‹ Cours d'instruction réligieuse, ou, Exposition complète de la doctrine catholiqueChapitre 29 sur 90 · SUR L ATHÉISME · texte numérisé non relu

SUR L ATHÉISME

régions les plus basses. Dans ce système, il n'y a pas de création; les âmes et la matière elle-même sont une partie de la substance de Dieu, c'est Dieu luimême rendu visible : tout, par conséquent, est Dieu, Dieu est tout ce qui existe, il n'y a réellement qu'un seul être au monde, à moins qu'on ne veuille dire qu'il y a autant de dieux qu'il existe d'anges, d'âmes humaines et de molécules de matière, qui, en se détachant du grand Dieu, conservent cependant la matière divine : voilà le panthéisme K

Le panthéisme, ainsi conçu, ne devait pas plaire à d'autres philosophes qui se piquent de plus de subtilité. Plusieurs ont admis les émanations divines pour les âmes seulement, sans vouloir les étendre à la matière, qu'ils continuaient à regarder comme étemelle, sans origine par conséquent. D'autres, en Allemagne surtout, sont entrés dans des spéculations inintelligibles. Ils nous ont parlé de je ne sais quelle force active dans laquelle tout était primitivement renfermé. Cette force, ou unité absolue, n'est ni corps, ni esprit, ni monde, ni substance, elle n'est ni simple ni composée ; c'est la puissance de devenir tout cela. Soumise à une loi fatale de développement, cette force active a produit successivement tous les phénomènes dont l'ensemble compose ce que nous appelons l'univers. Nous sommes, nous, l'un de ces phénomènes, qui paraissent et disparaissent ensuite comme des bulles d'eau qui se forment sur les bords de l'Océan; et ainsi, simples modifications du grand tout, nous ne

* Histoire de V Académie det instriptUms et hellei-lettres, t. XXVIt» 3* Mémoire sut Zoroastre, aru 3.

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formons avec lui qu'un seul être. Yoûk ce qu'enseignait Hegel en Allemagne.

L'Allemagne a produit d*autres philosophes, commo Ficht, qui ont dit que Dieu, l'univers, le tout en uik mot, n'avait conscience de lui-même que dans notre »20î, dans lequel il se réfléchit. « L'unique , le tout^ « c'est moi, pourra vous dire l'un de ces panthéistes,. « s'il en reste encore un au monde et qu'il soit consé- « quent dans son système : vous, et toutes les choses u qui m'entourent, vous n'êtes que de simples modi- « fications de mon être , vous n'avez que l'existence « idéale que vous donne mon esprit, vous êtes comme « des fantômes créés par mon imagination. »

De pareils maîtres ne pouvaient pas se former une école nombreuse ; ils ont dû bientôt reconnaître eux-mêmes le ridicule de leur système, où Tonne peut voir autre chose que Torgueil poussé jusqu'à la folie. Ont-ils été plus raisonnables, les philosophes qui, parmi nous, ont] élevé si haut leur prétention au savoir, et ne considèrent plus la simplicité de notre foi qu'avec un superbe dédain? Colportant d'Allemagne en France des idées que très-probablement ils ne comprirent jamais, ils ont dit : « Une idée qui est tout à la fois le plan, la loi et la cause du monde visible, se produit d'abord dans le monde minéral, et se développe graduellement par la production des espèces végétales et animales, mais elle ne se connaît pas encore elle-même, ce n'est qu'à travers les différents règnes de la nature, et par un travail progressif, qu'elle arrive à la conscience d'elle-même dans l'homme. Là, elle ne se connaît d'abord que bien imparfaitement, et c'est encore de degré en do-

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gré, et, pour am6i dir6)<le vègm eu règne qu'elle paryient, non plus seulement à la eoimaissâDee, mais à rinteiligeiM^ô pleine et entière d'^le^noèsie^ EUê û'obtient ce dernier résultat que lorsqu'elle a passé de la religion à la philosophie; dans la religion, rfaomtte <}ontemple l'idée comme quelque chose de distinct de lui, le philosophe s'élève à la raison absolue^ cette raison prend conseience de soi» Dieu se contetBi^e ■eaûn £aee à face, Dieu se connaît alors oomme Dieu, il est enlin réalisé, c'est l'époque de son aTénesi^at ndans l'unirers. »

Des idées aussi paradoxales n'auraient provoqué qu'un sentimeiDl de pitié pour la £atui4é des philosophes, si elles n'avaient soulevé Tiadignalkm pour les blasphèmes qu'elles renferment^

Tous ces sy^stèmes divers de panthéisme «oot 4e vraies chijaaères d'oa esprit en délire; qu^il suffise 4e Klire en un inotqufe le panthéisme consiste à n'admettre qu'une seule substance, à dire que Dieu est tout, ou que tout ce qui est est Dieu.

IL Ldiâsonëde c6té la métaphyesque obseure dans laquelle se perdent e^ philosophes, pour réédlré les choses à leurs termes les plus simples. On n^us parie d'abord d'un absolu, d'une force active.*... Mstis que Teut-'on dire par là, et quel est ce poii^ de départ? Cette £oree active, cet absolu, est'^ce queiqjftie chose de réel, est-ce un é^e intellig^il, ou n'est-ce qu'une abstraction <le notre esprit? Si c'est quelque cfeose de réel, d*iat^igeat, de capable d'agir, ayaat sa persomudilé, antérieur par conséquent mx monde^ et renfermant émmemment en soi tout le resto, c'ei^ Dieu, Dieu «ubaistaDt en lui-même, au sens des ebrotiess ; et il

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est plus qu'inutile d'aller s'embarrasser l'esprit dans ce dédale d'idées et de termes insaisissables, pour dire une chose si simple, si universellement connue. Si, au contraire, cette prétendue force active , ou unité, n'est qu'une pensée de votre esprit, une pure abstraction logique, comment en faire sortir un monde -réel?...

Il n'en faudrait pas davantage pour repousser ces vaines théories. Toutefois poursuivons : les panthéistes assurent que Dieu est tout ce qui existe, ils posent en principe l'unité de substance. Ils sont donc dans Talternative, ou de soutenir que le monde n'est rien, que toutes les choses que nous voyons sont de pures apparences sans réalité, ou que toutes ces choses ensemble forment leur Dieu. S'ils disent que tout ce monde extérieur, les hommes, les animaux, les plantes, les montagnes, ne sont que des fantômes, ils ne le persuaderont à personne, ils ne se le persuaderont pas à eux-mêmes, car nous sommes tous, par notre nature, portés invinciblement à croire à l'existence réelle du monde. Le philosophe idéaliste, dans sa vie pratique, n'a pas là-dessus d'autre conviction que celle du vulgaire, et il serait fort curieux de voir un homme convaincu sérieusement qu'il n'a pas de corps, que ses parents et ses amis, que sa maison, les arbres, les montagnes et, en un mot, toutes les choses qui l'entourent, ne sont que des ombres sans réalité; mais cet homme n'exista jamais, et celui qui débiterade pareilles choëes sera nécessairement un menteur ou un fou; encore, dans sa folie, agira-t-il en sens inverse de sa doctrine, «car on ne vit qu^à cette condition.

Le bon sens nous force donc à croire à la réalité du

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monde, et les panthéistes devront dire que le monde est Dieu, Dieu tout à la fois simple et étendu; Dieu matière dans les corps, substance pensante dans Thomme. Ici l'esprit s'arrête déconcerté, devant une théorie qui blesse toutes les idées reçues, qui insulte à la raison humaine, qui va jusqu'à dire à l'homme : Tu es, avec tout ce qui t'entoure, une partie du Dieu vivant et véritable. Voyez quelle monstruosité et de quels éléments se compose le Dieu des panthéistes... Il sera bon et mauvais, ignorant et instruit, fourbe et fidèle; élevé par la pureté de ses pensées au-dessus des sens, et perdu dans un abîme de corruption, l'âme d'un Vincent de Paul et celle d'un Robespierre : des inclinations si contraires, des volontés si opposées, seront les inclinations et les volontés d'un même être. Dans l'ordre matériel, ce Dieu serait l'herbe des ^ champs et le mouton qui la broute, la mer et le navire qui la traverse... Est-ce assez d'absurdités?... Cependant, qu'on ne le perde pas de vue, les panthéistes ne peuvent échapper à l'alternative posée : puisqu'ils prétendent qu'il n'y a qu'une seule substance-Dieu hors de laquelle il n'y a rien de réel, il faut bien que Dieu soit un composé de tout ce que nous voyons en nous et hors de nous, assemblage bizarre et monstrueux; ou que toutes ces choses extérieures ne soient que de purs fantômes, de simples apparences, idées contraires au sens commun. Le paysan qui cultive ses terres à la sueur de son front croirait que l'on se moque de lui, si on venait lui dire que lui, sa bêche et son âne, ne sont qu'une manière d'être de Dieu; il mépriserait comme un insensé celui qui viendrait lui apprendre que la maison qu'il

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