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soleil après leur transplantation : la petite quantité de séve qu'elles ont serait évaporée avant qu’elles aient pu en pomper une nouvelle, et leur tissu se dessécherait au point de perdre entièrement sa force vitale.
Entre les plantes succulentes et celles de nature sèche, il en est d’autres d’un tissu lâche et aqueux qui réclament aussi l'ombre après le retranchement de leurs racines et
qu'elles sont replantées; celles-ci transpirent beaucoup,
et on les verrait se rider, diminuer de diamètre si, après être replantées, on ne diminuait pas leur transpiration en les mettant à l’ombre.
Quand on se borne à retrancher les rameaux d’une plante pendant sa végétation , le danger est moins grand; mais il en résulte toujours une perturbation dans la séve et une crise plus ou moins violente dans le corps de la plante. La séve, arrêtée dans son cours, reste d’abord en stagnation, puis diminue ou disparait même en très-peu de temps : pendant cette crise les tissus se resserrent, l’écorce durcit, et, quand les racines envoient enfin une nouvelle séve dans le tronc, elle a beaucoup de peine à s'ouvrir un nouveau passage, à développer les bourgeons latents ou adventifs prédisposés pour remplacer les anciens; souvent même elle ne réussit qu'incomplétement dans cette production, et la plante reste difforme, languissante, ou périt. Et puisque c’est Le resserrement et le durcissement des tissus qui s'opposent à l’action de la séve sur les bourgeons latents ou adventifs, et que l’effet le plus immédiat de la lumière directe du soleil est de durcir l’écorce, on doit donc mettre à l’ombre les plantes dont on a retranché les rameaux, afin que leur écorce durcisse le moins possible et que des bourgeons adventifs puissent la traverser sans trop de difficulté pour remplacer les anciens.
Dans ce que je viens de vous dire des bons effets de l’ombre sur la végétation, je n'ai pas eu la prétention de vous apprendre quelque chose de nouveau, puisque je ne
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vous ai rappelé qu'une petite partie de ce que vous faites journellement dans votre pratique ; mais peut-être trouverez-vous, dans ce que je vais ajouter, quelques idées, quelques développements utiles qui vous étaient encore étrangers, quoique le fond vous soit parfaitement connu.
J'ai déjà eu occasion de vous rappeler que nous abandonnions quelquefois la théorie eu ne donnant pas toujours aux plantes une terre semblable à celle qu’elles avaient dans leur pays, et je vous en ai expliqué les raisons et les avantages. Nous agissons de même relativement à la lumière : nous cultivons à l’ombre plusieurs plantes qui viennent, en effet, à l'ombre dans leur lieu natal, mais nous en cultivons aussi à l'ombre un grand nombre qui croissent au plein soleil dans leur pays, et nous avons des raisons pour en agir ainsi. D'abord l'expérience nous a prouvé que ces plantes pouvaient s’accommoder d'un tel changement , et elle nous a souvent appris aussi qu’elles en devenaient plus belles ; mais une chose sur laquelle je dois attirer votre attention, c'est que ce changement n’est pas toujours aussi considérable qu’on le croit communément : je vais tâcher de vous le faire sentir par un exemple pris sur des plantes de notre pays. à
Vous savez que la France produit beaucoup d’Orchis; que les uns viennent à l’ombre dans les bois , et les autres au grand soleil dans les prés. D’après cela, vous pourriez croire que ceux qui viennent au soleil dans les prés ne craignent pas les rayons de cet astre, puisqu'ils sont exposés à toute sa lumière et à toute sa chaleur : vous vous tromperiez beaucoup si vous pensiez ainsi. La terre des prés où croissent naturellement les Orchis est toujours fraiche, l'herbe de ces prés est également fraiche, et il en résulte que la couche d’air dans laquelle s'élèvent ces herbes est continuellement rafraichie , qu’elle reste habituellement de 3 à 4 degrés plus fraiche et plus dense que Fair qui se trouve à quelques décimètres au-dessus des plantes,
et par conséquent que les Orchis n’éprouvent ni la chaleur ni la lumière qu’ils éprouvcraient s'ils étaient en terre nuc.
Quand . à cause de la beauté ou de la singularité des fleurs d'Orchis, nous essayons de les cultiver dans nos jardins , nous ne réussissons jamais d’une manière satisfaisante, parce que nous ne leur procurons pas la couche d'air frais et dense dans laquelle leur tige se balance dans la prairie ; nous les placons bien à l'ombre, il est vrai, mais ‘toujours en terre incapable de produire l’air frais et dense que produisent la terre et Fherbe d’une prairie. Fi
Si maintenant vous comparez la condition d'un Orchis venant dans un bois à celle d’un Orchis venant dans une prairie, vous verrez que l'un est protégé par l'ombrage!léger, varié et intermittent des arbres, et que l’autre est défendu des rayons du soleil par une couche d'air continuellement rafraichie : de sorte que la condition de ces deux plantes n’est pas aussi différente qu’on pourrait le croire avant Fexamen des localités.
Beaucoup d’autres plantes se trouvent à peu près dans les mêmes circonstances que les Orchis de nes prairies : le soleil luit avec force au-dessus d'elles, mais elles n'en sont pas trop: vivement affectées, parce que le sol qui les porte et les herbes qui les entourent produisent une fraicheur qui les garamtit de ses excès de lumière et de chaleur, Ne croyez pas que toutes les Bruyères, par exemple, viennent à l'ombre dans leur pays , parce que chez nous elles sont plus belles à l'ombre qu’au soleil : si nous pouvionsfaire surgir du sol de nos jardins une fraicheur qui s’élevät etse soutint à la hauteur de: 66 centimètres à r mètre . comme dans beaucoup d’endroits où croissent naturellement ces plantes, elles braveraïent notre soleil comme elles bravent celui de leurs pays ; mais, ne pouvant leur procurer cette fraicheur, nous sommes obligés de leseultiver à l'ombre , afin que le soleil ne les fatigue pas.
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Si nous passons à des considérations plus générales, nous voyons que presque toujours et partout la nature protége les plantes naissantes par l'ombre d’autres plantes plus grandes, et que ce n’est que par degrés qu’elle les expose aux influences de la lumière et de la chaleur. Nos moyens de culture ne nous permettent pas d’imiter sufñi-
samment la sagesse de la nature dans cette occasion‘: cir-
conscrits dans un petit coin de terre découverte, nos Jjardins ne ressemblent en rien à celui de la nature; nous accumulons sur quelques pieds carrés ce qu'elle dissémine sur plusieurs lieues, sous plusieurs climats. Pour procurer de l’ombre à nos plantes, nous les privons d’air en les entassant dans un trop petit espace, où elles se nuisent mutuellement.
Non-seulement nos moyens ne nous permettent pas d’imiter toujours la nature dans les soins qu’elle prend pour protéger l’enfance des plantes ; mais l’idée que nous nous faisons du beau ou de ce qui flatte davantage la vue nous détermine encore à nous éloigner quelquefois de sa marche. Ainsi nous donnons souvent à nos plantes une autre forme que celle que leur donne la nature : quand üne plante est naturellement élancée, nous lobligeons à se resserrer sur elle-même et à former la boule; nous voulons que celle qaï est compacte prenne une forme svelte, élégame et légère. Les signes de robusticité nous déplaisent ; nous p'aimons pas que les feuilles de nos plantes se revétent du vert sombre renforcé et cuivré que produit la grande lumière, nous préférons les voir avec un vert tendre, léger, frais et suave; et c'est pour obtenir ce vert tendre et frais que nous placons ños plantes à l'ombre, à demi-ombre, où elles ne recoivent qu'une lumière diffuse.
Quelquefois ce n’est pas par gout, mais par nécessité , que nous placons des plantes à l'ombre. Quand, par exemple, nous sortons nos plantes de serre chaude, après un séjour de *ept ou huit mois sous verre et dans une lumière
diffuse , leurs jeunes pousses et leurs feuilles sont si tendres, que les rayons directs du soleil les fatisueraient ou méme les dessécheraient si nous les y exposions : nous sommes donc obligés de les mettre d’abord au moins à demi-ombre, afin qu’elles ne se durcissent que progressi vement et puissent arriver au point de recevoir toute la lumière et toute la chaleur du soleil sans danger.
Si je parlais à des hommes étrangers à l’horticulture, je pourrais leur citer encore plusieurs exemples où l’ombre est nécessaire à la santé des plantes ou pour les obtenir dans un état qui convint mieux à nos vues; mais devant vous, messieurs, un plus grand nombre d'exemples deviendrait inutile ; votre pratique et vos réflexions suppléeront suffisamment aux détails que je passe sous silence, pour récapituler en peu de mots les bons et les mauvais effets de l’ombre.
L'ombre est toujours avantageuse et souvent indispensable à la germination des graines.
L'ombre modérée est très-favorable au développement et à l’accroissement es jeunes plantes, e! souvent aux pousses des plantes adultes , en ce qu’elle empéche leurs fibres et surtout leur écorce de durcir trop vite, ce qui
s’opposerait à leur élongation.
L'ombre est nécessaire aux plantes auxquelles nous voulons conserver la verdure tendre et fraîche que nous aimons à leur voir, et qui, à nos veux, ausmente leur beauté.
L'ombre est nécessaire aux plantes dont nous voulons prolonger la fleuraison et la fraicheur de leurs fleurs.
L'ombre est nécessaire à toutes les plantes replantées ou
rempotées en état de HépeaLane
L'ombre est avantageuse à la radification des boutures et indispensable à celles qui demandent beaucoup de temps pour s enraciner.
L'ombre est nécessaire aux plantes que l’on veut faire
( 129 ) passer d’un endroit obscur dans un endroit lumineux.
L'ombre est nécessaire aux plantes malades et au recouvrement de toutes les plaies.
Enfin, si ombre n’est pas indispensable à la reprise de toutes les greffes, il en est une , la greffe herbacée, pratiquée dans cet établissement avec tant de succès, qui ne reussirait certainement pas st elle n’était pas protégée par l'ombre.
Voyons maintenant les mauvais effets de l'ombre.
L'ombre s’opposant à l'endureissement des tissus, il en résulte que tous les bois venus à l’ombre ne sont pas aus i durs, qu'ils restent plus aqueux, plus sujets à pourrir ct à être attaqués par les vers que ceux venus au soleil , et que , par conséquent, ils sont moins bons pour les constructions.
L'ombre est nuisible à la qualité des fruits, parce qu’elle empêche la lumière et la chaleur du soleil de changer leur suc acide en suc saccharin.
L'ombre , en ralentissant l’endurcissement des tissus, détermine une prolongation dans la végétation qui fait que les pousses n’ont pas toujours le temps de s'aouter avant le froid , et qu'elles peuvent être saisies et détruites par les gelées.
L’ombre rend délicates les plantes qui y ont été trop longtemps exposées quand elles ne sont pas de nature à y vivre constamment, et diminue leurs moyens de résister aux intempéries de l'hiver et aux excès de la chaleur et de la sécheresse de l’été.
L'ombre trop prolongée sur les jeunes plants les étiole, y produit la pourriture et la mort.
L'ombre attire une quantité d'insectes et de mollusques qui mangent et détruisent les jeunes plants.
Enfin l’ombre devient nuisible en approchant de l’obscurité et par une prolongation trop soutenue.
De l'obscurité.
L'obscurité n’est autre chose que la privation totale de la lumière ; elle parait utile, nécessaire même à la germination de toutes les graines, quoiqu’on puisse les faire sermer aussi à la lumière, pourvu qu’elles soient dans une humidité et dans une chaleur convenables. Mais, après ce premier acte de la végétation, l'obscurité n’est plus favorable qu aux racines; les tiges et les feuilles qui s’y développent restent blanches, ne décomposent pas l'acide carbouique, ne prennent pas la solidité qui leur est propre, et les plantes ne produisent aucunes fleurs. Enfin, si on en excepte quelques Champignons, parmi lesquels se trouve l’Agaric comestible , aucune plante ne végêète pas-
sablement dans l’obscurite. On a pourtant remarqué que la :
Pomme de terre pouvait y produire de nouveaux tubercules, et que ceux-ci s’y renouvelaient jusqu’à quatre fois
en diminuant de grosseur chaque fois, et on a presente ce.
fait comme un moyen de or ressource dans une ville assiésee.
Les fruits se conservent plus longtemps dans une cave sèche, dans une fruiterie obscure, que dans un lieu accessible à la lumiere.
Je ne vous parie ici que de l’obscurité complete.et permanente, telle que celle d’üne cave ; mais l'obscurité de la nuit n'esl jamais aussi complète, elle est toujours de:courte durée, et n'a pas le temps de faire blanchir les plantesni de nuire à leur croissance : il y a méme des plantes: qui s’ailongent plus la nuit que le jour, d'autres qui n’ouvrent leurs fleurs que la nuit, d’autres qui ne M = l'odeur de leurs fleurs que la nuit. |
La plupart des plantes de la famille des Léguthideutes : à feuilles composées, les Mimoses surtout , ferment leurs feuilles pendant la nuit; et ce qu’il v a de plus singulier,
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c’est que les unes les ferment en laissant tomber leurs folioles, comme si la force végétative les abandonnaïit , tandis que les autres les ferment eu redressant leurs folioles , comme si l'obscurité augmentait leur vigueur : de sorte qu'on est obligé d'admettre que l’obscurité produit des effets diamétralement opposés sur ces plantes tant qu’on n'en aura pas trouve la raison dans leur organisation.
En général, les plantes purifient l’air à la lumière, en absorbant l’acide carbonique et en dégageant de l'oxygène, et elles le corrompent, la nuit, en laissant échapper l’ acide carbonique sans l'avoir décomposé.