LEÇON IV
perfections de Dieu : m* «ravrcft et m providence
Qu'esl-ce que Dieu? qu'est-il, considéré en luimême ? qu*est-il, relativement à nous?... Questions du plus haut intérêt, puisque de la vraie connaissance de Dieu ressort la règle de notre conduite ; c'est là qu'est tout le secret de notre avenir et le fondement de nos espérances.
Heureusement pour nous, Dieu a fixé nos incertitudes ; disons mieux, il a prévenu nos doutes, et par les manifestations extérieures qu'il a faites de luimême en se révélant sensiblement à nos pères, et par la lumière qu'il a fait briller dans notre intelligence et par la voix de notre conscience, de sorte que nous parvenons à savoir ce qu'il est, autant du moins qu'il nous importe de le savoir ici-bas, par les mêmes moyens qui nous ont aidés à savoir qu'il existe. Sur ce point, comme sur tous les autres articles des croyances chrétiennes, il y aune admirable harmonie entre la révélation, la raison, les inspirations de la conscience, les vrais instincts de notre nature.
Quand pous étions enfants, il nous a été dit : a Dieu c( est im pur esprit, étemel, infiniment parfait, créa- « teur du ciel et de la terre, et le souverain seigneur
54 van : SBS PE&FflcrioNB wr sbs oiutksb
« de toutes choses. » L'âge, la réflexion, une étude plus approfondie, nous ont affermis dans cette idée de Dieu, car elle est vraie.
§ 1. — CE QUE DIEU EST EN LUI-BlâsiB.
I.Bieu est par lui-même, nécessairement; il ne tient pas l'existence d'un autre être supérieur. Quand il se révéla à Moïse, chef du peuple hébreu, il lui dit : « Jb suis celui qui suis ; allez et dites à mon peuce pie, cBLui Qin EST m'envoie vers vous. «Paroles pleines de sens et de majesté, paroles que Dieu seul a pu dire. Dieu est celui qui est ; il n'a pas une existence précaire, il ne vit point par la laveur de qui que ce soit, il ne tient l'être et la vie que de lui-même.
Du fait de notre propre existence, du spectacle de l'univers et de Tordre admirable qui règne dans le monde, nous avons conclu avec certitude l'existence de Dieu. Nous n'avons pas toujours été, nous pouvions ne pas être, rien ne demandait nécessairement que nous fussions ; il faut donc, avons-nous dit, qu*il j ait une cause supérieure, un être intelligent et trèspuissant, qui nous ait créés, car sans lui nous ne serions pas, nous n'aurions jamais été. Mais cet ôtre supérieur à nous et à l'univers, cet être de qui procède le monde, d'où procède-t-il lui-même? Ëvidem* ment il ne procède d'aucune autre cause qui l'ait tiré du néant, sans quoi nous remonterions sans fin de cette cause à une autre, jusqu'à ce que nous arrivicnis à la cause première qui n'en reconnatt pas d'autres : voilà donc notre Dieu, cause prem^re de tout ce qui
Mni^ ; sa» fsrficitkw» it su aiuvani 5&
est : être souterskiy qui ne dépeikd d'aucun autre» et qui seul peut dire : Jb suis gbu7i qpi jma*
II. Dire que I^ea est nécessaire, c'est dire qu'il est étemel ; il y a une telle liaiâon entre ces deux idéesj. que les termes qui les expriment peuvent être regardés comme synonymes. Il n'y a en Dieu ni commencement^ ni progrès, ni un* On ne peut pas dire qu'il a été ou qu'il sera ; mais si l'on veut parler de lui avec une précision rigoureuse, il faut se borner à dire qu'iL BST. S'il y atait eu un moment où il n'était pas, il n'aurait jamais été, rien ne pourrait être ; car, à ce moment que tous inmgineriez^ il n'y aurait rien, ce serait le pur néant ; or du néant, de l'absence absolue de tout être, que peut-il sortir ? Mais^ si Dieu existe nécessairement, il est nécessairement tout ce qu'il est; il n'y a rien de fortuit, rien de ccmtingent en lui, 4 on ne peut supposer en lui la moindre variation.
Il est assez ordinaire, dans le langage bumain, que ncms parlions du passé et de Tavenir de Dieu ; nous (fisoQS qu'il était avant la production dumonde^ qu'il sera étemeltement après la fin du monde visible, oomme s'il y avait en Dieu deux éternités, dont l'une aurait précédé et l'autre suivrait : ces expressions signifient n<m ce que Dieu est en lui-même, mais ce que sont, par rapport à lui, les créatures qui Q'ont toutes qu'une existence finie, changeante, successive. Ces créatures vont, ^es viennent, elles se succèdent; Dieu demeure invariablement ce qu'il est, son éternité est une permanence indivisible, o Vos années, 6 mon u Dieu i lui dit.saint Angustin, ne vont ni ne viennent, ce et les nôtres vont et viennent, afin d'arriver toutes. a Vos années iK)nt toutes à la fois parce qu'elles sont„
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« elles ne se succèdent pas, parce (qu'elles ne pasâent « pas. Vos années ne sont qu'un jour, et ce jour n'est « pas chaque jour, mais aujourd'hui, et votre au- (( jourd'huine le cède pas au lendemain, il ne suc- 0 cède pas à la veille ; votre aujourd'hui, c'est Téter- « nité *. »
III. De ce que Dieu est nécessaire et éternel, nous conclucHis qu'il est infiniment parfait. En nous, à côté de nous, au-dessus de nous, si nous ne remontons pas jusqu'à lui, nous ne voyons que des êtres imparfaits. Ils ont telle qualité, telle autre leur manque, et les perfections que nous admirons en eux ont des limites. Il n'en est pas ainsi de Dieu ; il est celui qui bbt, c'est-à-dire qui a en lui-même la plénitude de l'être, tout ce qu'il y a de vérité, de beauté, de bonté, de grandeur, de puissance, est en lui au plus haut degré possible. On n'y peut rien ajouter par la pensée, )'' comme aussi on n'y peut rien retrancher j on ne peut pas non plus y supposer un progrès. De qui recevraitil de nouveaux degrés de perfection? Ce ne serait pas assurément d'une cause extérieure, puisque nous avons vu qu'un être nécessaire ne peut dépendre d'aucun autre supérieur à lui. Serait-ce de sa propre nature ? Il faudrait donc dire que Dieu se développe successivement par de nouveaux accroissements, qu*il se dirige sans cesse vers un terme qu'il n'atteindra jamais, qu'il est par conséquent essentiellement imparfait, ce qui est contraire à la droite raison.
A défaut de tout autre raisonnement» il suffirait de ridée d'une perfection infinie, idée que nous avons
* Confemons de saint Augustin, liv. Xf, chap. xin.
Dnsu : SBS perfbgtions bt ses csuvitas 57
tous, pour être eonyaincus que cette perfection est en Dieu. Quoique nous ne nous en soyons peut-être ja^ mais rendu compte, l'idée de l'infini ost en nous : elle nous éclaire, elle nous domine, elle dirige et règle notre intelligence dans l'estime que nous faisons des choses. Notre esprit n'apprécie la perfection, il ne juge des défauts d'une chose quelconque que par une sorte de comparaison qu'il fait, de l'objet qu'il voit avec l'idée qu'il a de la perfection absolue. Une doc^ trine ne nous paraît vraie, et une action vertueuse, qu'autant que cette doctrine ou que cette action se rapporte à l'idée du vrai et du bien absolu. Il faut donc qu'il y ait un être à qui rien ne manque, en qui soit réalisée cette idée de Tinfini ; il faut que cette idée nous vienne de lui, qu'elle ne soit en nous que rimpression que notre esprit reçoit de ses rapports ^ avec un être parfait, car manifestement elle ne peut pas venir des créatures. Ce qui est borné ne présentera jamais l'image, ne donnera jamais l'idée de l'infini, c'est impossible. Yoilà Dieu : nous ne savons pas tout ce qu'il est, mais nous pouvons assurer qu'il a dans un degré infini^ c'est-à-dire sans limites^ toutes les vraies perfections ; il est infiniment parfait.
IV. Concluons qu'il n'y a qu'un seul Dieu. « Dieu ne .a serait pas, disait TertuUien, s'il n'était pas un, et il tt serait plus digne de lui de n'être pas du tout que tt d'être d'une manière indigne de lui. Or, autant que tt la faiblesse humaine peut définir Dieu, en consul- « tant l'idée qui est gravée dans le cœur de chaque « homme. Dieu est l'être souverainement grand, et « souverainement grand en tout ce qu'il est, dans son « essence, dans son intelligence, dans sa puissance ;
M 9tÊV : S8i pntracTimfi wt sis <BuirMi
a cela étant atoué, et poarrait-oii le méamnaUite « 6aD0 fiier Diea ? queUe eut la conditioQ xiteeaaail^ <( de la fiouveraiDe grandeur, sinon d'étpe unique? « Ciomment Dieu peut*il être soui^minemeni grand « B'il a un égal? et il a un égal s'il existe un eeeond « être flouverainement parfait. Deux ôtres souveraine* « ment parfaits ne peuTent exister à la fois* parée « que la prérogative de la aouvetnaine grandeur 00 « peut convenir qu'à un seul. Dieu est doue easeo- « tieliement un, et, s'il n'était pas un, il ne serait pas « du tout ^ » Si Ton veut en supposer d^ix, on peut en supposer emt, on peut en supposer mille ; il n'y aurait pas plus de motif d'en admettre deux que d'm admettre un million, et, en les multipUant, on amoindrit la Divinité, on en altère ridée. Il est bien évident que rfttre qui réunit en lui les perfections des autres est lui seul plus parfoit que tous ces prétendus infinis, il est donc seul réellement Dieu.
I^ous étudierons {due tard les causes diverses qui firent oublier aux peuplée le dogme de l'unité de Dieu^ et introduisirent sur la terre les excès les plus incroyables de l*idolfttrie; noua devons enipe momiuit, pour ne pas perdre de vue notre objet prin^iipal, oontiauer à considérer les conséquences qui décoident de l'idée de Dieu.
V. Concluons encore que Dieu est un pur esprit, qu'il est immense, souverainement intelligent, toutpuissant.
Qui doutera sérieusement que Dieu ne soit esprit?. ., Mais, en disant iptii est pur esprit^ je veux dire qu'il
^ Cautn MMréên^ titr. I« efaap. m.
son? : sm rEBFwaramB nr sbs onjvRM M
fi'est pas uni à us corps. Celui qui est oécaseaif^ éternel, infiniinent parfait, ne peut être ni matière, ni uni à la matièfe et revêtu d'un corps, à la manière des hommes.
Il est nécessairemeni lout ee qu'il est, il est infiniment parfait sous quelque point de vue qu'on le considère. Quelle nécessité peut-il y avoir qu'il ait im corps? Ce corps qu'on voudrait Lui donner, quelque subtil, quelque parfait qu'on veuille le supposer, ne serait*il pas toujours borné, limité, .et dès lors impariait?... Nous concevons très-bien Dieu sans corps ; tout ce qu'il est en lui-même, et tout ce qu'il peut opérer au dehors, s'ej^lique indépendamment d'un corps quelconque. Donc il est pur esprit. Si, dans ses mam** festations successives, il a paru sous une forme sen*siUe, cette forme lui était étrangère, il ne l'a prise ac- %eidenleUement qiie pour s'accommoder à la naturede l'homme. C'est aussi pour oondescendre à notre fai<blesse, et nous faire comprendre des choses spirituelles par des images sensibles, qu'il a été dit : Zm ^feux de Dieu twntemplmt rumner$^ $a main soutient le globe, il nem porte entre ses bras; expressions métaphoriques appropriées à notre manière, et trèsnoonvenablés p(mr nous donaer une idée de la provkleaice de Dieu, de sa toute-puissance, de sa bonté.
YI. C'est également dans un sens métaphorique qu'il est dit que Dieu remplit le ciel et la terre; on désigne par là son immensité, l'une des perfections de l'étpe divin. Dieu est immense, ûestmciel, sur la terre et en tout Iteu^ nous a dit le catéchisme; ce que nous devons entendre en ce sens, qu'il est en même temps présent à tout, sans pouvoir èXie limité, ni cireonficrit
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par l'espace. Il n'est pasreirfermé dans le ciel, comme dans un lieu qui le contienne ; il est présent à tout par son intelligence^ par sa volonté, par sa puissance, ce qui a fait dire à un prophète : Oà irai-je^ Seigneur^ pour m* éloigner de vous, où fudrai-je pour me soustraire à votre présence? Si je monte au ciel, vous y êtes ; si je descends aux enfers, vous vous y trouvez. Si je me transporte aux extrémités de la mer^ c*est votre main qui m'y conduira, et votre droite qui me soutiendra. L'immensité de Dieu, ainsi comprise, est une conséquence nécessaire de son infinie perfection, car Dieu ne serait point parfait dans le sens absolu du mot, il ne serait pas infini, s'il pouvait être limité quelque part, s'il y avait un esprit, ou un corps, ou un lieu quelconque où il ne fût pas présent.
Oui, tout est infini en Dieu, tout est immense, son intelligence, comme sa puissance; sa bonté, comme sa 1^ justice. Le prophète dont nous venons de citer les paroles ajoute dans son cantique : /'ai dit : Peut-être les ténèbres m'envehpperont de toutes parts; mais il n'y OMra pas de ténèbres pour vous ; la nuit sera éclairée comme le jour*. Il est dit ailleurs que Dieu sonde les reins et les cœurs, qu'il est le scrutateur des âmes, que tout est sous ses yeux. Le catéchisme nous a familiarisés avec ces belles idées, en nous apprenant dès notre enftmoe que Dieu connaît tout,y«s^M'd nos plus secrètes pensées. Doctrine aussi grave, dans ses conséquences pratiques pour la direction de la vie, qu'elle est vraie.
Non-seulement Dieu voit tout ce qui est, et pénètpe dans la profondeur des abîmes, tandis que son œil
< Psaume cxxxvni, ll*lt«