons les propriétés.
I. Engrais végétal. — 1. Plantes vivantes herbacées. On n'est pas dans l'usage , en horticulture , d’enfouir des -plantes vivantes herbacées comme engrais; on préfère les faire pourrir dans un tron et se servir ensuite de leur terreau. Cependant l’agriculture enfouit plusieurs plantes vivantes comme engrais, et elle en obtient des résultats satisfaisants. Pourquoi donc n’imitons-nous pas les agriculteurs lorsqu'ils réussissent? Je vais vous le dire, messieurs, c'est que nous travaillons plus par routine que par raisonnement : J'ajouterai même que souvent la paresse ou une légère difficulté nous détourne d’une perfection que nous reconnaissons, et à laquelle nous arriverions si nous avions un véritable amour pour notre état.
Quand nous retournons un gazon pour en semer un autre, nous n’en arrachons pas l'herbe auparavant, et pourtant nous ne voyons pas que la terre s'en plaigne, au con-
traire : pourquoi donc, par exemple, quand une planche d'Épinards est montée, ne l’enterrons-nous pas aussi sur place, au lieu de l’arracherset de la porter au tas d'ordures ? C'est seulement parce que cette opération présente un peu de difticuhé, et que nous trouvons plus commode d'arracher ces plantes et Les jeter, que de les enfouir par un labour. Persuadons-nous bien, messieurs, qu'une plante rend plus à la terre par sa décomposition qu'elle ne lui a enlevé par sa croissance, et que l’horticulture aura fait un pas de plus vers la perfection, quand nous aurons reconnu qu'une planche d’Épinards enterrés équivaut presque au fumier qu'on enterrerait à la place pour refaire la terre.
Je pense donc qu’on économiserait la dépense, en achetant moins de fumier pour un potager, si on se mettait dans l'usage de semer, en matière d’assolement, des planches d'Épinards, de Choux, de Radis, Navets, Betteraves, etc., pour être enterrées sur place quand ces plantes auraient
pris un développement suffisant. Pour vous amener à penser comme moi à cet égard, il me suffira de vous rappeler qu'une plante ne se compose pas seulement des substances qu'elle puise dans la terre, mais qu’elle se nourrit aussi de ce qu’elle absorbe dans l’air, et que, quand on l’enfouit en pleine vésétation, elle rend à la terre tout ce qu’elle Jui avait pris, plus ce qu’elle avait absorbé dans l’atmosphère.
— 2. Marc huileux. On comprend, sous ce nom, le résidu des fruits et grains oléagineux, comme l’Olive, la Navette, le Chanvre, dont l'huile a été extraite par le pressoir. C’est un excellent engrais, qui dégage beaucoup d'acide carbonique, et qui, par son enctuosité, convient plus aux terres lésères qu'aux terres compactes; mais il est trop peu abondant pour que l’horticulture en fasse généralement usase comme engrais. En Belgique, on Île fait entrer dans les composts, dont nous nous occuperons bientot.
— 3. Marc non huileux. Celui-ci provient principalement de Raisins, de Poires, de Pommes dont on a extrait le jus sous le pressoir; il est plus abondant ct, par conséquent, plus employé que le précédent; il convient aux terres lourdes et froides, qu'il échauffe et allége, en même temps quil y introduit des sels et y dégage des gaz favorabies à la végétation : le marc de Raisin, qui est plus longtemps à se décomposer entièrement que les autres, leur est supérieur par ses sucs concrétés, susceptibles de plus de fermentation et de combinaisons; ii entre aussi dans les composts.
— À. Tannée. Jusqu'à présent la tannée qui sort des serres a presque toujours été regardée comme plus nuisible qu'utile à la végétation, à cause du tannin qu'elle contient; cependant on voit des Clérodendrons sortir de leurs. pots, courir dans la tannée et s’y multiplier à merveille M... coup de boutures y font de fortes racines en peu de temps; et, s’il est démontré que certaines plantes ne peuvent prospérer dans la tannée, je pense que, si on multipliait les expériences, on trouverait que beaucoup d’autres s’en accommoderaient fort bien. En attendant , on n'emploie la vieille tannée comme engrais, et encore avec quelque crainte, que lorsqu'elle est bien consommée et réduite en terreau; sa sécheresse indique que c’est avec la terre argileuse et froide qu'il faut la mêler. Si, dès qu’on sort la tannée des serres, on y mettait de la chaux vive, son tanin se dissoudrait de suite, et on ne se croirait plus obligé d'attendre qu'elle füt réduite en terreau pour en faire usage sans danger comme engrais. Au reste, je pense que nous manquons encore d'expériences pour nous fixer défi nitivement sur les bonnes ou mauvaises qualités de la tannée qui a resté un an ou deux dans nos serres.
— 5. Cendres. Les cendres de bois contiennent plusieurs sels alcalescents favorables à la végétation; et, comme elles sont très-divisées, on les mêle avec avantage à la terre
(75) argileuse, qu’elles rendent plus légère, perméable à la chaleur et aux racines des plantes.
— 6. Suie. Employée en nature, la suie est d’une faible ressource en horticuliture, à cause de la petite quantité qu'on en recueille. Ses bons effets, comme engrais, sont constatés; mais la meilleure manière de s’en servir est de la faire détremper dans l’eau et d’arroser les plantes avec celte eau.
Il. Engrais animal. — 1. Sang liquide, sang sec et chairs. Les cadavres d'animaux enfouis et recouverts seulement de 10 à 20 centim. deterre forment un engrais trèspuissant , parce qu'ils dégagent ; pendant leur décomposition, beaucoup d'acide carbonique, d'azote, d'ammoniaque et d’autres gaz qui activent la végétation, et que le terreau quirésulte de leur entière décomposition, étant gras et onctuëux, fermente fort longtemps.
— 2. Os pulvérisés. Si on enterre des os entiers ou peu divisés, leur action, comme engrais, sera bien moins prompte et bien moins puissante que si on les eùt concassés ou réduits en poudre. Dans le premier cas, 1ln'ya que leur gélatine qui se décompose pendant la première année, tandis que, dans le second cas, les phosphates et les carbonates de chaux agissent comme stimulants, en même temps que les parties gélatineuses agissent comme engrais. On fera donc bien de réduire toujours les os en poudre, ou du moins de les concasser finement, avant de les mettre dans la terre.
— 3. Poissons. On ramasse avec soin, dans plusieurs pays, les poissons, les crustacés et les polypes que la mer jette sur le rivage , et on en forme un excellent engrais , qui diffère des deux précédents en ce qu’il contient plus d'huile, du sel, et souvent de la matière calcaire.
— 4. Cornes, poils, plumes, rognures de cuirs, chiffons de laine, etc. Toutes ces substances, que le plus souvent on laisse perdre à Paris, ou qu’on laisse emporter au loin
par des gens qui raisonnent mieux que nous, forment un bon engrais pour les terres sablonneuses , auxquelles elles communiquent une grande fertilité plus rapidement que les os dont nous venons de parler.
IT. Engrais mixte. Le nom de cet engrais indique qu’il est composé au moins de deux substances, et vous en avez un exemple dans les fumiers qui sont un mélange d’excréments d'animaux domestiques, de la paille qu’on leur donne pour litière et des débris des plantes dont on les nourrit. Nous ne nous occuperons pas ici du fumier relativement à son emploi pour les couches, les couvertures et les paillis, ces usages trouveront leur place ailleurs ; nous allons le considérer seulement comme engrais. Sous ce dernier rapport, on divise le famier en plusieurs sortes, en raison de ses qualités diverses et des animauxqui l’ont produit. Ainsi on a : ”
— 1. Fumier de cheval. C’est lorsque ce fumier est à peu près à moitié consommé qu'on l’emploie comme engrais dans les jardins potagers et autres : il est chaud, léger et convient à toutes les terres, et même il peut tenir lieu et il tient souvent lieu de tout autre engrais. Réduit en terreau, il est d’un grand usage pour recevoir le semis ou le repiquage de plantes délicates ou que l’on veut faire végéter avec vigueur, pour couvrir la terre et l’empécher de se durcir ou se fendre, en même temps qu’il favorise puissamment la végétation par la grande quantité d’acide carbonique qui s’en dégage.
. — 2. Fumier d'âne et de mulet. Celui-ci passe pour être plus chaud que le précédent , et s'emploie de préférence dans les terres fortes et froides.
— 3. Fumier de mouton. C’est le plus chaud de tous les fumiers. Il convient merveilleusement aux terres froides et humides ; ailleurs on ne l’emploie qu'à petite dose et quand il est au moins à moitié consommé.
— À. Fumier de vache et de bœuf, Celui-ci est moins
6 759) chaud que le fumier de cheval, mais il est plus gras et ses bons effets durent plus longtemps ; il est excellent surtout pour les terres chaudes et légères, auxquelles il donne du corps où une certaine compacité qui y retient l'humidité.
— 5. Fumier de cochon. Tout à fait froid, non susceptible de s’échauffer et de fermenter comme les autres. On ne l'emploie guère que mêlé avec d’autres fumiers.
— 6. Fumier de poule, de pigeon ou colombine. Extrémement actif et même brülant Les plantes dans sa fraicheur; mais , lorsqu'il a été conservé en tas pendant un an et remué plusieurs fois, on l’emploie avec avantage dans la culture des fleurs et des plantes délicates; et, comme il contient sous un petit volume beaucoup d’azote ou d’ammoniaque et de parties solubles nutritives, on le fait entrer dans divers composts.
— 7. Guano. Cette substance, encore peu employée en horticulture, est le plus puissant engrais que nous connaissions. C’est une espèce de colombine formée de fiente, de déjections et de détritus d'oiseaux marins, déposée depuis un temps inconnu sur quelques iles désertes de l Amérique méridionale et de l'Afrique : les anciens Péruviens s’en servaient pour fumer leurs terres, et depuis peu d’années les navires du commerce le transportent en Europe. Le meilleur guano vient des îles où il ne pleut que peu ou point, où, par conséquent, il n'est pas lavé par les eaux de pluie. Sa puissance stimulante est telle, qu'on ‘estime que 350 kilog. de guano suffisent pour deux récoltes par hectare. En horticulture, nous devons l'essayer avec la plus grande circonspection; nous devons, par exemple, quand une jeune plante est plantée, en répandre une pincée (ou ce que l'on peut en tenir entre le pouce et les deux premiers doigts) sur la terre autour de la plante, la recouvrir de 5 millim. de terre et arroser; ou bien délayer 1 kilog. de guano dans un tonneau d’eau, et arroser les plantes avec celte eau, diminuer ou augmenter la dose en raison
(36 ) des résultats obtenus. Des analyses chimiques ont démontré que le bon guano est très-riche en principes ammoniacaux ; on en a extrait 17 pour 100 d'azote, gaz considéré aujourd'hui comme le plus puissant stimulant de la végétation.
— 8. Poudrelte. Cet engrais est, comme vous savez, de la matière fécale, séchée, préparée et réduite en poudre presque inodore. Il est très-chaud, très-acuif, et ne s’emploie qu'en petite quantité. L’horticulture n’en fait guère usage que dans certains composts.
Au sujet de cet engrais, je ne dois pas vous laisser ignorer, messieurs, que, par les moyens dont la poudrette se fabrique, elle perd une très-grande partie de ses propriétés fertilisantes , et que ceux qui la vendent la falsifient encore en y mêlant une certaine quantité de terreau provenant de couches qui ont produit des Melons.
— 9. Gadoue. C’est ainsi que les cultivateurs appellent la boue, les balayures et les immondices des rues des grandes villes, que les boueurs ramassent et vont déposer en tas hors de la vue daus des endroits creux, murés ou corroyés de glaise, où elles s’échauffent, fermentent et exhalent souvent une odeur insupportable. Dans ma jeunesse, les jardiniers-fleuristes de Paris faisaient des réchauds en gadoue autour de leurs coffres de plantes forcées, mais cet usage est abandonné depuis longtemps ; la police est même intervenue pour le faire cesser. À près que la gadoue s’est refroidie et muürie, on l’emploie comme un puissant engrais aux environs de Paris et des grandes villes ; mais on lui reproche de communiquer sa mauvaise odeur aux légumes, c’est pourquoi on en fait rarement usage dans les jardins. La propriété fertilisante de la gadoue est incontestable ; cependant quelques personnes ont cru remarquer qu’elle était nuisible à certaines plantes, peut-être par la quantité de fer qu’elle contient provenant du frottement continuel du fer des chevaux sur le pavé. Je
C7) erois utile de vous avertir, en passant, meësieurs, que l'Académie n’a pas la même nomenclature que les cultivateurs, et qu’elle appelle gadoue la matière fécale qui sert à faire la poudrette.
— 10. Urate. Cet engrais est un mélange de plâtre pulvérisé et d'urine : il convient aux terres argileuses ; on peut l’employer aussi dans les terres siliceuses, mais il pourrait devenir nuisible dans les terres calcaires, où il apporterait une surabondance de chaux.
— 11. Curures d'étangs et de mares. Les eaux qui alimentent les mares et les étangs y amenant de la terre qui, jointe aux débris des plantes aquatiques et des animaux qui vivent et meurent dans l’eau, exhausse peu à peu le fond de ces pièces d’eau, on est obligé de les curer de temps en temps. Quand ces curures ont été exposées à l’air el remuées deux fois pendant un an, elles forment un bon engrais qui convient aux terres légères si ces curures sont argileuses, et qui convient aux terres argileuses si ces curures sont sablonneuses.
T'els sont, messieurs, les principaux engrais dont nous ayons à nous occuper ; quant à la manière de les employer, les horticulteurs l’entendent mieux que les agriculteurs : les premiers ne laissent jamais les fumiers ni les engrais pulverulents sur la terre comme les derniers, pendant plusieurs mois, où leurs parties fertilisantes s’évaporent inutilement dans l’atmosphère ; au contraire, ils se hâtent d’enterrer les fumiers à ro ou 20 centim. de profondeur, et de mélanger les engrais pulvérulents avec la terre le plus également possible.
Dans la prochaine lecon, nous nous occuperons des composts,