‹ Cours d'instruction réligieuse, ou, Exposition complète de la doctrine catholiqueChapitre 54 sur 90 · ERRBURS SI7R LES FACULTÉS DE L HOMME · texte numérisé non relu

ERRBURS SI7R LES FACULTÉS DE L HOMME

(diose, sur les points les plus essentiels, que des hypothèses ou des suppositions gratuites? N'est-il pes arrivé souvent que l'on n*a pu assigner de différence sensible enire le front d'un homme ordinaire, eu mène d'un idiot, et celui ^â'un homme distingué par la profondeur et l'étendue de son intelligence?... Donc ce développement frontal, observé dans tel ou tel individu, ne peut donner lieu qu'à des conjectures. Combien plus incertains sont les jugements que Ton porte iBur les aptitudes spéciales et les inclinatîoBS d'un homme d après certaines proéminences de son crâne ! Ceux qui ont voulu établir Ut-dessus un système ont supposé d^abord qu'à chaque faculté et à chaque inclination de l'homme correspond une circonvolution du cerveau ; ils ont dit ensuite que cette faculté s'exerce selon le développement de la partie du cerveau qui lui correspond ; et, enfin, que cette extension de telles parties du cerveau produit sur le crâne les protubérances qu'on y remarque, de sorte que la conformation extérieure du crâne est parfaitement adaptée à celle du cerveau... Il ne nous appartient pas de discuter ici avec les savants sur î'anatomie du corps humain. Contentons-nous de dire que comme on ne peut faire d'observations sur le cerveau d'un individu qu'après sa mort, quand, par conséquent, toute opération a cessé, il est bien difficile de déterminer avec certitude les rapports qui existent entre les facultés de Tâme et les parties du cerveau* Qui a dit à nos savants qu'une même partie ou circonvolution du cerveau ne sert pas indifiéremment aux facultés^ et, par suite, aux opérations les plus idiverses? Comment savent-ils qu'il y a dans le cer*

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veau tout autant de parties distinctes, arjant chacune sa destination, qu'il peut y avoir d'aptitudes ou d'inclinations dans les hommes ?.,. Pourraient-ils môme prouver que le cerveau n'est pas un organe unique ? La science est probablement bien loin encore d'avoir résolu ces doutes, et, jusqu'à ce que la solution en ait été donnée, les phrénologues avanceront des assertions arbitraires que nous serons en droit de contester.

Quoi qu'il en soit de ces divers systèmes, que nous ne devons pas discuter ici, qu'il y ait ou qu'il n'y ait pas un rapport entre telle conformation extérieure de la tête et telle faculté, aptitude ou inclination, nous n'en sommes pas moins certains de la liberté humaine. Nous avons et tous les hommes ont, comme nous, la conscience de cette liberté, malgré l'influence que l'organisation de nos corps peut avoir sur nos âmes, et cela nous suffit. Le bon sens ne permet jamais d'abandonner, pour quelques conjectures, une vérité incontestable *.

1 Bien loin de reconnaître l'asservissement de l'âme aux organes, nous pourrions, d'après les hypothèses des phrénologues, mais en prenant un autre point de départ, dire que c'est par l'exercice des facultés intellectuelles que l'on parvient à modifier et à perfectionner les aptitudes physiques. Une observation faite sur les peuples sauvages, dont l'organisation est imparfaite, relativement à celle des peuples civilisés, est que ces défauts de conformation, tels que l'aplatissement de la partie antérieure de la tête, la prédominance de la partie postérieure, etc., diminuent au moins après quelques générations, et Unissent par disparaître à mesure que leurs mœurs se modifient et qu'ils se forment d'autres habitudes. S'il en est ainsi, comme l'ont assuré plusieurs observateurs, nous demanderons : quelle cause amène un pareil changement? Est-ce par les sens, par les jouissances matérielles, par des soins médicaux, que l'on fait passer un peuple de l'état

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Sans revenir sur ce que naus avons dit dans une autre leçon à ce sujet, que l'on consulte Texpérience : elle tient un langage tout autrement décisif que les théories incertaines de la science sur l'organisation intime de l'homme, que nous connaissons si peu. L'Évangile est prêché parmi nous à des hommes de tout caractère et de tout tempérament ; il est annoncé aux peuples les plus différents entre eux par les circonstances du soi et des habitudes ; peuples enfants, sur qui les sens et l'imagination paraissent exercer une action si grande, peuples abrutis par les passions, peuples usés quelquefois parla civilisation ; n'importe, il est porté à tous sans exception. Eh bien, parmi nous, comme au milieu de ces peuples, la parole divine, tombée sur des âmes qui paraissaient sans énergie, dominées par des impressions organiques, ou ^ même flétries et corrompues par de mauvaises passions, leur a communiqué une vie nouvelle- Le prêtre, chargé de ce travail de moralisation, ne s'est pas inquiété des obstacles que le tempérament pourrait mettre à son œuvre ; il n'a pas examiné la forme ni le volume des crânes de ceux à qui il s'adressait, mais il a eu foi dans la liberté de l'âme et dans l'influence de la grâce : et son espérance n'a pas été trompée. On a vu, on voit encore, les fruits les plus heureux de son

sauvage à la civilisation? N'est-ce pas, au contraire, par les doctrines qu'on lui enseigne et par les règles morales' qu'on lui fait observer ?

Donc, au lieu d'attribuer aux conformations du cerveau et du cr&neune action nécessitante sur Fàme, nous serions, au contraire, en droit de dire que c'est Vanne qui agit sur le cerveau, qui le modifie et l'agrandit par l'exercice fréquent des facultés intellectuelles, et pour nous servir de l'heureuse expression d'un écrivain, que Vàme fait 80n corps.

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ministère. A Tégoïsme succède TabBégation chrétienne ; l'homme sensuel se repenft de ses excès, et il devient modeste, sobro, circonspect > quelqueftns même il se voue aux austérités d'une vie pénitente, et les soutient jusqu'au terme de sa carrière. En présence de ces résultats incontestables, que Téducatic^ et la religion obtiennent pour la réforme des mœurs, est-il bien permis de dire que l'âme est sous l'action nécessitante des organes ?Cette doctrine, que réprouve le sens intime, qui blesse au cœur la digidté de rhomme, est donc encore convaincue d'erreur par l'autorité irrécusable dePexpérience.

Les erreurs que nous venons de passer en revue, les extravagances où l'orgueil et d'autres mauvaises passions ont jeté certains hommes, à qui on ne peut refuser d'ailleurs beaucoup d'esprit et de talent, doi* vent nous rendre bien circonspects à l'égard des opinions singulières et extraordinaires qui combattrai ce sens naturel que Dieu a mis en nous, et les enseignements de la foi dans laquelle nous avons été élevés. Pour comprendre les mjalheurs de ceux qui se lais* sent égarer par ces systèmes étranges, écoutons ce que nous a dit de lui-même un philosophe de nos jours, Th, Joufifroy :

« Né de parents pieux, et dans un pays où la foi a catholique était encore pleine de vie au commence- «f ment de ce siècle, j'avais été accoutumé de bonne u heure à considérer l'avenir de l'homme et le soin de <( son âme comme la grande affaire de ma vie, et toute

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« la suite de mon éducation avait eontribué à former (c en moi des dispositions sérieuses. Pendant longce temps, les croyances du christianisme avaient plei- (c nement répondu à to«is les besoins et à toutes le& a inquiétudes que de telles dispositions jettent dans tt rame. AUX questions qui étaient pour moi les seule» (c qui méritassent d'occuper Tbomme, la religion de « mes pères donnait des réponses; et ces réponses, j'y « croyais, et grâce à ces croyances, la vie présente « m'était claire, et par delà je voyais se dérouler sans <c nuages l'avenir qui doit la suivre. Tranquille sur le « chemin que j'avais à suivre dans ce monde, tran- « quille sur le but où il devait me conduire dansl'au- « tre, comprenant la vie dans ses deux' phases et la a mort qui les unit, me comprenant moi-même, conte naissant les desseins de Dieu sur moi, et l'aimant '▼^« pour la bonté de ses desseins, j'étais heureux de ce « bonheur que donne une foi vive et certaine en une « doctrine qui résout toutes les granides questions qui a peuvent intéresser l'homme.

« Mais, dans le temps où j'étais né, il était impos- « sible que ce bonheur fût durable, et le jour était a venu, où, du sein de ce paisible édifice ile la reli- « gion qui m'avait recueilli à ma naissance, et à « l'ombre duquel ma jeunesse s'était écoulée, j'avais « entendu le vent du doute qui de toutes parts en a battait les murs et l'ébranlait jusque dans ses fonde- « ments.

(( En vain mon enfance et ses poétiques impressions, « ma jeunesse et ses religieux smivenirs, la majesté, « l'antiquité, l'autorité de cette foi qu'on m'avait ensei- « ^née, toute ma mémoire, toute mon imagination,

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« s'étaient soulevées et révoltées contre cette invasion a d'une incrédulité qui les blessait profondément : a mon cœur n'avait pu défendre ma raison.

« Je n'oublierai jamais la soirée de décembre où le « voile qui me dérobait à moi-même ma propre incré- « dulité fut déchiré. J'entends encore nies pas dans « cette chambre étroite et nue, où longtemps après « l'heure du sommeil j'avais coutume tie me prome- « ner; je vois encore cette lune à demi voilée par les « nuages, qui en éclairait par intervalles les froids «c carreaux. Les heures de la nuit s'écoulaient, et je « ne m'en apercevais pas ; je suivais avec anxiété ma « pensée, qui de couche en couche descendait vers le « fond de ma conscience, et, dissipant l'une après « l'autre toutes les illusions qui m'en avaient jusquea là dérobé la vue, m'en rendait de moment en mon ment les détours plus visibles. *

a En vain je m'attachais à ces croyances dernières « comme un naufragé aux débris de son navire, en « vain, épouvanté du vide inconnu dans lequel j'allais « flotter, je me rejetais pour la dernière fois vers mon « enfance, ma famille, mon pays, tout ce qui m'était « cher et sacré : l'inflexible courant de ma pensée était « plus fort ; parents, famille, souvenirs, croyances, il « m'obligeait à tout laisser; l'examen se poursuivait « plus obstiné et plus sévère, à mesure qu'il appro- « chait du terme, et il ne s'arrêta que quand il l'eut « atteint. Je sus alors qu'au fond de moi-même il n'y « avait plus rien qui fût debout.

« Ce moment fut affreux ; et quand, vers le matin, je « me jetai épuisé sur mon lit, il me sembla sentir ma « première vie, si riante et si pleine, s'éteindre, et

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« s'en ouvrir une autre sombre et dépeuplée, où dé- « sormais j'allais vivre seul, seul avec ma pensée qui « venait de m'y exiler, et que j'étais tenté de maudire. « Les jours qui suivirent cette découverte furent les « plus tristes de ma vie. Dire de quels mouvements « ils furent agités serait trop long.

a Mais les convictions renversées par la raison ne « peuvent se relever que par elle, et ces lueurs s'étei- « gnaient bientôt. Si, en perdant la foi, j'avais perdu <c le souci des questions qu'elle m'avait résolues, sans « doute ce violent état n'aurait pas duré plus longce temps, la fatigue m*aurait assoupi, et ma vie se se- « rait endormie comme tant d'autres, endormie dans « le scepticisme. Heureusement il n'en était pas ainsi : a jamais je n'avais mieux senti l'importance des pro- (( blêmes que depuis que j'en avais perdu la solution. ^ « J'étais incrédule, mais je détestais l'incrédulité : « cefutlàcequidécidadeladirectionde ma vie. Ne pou- « vaut supporter Tincertitude sur l'énigme de la des- « tinée humaine, n'ayant plus la lumière de la foi pour a la résoudre, il ne me restait que les lumières de la « raison pour y pourvoir. Je résolus donc de consacrer a tout le temps qui serait nécessaire, et ma vie s'il le « fallait, à cette recherche : c'est par ce chemin que je (( me trouvai amené à la philosophie, qui me sembla « ne pouvoir être que cette recherche môme. »

Joufifroy crut pouvoir relever par les seuls efforts de la raison des convictions religieuses que sa raison avait renversées. C'était une erreur fatale : il aurait dû s'humilier devant Dieu et implorer sa grâce par la prière. Par surcroît de malheur, il chercha un remède

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àsesmaux, et la lumière qui devait dissiper ses doutes, dans la* philosophie. Or la philosophie, telle qa'(Hi renseignait à cette époque à l'Ecole normale, étak sceptique sur les grandes questions de l'origine et de la fin de l'homme.

« Toute la philosophie, dit Jouffroj lui-même, était <c dans un trou où Ton manquait d'air^ et où mon âme, (I récemment exilée du Christianisme, étouflEait, et ce- « pendant l'autorité des maîtres et la ferveur des disa ciples m'imposaient, et je n'osais montrer ma sur- <t prise ni mon désappointement.

« Ainsi s'écoulèrent pour moi les deux premières « années de mon professorat; et si Ton veut réfléchir « aux travaux qui les remplirent, on croira facile <k ment qu'ils ne laissèrent aucune place à l'examen « de ces questions générales. Toutefois la préocciK 4 « pation n'en était pas éteinte dans mon cœur, elle j « subsistait tout entière, et par intervaUes, quand j'au vais à rêver la nuit à une fenêtre, ou le jour sous « les ombrages des Tuileries, des élans intérieurs, « des attendrissements subits, me rappelaient à mes « croyances passées et éteintes, à l'obscurité, au vide « de mon âme, et au projet toujours ajourné de le « combler K d

Joufifroy passa sa vie au milieu de ces irrésolutions et nous avons lieu de craindre qu'il ne soit mort sceptique. Néanmoins, dans sa dernière maladie, quelques jours seulement avant sa mort, il disait, à l'occasion

' De l'organisaiion des seiencet phiiotophiques, par Th. Joufl^oy» Bévue indépendante, numéro du 1'' novemlnre 1842.

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de quelques philo9ophies irréligieusea dont on lui parlait : Hélas/ .tous ces 8u$tèmeê ne mènetU à rien; mieux vaut milk et mille fins un bon acte êe foi ehré^ tieme.

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