IL EST FAIT POUR CONNAÎTRE LA VÉRITÉ
personnalité, par laquelle il se distingue des objets au milieu desquels il se trouve.
Ce sens intime avertit l'homme de son état intérieur, s'il veut bien y prêter quelque attention. Que de sentiments divers, que d'impressions modifient l'état de l'âme ! C'est comme un monde où il se passe bien des révolutions; c'est un travail de pensées, de préoccupations, de réflexions, qui ne cesse pas. Il ne se présente rien, il ne se forme pas une idée, pas un acte de volonté qui ne fasse quelque impression ; impression souvent fugitive, il est vrai, et qu'efface bientôt celle qui la remplace, mais dont nous aurions un sentiment net et distinct, si nous nous repliions sur nous-mêmes par une observation attentive. S'il y a des hommes qui connaissent peu les phénomènes de la conscience et qui se font fréquemment d'étranges ^illusions sur leurs dispositions réelles ; ce n'est pas que le sens intime soit en défaut chez eux; Tignorance où ils vivent de leurs propres pensées , l'erreur où ils sont relativement à l'état de leur dme, ne provient que de leur inattention.
IL L'homme connaît aussi le monde extérieur au milieu duquel il vit. Les sens extérieurs, la vue, Touïe, l'odorat, le goût, le tact, sont les intermédiaires de ses relations avec ce monde et avec les autres hommes. Notre âme voit par les yeux, dans lesquels vient se tracer, par la combinaison des rayons de lumière, une image des corps ; elle entend par les oreilles qui reçoivent les sons, quand l'air, mis en mouvement par une vibration, vient les frapper; elle discerne les odeurs par l'odorat, selon que les molécules échappées des corps viennent affecter diversement ]es nerfs
COURS D'INSTR. I Digtzedby^OOgle
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ck>nt Toi^ane est composé; elle juge de plusieuirs <|iialités des objets par le tact, qm est répandu par tout le corps, mais qui est plos délicat à la main; elle se communique au débours, elle manifeste ses pensées poT la parole.
Assurément, ce sont là d'impénétrables mystàresi, qui tiennent à l'union de l'âme et du corps. Nous savons par une expérience de cbaque moment que les ob^te sensibles, mis en contact avec nos sens exté^ rieurs, produisent une impression sur l'organe, el que cette impression, reçue dans les nerfs, se communique par eux au cerveau, et qu'enfin, à roecadoo de cette excitation^ l'àme est avertie de la présence de l'objet, en connaftt la forme, peut en étudier les propriétés, le comparer avec d'aïutres, le soumettre à l'analyse;... mais comment tout ceci se fait-il, et quels so»l lies rapports ilntimes du cerveau et de TinleUigence? Nous l^ignorons* Qrui comprendra comment, p»r suite d'une légère ondulaliaii que produiil dans l'air le mouvement des lèvres, et dm son articulé qui en résulte, deux hommes se mettent en rapport^ s'entendent l'un l'autre^ se communiquent leurs pensées?
Alors même que les objets extérieurs ne sont plus sous nos sens, Fâme peut continuer à se les refMré* senter par ^imagination. La sensation n'est pas aussi vive, la représentation est la même, et de lon^ws BXh nées après on continue à voir e& quelque façon les choses telles que d'abord elles avaient affecté les organes, telles qu'on les avait vues.
« Il se forme souvent aussi dans notre imagination, <c observe Bossue! , des figures bizarres et rnoos- « trueuses, qu'eUe ne peut pas forger toute seule, et
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« OÙ il faut qu'elle soit aidée par reatendemenL Les « centaures, les chimères, et les autres compositioD& a de cette nature, que nous faisons et défaisons quand « il nous plaît, supposent quelque réflexion sur les a choses difierentes dont elles se forment et quelque « comparaison des unes a^ec les autres ; ce qui ap- « partient à Tentendement. Mais ce même entende- « ment qui donne à la fantaisie occasion de former et 0 de lui présenter ces assemblages monstrueux en « connaît la vanité ^ ^ Éyidemment dans ce cas Ti* maginationne se borne pas à reproduire; parfois eie s'égare ou s'amuse en se représentant les chimères dont parle Bossuet. Mais cette faculté que nous avons de nous représenter les choses sous une forme sensible a un tout autre but : elle produit d«8 résultais fort utiles quand elle ^t couYenablement dirigée. Q«i "à n'admire la richesse de l'imagination dans oertains artistes, laTivacité des tableaux qu'ont tracés les grands orateurs, et la puissance que leur parole y a trouvée pour remuer les peuples ? Ces hommes étaient doués d'une belle et heureuse imagination, ils avaient à «en haut degré le sentiment du vrai et du beau, que nous avons considéré dans la sensibilité, et ils pouvaient produire leurs impresaons sous les formes les plus propres à passionner leurs auditeurs. Ceux qui, au heii de faire servir leur imagination à communiquer la vérité et à inspirer des sentiments vertueux, l'ont employée à séduire les esprits et à corrompre les âmes, se sont rendus bien coupables; ils ont fait beaucoup de mal, parce que les images vives, qui saisissent ce qu'il y a de plus délicat et de plus impétueux dans
' fiossuet, ConnaàuÉinee de Dieu et de «owmêiiMt, cbap. i.
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l'homme, exercent toujours une grande influence sur lui.
Il faut donc que la raison préside ; il faut que Tintelligence prévale sur l'imagination...
III. Le sens intime nous rend compte des affections de rame ; les sens extérieurs nous font connaître les objets matériels posés hors de nous, Timagination nous les représente quand ils ne sont plus sous nos sens; mais quelle est cette faculté qui examine, qui compare, qui discerne, qui juge ces divers objets, soit intérieurs, soit extérieurs? C'est la raison, c'est l'intelligence.
Quand je vois les arbres d'une longue allée, quoiqu'ils soient tous d'une égale hauteur, s'abaisser peu à peu à mes yeux, en sorte que la diminution commence dès le second et se continue à proportion de | l'éloignement; quand je vois courbe, à travers l'eau, A un bâton que je sais d'ailleurs être droit; quand, emporté dans un bateau sur le courant d'un fleuve, je I me sens comme immobile avec tout ce qui m'entoure pendant que je vois le reste, qui est pourtant immobile, comme s'enfuyant loin de moi; ces choses, et ' mille autres de même nature, où les sens ont besoin d'être redressés, me font voir que c'est par quelque i autre faculté que je connais la vérité et que je la discerne de Terreur. La raison est donc en nous pour nous élever au-dessus des sens et de l'imagination*; ! elle nous dirige dans l'appréciation que nous faisons de ce que les sens nous rapportent; elle se sert des connaissances expérimentales que l'on acquiert par leur intermédiaire, pour étudier la nature, pour s'éle-
1 Bossuet, Connaittanee de Dieu et de toi-même^ chap. i.