DES PEUPLES INFIDÈLES
sibylles qui pourraient se retrouver et en recomposer une nouvelle collection. On ne sait au fond ce que renfermaient ces oracles, car ils n'étaient pas connus du public, et on assure même qu'il y avait une défense, sous peine de mort, de les lire sans la permission du Sénat. Il parut aux deuxième et troisième siècles del'ère chrétienne diverses collections d'oracles sibyllins. Quelques-uns de ces oracles étaient connus depuis longtemps : on a lieu de les croire antérieurs à l'ère chrétienne; les docteurs des premiers siècles les citèrent avec confiance dans leurs disputes avec les philosophes païens. Mais les collections dont nous parlons ici manquaient d'authenticité : on ne tarda pas à s'apercevoir que la plupart des vers dont elles se composaient avaient été faits soit par des juifs, soit par des chrétiens, peut-être par des hérétiques ; et, comme le discernement des oracles authentiques d'avec ceux qui ne l'étaient pas était difScile, on cessa de les citer. Saint Augustm observait, dans son ouvrage de la Cité de Dieu^^ que, comme les prédictions relatives à Jésus-Christ, et attribuées à des païens, peuvent n'être que l'ouvrage de quelques chrétiens, il était plus sûr de n'avoir recours qu'à celles que nous trouvons dans nos diverses Écritures ^ Les Grecs et les Égyptiens avaient des hymnes qui se récitaient dans les cérémonies dès mystères, et dont, par conséquent, les initiés avaient seuls la con- Baissanee. On cite un de ces hymnes, que Ton a pré-
' Liv. XVIII, chap. xlvii.
^ Voyez Mémoire$ de V Académie des intcriptUms,t. XXXIII, édit. in-4« ; Observations sur les recueils de prédictions écrites sous le nom de sibylles, etc.
COURS. d'iNSTR, I, Dig,t,zedbyG00|le
134 LIVRES MUaiBUX
tendu venir du poète Orphée, et qui était osante par rUiéropbante ou révélateur de» mystères; mais tout ce qui a été dit mv ce fait est fort incertain ^
Les Perses avaient le Zend^Ave$ta (parole vivante), dont on attribue la rédaction à un Zoroastre, qui selon les calculs les plus probables, vivait du temps de Darius, cinq ou six cents ans avant Jésus-Christ. Plusieurs ont cru qu'il était Juif d'origine ; quielques-uns ont pensé qu'il avait été disciple de quelque prophète; ce ne sont que des conjectures, fondées vraisemblablement sur un assez grand nombre de traditions juives qui se trouvent mêlées dans les livres de Zoroastre. Mais, en suivant les opinions le plus universellement admises par les savants sur Tépoque où il vécut, on est en droit de présumer qu'il aura eu des rapports avec plusieurs savants juifs, et même avec le pitophète Daniel, qui jouissait d'une grande réputation sous les princes mèdes et persans qui avaient subjugué Tempire des Assyriens. Le Zend-Avesta fut traduit pour la première fois en France, dans la dix-huitième siècle, par Anquetil-Duperron ; et alors un docte académicien, Fouoher, qui avait déjà publie plusieurs mémoires sur'la religion des Perses, donna un supplément à ce qu'il avait écrit, pour mettre à profit les lumières que cette traduction pouvait donner sur les principes religieux de Zoroastre. Il dit, dès le prélude de son travail : « J'avais un peu flatté le porfc trait de la religion perse, et, sans en déguiser les (( vices essentiels, je la présentais sous un point de « vue assez philosophique pour donner une grande
I Nouvelle X^om^» ^ ChrUHanitme^ par {^eland, l'f part, ch. vni.
DES PBUPLBS INFIDél^S ISB
« idée de son fondateur. Les livres zends m'ouvrent (7 les yeui, et je ne vois pfeisque pluâ rien daud cette rt religion si vantée qui la relève au-dôssuB des autreiS « religions païennes *. »
Ce jugement a paru sévère à d'autres savants, qui trouvent dans Zoroastre des idées plus pures sur la Divinité qu'il ne s'en rencontre dans la plupart des autres éhe% fondateurs ou régulateurs de religions païennes. Tout ce qu'il nous est permis d'en dire, b'est que dans le Zend^Avêm^ il n y a pas un seul fait qui constate l'intervention de BieU dans la religion des Perses; il n'y a pas d'idée de la création ; on n'y trouve pas de prescriptions suffisantes pour le ôulte du Dieu suprême. Ce culte, ne se rapportant immédiatement qu'à des génies bons ou mauvais, émanations du grand Dieu, et à des éléments tels que le feu et l'air, qui, dans la pensée du philosophe, n'étaient peut- .être que des symboles, â dû naturellement faire oublier l'idée du premier principe et jeter le peuple dans l'idolâtrie.
Les Indiens ou Hindous ont les VêdOê où se trouvent des théogonies^ c'est-à-dire les origines des dieUx, des formules de prières et des expiations. Ils pensent que ces Vêda^ ont été apportés à la terre par leur grand Dieu, et rédigés ensuite dans l'état où ils sont par quelque compilateur. On ne voit dans ces livres ni annales, ni chronologie pour fixer la date des faits, ni preuve que la religion particulière des Indiens ait jamais été établie divinement. Ces livres mêlent â des idées sublimée d* Dieu et à des maximes d'une mo-
> Mémoires de V Académie des sciences et belles-lettres j t. XXXIX, p. 090, édil. itl-4».
raie sévère les erreurs du polythéisme et du panthéisme; ils n'expliquent que par des idées inchoérentes comment les dieux supérieurs et inférieurs sont provenus du Dieu suprême, Être absolu, dépourvu de tout attribut spécial, de tout caractère de personnalité, dans Is sein duquel les autres finissent par être absorbés. Les Vêdas renferment en outre des fables dans le genre de celles des Grecs, mais bien plus^xtravagantes.Ondoit en dire autant de plusieurs autres livres écrits par les bouddhistes dont la religion est répandue en Chine, au Thibet, et dans plusieurs autres contrées de l'Asie. Bouddha, leur chef, qu'on dit avoir vécu dans le cinquième siècle avoat l'ère chrétienne , a réformé quelques côtés défectueux des idées religieuses de l'Inde, mais il a laissé subsister Terreur dominante du panthéisme : son dieu principal n'est pas un être personnel, et les hommes, quand ils auront passé par les purifications nécessaires,^ seront absorbés dans cette unité, perdant leur individualité, leur existence propre, ce qui équivaut à leur destruction.
Nous ne pouvons pas déterminer l'époque de la rédaction des Vêdas; selon les uns, ils auraient été écrits près de quatre siècles avant Jésus-Christ ; selon d'autres, il faudrait en reporter la rédaction à deuxou trois siècles plus haut; il y en a même qui leur donnent une plus grande antiquité, et qui sont portés à croire que ces livres ont été faits douze ou treize cents ans avant Jésus-Christ. On peut concilier ces opinions en supposant que les Vêdas n'ont pas été tous rédigés à la même époque, ce qui est très-probable. Il est impossible d'ailleurs de savoir si, depuis leur origine
Digitifed by LjOOQIC