‹ Cours d'instruction réligieuse, ou, Exposition complète de la doctrine catholiqueChapitre 18 sur 90 · DIEU : SO^' EXISTENCE · texte numérisé non relu

DIEU : SO^' EXISTENCE

triomphante, ne peut venir d'un préjugé ; car il n'est pas dans la nature du préjugé, fruit de l'éducation et de quelques circonstances accidentelles, et sans racine dans la nature humaine, qu'il soit constant, universel, insurmontable. Cette croyance^ qui combat les inclinationsdéréglées de l'homme en le mettant sous la justice d'une puissance souveraine, ne peut pas non plus avoir pris son origine dans les passions; ce sont elles, au contraire, qui détournent l'esprit de l'homme de la pensée de Dieu.

Il faut donc que l'idée de Dieu ait été dans tous les temps bien profondément imprimée dans l'esprit et dans la conscience des hommes.

§ 3. — TROISIÉIME JÇT QUATRIEME PREUVE DE l'eXISTENOE DE DIEU : RAISON ET RÉVÉLATION.

Qui a imprimé dans le cœur des hommes cette idée de Dieu?

I. C'est Dieu lui-même. Il nous éclaire par une lumière intérieure qui, de la vue du monde que nous avons sous les yeux, nous élève à l'idée du Créateur, et plus encore par une révélation directe en se faisant connaître à quelques hommes, pour que ceux-ci transmettent à Ipurs descendants le sacré dépôt de la vérité qu'ils OAt reçu.

Il y a une lumière, indépendante de nous, qui nous donne des idées que nous n'eussions jamais eues sans elle, qui nous redresse quand noys nous égarons ; c'est coinme un soleil qui illumine toutes les intelligences et réunit dans une même pensée les hommes qui ne se sont jamais vus. « Ou est cette raison com-

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« mune et supérieure tout ensemble à toutes les raiii soDS bornées et ioapariaites? s'écrie Fénelon. Où « est donc cet oracle qui ne se tait jamais et contre fc lequel ne peuvent rien tous les vains préjugés des « peuples? Où est-elle cette raison qu'on a sans cesse « besoin de consulter et qui nous prévient pour nous « inspirer le désir d'entendre sa voix?... Où est-elle « cette pure lumière qui Hon-seulement éclaire les « yeux ouverts, mais qui ouvre les yeux fermés, qui « guérit les yeux malades, et qui se fait aimer par « ceux-mêmes qui craignent de la voir ? Tout œil la « voit, et il ne verrait rien, s'il ne la voyait pas, puis- <f que c'est par elle et à la faveur de ses purs rayons « qu'il voit toutes choses. Comme le soleil sensible « éclaire tous les corps, de môme ce soleil d'intelli- « gence éclaire tous les esprits... Voilà donc deux « raisons que je trouve en moi : l'une est moi-même, m Tautre est au-dessus de moi. Où est cette raison « parfaite qui est si près de moi et si différente de « moi. Il faut qu'elle soit quelque chose de réel, car « le néant ne peut être parfait, ni perfectionner les « natures imparfaites. Où est cette raison suprême? « N'est-elle pas le Dieu que je cherche ♦ ? »

Cette lumière n'est pas sans doute Dieu lui-môme, mais elle vient de lui. Il n'est pas dans les conditions delà vie présente que nous contemplions Dieu face à face, intuitivement; il nous éclaire par un rayonnement de sa lumière. Nous lisons dans le psaume IV' : « Plusieurs demandent, qui nous montrera les biens que € Ton nous fait espérer ?» à quoi le prophète répond :

* Fénelon, Existence de Dieu, y partie, chap. n, n«« 58 et 60.

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la lumière de votre mMtgty Seigneur ^ s'«sr réfléchie sur tious. Signatum e$t iuper tu» lumen vuitug ftit, Domine. Nous sommes touchés, saisis, impretsionnés par les objets qui nous entourent, et par les sentiments que nous éprouvons au dedans de nous-mômea, et notve âme, par cette force intellectueUe qui eat en elle, reçoit rintelligence des choses, s'élève à l'idée de leur cause, parvient ainsi à la connmssance de Dieu. La lumière intellectuelle qui nous éclaire, dit un grand docteur, est une participation, un rayon de la lumière incréée, qui se reflète ainsi dans tous les hommes * ; ce qui fait, comme nous l-avcHis déjà fait observer, que tous les hommes <»it sur les vérités premières et leurs co(nfiéc[uences immédiates la même manière de voir et de juger.

Cette lumière est tout à la fois pour noua un moyen d'arriver à la connaissance de Dieu et une preuve certaine de son existence. D'où viendrait en effet cette lumière, qui nous éclaire également tous, si elle ne venait d'un premier principe, d'un foyer lumineux, qui ne peut être que Dieu?

II. Il y a une autre cause du consentement unanime des peuples : La révélation.

« C'est une disposition salutaire de la divine provi- « dence, dit un grand docteur, saint Thomas, de nous « révéler et proposer comme objet de foi, même les «r vérités auxquelles la raison peut atteindre, afin que « tous puissent avoir facilement la connaissance de

^ Saint Thomas : « Ipsum lumen intellectoale qnod eat in nobis, nihil aliud est quam quaedam participata similitudo luminis increati, in quo continentur rationes œternae. » Somme théologiquey I" partie, quest. S4, art. 5.

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i( Dieu^ dans, mélange <k doute ni d'erreur'. » Oui, Dieu s'est révélé aux hommes dès rorigine^ Ce n'est pAs sur de simples présomptions que nous croyons à cette révélation primitive par laquelle Dieu s'est mfmifesié à nos p^es ; c'est un fait htstoriqueées plus incontestables. Il n'j a pas un seul peuple qm n'en ait conservé lesouvwir dans ses traditions, et ces mêmes traditions se réfléchissent dans les idées religieuseS) et jusque dans les fables des nations abandonnées aux superstitions de l'idolâtrie : de là est venu le respect universel pour l'antiquité. Partout et toujours, les peuples ont cru que les saines maximes étaient celles que l'on avait reçues des anciens, parce que, disait Cicéron, Fantiquité se rapproche davantage des dieux *. Or une pareille tradition, qui, soùs mille formes différentes, se retrouve sans aucune exception j^dans tous les pays du monde, sans que les erreure qui sont venues dans la suite altérer les dogmes et corrompre le culte religieux par des superstitions de toute nature aient pu la détruire, peut-elle s'expliquer autrement que par un fait primitif auquel elle se rattache ? Ce fait est prouvé surtout par les annales du peuple le plus ancien qui existe sur la terre, le peuple hébreu ; mais il importe d'observer que les monuments historiques de cette grande famille, qui remonte d'âge en âge par un enchaînement non interrompu, au berceau du genre humain, sont, sur le point dont il s'agit ici, dans une harmonie parfaite

' Somme dô saint Thomas contre les Oentils, !iv. I, chap. iv.

' « Quoniam antiquitas proximè accedit ad deos, a diis qaasi traditam religionem tueri, lex jubet... » (Cicéron, de Legibus^ lib. II, cap. XI.)

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avec les souvenirs des autres nations qui habitèrent l'Asie.

Les premiers hommes auxquels Dieu se manifesta, qui eurent le bonheur de le voir sous une forme sensible et de converser avec lui, durent passer le reste de leur vie sous l'impression de ces grands événements. Ce fut l'objet le plus ordinaire de leurs entretiens avec leurs enfants, et ceux-ci transmirent à leurs petits-fils les croyances qu'ils avaient reçues de leurs pères.

Qui n'admirerait avec un vif sentiment de reconnaissance ces moyens si simples, si multipliés, et si bien adaptés à notre nature, que Dieu a choisis pour conserver sur la terre le dogme de son existence ? Il nous éclaire par le spectacle de ses œuvres; il répand dans notre âme un rayon de lumière qui nous aide à* le connaître ; il nous attire vers lui par les inspirations de notre conscience ; il s'est montré à nos pères, il s'est manifesté à eux, et le souvenir de ces premières communications de Dieu avec les hommes s'est perpétué dans le monde. '

Nous sommes donc dansune heureuse impossibilité de douter de Dieu. Si notre cœur est pur, il fait ses délices d'aller à lui et de se reposer dans son sein paternel ; si des passions mauvaises nous égarent, nous sommes repris par une voix intérieure qui j^tte un trouble salutaire dans notre âme, et qui nous avertit que nous ne trouverons jamais de vrai bonheur qu'en Dieu seul.

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