DIXIÈME LEÇON
Messieurs, après les notions que nous avons acquise: dans la dernière lecon sur l'air atmosphérique, je suis naturellement amené à vous parler aujourd'hui de la météorologie et des pronostics , qui sont une dépendance
A , 32, e JS ou plutôt une conséquence de Pétat variable de l’air atmosphérique.
Notions sur la meteorologie et sur les pronostics.
La météorologie est la science des variations, des chansements et des phénomènes qui arrivent dans l’air atmosphérique, et les pronostics sont celle qui Fait prévoir ces changements et ces phénomènes avant leur arrivée. La seconde de ces deux sciences n’étant qu'une conséquence de la première, nous devons les réunir en une seule.
La météorologie était bien plus cultivée autrefois qu'aujourd’hui ; les astronomes et les physiciens s’en occupaient sérieusement, dans l’espérance de trouver des lois qui pussent donner les moyens de prédire les changements qui arrivent dans l’atmosphère, changements qui influen puissamment sur les résultats de l’agriculture et sur la sante des hommes; mais , après des siècles d'observations, ils ont désespéré de jamais trouver les lois de ces changements , et ils ont cessé de les rechercher. Ils se contentent
aujourd'hui d'enregistrer les faits sans en assigner les causes.
Cependant, comme il n'y a pas d’effet sans cause, et que la cause précède toujours l'effet, d’autres savants ne désespèrent pas qu’on ne parvienne enfin à pouvoir prédire beaucoup d'effets par la connaissance préalable de leur cause : je n'entends pas parler ici de la cause première, celle-là nous sera toujours inconnue, mais seulement des causes secondaires, tertiaires, etc. , dont les effets sont aussi eux-mêmes causes d’autres effets.
Il est vrai que l'observation démontre journellement que plusieurs choses que nous regardions comme des causes n’ont pas toujours été suivies de l’effet que nous en attendions, parce que probabiement il est survenu des perturbations qui ont dérangé nos calculs ; mais, comme nos prévisions se sont aussi quelquefois réalisées, il nous est permis de croire à la possibilité de réussir plus souvent que par le passé : peut-être a-t-on voulu trop généraliser ; peut-être n’a-t-on pas fait entrer assez d'éléments dans les calculs.
Quoi qu'il en soit, comme il est extrêmement important pour nous de prévoir, autant que possible, les changements qui se préparent dans l’atmosphère, pour en faire jouir nos plantes, s'ils sont bons , ou pour les en préserver, s'ils sont mauvais, nous ne devons rien négliger de ce qui peut nous mener à cette connaissance : notre profes-sion nous fait même un devoir de nous en occuper spécialement dans notre propre intérêt, et nous pouvons le faire en même temps au profit de la science elle-même, puisque, ‘ayant besoin d'interroger le ciel à chaque instant du jour et de la nuit, 1l ne serait pas impossible que nous fissions quelques remarques importantes qui échappent la plupart aux savants de cabinet.
Il n'arrive aucun changement dans l'atmosphère que l'air n’en soit affecté : il devient, selon les diverses cir-
CAD") constances, plus dense, plus rare, plus léger, plus sec, plus humide, plus chaud, plus froid, plus ou moins électrique ; et, comme il touche tout ce qui est sur la terre, les corps organisés recoivént une impression quelconque de ces di: vers états.
L'homme civilisé ressent et distingue moins bien les diverses impressions de l’air que les animaux, parce qu’il néglige son instinct, parce que son état social l'oblige à occuper son esprit plus que ses sens, ou plutôt même que. par compensation, la nature a voulu que ses sens restassent d'autant plus imparfaits que son esprit est plus élevé.
Ainsi presque tous les animaux donnent des signes d’inquiétude à l'approche d’un ouragan, d’un tremblement de terre ou d'un phénomène extraordinaire. Les abeilles ne sortent pas de leurs ruches quand il doit pleuvair, ou elles rentrent quand la pluie est imminente. L'homme seul ne sent rien, et c'est en dehors de lui qu'il est obligé de chercher les signes qui annoncent les changements qui doivent arriver dans l'atmosphère.
Ces signes , observés un grand nombre de fois, les uns dans l’atmosphèére, les autres chez divers animaux, sur des substances vépétales, minérales et métalliques, constituent la science des pronostics. Cette science n’est, jusqu'à présent, ni étendue, ni infaillible ; mais elle est toujours précieuse pour nous, en ce qu'elle nous tient en éveil sur les dangers qui nous menacent, et qué, si nous sommes quelquefois trompés en prenant des précautions contre un fléau qui m'arrive pas toujours, il arrive cependant quelquefois, et nous nous trouvons heureux de nous en être préservés par quelques précautions prises d'avance, qui nous avaient
été suggérées par un pronostic.
Parmi les instruments que les physiciens ont imaginés pour connaître la disposition de l'air, il en est trois dont l'horticulture peut tirer des pronostics fort utiles, et que vous ne pouvez pas ignorer, parce qu'ils sont d’un grand
( 148 ) secours dans votre pratique, pour vous aider à prévoir l'humidité, le chaud, le froid, le vent, les bourrasques et même les orages : ces instruments sont l’hygromètre, le 1hermomètre et le baromètre. Je vais vous rappeler d'abord les principaux pronostics qu'on peut tirer de ces instruments ; ensuite je vous dirai un mot de ceux que l’on peut tirer de l'examen de quelques animaux, et de ceux fournis par lPinspection du ciel ou de ce qui se passe dans l’atmosphère.
De l'hygromètre.
L'hygromètre , ainsi que son nom l'indique, est un instrument qui sert à mesurer les degrés d'humidité de l'air. Je ne vous entretiendrai pas de sa construction, parce qu'on en fait de trop de manières différentes ; mais je vous dirai seulement que la pièce principale de cet instrument doit être une substance capable de donner des marques trèssensibles de sécheresse et d'humidité. Or, comme on a remarqué que les cordes de bovaux, les cheveux, les crins, les barbes ou arêtes de l’Avoine, du Stipa, des Geranium , elc., se raccourcissent par la sécheresse et s'allongent par l'humidité, on s’en sert de préférence dans la confection des hygromètres ; en se raccourcissant elles font tourner une aiguille dans un sens, et en s’allongeant elles la font tourner dans un sens opposé sur un cadran ou sur un secteur de cercle : on à divisé la distance qu’il y a entre le point de l'extrême sécheresse et celui de l'extrême humidité, marqués par l'aiguille, en un certain nombre de degrés, afin que ïes savants puissent employer les mêmes mesures et se faire entendre lorsqu ils parlent de. tel ou tel degré d'humidité de l’air. Vous sentez bien que, pour que deux hygromèétres marquent les mêmes degrés d humidité daus les mêmes circonstances, il faut quils soient faits avec la même matière et dans les mêmes .proportions.
( 149 ) : Voici maintenant l'usage que nous pouvons et que nous devons faire de l'hygromètre.
Puisque l’impression de humidité et de la sécheresse n’est pas assez sensible sur nous mêmes pour que ses différents degrés nous affectent d’une manière remarquable, et que cependant il est important, pour la santé des plantes confiées à nos soins, que nous connaissions le degré d'humidité qui règne et dans l'air libre et dans celui renfermé dans nos serres, un hygromètre nous est indispensable pour connaître ce degré d'humidité, puisque, si l’air est trop sec, les plantes fatiguent, parce qu’elles transpirent trop , et que, s’il est trop humide, elles souffrent , parce qu'elles ne transpirent pas assez.
Quand l’hygromètre nous apprend que l’air est sec, nous avons à craindre que les plantes ne transpirent trop : alors nous devons porter notre attention sur les mouillures ; nous devons seringuer les feuilles et les tiges, et répandre de l’eau autour des plantes pour produire une vapeur qui les enveloppe et dont elles absorberont une partie. Ce moyen de rafraîchir les plantes est praticable pour celles exposées à l'air libre aussi bien que pour celles restées dans les serres; ces dernières en ont besoin bien plus souvent que les autres, puisqu'elles ne peuvent profiter ni des pluies, ni des rosées, n1 de tout ce qui peut rafraichir l'air extérieur.
Si, au contraire, l'air est trop humide, nous n'avons guère de moyens efficaces pour en garantir les plantes exposées à Pair libre, surtout celles plantées en pleine terre : la diminution ou la suspension des mouillures est à peu près tout ce que nous pouvons faire en leur faveur ; mais nous pouvons en garantir celles des serres en faisant agir les ventilateurs et en y produisant une chaleur suffisante pour détruire la trop grande humidité.
En général, l'air modérément humide est favorabie à la végétation de toutes les plantes; mais, quand il est trés-hu-
mide et sans chaleur, il peut devenir nuisible à celles qui ne sont pas aquatiques, s’il n’est pas souvent renouvelé. Dans les années humides, les bourgeons poussent toujours, s’aoûtent mal, parce qu'ils conservent trop d’eau, faute d’évaporation suffisante ; les fruits restent aqueux et sans saveur par la même raison, et les boutons destinés à produire du fruit, l’année suivante, s’allongent la plupart en boutons à feuilles : de sorte qu’un automne humide-expose les plantes de serre à souffrir de la moisissure pendant
l'hiver, et les arbres fruitiers à montrer peu de fleurs au printemps suivant.
Du thermomètre.
Cet instrument vous étant déjà familier, je me bornerai à vous rappeler qu’il y en à de deux sortes : l’une à l’alcool ou esprit-de-vin concentré, ordinairement coloré en rouge pour qu’on puisse mieux le voir monter et descendre dans le tube qui le contient, et l’autre au mercure : l’un et l’autre sont destinés à faire connaître avec précision le degré et les variations de la température de l'endroit où ils sont placés. |
Le terme zéro indique le degré auquel l’eau commence à geler, ou quand la glace commence à fondre; et c'est de ce terme que l’on part pour compter les degrés de froid en descendant et les degrés de chaleur en montant.
C'est parce que l'alcool et le mercure ne gêlent qu’à un froid extraordinaire, qui n’arrive jamais en France, qu’on les a choisis pour faire des thermomètres. Le mercure est préféré lorsqu'on veut faire des observations rigoureuses; mais, comme il coûte beaucoup plus cher que l’alcool, on se sert de ce dernier quand on n’a pas besoin d’une trèssrande exactitude.
L'alcool est de l’cau-de vie distillee une seconde et même
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