‹ Cours d'horticultureChapitre 27 sur 70 · QUINZIÈME LECON · texte numérisé non relu

QUINZIÈME LECON

Idée de la végétation antédiluvienne.

Messieurs , avant de nous occuper des diverses sections comprises sous le nom général de botanique, je crois devoir vous dire quelques mots de la végétation antédiluvienne, parce que celte partie des connaissances tient à la

botanique proprement dite, quoique je ne connaisse encore aucun professeur qui la mentionne dans ses éléments. Ce n’est pas que cette connaissance puisse Jamais être utile à votre éducation horticole, mais elle peut orner votre esprit, vous porter à des réflexions sérieuses et à reconnaître qu'autrefois les éléments de la terre et de son atmosphère avaient plus d'énergie qu'aujourd'hui.

Depuis environ un siècle, les naturalistes s'occupent activement de recueillir les corps organisés des siècles passés, enfermés dans diverses roches de la croûte du globe dans un temps où la matière de ces roches était encore liquide ou en suspension dans l’eau; on les rencontre dans l’exploitation de certaines carrières, de certaines mines, en fendant les pierres. Je ne vous dirai rien des animaux ainsi emprisonnés, mais Je m'étendrai un peu sur les végetaux, parce qu'ils sont de notre compétence.

Aujourd'hui plusieurs cabinets d'histoire naturelle renferment des tronçons d'arbres pétrifiés ou changés en pierre. On explique ce changement en disant que ces tron-

(214) cons ont séjourné longtemps dans des eaux qui contenaient en suspension des matières siliceuses ou calcaires, et que ces matières se sont infiltrées avec l’eau dans les tubes et les pores du bois. On suppose que ces pétrifications ne sont pas d'une très-grande antiquité , parce qu'il s’en forme encore de nos jours; aussi ne les regarde- -t-on pas comme des pAUCNEnE antédiluviennes.

Il n’en est pas de même de ceux regardés comme vivant avant le déluge ; ceux-ci ne sont pas des corps pétrifés, ce sont des empreintes, des calques fidèles de feuilles, de tiges, de fruits qui se sont trouvés enfermés dans la matière pierreuse lorsqu'elle s’est solidifiée : il n’y reste plus de bois: mais, en fendant les pierres, on trouve leur empreinte comme gravée,

L'époque ou les époques où ces végétaux ont été ainsi enfermés dans des matières pierreuses ne seront jamais connues; mais il est certain qu'elles sont extrêmement anciennes; c'est pourquoi on les place toutes avant le déluge dont parle l'Écriture (r). Quelqnes botanistes s’occupent de reconnaitre les caractères génériques et spécifiques de ces ie de végétaux enfouis, sans doute, quand la croûte du globe subissait encore des bouleversements épouvantables, et ilsles classent sous le nom de Flores antediluviennes.

Si vous n'avez pas encore eu l'occasion de voir une de ces Flores. je vous appr Frs ut elies sont composées de végeétaux qui, la plupart, n’ont plus de représentants sur le globe ; ce sont des débris de Prêles gigantesques, de Bam:bous énormes, de Graminees étranges , de Fougères, de Cycadées comme on n'en voit plus; À sorte qu’il faut admettre que, dans ces temps reculés, la végétation avait une énergie beaucoup plus grande qu'aujourd'hui.

Gi ) Les savants du premier ordre ne croient pas que ce tee ait été universel.

Cette énergie, que nous ne voyons plus, mais prouvée par les proportions gigantesques de végétaux antédiluviens, a été expliquée par M. À. Brongniart, dans un discours lu à l’Académie royale des sciences, dans lune de ses séances publiques. Ce savant botaniste dit, avec une raison très-admissible, que, à l’époque de l’existence des végétaux antédiluviens, l’atmosphère de la terre contenait une beaucoup plus grande quantité d’acide carbonique qu'aujourd'hui : or, comme l'acide carbonique contient la principale nourriture des végétaux, ceux-ci en trouvaient en abondance , et il n'est pas étonnant qu'ils prissent un accroissement plus volumineux que ceux de nos jours, qui ne trouvent plus dans notre atmosphère qu’une petite dose de cet acide carbonique.

En partant de cette connaissance, ou du moins de cette forte présomption, nous pouvons dire que, puisque l'acide carbonique n’est plus aussi abondant dans l’atmosphère qu'il l’était dans les premiers temps, il doit continuer de diminuer ou de se fixer, car tout ce qui a eu un commencement doit avoir une fin; nous pouvons ajouter que, puisque les végétaux d'aujourd'hui n’ont plus les grandes dimensions qu'avaient les végétaux antédiluviens, c’est qu'ils ne trouvent plus la quantité de nourriture que ceux de ces temps reculés trouvaient dans l’abondance d’acide carbo nique qui enveloppait la terre à cette époque. De conséquence en conséquence, nous arrivons à l’inévitable conclusion que, l’acide carbonique ayant commencé à diminuer, il n'y a aucune raison pour qu’il ne continue pas de diminuer jusqu'à ce qu’il soit épuisé; que, puisque l’acide carbonique est la principale nourriture des végétaux, il est naturel que la végétation s’affaiblisse au fur et à mesure que l'acide carbonique diminue, et que, quand il n’y en aura plus, il n’y aura plus de végétation possible.

Mais rassurons-nous , la diminution de l'acide carbonique est fort lente ; M. Dumas a calculé que, quand même,

( 216 }) dès aujourd’hui, les plantes ne fourniraient plus d'oxygène, les animaux plus d’acide carbonique, l’atmosphère en contient encore assez pour alimenter l’animalité et 1 VELÉtabilité pendant plus de dix mille ans.

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