ETUDB DE LA RELIGION
(( d'examiner à fond si cette opinion est de celles que « le peuple reçoit par une simplicité crédule, ou de « celles qui, quoique obscures en elles-mêmes, ont c( néanmoins un fondement très-solide, je les consia dère d'une manière Irès-diflférente. Cette négligence « en une affaire où il s'agit d'eux-mêmes, de leur « éternité, de leur tout, m'irrite plus qu'elle ne m'at- « tendrit : elle m'étonne et m'épouvante, c'est un « monstre pour moi.
« Il ne faut pas avoir l'âme fort élevée pour com- « prendre qu'il n'y a point ici de satisfaction véritable « et solide, et que tous nos plaisirs ne sont que va- « nité, que nos maux sont infinis, et qu'enfin la mort « qui nous menace à chaque irtstant nous mettra en « peu d'années, et peut-être en peu de jours, dans un « état étemel de bonheur ou de malheur, ou d'anéan- <( tissement. Entre nous et le ciel, ou l'enfer, ou le '^ « néant, il n'y a donc que la vie qui est la chose du « monde la plus fragile, et le ciel n'étant pas certai- « nement pour ceux qui doutent si leur âme est im- « mortelle, ils n'ont à attendre que l'enfer ou le néant.
« Il n'y a rien de plus réel que cela ni de plus ter- « rible. Faisons tant que nous voudrons les braves, « voilà la fin qui attend la plus belle vie du monde.
« C'est en vain qu'ils détournent leur pensée de Cl cette éternité qui les attend, comme s'ils pouvaient « l'anéantir en n'y pensant pas. Elle subsiste malgré « eux, elle s'avance, et la mort qui la doit ouvrir les « mettra infailliblement, dans peu de temps, dans « l'horrible nécessité d'être éternellement anéantis a ou malheureux.
ce Voilà un doute d'une terrible conséquence, et
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a c'est déjà un très-grand mal que d'être dans le « doute ; mais c'est un devoir au moins indispensable « de chercher quand on y est. Ainsi celui qui doute « et qui ne cherche pas est, tout ensemble, et bien in- « juste et bien malheureux. Que s'il est, avec cela, <( tranquille et satisfait, qu'il en fasse profession, et « enfin qu'il en fasse vanité, et que ce soit de cet état « même qu'il fasse le sujet de sa joie et de sa vanité, « je n'ai pas de terme pour qualifier une si extrava- « gante créature*. »
L'homme raisonnable ne portera pas longtemps le poids d'un pareil doute ; il ne peut pas rester indifférent sur la question d'un avenir éternel, et dès lors il sent l'impérieuse nécessité d'étudier la religion. Quand le doute aura disparu de son esprit, quand, à ia suite d'une application sérieuse et par la miséricorde de Dieu, il sera convaincu de la vérité du christianisme ; il ne se croira pas dispensé de continuer ses études, jusqu'à ce qu'il ait acquis une connaissance suffisante, non-seulement des principes sur lesquels repose la religion, mais de ses dogmes, de ses préceptes, de son culte. Plus il connaîtra Texcellence, la profondeur, la beauté des dogmes que Dieu nous a révélés, la sainteté de la morale évangélique, la raison des diverses pratiques du culte, plus il appréciera le bonheur d'être chrétien, et se sentira affermi dans la résolution de vivre conformément à sa foi.
L'estime et l'amour d'une chose sont naturellement en rapport avec l'idée que l'on a conçue de son excellence ; quelque parfaites que soient en elles-mêmes,
* Pefuée$ de Pateal^ Nécessité d'étudier la religion.
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quelqaeavamtageuses que saieHl peur «nous les observâmes réiigieasBS, nous les aimerons peu si nous ne les oœiaaissons quesuperficieUdinent, et c'est bien la raison de Tindififérenee pratique où vivent un«i grand nombre d'hommes, qui d'aiileurs ont foi dans le Christianisme. Que de beautés dai^ ce^e reli^on qui raviraient le cœur ! Que de motifs de congiolation qui donneraient Tespérance aux âmes affligées e^ les relèveraient de leur abattement! Que de moyens de surmonter les inclinations les plus déréglées, et d'opérer une aorte de transformiation dans ies natures les plus dififieiles !... Mais l'homme ignorant ne soupçonne ni ces beautés, ni ces richesses de la grâee divine ; il vit à côté du'ehristtantsaie, sans en ressentir les bienfaisantes influences. Ah ! si du moins, une fois dans sa vie, il consentait à recueiltir ses pensées et à invoquer la lumière d'en haiift pour lécouter ensuite avec respect les enseignements de la religion, comme toutes choses lui apparaîtraient SQusnm.aspisct différent I...
L'homme qui a pu considéi^er de près le <diTiEtianisme n'a pas besoin d'être extsM par lidée du devoir, à étudier ses dogmes et ses préceptes. Il se ^ent attiré vers cette étude par le sentiment 4\i bonheur qu'il y trouve, car elle a des charmes qfui le c«pcivent; ce sont les délices de sa vie. Gependanlune autre considération le touche. Heureux d'»voir tiwiTé la vérité, il désire la communiquer à d'autres qui puissent en jouir comme lui. On ^ dit qu'au joifr où la paitrie est en danger tout citoyen devient seMdt ; nous dirons avec encore plus de vérité : quand l'Église souifre, quand elle est en péril, tout chrétien a reçu
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de Dieu une mission pour la défeoidre et pour propager ses doctrines sous la direction des premiers pasteurs. Ne faut-il pas, en effet, que dans un temps, où les peuples sont menacés de périr sous Taction de désolantes doctrines, dans un pays, où les ennemis de la religion ont répandu partout et font circuler dans les veines de la société le poison de Terreur, ceux qui ont à cœur la gloire de Dieu et le salut de leurs frères redoublent de zèle pour sauver quelques âmes du naufrage?
Des hommes généreux l'ont compris ; ils ont compris qu'il y avait pour eux im apostolat à exercer dans le monde, et c'est une grande consolation pour nous, au milieu de tant d'épreuves, de voir aujourd'hui, dans tous les rangs de la société, des laïques qui, .ikous l'inspiration de leur consciience et s'éclai'rant de la direction des pasteurs;, pour ne pas s'égarer dans oette voie, sont entrés dans la lice et^défendent, avec autant de talent que de dévouement, les intérêts sacrés de l'Église. Les livres^ les cercles» les œuvres de bienfaieaûoe, les conversations privées, tout sert à leur dessein,; ce sont autant de moyens par lesquels chacun d'eux, selon la position que la Providence lui a faite, concourt au même hut, s'efforce, autant qu'il ^8\ en lui, d'écarter les préventions formées contre l'Église, de soutenir ses droits dans la société et de faire pénétrer, daus quelques intelligences égarées, le rayon des vérités divines. Si vous voolez servir ai^c :eux la cau^ de la religion, et vous associer à cet apostolat de la charité, commencez par vous instruire solideiDeQt4e l'enseignement de l'Église; vous pourrez ensuite, selon les situations diverses où vous vous
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trouverez, justifier cet enseignement contre les attaques dont il serait l'objet, éclairer ceux de vos amis qui no le blâment le plus souvent que parce qu'ils s'en font une fausse idée, aider les pauvres, les enfants, vos domestiques, à connaître la religion ; vous contribuerez ainsi à maintenir dans vos familles les traditions vénérables du christianisme.
§ 2. MÉTHODE A SUIVRE DANS l'bTUDE DE LA RELIGION.
S'il est nécessaire d'étudier la religion, il ne Test pas moins de suivre dans cette étude une méthode convenable, et d'y apporter certaines dispositions, qui seules peuvent en assurer le succès.
Chaque science s'étudie sous la direction d'un maître, d'après une méthode analogue à la nature môme des choses que l'on veut apprendre. Est-ce la botanique? Vous procédez par voie d'observation, puisque ce n'est que par là que vous parviendrez à connaître les plantes, et les analogies que diverses espèces peuvent avoir entre elles. Si vous étudiez l'histoire, ce ne sera pas dans le raisonnement, ni dans les jeux de votre imagination que vous rechercherez l'origine d'un peuple, son caractère, son génie politique, ses alliances, ses guerres ; vous consulterez les livres et les autres monuments, où sont consignés les faits qui intéressent ce peuple. De même en est-il de toute autre science. Il suffit de réfléchir sur la nature des choses que l'on veut étudier, pour voir aussitôt la marche qu'il faut suivre.
L^'étude de la religion a pour but de nous faire connaître ce que nous sommes, le but vers lequel nous
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devons tendre, la fin ultérieure de notre création, les moyens par lesquels Dieu veut nous y amener. Pour connaître ce que nous sommes, et ce que nous devons être, il feut sans doute nous observer sérieusement nous-mêmes; mais, comme il nous est impossible de nous connaître aussi parfaitement que nous connaît celui qui nous a faits ; comme nous ignorons d'ailleurs les fins qu'il a pu se proposer en nous créant, et l'économie, le plan divin de sa providence, nous devons écouter avec respectée qu'il nous en a dit, car l'homme ne peut avoir là-dessus que les lumières que Dieu lui a données. Or ces manifestations des pensées et des volontés divines, l'histoire nous les fait connaître; elles sont consignées dans les monuments de la révélation ; elles nous sont transmises par les traditions dont l'Église catholique est la gardienne et l'interprète, comme nous le dirons dans la suite.
C'est donc à ces sources, c'est à l'enseignement de rÉglise qu'il faut nécessairement recourir. Il en a toujours été ainsi en fait de religion : à quelque époque que Ton se reporte, on voit que partout la religion a été considérée, non comme un système philosophique, produit de l'esprit humain, mais bien comme une institution positive , fondée sur l'autorité de Dieu et transmise par voie d'enseignement : c'est l'idée qu'en ont eue les peuples, sans nulle exception.
Concluons que la meilleure méthode que Ton puisse suivre dans l'étude de la religion est de s'instruire d'abord des faits sur lesquels elle repose.
Élevés dans la religion chrétienne, qui a fait le bonheur de notre enfance, et qui jette un si grand éclat dans le monde, car c'est la religion des peuples
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les plus éclairés^ nous étudierons son ori^e et soa ^ établissement; les développemeats que le christianisme a eus dans la suite des temps, la révolution qu'il a opérée dans le monde, le bien qu'il n'a cessé de produire, sa conservation, sa perpétuité ^u milieu des bouleversements des empires^ et mal^é les obstacles de tout genre qui auraient dû l'arrêter et même le détruire, sïl n'avait été que l'œuvre des hommes. Dans ces faits se trouve une preuve de la divinité du christianisme, preuve accessible aux plus humbles intelligences, et qui peut satisHaire et convaincre les esprits les plus élevés.
La divinité du Christianisme connue, il faut rechercher l'autorité qui a été établie pour maintenir et perpétuer l'enseignement de ses dogmes, ainsi que pour régler sa discipline, car il n'est pas permis de supposer que Dieu ait laissé aux hommes le soin de s'en instruire tout seuls, sans guide, sansdirectionassurée,'^ sans nulle autorité qui fixe les irrésolutions, qui conserve le dépôt des crojances, qui préside au culte public. Arrivés à cette connaissance, mis en présence de cette autorité, il ne nous reste plus qu'a l'écouter avec un religieux respect.
Nous voyons de nos jours des philosophes suivre une méthode bien différente.
Plusieurss'arrêtent d'abord à l'examfflides mystères, et, <€omme ^ ne peuvent les bien comprendre, ils tirent de cette iocompréhensibilit éméme des mystères une objectiez contre le Christianisme. C'est à peu près la marche que suivaient autrefois les physiciens , quand, au lieu de procéder par voie d'observation des faits, ils commençaient par se faire des thécx'ies aiix-
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% quelles les expériences venaient s'ajuster enaiiHe comme elles pouyaient. Onpeutaasurerque les «ci»ces seraient toujours demeurées dans un état d'enfance, si Ton eût persisté dans une telle voie, ei que la plupart des lois de la nature connues aujourd'hui ne l'auraient jamais été, si l'on avait voulu tes coukaérer d'abord en eUes-mêoMS, et ne venir à Texpérienœ qu'après avoir démontré au préalable l'exîstenoe ou la convenance de ces lots, par le seul rwonnemeuL
Il en est de même de ceux qui veulent se rendre raison des vérités religieuses, les bien comprendre, ou du moins les soumettre au contrôle de leurs idées, avant 4e s'enquérir du fait de la révélation. Cette méthode^ outre qu'elle exigerait un travail long et difDcile, expose à de graves méprises, parce qu'elle nous fait raisonner, aumoy^en de n^ seules idées, sur.des
% objets qui sont au-dessus de notre portée, et dont, par conséquent, nous n'avons qu'une conception trè&-impariaite. N'est-il pas plus sûr et plus conforme à la nstfure des choses de penser qu'une religion qui se propose de nous faire connaître Dieu et ses rapports avec nous doit renfermer de profonds mystères, et qu'il fout avant tout nous assurer si Dieu lui-même lUHis a révélé ces mystères? Si le fait de la révélation est bien constaté, le bon sens veut que nous en accef)tions franchement les conséquences^ sans nous embar* rasser des objections, quelque spécieuses qu'eUes puissent être.
D'autres pihilosopbes laissait de côté l'examen des faits et les -eon^o verses dur les mystères ; les diverses religions ne sont à leurs yeux que des inspirations