‹ Cours d'horticultureChapitre 23 sur 70 · PORT · texte numérisé non relu

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(99 dre d'autres produites par le défaut d'homogénéité de la surface de la terre, par les caux, par les effluves et par les montagnes plus ou moins hautes, d'ou résultent des temperatures diverses pour des endroits assez rapproches : ainsi la cause qui produit les vents alizes fait aussi que les côtes orientales sont plus froides que les côtes occidentales ; que la pente orientale d'une montagne est plus froide que sa pente occidentale. Vous savez que l'Angleterre est de quelques degrés plus au nord que la France ; cependant il y gèle moins fort qu’en France. Cela vient de ce que les eaux de la mer qui entourent l’Angleterre de toute part conservent une température moyenne plus facilement que la terre, et qu’il s’en dégage une atmosphère vaporeuse dont la température , également moyenne, couvre l'Angleterre et ne permet ni au froid ni au chaud de la pénétrer autant que si son ciel était pur. Le même effet a lieu pour les côtes de l’ouest de la France; il y fait moins chaud et moins froid qu’à Paris. L'histoire rapporte que, quand la France était couverte de forêts, il y gelait plus fort qu'aujourd'hui; j'ai éprouvé qu'il gèle beaucoup plus fort à Philadelphie, qui se trouve par le 40° degré de latitude boréale, qu’à Paris, qui est par le 49° de la même latitude. Cela n’empêche pas que, pendant l’été, la chaleur ne soit plus forte à Philadelphie qu'à Paris: mais ce sont les montagnes surtout et les hauts plateaux qui causent des anomalies dans la décroissance de la chaleur de l’équateur vers les pôles. Plus une terre est élevée au-dessus du niveau de la mer, plus il y fait froid : l'Espagne, par exemple, qui se trouve au midi de la France, serait plus chaude qu elle ne l’est, si son sol n’était pas plus élevé que le nôtre. Beaucoup de plantes de nos jardins septentriobaux ne pourraient vivre sur les Alpes, sur les Pyrénées, qui sont plus au midi que nos jardins. Il ya, sous la zone torride, des montagnes si élevées, qu'elles produisent, vers leur sommet, des plantes qui pourraient vivre dans Îles

régions du cercle polaire, tandis que celles qui croissent au pied dé ces mêmes montagnes vivraient à peine en dehors des tropiques. | Il gèle ou il peut geler au niveau de la mer, depuis lé pôle jusqu'au 36° desré de latitude ; les’ grandes forêts, même dans les pays plats, contribuent aussi à abaisser la température; cest ce qui explique pourquoi il'fait plus froid, l'hiver, à Philadelphie, quise trouve par le 4o° degré, qu’à Paris, qui est par le 49°. Si nous ne connaïssions pas là température de la France et que nous voulussions nous en faire une idée, nous chercherions sur la carte où elle est située, et nous trouverions qu'ellé est placée entre le 43° et le 51° degré de latitude nord : or, puisqu'il gèle depuis le pôle jusqu'au 36° deyré, nous apprendrions qu'il doit geler assez fort sur tous les points dela France, maïs davantage du côté de Dunkerque que du côté de Toulon; et, si on nous disait qu'on cultive des Orangers en pleine terre auprès de Toulon, nous pourrions assurer, sans même avoir Jamais vu d'Oranger, que cet arbre est de nature à supporter 4 ou 5 degrés de froid, et nous le prouverions de la manière suivante. Nous chercherions dans les auteurs la patrie de cet arbre, et nous appren: drions qu'il croit naturellement en Chine ; en cherchant la Chine sur la carte, nous trouverions qu'elle est situte entre le 20° et le 45° degré de latitude nord ;'et, en nous rappelant qu’il gèle à là latitude de 36 degrés, nous pourrions présumer qu'il gèle modérément dans la partierdé la Chine où croissent les Orangers, èt que voilà pourquoi ces arbres peuvent supporter 4 ou 5 degrés de froid sans souffrir. | | jé 2). Le Japon étant situé entre les 30° et 4o° degrés, nous pouvons croire qu'il y gèle peu ou point au niveau de la mer, mais qu'il y gèle assez fort sur les montagnes , et qu'aucune plante de ce pays n'exige la serre chaude dans nos cultures. Le Bengale se trouve sous le ‘tropique du

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Cancer, au bord de la zone torride ; ce doit être, par conséquent, un pays fort chaud, et dont toutes les plantes doivent exiger la serre chaude à Paris; nous devons donc croire que le charmant arbrisseau que nous cultivons ici en pleine terre sous le nom de Aosier du Bengale n'est pas originaire du Bengale , mais qu'on l'y aura porté de la Chine, et qu’ensuite le commerce, l'ayant trouvé établi au Benpale , nous l’a apporté comme naturel à ce dernier pays.

Depuis une trentaine d'années , les plantes du Nepaul commencent à s’introduire dans nos cultures ; nous avons donc besoin de prendre des renseignements sur la température de ce pays. En examinant la carte, nous voyons que le Nepaul est à peu prés situé sur les mêmes parallèles que le milieu de la Chine; ce doit être conséquemment un pays tempéré, mais plus chaud que froid ; et, si nous considérons que c’est dans ce même pays que se trouvent les plus hautes montagnes du globe, nous concevrons aisément qu'il ne doit pas y geler dans les plaines, mais qu'il peut y geler jusqu'à 20 degrés et plus dans les montagnes : alors nous serons autorisés à penser que l’ {cer oblongum croit dans les plaines au Nepaul , puisqu'il ne résiste pas en plein air à Paris, et que le Berberis aristata, qui nous vient du même pays, y croit dans les montagnes, puisqu'il supporte , en plein air, les hivers les plus rigoureux de Paris.

Toutes les plantes que nous avons-recues , jusqu’à présent, de la Nouvelle-Hollande se cultivent avec succès en serre tempérée à Paris, parce que, sans doute, elles ont été prises dans le nord de ce pays, et nous sommes si bien accoutumés à considérer tous les vésétaux de la Nouvelle- Hollande comme des plantes de serre tempérée à Paris, que nous ne prenons plus aucune information sur leur compte. Cependant notre sccurite à cet égard pourrait un jour nous être préjudiciable, car la Nouvelle-Hollande doit

(#8 produire aussi des plantes qui exigeraient la serre chaude chez nous : en effet, si nous examinons la carte, nous voyons que la Nouvelle-Hollande est située entre le 1o° et le 40° degré de latitude australe, et que près de la moitie de sa surface se trouve sous la zone torride; or les plantes ‘de la zone torride réclament la serre chaude à Paris. Il est donc probable que toutes les plantes de ce pays que nous cultivons à Paris ont été prises au delà du 30° degré de latitude, et qu’on ne nous en à pas encore apporté de la partie qui est sous la zone torride. Ce sera done une precaution utile, quand nous recevrons des plantes de la Nouvelle- Hollande , de nous informer à quelle latitude et à quelle hauteur de ce vaste pays elles ont été prises. Comme nous cultivons beaucoup de plantes de l’Amérique, il est nécessaire que nous acquérions quelques notions sur ce continent. L'Amérique s'étend entre l’océan Atlantique et l’océan Pacifique, depuis le cercle polaire nord jusqu’au 56° degré de latitude dans l'hémisphère austral, de sorte qu’il gèle très-fort dans ses deux extrémités et qu'il fait très-chaud dans son milieu : on la divise en deux parties, l'une appelée Æmérique septentrionale et l’autre Amérique méridionale, |ointes ensemble

par l’isthme de Panama; cet isthme n’a que 2 à 3 myria-

mètres (5 à 6 lieues) de largeur, et se trouve au 10° degré de latitude boréale. L'Amérique est traversée dans sa longueur par une chaine de hautes montagnes placée

beaucoup plus près de l'océan Pacifique que de l'océan

Atlantique, et, comme vous pouvez bien le présumer, la chaleur est moins grande sur ces montagnes que dans les plaines. Dans l'Amérique méridionale, la chaine de montagnes dont je viens de vous parler s'appelle Cordilières , et la plus haute montagne s'appelle Chimborazo.

Déjà Les noms de la Colombie, de la Guyane, du Bresil, de l’Amazone, du Pérou, de Buenos-Ayres, du Paraguay, du Chili, de Patagonie, etc., vons sont connus, parce que

vous cultivez dans cet établissement des plantes de ces diverses TÉSIODS ; mais vous ne saviez peut-être pas encore que ces diverses régions se trouvent toutes dans l’Amérique méridionale et qu'elles ne sont pas égalementchaudes, parce que cette partie de l'Amérique contient des montagnes élevées et qu’elle s'étend depuis le 1* jusqu'au 56° degré de latitude australe. La Guyanese trouvant presque sous l'équateur, toutes ses plantes eout la haute serre chaude à Paris, parce que la Guyane n’a pas de hautes montagnes, tandis que les plantes du Pérou , de la Colombie, situés presque sous les mêmes paralièles, n'exigent, presque toutes, que l'orangerie à Paris, parce que ces pays sont sur des terres beaucoup plus élevées. Le Brésil n’a pas non plus de montagnes 1rès-élevées, mais il s'étend de l'équateur jusqu'au 30° degré vers le pôle austral, de sorte que la moitié de ses plantes doit exiger la serre chaude à Paris, et l’autre moitié la serre tempérée et l’orangerie. Le Chili se trouve placé, entre le 30° et le 40° degré de latitude australe, sur le bord de l'océan Pacifique, et n’a pas de très-hautes montagnes; c’est un pays tempéré où il peut geler de quelques degrés. C'est de la Conception , dans le Chili, que le capitaine Frézier nous a apporté, en 1712, le Fraisier du Chili, qui depuis se conserve très-bien à Brest, mais très-difiicilement à Paris. C’est du Chili que nous est venu le bel Araucaria Dombeyi, il y a une ving- (aine d'années, et qui a supporté 4 degrés de froid dans cet établissement , preuve qu'il doit geler un peu au Chili. Après le Chili et Buenos-Ayres , ou trouve le pays des Patagons, qui termine l'Amérique au sud et dont le climat doit être plus froid que celui de la France : toutes les plantes de ce pays peuvent être cultivées en plein air chez nous, et il est étonnant que nous n’en trouvions pas encore une certaine quantité dans nos cultures.

C'est ici le moment de vous rappeler, messieurs, que, à mesure que l’on monte sur les montagnes, on sent la cha-

leur diminuer, que les plantes que l’on trouve en bas sont différentes de celles que l’on trouve à différentes stations en montant , el qu'enfin on arrive à une région où toute végétation cesse à cause du froid; mais vous ne savez peut-être pas encore que le même froid arrête la végétation sur les montagnes plus haut ou plus bas, en raison de leur éloignement de l'équateur. Ainsi, en Asie, sur les monts Himalaya, la végétation des plantes phanérogames est souffrante à environ 1,730 mètres d élévation ; dans l’Amérique méridionale, sur le Chimborazo, elle décroit à environ 1,580 mètres, tandis qu’en Europe, dans les Alpes. elle cesse à environ 870 mètres de hauteur.

Si de l'Amérique méridionale nous passons dans l’'Amerique septentrionale, nous aurons encore plusieurs remarques à faire. D'abord ne croyez pas que les plantes qui nous viennent de ce dernier pays soient toutes assez robustes pour supporter nos hivers en plein air, comme le mot septenirional semblerait l'indiquer. Cette partie de l'Amérique s'étend depuis l'équateur jusqu’au cercle polaire nord, c’est-à-dire sur 70 degrés de latitude, ce qui lui donne 855 myriamètres (1,750 lieues) de lonsueur. Dans ses premiers 36 degrés, il est bien sûr qu'il ne gèle pas au niveau de la mer, mais il peut y geler sur les montagnes.

Une partie de la Colombie, toutes les Andilless une srande partie du Mexique ne connaissent pas de gelée, et les plantes de ces pays, jusqu’aw 30° degré, sont de serre à Paris. En s’avançant vers le nord on crie sur l'océan Atlantique le Texas, la Louisiane, la Floride, la Caroline du sud , dont les plantes n’exigent plus que la serre tempérée ou l’orangerie à Paris, tandis qu’à la même latitude, sur l’océan Pacifique, où les terres sont plus hautes et les montagnes plus élevées , la plupart des végétaux supportent assez bien le plein air à Paris. Si nous continuons de nous avancer vers Le nord, nous trouvons la Caroline du

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(179 ) nord, la Virginie, la Pensylvanie, le Canada, Terre-Neuve et des régions immenses , dont toute: les plantes sont de plein air à Paris et dans toute la France.

Ce que je viens de vous dire , messieurs , n’est qu’un canevas sur lequel j'ai placé quelques jalons, pour vous montrer la route et vous engager à la suivre, car vous devez y trouver des reñséignéments extrêmement utiles pour vous distinguer dans la carrière que vous êtes appelés à parcourir. Quant aux causes qui s’opposent à la décroissance naturelle et régulière de la chaleur en partant de l'équateur vers les pôles, causes dont les montagnes jouent le principal rôle, les savants en ajoutent encore une autre, tirée d'observations répétées ; ils disent et croient que la limite entre le chaud et le froid ne suit pas le même parallèle, qu’elle s’avance et dépasse un ou plusieurs degrés dans certains endroits et qu'elle reste en arrière dans d’autres, de manière à former des courbes et des zigzags, et ils out donné à ces limites le nom de dignes isothermes quand elles ont rapport au chaud, et celui de lignes isochimènes quand elles ont rapport au froid. Mais, depuis Pinstitution de ces lignes, on a eu l’occasion de les croire mal tracées; on leur a assisné d’autres limites sur le globes Je n’ai pas cru devoir vous parler de ces lignes dans cetté lecon autrement que pour vous faire connaitre leur existence ; car , qu'elles soient exactes ou défectueuses, nous sommes encore bien loin de l’époque où l’horticulture sentira le besoin d'en faire usage.

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