DIX-SEPTIÈME LECON
Notions de botanique élémentaire.
Messieurs, nous voilà enfin arrivés à là science qui doit terminer votre éducation préliminaire horticole. Il entrait cependant dans mon plan de vous donner aussi quelques notions de calcul, de dessin linéaire et de géométrie élémentaire pour vous mettre en état de tracer un jardin, de le dessiner , de mesurer et cuber des masses , etc. , choses fort utiles à un horticulteur, et qui contribuent à augmenter sa réputation, quelquefois son bien-être; mais la crainte d’être accusé de trop prolonger ces leçons préliminaires me détermine à ne vous parler de ces trois arts ou sciences que pour vous inviter fortement , lorsque vous aurez fini vos études dans cet établissement, à vous adresser aux maîtres qui les professent, et d'acquérir près d’eux les notions dont vous tirerez profit plus tard dans votre pratique; aujourd’hui nous allons commencer à nous occuper de botanique.
Quoique jusqu'ici nous n’ayons pris que de légères notions sur les sciences qui éclairent l’horticulture ou qui peuvent utilement orner votre mémoire et vous porter à les étudier davantage, nous allons pourtant être obligés de consacrer plusieurs leçons à la botanique, parce que cette science touche l’horticulture de si près, que, si la diffusion des connaissances humaines continue de s'étendre dans la société, bientôt on ne pourra plus aspirer à devenir horticulteur distingué sans être en même temps botaniste.
Le mot botanique est dérivé du grec Borarn, qui signifie herbe. Tournefort appelait la botanique res herbaria, que
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l’on doit traduire par science des végétaux. Vous voyez déjà que notre profession est une partie de cette science, une partie même assez importante, puisque, au point de perfection où l’horticulture est aujourd’hui arrivée, elle montre souvent au botaniste des faits dont il ne se doutait pas et dont il profite pour rectifier ou agrandir ses idées.
Il y a longtemps que des botanistes d'élite ont senti que caractériser, décrire et classer les plantes est une science à peu près stérile, et que, pour la rendre utile, intéressante, il fallait y joindre l'application des végétaux aux besoins et aux usages des hommes. Tournefort commence son fsagoge par cette phrase : Res herbaria, quæ botanice dici solet, in duas partes dividitur, quarum prior in recta plantarum cognitione, altera 1n optimo earum usu sita est. Un peu plus tard, Linné fit entrer dans la botanique l’usage des plantes dans l’économie domestique et industrielle; plus tard encore, Pyrame De Candolle à envisagé la science des végétaux dans toute son étendue et l’a divisée ainsi :
Botanique ( anatomique ou organographique,
scientifique | physiologique, | méthodologique ou taxonomique ;
géographique, Botanique HISLOQUE ; .
RES agricole et horticole, appliquée , É économique, médicale.
Voilà comme De Candolle comprenait la botanique : le bon sens lui avait appris qu’il ne suffisait pas qu’elle se montrât savante, qu'il fallait aussi qu’elle se montrât utile. Sous ce rapport, De Candolle s’est placéfau-dessus de tous les botanistes (1).
(1) Bacon s’est souvent élevé contre ceux qui ne cultivent que la partie spcéulative des sciences.
Il y a environ cent ans que Linné, en tirant la botanique du chaos où ses devanciersla tenaient, en avait fait une science aimable, attrayante, séduisante, basée sur peu de règles faciles à entendre; maintenant, si on en excepte quelques lois inébranlables posées par l’immortel Laurent de Jussieu, ce qui passe aujourd’hui pour une vérité passera demain pour une erreur. L'étude de la botanique n’est plus un plaisir, un délassement; c’est un travail pénible de tous les jours pour ceux qui veulent se tenir au courant des innovations, des découvertes vraies ou fausses, graves ou futiles qu’on y introduit journellement sous le titre de perfectionnement. Les maïtres eux-mêmesnepeuventparveniràs entendre; depuis plusieurs années deux célébrités se livrent un combat obstiné au sein même de l’Académie des sciences, et il est probable que le combat ne cessera qu’à la mort de l’un des combattants... Avant l'invention du microscope, tous les botanistes vivaient en paix, chacun voyait aussi bien , aussi loin que son voisin, les plantes croissaient, fructifiaient, et les moissons mürissaient aussi bien qu'aujourd'hui... ; le microscope survint, et voilà la guerre allumée. C’est pourtant un instrument bien précieux qu’un microscope : il a fait découvrir bien des choses curieuses, utiles à l'avancement dés connaissances humaines; il montre les petits corps jusqu’à deux mille fois plus gros qu'ils ne sont réellement, mais alors entourés d’un tel brouillard, que chaque observateur les voit le plus souvent autrement que les autres : inde dissidia.
Je ne veux pas, messieurs, vous faire entrer dans ce tourbillon, dans ce conîlit d'opinions diverses : peut-être seulement, de temps en temps, je vous montrerai de loin le champ où les champions sont aux prises; mais nous ne prendrons pas part à la lutte. Les notions que je vais vous donner de la botanique seront basées sur ce qu'il y a de mieux établi et de moins contestable.
Avant d'aborder la matière, je dois vous prévenir que la botanique n’est pas une science de noms, comme le disent
souvent ceux qui ne la connaissent pas; elle est si peu une science de noms, qu’on peut être profond botaniste sans connaître Le nom d’un seul végétal. La nomenclature n’a été établie que pour indiquer les plantes vues, étudiées, caractérisées, afin que les autres observateurs puissent les reconnaître.
Anatomie des végétaux.
Puisque c’est sur des plantes que l’horticulture et la botanique s’exercent, il est naturel que nous cherchions à savoir ce que c’est qu’une plante. Je vous ai déjà dit que Linné avait défini la plante un étre qui croît et vit; et, comme la vie ne peut se manifester que par le jeu des organes , la plante contient donc des organes. L’anatomie étant la science qui apprend à trouver le nombre, la forme, la nature et la position relative des organes, nous allons faire de l’anatomie en recherchant les organes des plantes.
Peut-être savez-vous qu’on a écrit que le Chène avait été renfermé tout entier dans le gland; peut-être aussi seriezvous disposés à penser que tous les organes d’un végétal sont renfermés dans sa graine? Ce serait une erreur de le croire : la végétation fait développer des organes qui n’existaient pas dans la graine. C’est donc dans des végétaux tout développés, et même des plus compliqués, que nous devons chercher l’ensemble des organes.
Organes simples ou élémentaires.
1° Cellule. En anatomisant ou disséquant une plante, on arrive à reconnaitre que les plus petites parties organisées sont des vésicules membraneuses fermées de toute part, généralement appelées cellules. Il est bien démontré que toute organisation végétale commence par une cellule, et que les autres organes ne se montrent qu'après. Dans leur première jeunesse, les cellules sont ordinairement isolées, arrondies ou
ovales, fig. 4 ; mais, en croissant et se multipliant, elles se rapprochent, fig. 2. Bientôt elles éprouvent des pressions qui les rendent plus ou moins anguleuses; dans beaucoup de végétaux, elles finissent par se souder à leur point de contact et prendre le plus souvent une forme hexagone, fig. 3. L’ensemble des cellules constitue le tissu cellularre. Plusieurs cellules montrent des points, des lignes, fig. 4, 5, 6, 7, dont nous parlerons plus bas.
Fig. 1.
2° Cellules allongées, fig. S et 9. Celles-ci ont la forme d’un fuseau rétréci et toujours fermé aux deux bouts; elles
paraissent quelquefois soudées bout à bout, a, b : nous en reparlerons.
5° Fibres, fig. 40. Ce sont des tubes creux ou. pleins d’une ténuité extrème, réunis en grand nombre en faisceaux, toujours d’une force et d’une résistance infiniment plus grandes que les cellules : leur Régie constitue le tissu fibreux.
4° Vaisseaux lymphatiques, fig. 14. Ce sont des tubes d’un diamètre très-variable, mais toujours plus grand que celui des fibres, et dont ils se distinguent particulièrement en ce qu'ils sont d’une résistance beaucoup moins grande. Ces vaisseaux se montrent avec des bourrelets circulaires , fig. 12; avec des bourrelets interrompus, fig. 15 ; anguleux avec des lignes transversales sur les faces, fig. 14; cylindriques et comme articulés, fig. 45. Nous reviendrons sur tous ces aspects; mais constatons ici que les vaisseaux lymphatiques sont toujours beaucoup moins nombreux que les fibres, et que leur ensemble constitue le tissu où système vasculaire.
Fig. 15.
5° Vaisseaux laticifères, fig. 16. La découverte de ceux-, ci n’est pas très-ancienne : ils sont translucides, rameux , anastomosés, très-variables dans leur diamètre, et contiennent le suc propre des plantes appelé latex, souvent coloré, et dans lequel nagent des granules. Cette sorte de vaisseaux n’a encore été observée que dans ou attenant le liber des écorces.
6° Trachées, fig. 17 et 18, sont des fibres roulées en spirale et formant des tubes : il y a des trachées formées d’un, deux, trois, quatre, et d’un plus grand nombre de fibres dis-
Rnb ee. ni
posées en ruban roulé en hélice; c’est dans les pétioles des feuilles de Bananier qu’on trouve les plus grosses trachées.
Tels sont les organes élémentaires observés jusqu'ici dans les plantes ; mais les anatomistes mentionnent aussi, à lasuite de cesorganes, certains vides qui paraissent remplir des fonctions, sans qu'on puisse cependant les considérer comme des Corps, puisque les parois qui les circonscrivent ne leur appartiennent pas. Voici les noms donnés à ces vides :
7° Méats. On appelle ainsi les vides qui peuvent se trouver entre les cellules, fig. 2, a; il s’en trouve aussi entre les fibres et les vaisseaux.
8° Lacunes. Ce sont des déchirures qui se forment naturellement ou accidentellement dans les tissus par suite de la végétation; le vide qui se trouve dans le chaume du Blé est une lacune naturelle, tandis que celui qui se trouve quelquefois au centre d’une Pomme est une lacune accidentelle causée par un excès de végétation qui a forcé la columelle à se diviser en plusieurs parties.
9° Pores. Gn suppose que l’épiderme des plantes est criblé de trous infiniment petits, comme le serait celui de l'espèce humaine; mais on ne les a pas encore constatés ni dessinés dans l’un ni dans l’autre.
10° Siomates. Les stomates sont de petites ouvertures ovales entourées de deux bourrelets en rein, s’ouvrant à la sécheresse et se fermant à l'humidité, inégalement dispersés sur l’épiderme des feuilles, particulièrement sur la face inférieure, fig. 49, a, à, a.
11° Lenticelles, fig. 20, sont de petites fentes ovales , oblongues ou linéaires qui se forment vers la base des jeunes rameaux, très-visibles particulièrement chez le Pêcher et le Poirier soumis à la taille; elles sont remplies de granules ou de vésicules plus ou moins desséchées.
Fig. 19.
Peut-être les anatomistes auraient-ils pu placer aussi au rang des organes élémentaires certaines glandes, certains poils qui remplissent des fonctions plus ou moins connues ; mais, jusqu'ici, ils se sont bornés à ceux que je viens de vous signaler.
Messieurs, dans le commencement de cette leçon, je vous
ai dit que peut-être et de temps en temps je vous montre-
rais de loin le champ où les botanistes sont aux prises, mais que nous ne prendrions pas part à la lutte; voici la première octasion de vous montrer deux de ces débats.
1° Pendant longtemps, les maïtres de la science se sont évertués pour savoir ce que c’est que les points et les lignes transversales qu’on voit sur les cellules, fig. 4, 5, 6 et 7, et sur les vaisseaux arrivés à l’état adulte, fig. 12, 13, 14 et 15. Les plus empressés direntque c’étaient des pores différemment figurés pour le passage des liquides; d’autres nièrent l’exis-
tence des pores sur les membranes, et soutinrent que ce que :
l’on prenait pour des trous était, au contraire, des points élevés et des bourrelets. Maintenant ce n’est plus rien de tout cela, il n’y a ni trous ni bourrelets sur les membranes; elles
ar
sont transparentes, on voit au travers d’autres membranes qui se forment dans leur intérieur, qui se déchirent en lambeaux et laissent leurs débris attachés par-ci par-là à la première membrane. Cette explication, qui est la dernière donnée, ne satisfait pas complétement ceux qui joignent le raisonnement au visu; d'abord les points et les lignes qu’on voit sur les membranes sont toujours placés régulièrement et forment des figures régulières, et le raisonnement a de la peine à admettre que des déchirures, des lambeaux puissent paraître toujours sous des figures régulières. La régularité suit un plan, la déchirure n’en connaît pas, et la logique se refuse à croire que le désordre puisse produire la régularité.
2% Voici la seconde remarque. Tous les anatomistes reconnaissent depuis longtemps que les cellules arrondies, anguleuses ou plus ou moins allongées sont closes de toute part : ceci est un point d'anatomie incontestable. Quand deux cellules se touchent, se soudent par une partie de leur surface, leurs parois non-seulement restent entières, mais elles se trouvent doublées à l'endroit soudé : ceci est encore un point incontestable ; cependant, aujourd'hui, les maïtres de la science enseignent que les vaisseaux lymphatiques, les fibres mêmes sont formés de cellules ajustées bout à bout. Cette manière d'expliquer la formation des vaisseaux et des fibres avec des cellules fermées de toute part et ajustées bout à bout est difficile à concevoir, quand on sait que les fibres et les vaisseaux sont fistuieux dans toute leur longueur, qu’il n’y a ni cloisons ni vaivules qui s'opposent à la marche des liquides et de l’air dans ces vaisseaux et ces fibres. Pour prouver que ces organes sont formés de cellules ajustées bout à bout, les maitres disent qu'ils ont mis des vaisseaux dans de l’acide nitrique, et que ces vaisseaux se sont désarticulés en utricules sous forme de barrique ou de tonneau défoncé aux deux bouts; mais cette explication n’est nullement satisfaisante, car, si l’acide nitrique a détruit les membranes qui formaient des cloisons au bout des cellules ajustées bout à bout, on ne
dira pas, je l'espère, que la nature fait couler de l’acide nitrique dans les vaisseaux des plantes pour détruire des eloisons qu'elle-même aurait formées contrairement à son plan, qui est que les liquides et l’air parcourent les vaisseaux et les fibres avec facilité.
Messieurs, quand les maîtres, sur la foi de leur microscope, avancent des choses que le raisonnement ne peut admettre, gardons le silence, et continuons de croire que la nature, au lieu d'ajuster des cellules bout à bout pour faire des fibres et des vaisseaux, sait prolonger ceux qu’elle a commencés, en continuant leur organisation avec la matière élémentaire qui se trouve toujours au bout inachevé de ces vaisseaux. Quant aux points, aux lignes, aux étranglements que nous voyons sur ces vaisseaux, atiribuons-les au plan de la nature, en attendant que les maîtres nous en donnent une explication plus rationnelle que toutes celles qu’ils nous ont données jusqu'ici.
Après cette petite digression, qui ne doit pas nous empécher de reconnaître beaucoup de mérite dans ceux qui font des efforts pour expliquer les secrets de l’organisation végétale mieux que l’ont fait leurs devanciers, terminons cette leçon par quelques mots provisoires sur la fonction des cellules.
Les cellules semblent particulièrement destinées à produire la fécule dans leur intérieur; mais on en trouve aussi qui n’en contiennent pas et d'autres qui contiennent des cristaux de différentes formes.
La fig. 21 montre une cellule très-grossie, contenant des grains de fécule de différentes formes et grosseurs, les uns encore jeunes, les autres parvenus à maturité. On remarque que chaque grain de fécule a toujours, à quelque endroit de sa surface, un hile comme un point d'attache, fig. 22, a, autour duquel sont des cercles qui indiquent autant de couches de matière qui sont venues s'ajouter, non sur les premières couches, mais en dessous, en s’introduisant à l’état liquide par le
( 28m) hile, qui alors peut être comparé à une bouche, puisque, selon M. Payen, un grain de fécule n’est jamais attaché à la cellule qui le contient.
La fig. 25 montre trois cellules polygones, dont l’une a contient des grains de fécule; la seconde b, des cristaux en aiguilles appelés raphides : la troisième c, déchirée par un bout, montre les raphides qui s’en échappent. Dans d’autres plantes, ce ne sont pas des raphides que certaines cellules contiennent, c’est un amas de cristaux, fig. 24, tantôt pyramidaux, tantôt cubiques, polygones, etc. : tous ces cristaux sont sénéralement formés de carbonate ou d’oxalate de chaux.
N’allez pas confondre la fécule et les cristaux avec les organes élémentaires dont je vous ai fait l’énumération plus haut ; ces substances sont le produit des organes, mais ne sont pas elles-mèmes des organes. |
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