‹ Cours d'horticultureChapitre 7 sur 70 · TROISIÈME LEÇON · texte numérisé non relu

TROISIÈME LEÇON

Messieurs, dans les séances précédentes, nous avons reconnu qu'il n'était pas possible à l’homme, éclairé seulement par les lumières des sens et de l'esprit, de savoir avec certitude quand ni comment la terre a commencé d'exister,

et que tout ce qu’on a pu dire de son origine se réduit à des hypothèses plus ou moins probables, mais qu'il est certain qu'elle a éprouvé de grandes révolutions par l’eau et par le feu, et qu'aujourd'hui même elle conserve encore une chaleur immense dans ses entrailles.

Nous avons vu que les vallées ont été creusées par des courants d’eau qui ont entrainé la terre qui se trouvait sur leur passage ; que des montagnes ont été formées par des feux souterrains qui ont soulevé la croûte du globe en certains endroits ; que d'autres montagnes ont été formées des matières accumulées par des courants d’eau, et qu’il existe des élévations isolées qui ne paraissent montagnes que parce que les eaux ont entrainé la terre qui était autour d'elles; tels sont aujourd’hui le mont Valérien, le piton sur lequel est bâtie la ville de Laon;

Qu'on n’a encore pu pénétrer dans la croûte du globe que jusqu’à 600 mètres de profondeur; que la couche de roches la plus inférieure, et sur laquelle paraissent reposer toutes les autres couches pierreuses et terreuses, est formée de granit; qu’on rencontre, à différentes profondeurs, des débris de végétaux et d'animaux, et qu’en raison de la position relative de leurs débris et de leurs empreintes on

(37 } est:en droit d'assurer que les végétaux ont existé sur la terre avant les animaux ; qu’on trouve aussi, à différentes profondeurs, des nappes d'eau tranquilles, et des ruisseaux plus ou moins rapides, qui sont l’origine des sources et des fontaines ;

Que les différentes sortes de pierres se sont formées par cristallisation, par stratification et par agglutination de substances minérales ; que les principales de ces substances, quil vous importe de connaître, sont la silice , la chaux, l’alumine et la magnésie ; que ce sont ces quatre substances, divisées et mélangees par les eaux, par le feu et par les influences atmosphériques, qui forment la terre plus ou moins cultivable de la superficie du’ globe ; que le terreau qui sv trouve mélangé en plusieurs endroits provient de la décomposition des végétaux et des animaux; et qu’enfin toutes les substances solides qui se trouvent dans la croûte du; globe peuvent se diviser en trois grandes classes, qui sont les matières terreuses , les matières combustibles et les matières métalliques.

Aujourd hui nous allons emprunter les secours de la chimie pour nous aider à prendre une connaissance plus intime de celles de:ces matières qui composent la terre que nous cuivons , et de leur influence respective sur la vegétation.

Notions de chimie:

La chimie est la science qui apprend à connaitre la nature des corps, le nombre des substances qui les composent , les propriétés qu'ont ces substances de se rechercher ou-de se: fuir. et la manière dont ellesinfluent les unes sur les autres;

Vous voyez, par cette définition, messieurs, que la chimie est une science aussi vaste que curieuse. C’est elle qui nous. apprend de quoi sont composés l’air que nous respirons, l’eau et le vin que nous buvoss, les végétaux ct

( 28 ) les animaux que nous mangeons, la pierre avec laquelle nous bâtissons nos maisons, et la terre que nous cultivons.

Pour le chimiste, un corps, quel qu’il soit, n’est qu’un assemblage de molécules de même nature ou de natures différentes. Dans les corps formés de molécules de même nature , les molécules sont unies par une force appelée cohésion ; dans les corps formés de molécules de diverses natures, les molécules sont unies par une force appelée affinité.

Mais ces deux forces peuvent être augmentées, détruites ou modifiées par le chaud, par le froid, et par un certain nombre de substances gazeuses, liquides ou solides, douées, à différents degrés, d’afhinités différentes, et appelées, pour cette raison, réactifs et agents chimiques. De là, la multiplicité de combinaisons et de changements qui s’opèrent continuellement dans la nature.

Je vais vous donner une idée de ces combinaisons par des exemples pris dans les terres minérales qui, par leur mélange, forment la terre cultivable.

Un métal appelé calcium, combiné par affinité avec un gaz nommé oxygène , a formé la matière appelée chaux ; et, comme le gaz oxygène, en s’unissant à un corps, a la propriété de le brüler ou l’oxyder, les chimistes appellent la chaux oxyde de calcium ; d’où il suit que toutes les terres minérales dont nous allons nous occuper ont pour base un métal oxydé, et que la pierre ou la terre qui en provient doit être considérée comme un oxyde de ce métal. Ceci bien entendu, je continue. La chaux, unie à l'acide carbonique, a formé le carbonate de chaux ou la pierre à chaux. Si on fait cuire ce carbonate de chaux dans un four, il perd son acide carbonique, devient alcalin et s’appelle alors chaux vive. Si on verse de l'eau sur cette chaux vive, une partie de l’eau se solidife à l'instant, parce que la chaleur qui la tenait à l’état liquide s'en dégage; l’autre partie , qui ne s'est pas solidifiée, s'élève en vapeur, et, quand toute la

chaleur est dissipée, la chaux est éteinte : alors elle a acquis une propriété éminemment alcaline qu’elle n'avait pas avant la cuisson. Cependant la chaux éteinte n'a pas perdu son affinité pour l'acide carbonique; elle recommence à absorber peu à peu de celui qui se trouve dans l'atmosphère, et après un temps considérable elle peut redevenir à l’état de pierre à chaux ou de carbonate de chaux.

La chaux est peut-être une des substances les plus abondantes de toutes celles qui existent dans la croûte superficielle du globe terrestre ; les os de tous les animaux en sont formés. Il v a, dans la mer, de petits animaux appelés polypes, qui font continuellement de la chaux connue sous les noms de corailet de madrépore. Ces petits animaux produisent tant de chaux, qu’ils en forment des montagnes et des iles entières qui s'élèvent du fond de la mer dans plusieurs contrées des pays chauds.

La pierre à plâtre, que les minéralogistes appellent gypse, est également de la chaux qui, au lieu d’être unie à l’acide carbonique, est unie à l'acide sulfurique, et il en résulte un sulfate de chaux dont les propriétés sont nécessairement différentes de celles du carbonate de chaux.

Quand on fait cuire la pierre à plätre dans un four, elle ne perd que son humidité; sonacide sulfuriquene s'échappe pas comme fait l'acide carbonique de la chaux. Lorsque ensuite , après avoir brisé cette pierre , on la gâche pour en faire un mortier, elle absorbe l’eau avec une grande avidité, parce qu’elle avait perdu toute la sienne par la cuisson, et que son alcali a une grande affinité pour l’eau.

La chaux se combine encore avec d’autres acides. avec d’autres alcalis, et forme des composés aussi différents entre eux que la pierre à chaux et la pierre à plâtre; mais ce que je viens de vous dire de ces dernières suffit pour que vous vous fassiez une idée de la composition des autres. Je me borne à vous rappeler que généralement on appelle pierre calcaire, terre calcaire la pierre et la terre où

la chaux domine : ainsi l’albâtre, le marbre, la craie , là marne, la pierre à bâtir des environs de Paris sont calcaires, ainsi que les terres formées en grande partie des débris de toutes ces pierres. Plus tard, je vous apprendrai comment on reconnait la présence de la matière calcaire dans une terre quelconque. Maintenant nous passons à la silice.

Un deuxième métal appelé silicium, uni au gaz oxygène, est devenu un oxyde de silicium nommé silice. Cette substance est plus dure, plus sèche et: plus rude que la chaux; elle ne fait pas effervescence avec les acides. Le cristal dé roche est de la silice presque pure; la pierre à fusil est aussi de la silice, mais moins pure que le cristal de roche ; le granit, le grès sont de la silice; enfin les cailloux, plusieurs graviers, le sable sont de la silice plus ou moins pure. C’est sous forme de sable et de gravier qu'elle se trouve dans les terres cultivables. Unie à un alcali tel que la soude ou la potasse, et soumise à un feu ardent, elle se change en verre. Nous reparlerons de la silice quand nous ferons l'analyse des terres, et quand nous nous occuperons de son influence sur la végétation.

Un troisième métal, nommé aluminium, uni au gaz oxygène, a produit un oxyde d'aluminium appelé alumine, que nous autres cultivateurs ne connaissons guère qu’à l’état d'argile. L’alumine, unie à une certaine portion de chaux , forme l'argile , qui se trouve, comme vous savez , en masses plus où moins considérables dans la: terre. L’argile est bleue, blanche où jaunâtre , selon les diverses substances qui sont mélées avec elle. L'alun, que vous connaissez tous, est un.sel d'alumine. |

Quand l’argile n'est pas très-mélangée avec d’autres substances , elle est douce au toucher, sans saveur, et sa propriété de happer à la langue la distingue aisément de tous les autres oxydes terreux ; elle doit cette propriété à sa grande aflinité pour l’eau : elle absorbe une grande quantité

(31) de ce liquide, et, quand elle en est saturée, elle ne le laisse plus passer. C’est d’après cette remarque qu’on corroie une chemise d'argile autour des bassins où l’on veut conserver de l’eau. | | Ho

L’argile prend un grand retrait en séchant, soit à l'air libre , soit à la chaleur d’un four; mais on s'y oppose jusqu'à un certain point en mêlant à l'argile plus ou moins de sable siliceux.

C’est avec de l’argile grossière, mélangée avec de la silice grossière , que l'on fait les poteries dont nous -nous servons en horticulture; mais, bien épurée et mélangée avec de la silice également. bien épurée, on en fait les diverses faïences.

Un quatrième métal, appelé magnésium, combiné au gaz oxygène, est devenu un oxyde de magnésium, qu’on appelle magnésie. Cette substance ne se trouve guère ni pure, ni réunie en grande masse dans les terres de France ; c’est dans la pierre à chaux, dans la marne, dans le tal, l’amiante, la serpentine, quelques ardoises, et dans différents schistes, qu'on la rencontre en plus ou moins grande quantité. Il y a des eaux, en Angleterre, qui la tiennent en dissolution, et c’est de ces eaux qu’on tire les sels d'Epsom et de Sedlitz, qui ne sont que de la magnésie préparée et qui a une vertu purgative. ;

La présence de la magnésie dans une terre se reconnaît plutôt par ses propriétés chimiques que par ses caractères physiques. Outre celle qui peut se trouver au-dessous de la couche de terre remuée dans les cultures, il en descend encore des montagnes avec des débris de schiste et d’autres roches qui en contiennent, et en se mêlant à la terre cultivable elle la rend d’abord stérile, parce que sa causticité est nuisible à la végétation; et, comme elle n'a qu’une faible affinité pour l’acide carbonique, qui est de nature à détruire sa causticité, elle peut rester nuisible à la végétation pendant plusieurs années ;, cepenilant elle finit par

se saturer d'acide carbonique et n'être plus nuisible à la végétation ; le célèbre Davy assure même qu'elle lui devient favorable.

Il y a une marne blanche très-friable aux environs de la Croix-de-Bernis , près Paris, dont on fait un grand usage comme amendement, qui contient beaucoup de magnésie qui n’est nullement nuisible à la végétation, parce que cette magnésie est carbonatée, c’est-à-dire saturée d'acide carbonique ; tandis qu'il est bien prouvé que la magnésie caustique, ou non carbonatée, est nuisible aux cultures, soit en rendant la terre stérile, soit en donnant une mauvaise qualité à ses produits : ainsi on a remarqué qu’elle rendait les Raves d’une amertume insupportable ; qu’une terre qui paraissait avoir tous les éléments nécessaires à la fertilité était cependant stérile, parce qu’elle contenait un peu de magnésie à l’état caustique. , |

Le moyen de faire perdre sa causticité à la magnésie d'une terre est d'y mêler de la tourbe ; l’acide carbonique de celle-ci se communique peu à peu à la magnésie et en détruit la causticité.

Je vous ai nommé, messieurs, les quatre métaux qui ont produit les substances minérales qui forment la base de la terre cultivable ; ce sont la chaux, la silice, l’alumine et la magnésie. Cette dernière, beaucoup moins abondante que les autres, est à peine connue des cultivateurs, parce qu’elle ne se rencontre que dans quelques contrées , et toujours en petite quantité, tandis que Îes trois autres se trouvent partout et toujours plus ou moins mélangées ensemble. ù

La minéralogie et la chimie prouvent que les roches les plus dures comme les plus tendres sont formées, en grande partie, de ces substances. L'observation journalière prouve aussi que ces mêmes roches, dures ou tendres , se décomposent peu à peu, et que ce qui s’en détache se réduit définitivement en terre plus ou moins divisée. Et,

comme il y a un grand nombre de siècles que les roches se décomposent ainsi, il n’est pas étonnant que leurs débris aient formé une couche de terre minérale fort épaisse à la surface du globe. C’est là, du moins, la marche lente et tranquille de la nature aujourd’hui. Mais tout atteste qu'’autrefois elle agissait plus rapidement et avec une violence dont la pensée seule nous effraye. Alors des feux souterrains bouleversaient continuellement la surface du globe ; ils en brisaient les rochers, les faisaient sauter en l'air, les calcinaient et les mettaient en poudre. Les eaux, de leur côté, venaient délayer, mélanger tous ces débris, les entrainaient et allaient les déposer en grandes masses dans les endroits les plus bas. Nous avons encore sous les yeux une faible image de ces catastrophes; de temps en temps les volcans, dans leurs éruptions, brisent encore les rochers, les fondent et les rejettent en laves , en scories et en cendres à la surface du sol ; la mer s'empare de ces débris, les dissout, les entraîne, et va les déposer pêle-mêle à des distances inconnnes.

Si ces deux moyens bien constatés, qu'emploie la nature pour diviser les roches, ne vous semblaient pas suffisants pour avoir produit toute la quantité de terre minérale que vous voyez à la surface du globe, vous pourriez supposer avec quelques savants que toute la matière terreuse n'avait pas été convertie en roches lorsque le globe terrestre a pris de la solidité. Quoi quil en soit, aucune des quatre terres minérales répandues à la surface du globe ne serait nullement propre à la végétation si elle était restée pure ou sans mélange, si les eaux, les vents et d’autres causes inconnues aujourd'hui ne les eussent mélangées en proportion plus ou moins grande, et avec cela si elles n'étaient pas toujours tenues dans un certain degré de chaleur et d'humidité.

Ce que je viens de vous dire, messieurs, sur les combinaisons et les changements qui s’opèrent sans cesse entre

| (34) les substances terreuses n'est qu'un très-léger apercu de ce qui se passe dans la nature entière. Toute la matière du globe et de l’atmosphère est soumise aux forces physiques, chimiques et mécaniques, qui sont les instruments que la nature emploie pour donner la vie et le mouvement à l'univers.

Quel est le but de votre profession, messieurs? C’est évidemment d’aider la nature à produire; et comment pourriez- vous l'aider à produire, si vous ne connaissiez ni sa marche ni ses moyens? et comment pourriez-vous parvenir à les connaitre, si vous ne les étudiiez pas? Eh bien! toutes les productions de la nature ne sont que des combinaisons de substances prises dans l’univers. La chimie est la science qui donne la clef de ces combinaisons : étudiez donc la chimie autant que les circonstances vous le permettront, si vous voulez connaître la marche de la nature dans ses opérations, et ne pas vous exposer à la contrarier quand vous voulez la favoriser.

Je vous ai fait connaître les combinaisons que la nature a employées pour former la chaux, la silice, l’alumine et la magnésie, qui sont devenues, avec le temps, les bases d’autant de terres minérales plus ou moins mélangées qui se trouvent à la surface du globe. Ces terres minérales pourraient s'appeler aussi terres primitives, puisqu'elles sont aussi anciennes que le globe même, pour les distinguer du terreau , production beaucoup moins ancienne, et qui forme la cinquième et dernière sorte de terre dont nous ayons à nous occuper.

Le terreau, qu’il conviendrait d'appeler terre végétale, par les raisons que je vous dirai plus tard, s’appelle aussi improprement humus en hortculture. Il est, comme vous savez, le résultat de la décomposition des végétaux et des animaux. Il est moins ancien que les terres minérales, puisque la terre a existé longtemps avant que les végétaux et les animaux aient pu se former à sa surface ; néanmoins

(35) il y a bien des siècles que le terreau se forme : on en trouve presque partout à la surface du globe et même à diverses profondeurs ; mais, comme il a la propriété de se dissoudre en grande partie, sa quantité n’augmente pas en raison de la décomposition des végétaux et des animaux.

On pourrait diviser le terreau en trois variétés, qui seraient 1° le terreau végétal, 2° le terreau animal, 3° le terreau mixte. Le premier ne serait formé que de substances végétales décomposées ; le second, de substances animales ; le troisième, de substances animales et végétales. La na. ture fait constamment elle-même le premier dans la décomposition des végétaux, à mesure qu'ils cessent de vivre en tout ou en partie, et nous le retrouvons souvent en grandes masses dans certaines forêts, et dans les lieux bas, où 1l est entrainé par les eaux ; «lle fait également le second, mais pas en assez grande quantité, du moins en France , pour que nous en trouvions des dépôts sans mélange, comme du premier. Quant au troisième, ou terreau mixte, celui que fait la nature est aussi dispersé que le second, et ce n’est que par hasard quand nous en trouvons un peu sans mélange ; mais l’art agricole sait le composer depuis longtemps, et l'horticulture en a tellement besoin, que, sans lui, elle n’existerait pour ainsi dire que de nom. Je vais vous rappeler ce que vous savez déjà en partie de ces trois terreaux.

Terreau végétal. En horticulture, on appelle celui-ci plus souvent terreau de feuilles qu'autrement, parce qu’il n'entre guère que des feuilles dans celui qu'on y fait. Il est plus léger et moins puissant que celui que produit la nature, parce qu'elle fait entrer dans le sien, outre des feuilles , des plantes herbacées entières, des racines , des branches et des troncs d’arbres : on sait, par expérience, que des troncs d'arbres donnent, par leur décomposition, un terreau plus substantiel que des feuilles , témoin celui qu'on retire des Peupliers et des Saules creusés par le

temps ; de sorte qu'on doit attendre, d’un terreau végétal fait par la nature, des résultats plus grands et plus prolongés que de celui fait par l'art avec des feuilles seules. Quoi qu'il en soit, comme il est plus facile de se procurer ce dernier que l’autre, l'horticulture l'emploie davantage : il est plus léger, dure moins longtemps; les plantes ne peuvent y développer de racines aussi fortes que dans celui formé en partie de troncs d'arbres.

Pour se procurer du terreau végétal ou de feuilles, on ramasse, à. l'automne, les feuilles qui tombent des arbres dans les parcs et dans les allées plantées de grands arbres. Quoique certainement toutes les espèces de feuilles ne soient pas également favorables à la confection d’un bon terreau, on les ramasse cependant toutes, même celles du Chêne, sans avoir égard au tanin qu'elles peuvent contenir, et on les jette dans une fosse en terre ferme ou revêtue de glaise, afin que l’eau des pluies ne s’en échappe pas trop vite et accélère leur décomposition. Néanmoins, si les feuilles avaient été ramassées par un temps sec, elles ne se décomposeraient pas de longtemps : il serait donc avantageux , dans ce cas , de les mouiller en les entassant dans la fosse ; quatre ou six mois après, on les remuera de fond en comble, et on mouillera de nouveau les parties sèches ou échauffées s’il y en a, et on laissera le tout se consommer encore pendant six autres mois. Si, après une année révolue, toutes les feuilles ne sont pas réduites en terreau, il y en aura du moins une grande partie ; alors on enlèvera le terreau fait, pour le mettre en tas à l’abri des grandes pluies et du grand soleil, et on laissera le reste des feuilles se consommer.

Les végétaux étant presque entièrement composés de carbone, on sent bien que Île terreau qui en provient doit en contenir aussi beaucoup. Lorsque le terreau est en con: tact avec l'air atmosphérique, l'oxygène de l'air dissout peu à peu son carbone et forme de l'acide carbonique, qui est

la principale nourriture des végétaux. Voila comment le terreau se trouve être la substance qui fournit le plus de nourriture aux plantes; mais sa légèreté et sa porosité ne leur présentent pas un appui assez solide lorsqu'elles sont grandes; il leur faut alors une terre plus compacte pour leur permettre de développer de fortes racines; car notez bien, ainsi que votre pratique vous l’a déjà fait remarquer, qu'aucune plante ne développe de grosses racines dans Île terreau pur.

Terreau animal. Celui-ci n’étant composé que de débris d'animaux réduits en poussière, il serait difhcile à Phorticulture de s’en procurer une assez grande quantité pour pouvoir en faire un usage habituel ; cependant il est certain quil agirait plus puissamment sur la végétation que le précédent, on en a la preuve dans la fertilité extraordinaire, quelquefois excessive, de la terre où l’on a enterré un cadavre à une petite profondeur, et cette fertilité se prolonge bien plus longtemps que celle produite par un terreau purement végétal. Cela tient à ce que l’animal contepant un plus grand nombre de substances diverses que le végétal, qu'il s’en dégage de l'azote, de l’ammoniaque, et que sa décomposition produit aussi davantage de combinaisons favorables à la végétation. Les réactions sont même si puissantes, qu’il faut attendre qu'elles soient un peu amorties ou que le terreau soit bien consommé, pour s'en servir sans danger pour les plantes.

Terreau mixte. Le nom de celui-ci indique qu'il'est formé de substances végétales et de substances animales, et on en donne pour exemple le terreau de fumier consommé , lequel fumier est composé de paille et d’excréments d'animaux. Les excréments des animaux n'ont pas précisément les mêmes propriétés que leurs cadavres, mais ils en approchent assez pour que le terreau mixte puisse être regardé comme tenant le milieu entre le terreau végétal et le terreau animal. Il est moins léger que le pre-

mier, et sa fertilité est plus grande et se prolonge davantage ; il est plus léger que le second, et sa fertilité est moins puissante et dure moins longtemps. Ses propriétés sont même très-variables en raison de la diversité de substances végétales et de la quantité d’excréments d'animaux qui entrent dans sa composition. Néanmoins il est toujours excellent pour la production des plantes annuelles et d’une courte durée, et pour donner la légèreté et la porosité necessaires aux terres trop compactes. Nous aurons occasicen, par la suite, de revenir plusieurs fois sur ses parties constituantes, sur ses propriétés et sur le grand usage qu’on en fait en horticulture; mais je ne puis me dispenser d'attirer ici votre attention sur deux choses remarquables dont je n'aurai peut-être plus occasion de vous entretenir.

La première, c'est que la grande quantité d'acide carbonique qui se dégage du terreau est certainement la cause immédiate de la visoureuse végétation des jeunes plantes semées ou plantées dans le terreau , mais que cette vigueur est encore excitée par un stimulant très-puissant, qui provient des matières animales en décomposition dans le terreau mixte. Ce stimulant est de l’azote ou de l’ammoniaque qui se dégage sous forme gazeuse, pénètre dans les plantes, en excite les organes, augmente ieur action et les porte au plus grand développement possible.

La seconde, c’est que le terreau végétal, ainsi que le terreau mixte, si celui-ci ne contient pas trop de matières animales, a la propriété de conserver les fruits sains pendant fort longtemps et la viande pendaut dix à douze jours sans qu'elle se corrompe. Le terreau doit probablement cette propriété à sa grande quantité d'acide carbonique : pour en faire l'expérience , il faut avoir un tas de terreau modérément humide, dans lequel on enfonce les fruits ou la viande,

Le terreau, qu'il convient d'appeler terre végétale, par les raisons que je vous dirai bientôt, peut se trouver mé-

langé avec une certaine quantité de silice; alors il en résulte ce que nous appelons terre ou sable de bruyère : il peut aussi se trouver dénaturé par les eaux, combiné avec des substances animales, minérales, etc.; dans ces deux cas, il en résulte de la tourbe, de la houille ou du charbon de terre. Nous nous occuperons de ces trois modifications dans la séance prochaine.

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