‹ Cours d'horticultureChapitre 24 sur 70 · DOUZIÈME LECON · texte numérisé non relu

DOUZIÈME LECON

De l’origine des vegetaux.

Nessieurs, il y a bien longtemps que la question de l’origine des végétaux a été soulevée , et 31 parait qu'elle na jamais été résolue, puisque toujours on demande 57 la poule a existé avant l'œuf ou l'œuf avant la poule. Si nous nous bornions à regarder ce qui se passe autour de nous, comme sans doute on a toujours fait, la question resterait toujours insoluble, et il serait oiseux de la reproduire; mais, si nous nous reportons en arrière, si nous cherchons comment la terre a pu devenir une habitation d’êtres organisés, nous pourrons parvenir, non à uné conviction, mais à nous faire une opinion admissible sur cette. question. Voici donc les raisons qui peuvent nous amener à admettre que les végétaux ont du naiître avant les graines.

Depuis que Buffon et Laplace nous ont explique d’une manière possible et croyable comment notre planète a pu se former, on conçoit qu'il lui a fallu bien des siècles, bien des combats entre ses éléments (voir deuxième leçon) pour arriver à la forme que nous lui connaissons et à son état à peu près tranquille. Or il serait absurde de supposer que des œufs et des graines d'êtres organisés eussent pu se former, exister dans les éléments du globe tant qu'il

était continuellement dans un état de bouleversement épouvantable. Ces éléments s'étant peu à peu modérés, les affinités ont pu s'établir, les gaz se séparer, les forces chimiques déployer toute leur énergie. Lorsque la matière de la croûte du globe se trouva assez épurée, qu'elle fut parvenue à un état de chaleur et d'humidité nécessaire a la vie, la puissante nature, bien autrement chimiste que nous ; réunit les plus pures parties de la matière et les anima sans le secours ni d'œufs, ni de graines. Mais il u'entrait pas dans son plan de continuer à créer toujours des êtres organisés vivants ou animés; elle a voulu que ceux qu’elle avait formés possédassent la faculté de se reproduire et se multiplier par le moyen d’œufs ou de graines pour continuer son œuvre tant que la terre pourra les nourrir,

Messieurs, l'opinion que je viens de formuler sur l’origine des êtres organisés n’est contraire ni à la raison ni à l’Écriture ; si elle n’est pas la mieux fondée, elle vaut toujours mieux que le scepticisme dans lequel se renferment ceux pour qui l’étude semble un travail trop pénible et qui préfèrent vivre dans l'indifférence.

Je ne sais si les peuples de l'antiquité concevaient lPorisine des êtres organisés de la manière dont je viens de vous l'expliquer ; mais il est certain que la génération spontanée était une de leurs croyances, du moins pour les êtres du bas de l'échelle. Virgile nous a transmis, dans ses Géorgiques, le secret d'un certain Aristée pour faire naître de toutes pièces des mouches à miel. Les Grecs croyaient à la génération dans l’eau, et, comme ils divinisaient tout, ilsen avaient fait un dogme de leur religion. Vénus, sortie de l’onde , n’a été que l'emblème de la génération dans l’eau, tant que la religion des Grecs a conservé sa pureté ; mais, par la suite, la corruption des mœurs à fait attribuer à cette déesse des fonctions qu'elle n'avait pas dans son-origine. |

Maintenant Îles naturalistes ne croient plus guère à la genération spontanée, surtout depuis l'invention du microscope, et plus cet instrument se perfectionnera, moins ils y croiront, puisque par son moyen on découvre des œufs, des graines, des sporules d’une ténuité extrême, inconnus à nos pères ; et, comme il n’y a pas de raison pour qu'on n’en découvre pas de plus petits encore, on admet que tous les êtres organisés, grands et petits, se reproduisent d'œuf ou de graine. Pour expliquer l’apparition d’une plante dans un endroit où on ne l'avait pas encore vue, on dit que l'atmosphère est chargée de myriades d’œufs, de graines ou corps reproducteurs enlevés , charroyés, -dispersés par les vents et qui, retombant sur la terre, s’y développent si l’endroit est favorable à leur développement.

Vous voyez, messieurs, par cette seconde explication, que les naturalistes tendent sans cesse à découvrir les effets les plus cachés, ou plutôt à expliquer naturellement ce que nous étions accoutumés à regarder comme des mystères de la nature. Dans toutes ces découvertes, ils placent bien quelquefois des idées hasardées à la place d’autres idées hasardées ou provisoires ; mais la lumière et la vérité s y manifestent le plus souvent , les sciences font des progrès,

et l’homme s'élève de plus en plus dans la sphère d'intelli-

gence qu'il lui est donné de parcourir.

Cependant l’apparence d’une sorte de génération spontanée dans l’eau a encore lieu de nos jours malgré la puissance de nos microscopes , tant il est vrai que le sommet des sciences est toujours entouré d’obscurité. Voici le fait : mettez de l’eau pure dans un vase à une température de 20 à 30 degrés , environ un mois après les parois du vase vous sembleront gluantes au toucher; cette partie gluante est de la matière muqueuse de l’eau qui s’assemble comme sur un point d'appui. Si quelque temps après vous mettez de cette matière muqueuse sur le porte-objet d’un microscope, vous y découvrirez des globules qui semblent des

(183 ) réceptacles d'organisation d’où on a vu plusieurs fois sortir des végétations confervoides. Tel est le point le plus reculé sur lequel l’homme ait pu jusqu'ici porter ses investigations vers l’origine de la végétation. Maintenant, voici des exemples plus aisés à suivre.

Portez la main sur les pierres continuellement humectées qui entourent les bassins de ce jardin, vous sentirez unetonctuosité qui les tapisse; cette onctuosité est la matière muqueuse de l’eau, elle est pleine de végétations microscopiques que votre œil ne peut pas encore voir.

Jetez vos regards sur les pierres qui reçoivent continuellement l’eau des cascades de ce même jardin, vous le verrez se teindre d'une couleur brune, jaunätre, qui, ensuile , passera au vert plus ou moins foncé; ces différentes nuances sont des végétaux nés dans la matière muqueuse de l’eau ; ce sont des Micodermes, des Oscillaires, des Conferves, des Lepras, des Byssus, etc. Les débris de ces petites plantes ne tardent pas à former un lit de terreausufhisant pour que des Marchantes, des Jonsermannes, des Mousses puissent s’y développer; les débris de celles-ci servent de lit aux Fougères , aux Gramens, et c'est ainsi que les débris des plus petites plantes préparent le siége des grands végétaux.

D'après ces exemples et plusieurs autres que j'aurais pu vous citer, 1] faut convenir'que la génération dans l’eau , admise par les anciens, n'était:pas trop mal fondée’: noûs v reviendrons encore quand nous examinerons la formation des embryons dans les-ovaires dés plantes ; ‘en atténdant, je serais porté à formuler cette pensée : si notre globe na plus assez de force vitale pour produire un Chêne sans le secours d’un gland, il en a sans doute encore ässez pour produire des cryptogames sans Le secours de sporules. Un savant, devant lequel nous devons nous incliner, M. Dumas, semble nous autoriser à penser ainsi, car, après avoir rappelé le chaos, le désordre et le tumulte auxquels les

éléments du globe étaient livrés avant l'apparition des êtres organisés , il dit : « À peine l'acide carbonique et « l’azotate d'ammoniaque sont-ils formés, qu’une force « plus calme, quoique non moins énergique, vient les « mettre en jeu ; c’est la lumière : par elle, l'acide carbo- « nique cède son carbone , l’eau son hydrogène , l’azotate « d’ammoniaque son azote. Ces éléments s'associent , les « matièresorganisées se forment, etlaterre revêt son riche « tapis de verdure. » Voilà bien, je crois, ce que nous appelons une génération spontanée.

Existe-t-il un caractère pour distinguer le règne végétal du règne animal?

Plus d’un siècle s’est écoulé depuis que Linné a défim les trois règnes de la nature d’une manière brève, simple, Pitioresque , qui n’appartenait qu’à lui. Je vais vous rappeler sa définition en notre langue ; elle ne perdra rien de sa concision dans la traduction.

Les minéraux croissent :

Les végétaux croissent et vivent ; Les animaux croissent, vivent et sentent.

Depuis Linné, les naturalistes, par des raisons qu'äls'ont crues suffisantes, ont réduit ces trois règnes en deux; ils ont laissé le règne minéral intact et ont réuni les deux autres sous le nom de règne organique. Quoique les molécules des espèces minéralesse groupentsouventsous certaines formes, on neleur reconnait pas d'organes; leurs moléculesobéissent aux forces d aflinité et de cohésion. Les végétaux et les animaux ont des organes qui remplissent des fonctions et entretiennent la vie , la vie sur laquelle on a beaucoup disserté fort inutilement. La vie n’est rien par elle-même ; elle n’est que l'effet du jeu des organes. Plus les organes sont nombreux, plus la matière qui les forme est épuree,

plus la vie est complète. Il y a des êtres chez lesquels la lésion d’un petit nombre d'organes éteint promptement la

d’autres chez lesquels la suppression du plus grand nombre d'organes n'éteint pas la vie; elle est continuée dans le petit nombre qui reste.

Quoique les naturalistes aient réuni dans le même règne les végétaux et les animaux, quoiqu ils conviennent avec Linné que les végétaux vivent et ne sentent pas, que les animaux viventet sentent, ou, pour parler plus clairement, que les animaux sont doués de la sensibilité et que les vésétaux en sont dépourvus, les botanistes n’en recherchent pas moins une ligne de démarcation entre les uns et les autres, et jusqu ici ils n'en ont pas encore trouvé de complétement satisfaisante.

On refuse la sensibilité aux végétaux, parce que, comme je vous le dirai dans la quinzième lecon, on ne peut la supposer chez des êtres que la nature a privés de membres locomoteurs, qu’elle a attachés au sol, quine peuvent ni chercher leur mieux, ni fuir le mal ni leurs ennemis. Mais plusieurs végétaux exécutent de certains mouvements qui ressemblent à de la sensibilité : après y avoir réfléchi, les botanistes ont attribué ces mouvements à l’irrüabilité. On peut, en effet, provoquer de ces mouvements en touchant, en piquant les organes qui en sont susceptibles ; mais il y a d’autres mouvements dans les végétaux qui semblent le résultat d’une volonté ou d’un besoin ; de sorte que , sans nier l’irritabilité dans les végétaux, elle ne satisfait pas entièrement pour expliquer tous leurs mouvements.

On observe aussi que les liquides de certaines plantes ont un mouvement de circulation rendu visible par des granules que ces liquides contiennent, et qui sont entrainés dans cette espèce de circulation ; ce mouvement est attribué à ia vie organique, et on ne voit là aucune preuve de sensibilite.

On a remarqué dans d’autres plantes des particules extrêmement menues qui ont des mouvements comparables à ceux de certains animalcules microscopiques ; ces mouvementis, comme les précédents, ne paraissent pas suffisants pour accorder la sensibilité aux plantes, parce que des minéraux réduits en poudre impalpable ont montré un mouvement semblable au célèbre Brown, botaniste anglais : ce mouvement est appelé, par Turpin, grouillement brownien.

Quelques petites plantes de la famille des Algues, comme des Oscillaires, ont aussi des mouvements spontanés; on assure même qu’elles se divisent, se rapprochent pour exécuter une sorte d’accouplement, ce qui les a fait placer tantôt dans le règne animal , tantôt dans le règne végétal.

Si l’on veut distinguer les végétaux des animaux par le manque d'organes locomoteurs, on trouve aussitôt plusieurs animaux, comme les huîtres, les holothuries, plusieurs polypes qui en sont également dépourves. Veut-on dire que les animaux ont des nerfs, un cœur, et que les vésétaux n’en ont pas ? Mais combien d'animaux, du bas de l'échelle, chez lesquels les nerfs et le cœur n’ont jamais été découverts ? Enfin les botanistes n’ont encore pu trouver un caractère physique pour séparer nettement les végétaux et les animaux du bas de l’échelle.

Mais, si la botanique est impuissante pour trouver une ligne de démarcation entre les végétaux et les animaux, la physiologie en trouve une bien tranchée dans les fonctions des uns et les fonctions des autres; la voici en peu de mots.

1° Les végétaux sont chargés de décomposer l'acide carbonique, de pomper l'azote et de produire la nourriture aux animaux.

2e Les animaux sont chargés de bruler cette nourriture

et de produire de l’acide carbonique pour la nourriture des végétaux (1).

(1) Quelques auteurs, M. Schultz surtout, ne conviennent pas que l’acide carbonique soit la principale nourriture! des plantes; ils disent même que cet acide est un produit de la végétation, et que les sels humiques renferment les matières fondamentales nécessaires à l’accroissement des végétaux : cette nouvelle doctrine aura de la peine à se faire généralement adopter.

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