‹ Cours d'horticultureChapitre 8 sur 70 · QUATRIÈME LEÇON · texte numérisé non relu

QUATRIÈME LEÇON

Nous avons passé en revue les cinq substances qui concourent ou peuvent concourir à former la terre cultivable, et nous avons trouvé que de ces cinq substances quatre sont minérales, et une seule végétale ou animale. Rappelez-vous bien, messieurs, que chacune des quatre terres minérales est stérile quand elle n’est pas mélangée avec une ou deux autres, et que dans le mélange de deux terres minérales il faut que l’une soit très-différente de l’autre. Si, par exemple, on mélaitide laichaux avec de l’alumine, il en résulterait une espèce de marne argileuse peu favorable à la culture; mais, si ensuite on mélait de la silice à cette marne argileuse, on la rendrait fertile et facile à culuver, parce que la silice sableuse la diviserait et en détruirait la trop grande compacité.

Maintenant il faut que vous sachiez aussi qu'on trouve encore dans la terre, comme accidentellement, un grand nombre d'autres substances dont la culiure ne s'occupe que peu ou point, parce que la plupart n’ont pas d'influence sur la végétation, et que les autres , au nombre de trois, n’en ont qu'une lésère et circonscrite à quelques petites localités. Ces trois dernières substances sont le sel, le soufre et le fer. Quand le sel est en petite quantité, 1l est souvent utile à la végétation ; mais il lui est mortel quand la terre en contient beaucoup , excepté pour les plantes marines et maritimes. Le soufre se trouve dans les terres volcaniques et dans celles qui recouvrent des eaux sulfu-

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reuses : son influence parait favorable à la végétation ; mais on manque d'expériences positives à cet égard. Le fer à petite dose ne nuit pas à la végétation ; son oxyde influe probablement sur la couleur des végétaux, puisque les terres ferrugineuses changent du rose au bleu la fleur de l'Hortensia ; mais le fer à forte dose est nuisible à toutes les cultures.

Comme vous avez pu le remarquer, messieurs, J'ai toujours appelé terre cultivable tout mélange de terres susceptible d’être cultivé, et je dois vous dire, avant d'aller plus loin, pourquoi j’en ai usé ainsi ; c’est que les auteurs qui en ont parlé avant moi ne sont pas d'accord entre eux : les uns l’appellent terre labourable, les autres terre arable, et les autres, enfin, terre végétale, tandis qu’on appelle aussi, etavec plus de raison, terre végétale celle qui est formée de la décomposition des végétaux et des animaux; je pense que, pour éviter loute équivoque et conserver l'analogie, nous devons réserver ce dernier nom pour le terresu et la terre dans laquelle il domine, et appeler, en terme général, terre cullivable ioute terre susceptible d'être cultivée soit à la charrue, soit à la houe, soit à la bèche, avec quelque espérance de succès, quelles que soient d’ailleurs les matières qui la composent. Alors la terre cultivable se diviserait elle-même en plusieurs variétés qu'il faut que vous connaissiez, et dont nous allons nous occuper.

Des diverses sortes de terres cultivables.

Nous avons appris, par ce qui précède, que la terre cultivable se compose ou peut se composer de cinq substances particulières que nous avons énumérées, savoir : la chaux, la silice, l’alumine, la magnésie et le terreau. De toutes ces terres, c'est la magnésie qui est la plus rare, du moins dans le sol de la France, et c'est un bonheur ; car, comme nous

l'avons vu, elle rend souvent les autres terres stériles. Sa rareté fait même qu'on la compte rarement parmi les substances qui composent la terre cultivable. Le terreau est moins rare que la magnésie ; mais il est loin d’être aussi abondant que la silice, que l’alumine , et surtout que la chaux, qui parait être la matière la plus abondante à la surface du globe. |

Depuis longtemps on est dans l’usage de désigner les terres cultivables par le nom de la substance minérale qui domine dans chacune d'elles. Ainsi, comme je crois vous l'avoir déja dit, on appelle terre siliceuse celle où la silice domine, terre calcaire celle où la chaux domine, terre alumineuse celle où l’alumine domine ; mais ces trois denominations, suffisantes peut-être en agriculture, ne suffisent pas à ceux qui, comme vous, doivent et veulent mettre de la précision dans leurs idées. Dans l’état actuel de la science, nous devons reconnaître dix sortes de terres cultivables, qui sont : ;

1° La terre siliceuse, 2° La terre calcaire, chacune de ces terres a pour base un 3° La terre alumineuse, métal distinct.

4° La terre magnésienne ; 5° La terre granitique, celles-ci peuvent avoir différents métaux 6° La terre volcanique ; pour base.

7° La terre végétale,

8° La terre de bruytre, 9° La terre tourbeuse, 10° La terre houilleuse ;

le caractère essentiel de celles = ci est d’avoir pour base une substance végctale ou animale.

Cette dénomination adoptée, nous allons nous occuper des caractères de chacune de ces terres.

1° Zerre siliceuse.

Vous vous rappelez, messieurs, que je vous ai dit que les cailloux , plusieurs graviers et le sable étaient composcs de silice ; et voilà pourquoi on appelle terre siliceuse celle

(43 ) où le sable , les cailloux et le gravier siliceux dominent ; je dis gravier siliceux , parce qu'il existe aussi un gravier calcaire ou de carbonate de chaux,

La différence qu'il y a entre ces deux graviers, c’est que le premier ne se dissout pas dans l’eau et ne fait pas effervescence avec les acides ; tandis que le second se dissout dans l’eau avec le temps, et que les acides le dissolvent surle-champ. $

Le sable blanchâtre de la forêt de Fontainebleau est de la silice presque pure : ce sable, comme vous savez, est de nature très-sèche, rude au toucher, et si peu adhérent, qu'il se laisse aisément emporter par le vent : il est stérile tant qu'il n’est pas suffisamment humecté, mais il perd promptement son humidité; c’est pourquoi les terres où il domine sont légères, sèches, sans adhérence, ne produisent qu'au printemps, et deviennent arides pendant les chaleurs et la sécheresse de l’été.

Le gravier qu’on trouve au fond de plusieurs rivières, ou qu’elles ont déposé sur leurs rives, est aussi de la silice, mais moins blanche et moins pure que le sable dont nous venons de parler. Les différents sables jaunes ou rouges qu'on trouve en masses considérables dans la terre ou à sa surface sont également de la silice colorée par un oxyde de fer et mêlée d’une plus ou moins grande quantité d'argile.

La terre siliceuse se reconnait donc à sa légéreté, à la facilité avec laquelle on la divise, à sa sécheresse naturelle et à son peu d'aptitude à retenir l’eau. :

Si elle est blanchätre, elle sera froide et peu propre aux primeurs : pour la rendre hätive, il faut la noircir en y mélangeant du terreau gras ou de la tourbe pulvérisée ou brülée; pour la rendre plus fertile et plus apte à retenir l'humidité , il faut y mettre du fumier de vache, de la marne argileuse ou une terre également argileuse. Vous sentez bien que, si on y mélaitune grande quantité d'argile,

la terre siliceuse perdrait sa qualité de terre légère, qu’elle retiendrait l’eau plus longtemps et deviendrait moins hâtive. |

Les productions de la terre siliceuse ne sont pas vigoureuses ; mais elles sont ordinairement d’excellente qualité.

Comme les engrais et le terreau agissent en raison de leur dissolution, et que la silice n’a pas la propriété de hâter cette dissolution, il en résulte que les engrais qu'on met dans une terre siliceuse agissent lentement et pendant longtemps. Le contraire a lieu dans la terre calcaire dont nous allons parler.

2° Terre calcaire.

C’est ainsi qu'on appelle la terre dans laquelle la chaux domine, soit carbonatée comme la pierre à chaux, soit sulfatée comme la pierre à platre. Cette terre fait effervescence avec les acides; sa couleur, ordinairement blanche ou blanchatre , repousse les rayons du soleil et la rend moins haâtive que la terre siliceuse. Elle est douce au toucher, retient assez bien l’eau, et ses molécules ont assez d’adhérence entre elles pour ne pas se laisser enlever par les vents comme la terre siliceuse.

La terre calcaire se refuse à la production d’un grand nombre de plantes ; mais le Hêtre et la Vigne y prospèrent très-bien. Mélée avec de l'argile, elle forme une marne propre à amender les terres légères.

Pour qu'une terre calcaire devienne propre à la culture d'un grand nombre de plantes différentes , il faut y mêler du sable et de l'argile dans de justes proportions. C'est dans cette terre que les engrais produisent leur bon effet le plus promptement, parce que la chaux accélère leur décomposition.

La terre calcaire, nouvellement cultivée, peut contenir de la magnésie à l’état caustique, et par conséquent uui-

(45) sible à la végétation ; mais, avec le temps, cette magnésie se sature d'acide carbonique et cesse d’être nuisible.

3° Zerre granitique.

On reconnait cette terre à la grande quantité de grains de granit et de paillettes ou lames brillantes de mica qu’elle contient. C’est aux environs des montagnes granitiques qu’elle se trouve, parce qu’elle est formée en grande partie des détritus de ces montagnes. Elle est légère, facile à cultiver, retient assez bien l’eau des pluies et des arrosements: elle peut être graveleuse ou sableuse, selon que les débris de granit et de mica sont plus ou moins divisés. Souvent elle contient aussi des débris de schiste qui sont descendus des montagnes sous forme de petites pierres feuilletées, et dont la couleur noire ou rembrunie retient la chaleur du soleil et rend la terre plus hâtive, en même temps qu’elles lui communiquent par leur décomposition une onctuosité analogue à celle de l'argile : c’est cette dernière circonstance qui rend certaines terres granitiques extraordinairement fertiles.

Mais il arrive aussi quelquefois que ces petites pierres schisteuses contiennent de la magnésie, qui, comme celle qui se trouve dans la terre calcaire, est d'abord nuisible à la végétation : le temps et la culture lui font peu à peu perdre ses qualités nuisibles.

4° Terre volcanique.

La terre volcanique est formée de diverses substances minérales et autres des entrailles du globe, qui ont été calcinées, brülées, mises en fusion par le feu des volcans et rejetées ensuite par le même feu à la surface du sol. Ces substances, ainsi dénaturées, ont formé une couche de terre artificielle qui diffère assez des autres terres pour

( 46) mériter d'être considérée à part ; elles sont sorties des volcans, partie sous forme de cendres, partie en scories, et partie en lave liquide et bouillaute, qui s’est durcie ensuite par le refroidissement.

Les cendres volcaniques, une fois fixées et affaissées par les eaux des pluies, n’ont pas tardé à devenir une terre ‘extrêmement fertile : la lave, plus ou moins durcie, est restée longtemps stérile, mais enfin les pluies et les influences atmosphériques ont commencé à en diviser la surface ; l’homme est ensuite venu, avec ses moyens de culture, accélérer et approfondir la division superficielle commencee par la nature , et a fini, à l’aide du temps, par rendre cette lave la plus fertile de toutes les terres.

Les environs du Vésuve et de l’Etna ne sont qu'une terre volcanique vomie par ces volcans. Toute l'Auvergne n'est également qu'une terre volcanique produite par d'anciens volcans éteints aujourd’hui et qui autrefois bouleversaient ce pays.

Les terres volcaniques sont légères, plus ou moins sableuses, d’une teinte sombre ou rembrunie, par conséquent susceptibles d’absorber les rayons solaires et de s’échauffer sensiblement : elles contiennent du soufre et beaucoup de grains ferrugineux; et comme , quoique lésères, elles attirent et conservent l'humidité plus que la terre siliceuse , il est probable qu'elles doivent cette propriété à certains sels que l'analyse n’a pas encore fait connaître, ou plutôt à un principe alumineux qu'elles contiennent; caronremarque que, dans certainescirconstances, la terre volcanique passe à l’état argileux.

5° Terre alumineuse.

C'est l’alumine qui forme la base de cette terre; mais

l’alumine pure n’est pas cultivable : mélée à une petite quantité de sable calcaire , elle forme l’argile ou la glaise,

qui n’est pas encore cultivable, à cause de la grande adhérence de ses molécules entre elles. L’argile, mélée au carbonate ou au sulfate de chaux , n’est pas encore très-cultivable. On ne conuait guère qu’une plante qui y croisse bien naturellement , c’est le T'ussilage, Z'ussilago farfara. Il faut donc que l'argile soit mélée à une assez grande quantité de sable siliceux pour qu’on puisse la cultiver. Quand , au moyen d une addition de sable, on commence à pouvoir la cultiver avec peine, on l'appelle terre forte ; quand il y a assez de sable pour qu'elle se réduise facilement en poudre sans être privée d'une humidité convenable et que les racines des plantes peuvent s’y étendre sans peine, alors on l’appelle terre normale ou terre franche : dans cet état, on la considère comme la meilleure terre cultivable pour le Blé, pour beaucoup d’arbres et pour la plus grande partie des plantes.

Le sable calcaire concourt souvent, avec le sable siliceux, à rendre l'argile une bonne terre cultivable ; nous en aurons la preuve dans les analyses que je vous soumettrai bientôt. :

Vous sentez bien que, si on ajoutait une grande quantité de sable siliceux à la terre normale ou terre franche , elle perdrait son caractère et deviendrait une terre siliceuse, et que, si c était du sable calcaire qu'on y ajoutät en grande proportion, elle deviendrait une terre calcaire , puisque c’est la substance qui domine dans une terre qui lui donne son nom.

Le caractère de la terre normale ou terre franche est donc de contenir plus d'argile que les autres terres cultivables ; et, comme l’argile a une grande affinité pour l’eau, qu’elle ne la laisse pas aisément s'échapper quand elle en est pénétrée, vous concevez comment la terre normale conserve sa fraicheur plus longtemps que les autres : la grande ténuité et la grande cohésion des particules de l’argile qu’elle contient. contribuent aussi à la tenir fraiche

en ne permettant pas à l'air de la parcourir librement.

Nous aurions pu placer ici la terre schisteuse, dont les agronomes parlent quelquefois : je l'ai omise dans notre nomenclature, parce qu'avec le temps elle se confond avec la terre alumineuse ou argileuse; elle a, d’ailleurs, la même base métallique , c’est-à-dire l'aluminium brule ou oxydé par l'oxygène. Il y a des roches schisteuses qui se délitent en minces feuillets, et c’est d’elles qu’on tire les ardoises. La terre provenant de roches schisteuses contient souvent de la magnésie qui, jusqu’à ce qu’elle soit carbonatée, tient cette terre stérile; mais ensuite elle peut contribuer à sa fertilité.

6 Terre végétale.

Vous vous rappelez que nous sommes convenus de suivre l'esprit des auteurs qui appellent terre végétale celle qui est formée de la décomposition des végétaux et des animaux.

En agissant ainsi, nous nous écartons de l'usage de ceux qui, sans avoir égard à l'étymologie des mots et aux règles des dictionnaires, donnent le nom d’humus aux débris des végétaux et des animaux, oubliant que le mot latin Aumus désigne la terre, quelle qu elle soit; de sorte que, lorsqu'ils disent terre riche en humus, terre plus riche en humus, c’est comme s'ils disaient terre riche en terre, terre plus riche en terre, expression que vous devez éviter.

Ainsi le terreau, quel qu'il soit, sera pour nous la terre végétale, la terre par excellence, puisqu'elle seule est fertile et très-fertile sans le secours d'aucun mélange, tandis que les autres sont absolument stériles si elles ne sont pas mélangées. Mais la terre végétale se divise naturellement en quatre variétés : Je vous ai suffisamment parlé de la première dans la précédente leçon, en traitant du terreau et de ses variétés; nous n'avons donc plus à nous

occuper ici que de la terre de bruyère, de la terre tourbeuse et de la terre houilleuse.

7h Terre de bruyère.

La terre qui porte ce nom se trouve ordinairement sur les sols éleves, sablonneux, où croissent abondamment des Bruvères, des Lichens, des Mousses et de petites herbes de nature sèche : elle parait être les débris plus ou moins consommes de toutes ces petites plantes mêlés au sable sur lequei elles ont crû ; sa couleur est d’un gris noirâtre. Le sable qui s’y trouve mêlé est de la nature du grès ou du quartz : ce sable forme depuis la moitié jusqu'aux trois quarts du volume de la terre ; on y trouve ou on peut y trouver aussi un peu de carbonate de chaux, et le reste se compose d'un terreau plus ou moins complet, formé de toutes les petites plantes dont je viens de parler.

Quand la terre de bruyère se forme dans un enfoncement où les eaux peuvent séjourner, elle devient plus ou moins tourbeuse, et n’a pas les bonnes qualités de celle qui se forme aux lieux secs. Celle de la forêt de Fontainebleau est tourbeuse dans beaucoup d’endroits, parce que les bancs de grès qui sont sous le sol empêchent l’eau des pluies de s’écouler. La meilleure terre de bruyère devient même aussi tourbeuse en quelques années quand elle est encaissée dans des fosses et que des arrosements immodérés la tiennent dans une humidité stagnante.

Les tentatives faites pour remplacer la terre de bruyère par un mélange de terreau de feuilles et de sable n'ayant pas jusqu'ici donné le résultat qu'on en espérait, nous sommes autorisés à admettre que le terreau de la terre de bruyère est différent du terreau de feuilles que nous faisons nous-mêmes , et cela se conçoit aisément en examinant les

substances qui entrent dans l’un et ceiles qui entrent dans l’autre.

Le terreau de bruyère est moins avancé dans sa décomposition que le terreau de feuilles qu'on a voulu lui substituer : ces substances doivent contenir aussi des principes différents, puisqu'elles proviennent de végétaux différents. D'ailleurs les petites racines non consommées du terreau de bruyère metteut un temps considérable pour se réduire à l’état de terreau; pendant ce temps, elles dégagent des gaz qui forment des combinaisons favorables à la végétation, avantage qui ne se trouve pas dans le terreau de feuilles : voilà, je pense, pourquoi le terreau de bruyère reste bien plus longtemps fertile que le terreau de feuiiles. Par la même raison, la terre de bruyère, passée au crible fin, reste moins longtemps fertile que celle qui n'a pas passé par le crible. |

Je me borne aujourd’hui à ces notions sur la terre de bruyère, parce que ce qu'il me reste à vous en dire trouvera naturellement sa place dans les lecons subséquentes.

8 Zerre tourbeuse.

La tourbe ou terre tourbeuse est le résultat de la décomposition de plusieurs plantes qui croissent dans les eaux tranquilles, telles que les Zemma, les Chara, les Conferves, les Callitriches, les Sphagnum, les Potamogeton, les Myriophy llum , les Typha, les Scirpus, les Cyperus , les Butomus, les Equisetum, etc. La tourbe est donc aussi un terreau, mais qui se forme dans l’eau, et cette circonstance le rend très-différent de celui qui se forme à l'air. D'abord celui qui se forme à l'air ne contient plus plusieurs principes qui se sont évaporés pendant la décomposition des végétaux qui l’ont formé, tandis que les plantes qui se décomposent dans l’eau ne perdent rien de ces principes ; bien plus, la matière muqueuse qui se produit continuellement dans l’eau tranquille pénètre ces décompositions. Les myriades d'insectes microscopiques et autres qui nais-

sent et meurent dans l’eau produisent une ‘substance grasse ou huileuse qui se mêle au terreau et détermine une combinaison qui ne peut avoir lieu dans le terreau formé à l'air ; l'hydrogène, qui entre dans la composition de l’eau, sature cette combinaison, et il en résulte le corps combustible que nous appelons tourbe. Ainsi c’est une substance animale et un excès d'hydrogène qui distinguent la tourbe du terreau ordinaire.

Il existe aussi des tourbières qui paraissent avoir été formées par de grands arbres tombés de vétusté et décomposés sur place par l'humidité. Cette tourbe est un acheminement au charbon de terre, dont je vous parlerai tout à l'heure.

Si la tourbe est à peu près stérile sur place et sans culture, ce n’est pas qu'elle manque de principes fertilisants, mais c’est que, dans cet état, l'oxygène de l'air a de la peine à la pénétrer : en la desséchant, en en faisant des tas exposés aux influences atmosphériques, en la brulant, en la mélant avec de la chaux ou d’autres alcalis, l'oxygène de l'air finit par la pénétrer, par décomposer son carbone et produire de l'acide carbonique ; alors la tourbe devient fertile, excepté cependant pour les arbres à grosses racines, qui ne peuvent réussir que daus une terre pius compacte. |

On appelle fausse tourbe celle qui se forme dans les endroits où l’eau n’est pas permanente : les plantes qui s’y décomposent sous l'influence de l'air, quand l’eau manque, forment un véritable terreau ; quand les eaux reviennent, les plantes qui s’y décomposent forment de la tourbe, ainsi de suite. La terre des marais, dont l'horticulture pourrait tirer un grand parti, se forme de cette manière : la fausse tourbe qui en résulte , bien desséchée, remuée plusieurs fois à l'air pendant un an au moins, devient très-propre à la culture des sros légumes ; et, mélangée avec du sable quartzeux, elle peut tenir lieu de terre de bruyère pour les

(52) grands Wagnolia , le Sassafras et plusieurs arbrisseanx qui ne réussissent pas en terre ordinaire.

9° Terre houilleuse ou charbon de terre.

Cette substance, que les minéralogistes placent parmi les minéraux, parce qu’elle est imprégnée de matières minérales, a des rapports avec la tourbe ; mais elle en différe beaucoup dans sa composition et par les causes qui l’ont produite. La tourbe se forme encore tous les jours sous nos yeux dans les marais, tandis qu'il y a longtemps qu'il ne se forme plus de charbon de terre. La tourbe est formée de petites plantes herbacées entièrement décomposées ; le charbon de terre est formé d'arbres entiers qui ont été ramollis, mais non décomposés, et sa formation remonte aux époques où la croûte du globe subissait encore des bouleversements épouvantables par les feux souterrains et par le déplacement des eaux. À ces époques, la terre était couverte de forêts; les secousses violentes qu’elle éprou vait, la formation des montagnes que les volcans élevaient à sa surface, déplaçaient les eaux et leur imprimaient un cours si rapide, qu’elles arrachaient les forêts qui se trouvaient sur leur passage ; et, après en avoir tenu les arbres en suspens pendant un temps considérable, les avoir ramollis et pénétrés de substances animales, bitumineuses et huileuses qu’elles tenaient en dissolution , elles les déposaient enfin en masses plus ou moins considérables dans diversendroits. D’autres bouleversements venaient ensuite recouvrir ces arbres de terre et les ensevelir à une plus ou moins grande profondeur. Une fois fixés, les infiltrations , les forces chimiques ont achevé dans le corps de ces arbres les combinaisons qui ont formé le charbon de terre ; telle est, du moins, la manière, admise par les naturalistes, dont le charbon de terre a été forme. ;

En Augleterre, en Allemagne , dans le royaume des

Pays-Bas , on ne se chauffe guère qu'avec du charbon de terre. En horticulture, on s’en sert pour chauffer les serres, et il n’est pas à ma connaissance qu on en fasse usage dans la culture proprement dite ; mais, le charbon de terre étant composé de substances végétales , animales et minérales, il serait étrange qu’étant pulvérisé et exposé aux influences atmosphériques pendant un certain temps, il ne devint pas une excellente terre végétale propre à l’horticulture : c’est une expérience à tenter et que nous joindrons à celles que le but de l'institut horticole de Fromont nous fait un devoir d'entreprendre.

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