CRÉATION DE L^HOMME
« Dieu dit ensuite : Il n'est pas bon que rhomme de- (c meure seul, faisons-lui une aide semblable à lui. « Le Seigneur envoya alors à Adam un profond soma meil, et quand il fut endormi, il tira une de ses « côtes, et à la place il mit de la chair ; et de cette « côte il forma le corps de la femme, qu'il donna c( pour compagne à Adam ^ »
Telle est, dans sa simplicité, le récit que la Genèse nous donne de la création de l'homme et de la femme ; récit qui nous fait mieux connaître la nature et les grandeurs de l'homme que tout ce que les philosophes en ont jamais dit.
On voit d'abord la distance immense qui sépare l'homme des autres êtres sensibles que Dieu a produits en créant le monde. Quand il a voulu créer la lumière, les plantes, le soleil, les animaux. Dieu a fait en- ^l^tendre une parole de commandement: Que la lumière soit... que la terre produise des plantes,... et aussitôt tout a été fait par la vertu de cette parole puissante. Quand il veut créer l'homme, il prend conseil en lui-môme, il s'arrête dans la contemplation de l'œuvre excellente qu'il médite, il prend le modèle, non sur les êtres même les plus parfaits dont il avait enrichi le monde, non pas même sur les anges, mais il dit : Faisons l'homme a notre image et a notre ressemblance.
Nous comprenons dès lors pourquoi l'homme parut le dernier dans l'ordre de la création : le monde étant fait pour lui, qui seul devait exercer son empire sur la terre, il convenait que tout fût fini et dis-
ï Genèse, i, 26; ii, 7, 8,
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posé à ses usages, avant qu'il y fût introduit. Nous*' comprenons surtout la grandeur de cette créature nouvelle par la distinction de son âme d'avec le eorps; de l'âme, qui portera en elle l'empreinte de Dieu*
Ce n'est point par son corps, par cette partie sensible formée du limon de la terre, que l'homme est fait à l'image de Dieu, mais bien par Tâme, qui donne au corps le mouvement et la vie, et que Dieu a produite immédiatement, en répandant sur Adam un souffle dévie. « Souvenons-nous, dit à ce sujet Bossuet, a que Moïse propose à des hommes charnels, par des (( images sensibles, des vérités pures et intellectuelles. « Ne croyons pas que Dieu souffle à la manière des « animaux ; ne croyons pas que notre âme soit un air (( subtil ni ime vapeur déliée. Le soufQe que Dieu « inspire n'est ni air ni vapeur ; ne croyons pas que c( notre âme soit une portion de la nature divine,^ u comme l'ont rêvé quelques philosophes. Dieu n'est « pas un tout qui se partage. L'âme n'est rien de la « nature divine ; elle est seulement faite à l'image (( et ressemblance de la nature divine, une chose qui (( doit toujours demeurer unie à celui qui l'a formée ; w c'est ce que veut dire le souffle divin, c'est ce que u nous représente cet esprit de vie *. »
La Genèse, après avoir rapporté l'histoire de la création, ajoute : « Le Seigneur Dieu prit donc <( l'homme et le mit dans le paradis de délices, afin <( qu'il le cultivât et qu'il le gardât. Il lui fit aussi un « commandement et lui dit : Mangez de tous les fruits u des arbres du paradis, mais ne mangez pas du fruit
^ Bossuet. Diuowri sur l'histoire universelle, II« part.» chap. i.
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« de l'arbre de la science du bien et du mal, car, le « jfiqj|où vous en mangerez, vous mourrez de mort.... « Le seigneur Dieu ayant donc formé de la terre tous les « animaux terrestres et tous les oiseaux du ciel, il les «c amena à Adam, afin qu'il vît comment il les appel- « ierait, car le nom qu'Adam donna à chacun des « animaux est son nom même ; et Adam appela d'un « nom qui leur convenait tous les animaux ; les oi- « seaux du ciel et les bètes de la terre. Le Seigneur « envoya à Adam un sommeil profond, et, lorsqu'il « était endormi, il tira une de ses côtes, et de cette « côte qu'il avait tirée d'Adam, il forma la femme et « la présenta à Adam ; et Adam dit : Voilà mainte- « nant l'os de mes os et la chair de ma chair ; elle « sera appelée virago, parce qu'elle a été prise de ^« l'homme. C'est pourquoi l'homme quittera son père ^a et sa mère, et s'attachera à son épouse, et ils seront (( deux dans une même chair ^ »
A ces paroles de la Genèse, ajoutons celles du livre de VEcclésiasiique: « Dieu a créé l'homme de la terre, « et il Ta formé à son image, et il l'a revêtu de force a selon sa nature. Il lui à marqué le temps et le nom- « bre de ses jours, et lui a donné pouvoir sur tout « ce qui est sur la terre. Il l'a fait craindre de toute « chair, et lui a donné l'empire sur les bêtes et sur les « oiseaux. Il lui a créé de sa substance une aide sem- « blable à lui. Il leur a donné le discernement, une « langue, des yeux, des oreilles, un esprit pour pena ser, et il les a remplis de la lumière et de Fintelli- « gence. Il a créé en eux la science de l'esprit, il a
' Genèse, chap. ii, 15-24.
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« rempli leur cœur de sens, et il leur a fait voir les « biens et les maux ; il a fait luire son œil suj^Jteur « cœur, pour leur montrer la grandeur de ses œuvres, « afin qu'ils glorifient la sainteté de son nom, et qu'ils (( publient la magnificence de ses œuvres. Il leur a « prescrit Tordre de leur conduite, et il leur a donné « en héritage la loi de la vie. Ils ont vu de leurs yeux « les merveilles de sa gloire, et ils ont eu Thonneur « d'entendre de leurs oreilles sa voix, et il leur a dit : « Ayez soin de fuir toutes sortes d'iniquités K »
II. Dans le récit qu'on vient de lire, nous voj'^ons Adam sortir des mains de Dieu, non à l'état d'enfance mais dans la maturité de Tâge, dans toute la force et la grandeur destinées à sa nature, avec la pleine jouissance de ses facultés intellectuelles et physiques.
Il fallait à Adam des connaissances bien étendues ^ pour qu'il fût en état de donner à chacun des animaux "* le nom qui leur convenait; et qui, selon ^l'interprétation commune, exprimait exactement sa nature et ses diverses qualités, ill devait pour cela avoir des notions générales sur ce qui distingue et caractérise les genres et les espèces, leurs propriétés, leurs aptitudes ; et les appliquer sans hésitation à chaque individu, à chaque espèce, à mesure qu'ils se présentaient devant lui ; car sans ces idées, il n'aurait pas pu attribuer à chacun des animaux un nom qui lui fût propre. <« Ne passez pas légèrement sur cet endroit, « nous dit saint Jean Chrysostome, mais considérez « quelle sagesse et quel savoir il fallut à Adam pour « donner aux oiseaux comme aux reptiles, aux bêtes
' Ecclésiastique, chap. xvii, l-ll,