‹ Cours d'horticultureChapitre 36 sur 70 · VINGT-UNIÈME LEÇON · texte numérisé non relu

VINGT-UNIÈME LEÇON

Des feuilles.

Messieurs, les feuilles des plantes, ces parties ordinairement laminées que vous connaissez (ous, sont considérées comme des expansions ou des appendices qui naissent sur les jeunes tiges et sur les rameaux pour en multiplier la surface. Dans la botanique descriptive, les feuilles fournissent tant de caractères, que, si on les uégligeait, il ne resterait presque aucun moyen de distinguer les espèces les unes des autres. Un autre intérêt s'attache encore aux feuilles : on suppose qu'elles sont les poumons des plantes, qu’elles reçoivent de l’air les gaz utiles à la végétation et qu’elles rejettent ou exhalent ce qui lui est nuisible. Considérées sous ce dernier point de vue, il semble qu'aucune plante ne pourrait vivre sans feuilles, et pourtant il existe des plantes et même de grands arbres qui végètent parfaitement et dont les feuilles sont réduites à un tel état rudimentaire, que c'est comme si eiles n’existaient pas. La physiologie explique cette exception d’une manière plus ou moins plausible. DA

Les botanistes, ayant besoin pour leurs descriptions de tous les caractères que peuvent fournir les feuilles, en ont trouvé de trois sortes principales qui se subdivisent en plusieurs autres : 1° ceux produits par les divers modes d’insertion des feuilies sur les végétaux, 2° ceux produits par les diverses directions des nervures de ces mêmes feuilles , 3° ceux produits:par les différentes formes des feuilles. Sous

le premier chef, on trouve que les feuilles naissent alternes, opposées, verticillées, rarement éparses ; sous le second chef, on trouve que les nervures des feuilles sont simples, parallèles, pennées, pédalées, palmées; sous le troisième chef, on trouve que les feuilles sont sessiles ou pétiolées, et qu’elles ont des formes tellement variées, que la langue manque de termes pour les exprimer toutes avec clarté. Les botanistes admettent encore des feuilles radicales, c’est-àdire qui naïtraient sur les racines; mais ce n’est qu’une apparence; les racines ne produisent pas de feuilles immédiatement , elles produisent des bourgeons plus ou moins longs, et ce sont eux qui produisent des feuilles près ou loin des racines.

Outre les formes des feuilles, on remarque aussi qu'il y en à qui sont caduques, c’est-à-dire qui naissent, meurent et tombent dans l’espace d’une année, comme celles des Poiriers, et d’autres qui vivent et persistent trois ans et plus, comme celles de l’Oranger; mais ces deux caractères n’ont de valeur que dans nos pays septentrionaux,, car entre les tropiques il n’y a qu'un très-petit nombre de végétaux à feuilles caduques. Enfin, les feuilles étant destinées à jouer un grand rôle daus la végétation, elles tirent toutes leur origine de la moelle centrale du rameau qui les porte, du moins dans les dicotylédons ; quant aux monocotylédons, la question est encore en litige.

Dispositions des feuilles sur les plantes.

Feuilles alternes, fig. 54. La très-grande majorité des plantes ont leurs feuilles ainsi disposées. Quand leurs points d'insertion semblent décrire une spirale autour d’un rameau, on les dit alternes en héhce, et il y a plusieurs modifications d’hélice que vous apprendrez par l'usage; quand elles paraissent placées sur deux lignes droites de chaque

( 279 ) côté du rameau, on les dit alternes distiques ou simplement distiques. |

Fig. 54.

Feuilles opposées, fig. 55. On désigne ainsi les feuilles quand leurs points d'attache se trouvent opposés deux à deux sur le rameau ; lorsqu'elles sont opposées trois à rois, on les dit éernées, lorsqu'elles ie sont quatre à quatre, quaternées, el même quinées quand elles le sont cinq à cinq.

Les feuilles opposées deux à deux sont les plus fréquentes après les feuilles alternes; elles caractérisent les plantes de la grande famille des Rubiacées à l’aide de leurs stipules et quelques autres genres.

Feuilles verticillées, fig. 56. On appelle ainsi les feuilles

( 276 ) quand leurs points d'attache, au nombre de six ou davantage, forment un cercle autour du rameau. Ce mode d'insertion n’est pas fréquent ; ‘il ne caractérise que quelques genres dans les Rubiacées et ailleurs quelques espèces.

À ces trois modes d'insertion, il faut encore ajouter trois considérations qui peuyent s'appliquer à chacun d’eux : 4° les feuilles peuvent être pétiolées, c’est-à-dire portées par une espèce de queue antérieure a « &, fig. 54 ; 2° elles peuvent être privées de pétiole et paraître portées immédiatement par le rameau, fig. 55 : alors on les dit sessiles ; 5° les feuilles peuvent avoir près de leur insertion, soit sur leur pétiole, soit sur le rameau, soit sur les deux ensemble, des appendices de forme irès-variable appelés stipules, comme dans la fig. 57 a. Toutes ces différences forment des caractères dont les botanistes font usage dans leurs descriptions. Quand on ne peut rapporter l'insertion des feuilles à aucun ordre, on dit qu'elles sont éparses.

Fig. 56. Fig. 57:

Encore une observation. Les trois principaux ordres dans lesquels les feuilles se détachent des rameaux qui les portent se trouvent quelquefois mélangés sur la même plante; plus souvent aussi, une plante naissante montre ses premières feuilles dans un ordre, et les suivantes dans un autre ordre.

Je passe sous silence la disposition des nervures dans les feuilles et vous invite à l’étudier vous-mèmes; vous trouverez avec plaisir que quelquefois elle suffit seule pour dé-

( 277 ) terminer des genres, des familles entières; les Mélastomées, par exemple, qui contiennent une douzaine de genres et quatre ou cinq cents espèces, se rapportent toutes à leur famille par la seule inspection des nervures de leurs feuilles.

De la forme des feuilles.

C’est par la forme de leurs feuilles, jointe à leur mode d'insertion, que presque toutes les espèces végétales se distinguent les unes des autres. On ne peut donc guère étudier les espèces sans la connaissance préalable des noms donnés aux diverses formes et modifications qu'affectent les feuilles. L’énumération de toutes ces formes serait aussi fastidieuse que contraire au plan que je me suis proposé de suivre dans ces leçons très-élémentaires : je ne veux, messieurs, que vous ouvrir les portes de la botanique et vous laisser le plaisir d'étudier, de deviner vous-mêmes les nombreuses modifications dont je ne vous parlerai pas, et cela vous sera assez facile au milieu de la multitude de plantes diverses de cet établissement.

Il existe, parmi les plantes grasses surtout, des feuilles de forme si étrange, qu'il faut de l’habitude pour les ranger au nombre des feuilles : d’autres familles en contiennent aussi qui, par leur forme singulière, semblent destinées à d’autres fonctions qu’à celles d’absorber et d’exhaler des fluides; telles sont certaines feuilles du Margravia umbellata, du Norantea, du Sarracenia, du Nepenthes distillatoria, et quelques autres.

Pour vous donner une idée de ces feuilles, rares dans la culture, je vous présente, fig. 58, la forme très-réduite de celles du Sarracenia Drummond; c’est un tube creux en entonnoir, réticulé et couvert d’un opercule à moitié ouvert. Il est probable que dans son pays, l'Amérique du Nord, ce tube se remplit d’eau limpide comme fait celui du Nepenthes en Chine.

On trouve encore par-ci par-là des plantes dont les feuilles n’ont rien de singulier dans leur forme, mais qui diffèrent de toutes les autres par leur engencement sur Îes rameaux; ainsi on rencontre des fewlles perfohées, c’est-à-dire qui semblent percées par le rameau qui les porte, fig. 59 : cellesci ne peuvent se trouver que parmi les feuilles alternes , comme dans le genre Buplèvre.

Un autre engencement se rencontre assez fréquemment dans les feuilles opposées ; c’est lorsque deux feuilles opposées et sessiles se soudent par leur bord inférieur et semblent n’en faire qu’une qui embrasse la tige : on les appelle alors feuilles coadnées, fig. 60, prise sur lEucalyptus pulverulenta, qui présente aussi un exemple de feuilles cruciées. Le plus bel exemple de feuilles coadnées est celui que nous offre le Chardon à foulon, Dipsacus fullonum. Là les deux feuilles forment un grand vase que la pluie remplit d’eau pour l’usage des oiseaux, dit Bernardin de Saint-Pierre. Les feuilles de quelques Chévrefeuilles grimpants se trouvent

( 279 ) également coadnées, fig. 61, et forment le vase ,; mais non aussi merveilleusement que chez le Chardon à foulon. |

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Fig. 61 ZX, | LE.

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Quand les feuilles sont pétiolées, le péfiole est toujours composé d’un ou plusieurs faisceaux de fibres qui se divisent diversement dans la lame ou mbe de la feuille, y forment un réseau plus ou moins compliqué dont les mailles sont remplies de tissu cellulaire qui, ici, prend le nom de parenchyme, le tout recouvert d’un épiderme. Le limbe d’une feuille à sa face supérieure et sa face vnférieure.

Parmi les nombreuses épithètes employées à caractériser les diverses formes des feuilles, il en est, plusieurs tirées de

la langue usuelle et qui s’entendent facilement : ainsi, quand on dit qu’une feuille est arrondie, ovale, en cœur ou cordiforme, lancéolée, linéaire, aiguë, obtuse, etc., il n’est pas même nécessaire de la voir pour s’en faire une idée; mais il y a aussi des épithètes qui n’appartiennent qu’à la langue technique des botanistes, et qu’il vous faudra apprendre dans les ouvrages de botanique, puisque, comme je viens de vous le dire, je ne dois ici que vous ouvrir les portes de cette science. Je vais donc me borner à vous montrer quelques exemples de feuilles qui seront comme des jalons pour vous guider dans ce labyrinthe de formes.

4° Feuille avorteée. En botanique rationnelle, une feuille réduite à l’état d’écaille , si petite füt-elle, n’en reste pas moins une feuille, sans fonction appréciable, il est vrai, mais conservant toujours dans son aisselle le germe que la nature y a placé. Ainsi les écailles disposées en verticille sur les rameaux du Casuarina stricta, fig.62, a a a, sont des feuilles

avortées ; les germes qu’elles ont dans leur aisselle ne se développent pas toujours, mais il s’en développe assez souvent

en rameaux pour faire ramifier l'arbre, comme on le voit

Fig. 63.

en 6. Dans le Spartium monospermum , fig. 65, les feuilles avortées sont encore plus rudimentaires : l’écaille a avaït dans son aisselle un germe qui s’est développé en rameau muni d’autres écailles b, b, b, qui recouvrent également d’autres germes qui peuvent se développer en rameaux ou en fleurs.

2° Feuilles primaires des Pins. Tous les Pins provenant de graines ne présentent, pendant leur première jeunesse, que des feuilles solitaires, simples, planes, acuminées, ordinairement ciliées, fig. 64, a, plus blanches et fort différentes de celles qui naitront ensuite dans leur aisseile.

5° Feuilles secondaires des Pins. Quand les jeunes Pins sont âgés de trois à six ans, leurs feuilles primaires perdent de leur longueur et se réduisent en écailles,

fig. 65, a, de l’aisselle desquelles sortent des feuilles secondaires d autrement’ constituées, de forme aciculaire, plus ou moins longues selon les espèces, réunies en fais-

Fig. 65. Fig. 66. Fig. 67.

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