DIEU : SES PERFECTIONS ET SES ŒUVRES
« terre. Ce n'est pas dans l'univers que vous avez « créé l'univers, car il n'était pas avant d'être. Vous « n'aviez rien entre les mains dont vous pussiez vous « servir pour créer le ciel et la terre ; d'où vous serait « venu cette matière que vous n'auriez pas créée pour « former votre ouvrage? Que dire, enfin, sinon que a cela est parce que vous êtes ? Vous avez parlé, et « cela a été ; vous avez tout fait par votre parole *. »
II. Le monde, sorti du néant par la volonté de Dieu, ne se conserve que par la môme volonté, de sorte que son existence continue est comme une création de chaque moment. Que la main de Dieu se retire, que son action s'arrête, et tout cessera d'exister; car les choses ne peuvent être conservées que par la même cause qui les a produites.
Vous seriez peut-être tentés, habitués à Tordre invariable qui règne dans l'univers, de croire que ces phénomènes se produisent tout seuls. La moindre réflexion éloigne bientôt cette idée, et il importe que nous çoyons bien pénétrés des vrais principes [)our demeurer dans la dépendance où nous devons être à l'égard de Dieu. Comment se fait-il, par exemple, que mon corps demeure dans son état normal, que mes doigts tiennent à la main, que les bras demeurent suspendus aux épaules? On vous parle d'os, de nerfs, de peau, qui se lient et se tiennent ensemble; mais ces os, ces nerfs, sont eux-mêmes composés d'un nombre infini de molécules ; quelle est donc la force qui les conserve unies entre elles, et forme par cette union le nerf ou toute autre partie? On vous dira que c'est
* Saint Augustin, Vonfetmn$, liv. XI, chap. v.
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une loi de la nature, que c'est la cohésion... Mais cohésion, attraction, répulsion, tous ces fermes, si on les comprend bien, expriment des effets; ce ne sont pas des causes ; la seule vraie cause ne peut être que la volonté de Dieu.
ill. Non-seulemeût Dieu conserve le monde, mai» il le gouverne avec ime sagesse et une puissance à laquelle rien ne résiste : c'est cette action continue de Dieu dirigeant toutes choses vers f accomplissement de ses desseins, que nous appelons la Providence. Le» deux et la terre, les astres qui brillent dans le firmament, les herbes qui croissent et portent leurs frtdt§ sur la terre, les montagnes et les collines, les mers ef les fleuves, la chaleur, le froid, les neigea, les glaeeâ, les pluies et les tempêtes, bénissent le Seigneur ; ces^ éléments divers glorifient à leu!* manière la main intelligente et souveraine qui les conduit, et touf lui de^ meure soumis.
Cette providence se révèle aux yetix les tnoins attentifs, par Tordre constant, par l'inépuisable fécondité de la nature, qui a été pour nous une des preuves les plus sensibles de l'existence de Dieu. Les peuples en ont toujours été sipersuadés, que les païens eux-mêmes attribuaient à la justice, ou à la miséricorde de lents dieux, les accidents, les plus fortuits en apparence, qui leur étaient contraires ou favorables, comme les orages, les mortalités, la sérénité de Tair, les bonnes récoltes. Ils s'efforçaient de détourner les calamités par des prières et des sacrifices, en apaisant la divinité qu'ils supposaient irritée contre eux : ils avaient recours à elle, ils lui adressaient des vœux pour en obtenir les biens de la terre, une heureuse navigation ;.
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i^ ridae d'une providence qui dis^pose de tout, et ^ue servent les éléments de l'univers^ était présente à res^riJt des lij)aimes I Us étaient assurément plus sages qua ceux que nou$ vojons de nos jours abuser de la ^encepour attribuer tous les événements à la seule action ^9 causes naturellds, comme si ces causes ^es-mÂmesj;i'étaient pas sous la main toute-puissante de Dieu.
L'honwne v^^aiment éclairé considère avec un relifieiuz respect 1^ conduite de Dieu dans ce monde, et tout lui sert pour 9'élever de cette basse région des sens à i^ pansée de Dieu. Toutes les créatures le ramtowt à Diep; dan? toutes, il voit quelque rayoii de ses perfections, ou un motif d'espérance dans les biens meiUeurs que la divine providence lui prépare pour une vie 1^ veuir, ou quelque signe de ses saintes volontés sur lui.
Laissez-moi v;q.us raconter, en finissant, ce trait de la ?ie de saÂnt Augustin. Il nous dit lui-même, dans le iivite de ses Confessions : « Peu de jours avant la mort de 9m uière, nous nous tr<)uvâmes seuls, elle et moi, appujés,aur ,uAe fenêtre gui regardait sur le jardin de la maison où nous logeons à Ostie, nous entretenant tous deux avec une merveilleuse douceur. Nous cherchions centre nous, à la faveur des lumières de la vérité éternelle^ ce que sera cette vie bienheureuse qui doit être le partage des saints pendant Téternité.
4t If ous considérâmes les beautés de la nature qui •était sous nos yeux^ et ^ous portâmes nos regards vers le ciel, d'où le soleil, la lune et les étoiles font luire lôur lumière sur la terre. De là, portant encore plus iiautzK)â pensées et nos discours, et admirant toujours
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de plus en plus la beauté des ouvrages de Dieu, nous vînmes à considérer nos propres âmes, et nous passâmes encore au delà pour coûtempler la sagesse éternelle, qui a fait tout ce que nous voyons, tout ce qui a jamais été, et tout ce qui sera jamais, et qui n'a point été faite, puisqu'elle n'est aujourd'hui que ce qu'elle a toujours été et ce qu'elle sera toujours. Dans le temps que nous en parlions, et que le mouvement de nos affections nous portait tout entiers vers elle, un soudain transport de nos cœurs nous fit arriver jusqu'au point de l'entrevoir et de la goûter en quelque sorte, et la vue de ce grand objet nous fit soupirer d'amour et de douleur de n'être pas encore en état d'en jouir pleinement.
« Nous disions alors : Si ce tumulte qu'entretiennent les impressions de la chair et du sang venait à s'apaiser dans une âme; si ces fantômes que son imagina- ' tion a tirés du grand spectacle de tout ce que renferme la vaste étendue de la terre et de la mer, de l'air et du ciel, s'écartaient; si toutes ces créatures ne nous disaient que ce seul mot : Nous ne nous sommes pas faites nous-mêmes, et nous ne sommes que Fouvrage de celui qui subsiste étemellement, et qu'après cela elles se tussent, pour laisser l'âme porter toute son attention vers celui qui les a faites et que nous aimons en elles, et qu'elle l'entendît lui-même, et qu'elle fût tout absorbée dans la joie intérieure et toute céleste de le contempler, ne serait-ce pas là cette joie du Seigneur dont il est parlé dans l'Évangile? Mais quand serons-nous dans cet heureux état?
« Voilà à peu près ce que nous disions, et vous savez, ô mon Dieu 1 que ce même jour, pendant que