‹ Cours d'instruction réligieuse, ou, Exposition complète de la doctrine catholiqueChapitre 63 sur 90 · LEÇON XVI · texte numérisé non relu

LEÇON XVI

En smvaat le cours naturel des^cboses, on a lieu de préwmer que le dépAt de» ti^ditions primitives se eonaerva plus £acileiiieiit dax^ les familles qui deoieut lurent &a Asie, près xles Ueux qui avaiexH saryl de berceau au .monde naissant, et où l^ieu a>'ait fait éeteter sa glaire, que dans les familles qui se dk^ersèrent au loin. Outre qu'^n Asie le seul aspect des Ûeux rap* pelait les souvenirs du passée cette vie ealme fevorirsait bien plus l'enseignement des pères que la vie nomade des>^ tribus qui allaient, de riésions en régions, jusqu'à ce qu'enfin l'agriculture les eût fixées. On a observé de tout temps (pe l'Asie était le pays le plus riche de traditions, et qu'en dehors de l'Asie nuUe partne se trouvai^t plus de vestiges de l'antiquité que ehez' les peuples voisins. Les plus célèbres des philosophes parcoïK'urent la Phenicie, la Perse, quelques-uns pénétrèrent jtisque dons rinde^ pour cob- Terser avec les sages de ces contfées^ et recueillir daas ces entretiens des cozmaisaanees qu^ils n'espéraient pas trouver si faoilemeot ailleurs.

Cependant, même en Asie, dans la suite des temps, i'oubli et la négligence d'une part; de l'autre, l'asservissement aux senS; les passions maudites de la chair^

264 RÉVELATIOK PRIMITiyE

la séductioû de l'ange déchu, contribuèrent à altérer la foi 9 plus , san^ nul doute , que le raisonnement, dont Tabus ne se fît sentir que plus tard. Le culte du vrai Dieu s'allia insensiblement à des pratiques superstitieuses qui amenèrent le polythéisme et Tidolatrie.

Il ne sera pas inutile de jeter un coup d'œil sur ces altérations des doctrines primitives, pour mieur comprendre combien nous sommes redevables à la grâce de Dieu, qtd nous a fait naître en des temps meilleurs, el pour voir, au milieu des égarements les plus monstrueux de Tesprit bmnain, le fond de la vérité qu'il a corrompue. Nous allons donc exposer d'une manière succincte l'origine et les progrès de l'idolâtrie, sans nofus astreindre pourtant aux siècles qui précédèrent la vocation d'Abraham, afin de n'être pas obligé de revenir plus tard sur cette matière.

§ 1. — ORIGINE ET PROGRÈS DE l'iDOLATRIB.

Les hommes né pas^èrent que par degrés de la vraie religion à l'idolâtrie; ils n'oublièrent pas de mt6t le Dieu de leurs pères. Une telle révolution dans les idées religieuses dut éprouver bien des difficultés de la part de plusieurs chefs de famille, dont l'autorité finit par être méconnue. Voici quelles furent les causes les pkis immédiates de ce changement : l'oubli de la création, l'altération des croyances primitives, l'asservissement de l'âme sous Tempire des sens.

Nous avons vu, dans une autre leçon, que, quand les hommes, après avoir oublié le dogme de la création, voulurent se rendre compte de l'origine des

ST7R L'iIXHJLTltlB .ftS6

ehoseSy ils furent naturellement amenés à croire que tous les êtres, da moins les âmes, étaient des émanations de la subst^ice divine, émanations plus ou moms parfaites, selon qu'elles étaient plus ou moins immédiates et que ces âmes avaient conservé plus d'analogie ou de rapports avec l'être primitif. La conséquence dut être qu'il fallait adorer les génies, les âmes des grands hommes, Tâme universelle que Fon supposait animer le monde, car c'étaient des portions de la Divinité, ces âmes étaient divines par leur origine ; on déifiait par là l'univers entier, et, si l'adoration s'arrêtait à quelques êtres particuliers, c'était parce que la Divinité paraissait en eux avec plus d'éclat.

Mais la plupart des hommes ne s'occupiûent guère de Torigine des choses et n'avaient pas celte idée d'é- %Qnanations et de panthéisme : l'irréflexion, jointe à Tempire des sens, les rendit idolâtres.

Les anciens avaient honoré des esprits intermédiaires entre le monde et Dieu, intelligences supérieures dont la Providence se sert dans le gouvernement des choses d'ici-bas. Ces souvenirs se conservèrent, mais le culte que l'cm rendait aux esprits devint une superstition criminelle, dès le moment où il cessa de remonter à Dieu, de qui les anges tiennent toute leur puissance. Les hommes s'habituèrent donc à les honorer sans nul rapport à Diei^ : ils les invoquèrent comme des êtres supérieurs à la nature créée, et dispensateurs des biens temporels, ou bien ils tâchèrent de les apaiser, comme des puissances malfaisantes dont ils avaient tout à craindre. Ce fut l'origine du culte rendu aux bons et aux mauvais génies.

La soleil, la^lum, les aulf«» corps eéleslea, ans lesquels se manifeslait avec éolaÉ^U magnifierez 6t 1» toute-poissanee suprôme^ deidaFeot^ayee les génies qui étaient présumés les animer, llobj^ dlun noiuwsa eiilte^ surtout daae les contrées asiatique» où^ les Itommes jouissent darantage de Faspeot^majesltteux •du cieL Ce culte se matérialisa bieMÂ, dumoina<dsfis la pensée de la multitude, quineraf^poitait plus ans addvation qufàess éléments grossier^ sanséleieftseB idée plus haut. Parmi les astres, elie YèMva despié* férence le soleil et la^ kme, quit flif^Mt les diviaités principales de la Chaldée, delà l^rse e^ de bim d^aii^ très, peuples. Job fait aUusîoa à^ces pratiques si:9er9^ titieuses quand il se justifie du crime d'idolâtrie; en disait : <c Si j'ai regaa*âé le soleil dans son éclat el la i< tune dans sa course, si mon oœu? & ressMil \m& seh « crête joie et que j- ai porté la maîQ à ma^bottehe pcHir^ c( la baiser, ce qui est un crime trèi^grafe et utt re- «^ noneement du Dieu très^iaut K*. » Un autre livre inspiré^ écrit par un prophète, àune'épiMpxeaètles ^vûék étaient le plus en rapport avec» les natione'mfi!dèles, nous expose ainsi l'aveuglement crùdes^liamBies étaient tombés sur ce poittt : « Ucpsont tomis^ dit^ii, u ces hommes qui n'ont pas la seienee.de Dieu. Aria » Yue des beautés de ce m^kte, ils nfoni pas pu^eoai- « pr^mdre celui qui est, et la ccQSîâération' de tant « de merveflles n'a pa& élevé leui^ esprit à Viéé^^e « celui qui les a toutes produites; ils* ont pris pow c( des dieux qurgomement Tunifers; le^eu, Tair, te et vent, les étoiles, le soleil, la liaie* Si, touchés des

1 Job, zxi, 2«.

. l'unxlatb» 261

« beauté» qu'ils' «dmirent dans «bs aflires, ite les (mt « pris penr des^ dimités,.- qU'ils saefaent que le Sei* « gneur, qtd a lait cet ciiosea^ est infinimeat plus « bew S »

Un autre objet* de superstition fiii l'homme Icdr mfime, auquel on donna une place parmi les dieua^ quand il s'était é)0vé au-dMsus des conditions ordi* naires de rhumuâté par des vertus éclatantes ou par <le grands servii^ rendus à la société. La mémoire de ces hommes -devait être chère à leurs enfants, et on ne 86 trompait pas enoroyant guMLy avait eu quelque chose' de divin dans leur peraonne ; mais on oublia que ces qualités émin^ites venaient originairement de celun qai< est le principe de tauj^ vertu et de toute frrandeuR Bel, la grande divinité des Assyriens^ élait très-vratsemblâbtement Ton des premieps enfants de %^em^ qui avail^ établi son empiro^ aur les^ bordai de l'Euphrate. On a crui remarquen de fref^pantes ando^ gies entre les noms des dieux des nations» asiaieittef et cdui de* leurs, premiers fondateurs. Les CbiiuHS, dont les formes reUgîeufles remontent sans doute bîea haut, joignent à Tadoration du ciel matériel, et à celui des génies présidant aux fleuves^et à la terre, eeluî de leurs ancêtres. Bn Orièce, ht.plufiart des diem avaient étédes hommes ; tels Jupiter, Saturne, Àpolr Ion, Cérès.

INous serioi»^ portée à erûfrequo, dans les eom>meneements, le- culte^ rendu à oes grands hommes tannait au môme prmcipe'Cfue celui que Ton rendait aux astres et aux génies : c'étaient toujours de fausses ap-

> Sagesse, xiii.

268 RÉVÉLATION peuotive

idications d'une doetrioe très-Ynaie. (M savait que' Dieu avait autrefois parlé aux prefiaiers bommeS) et ({ue souvent il leur envoyait des asiges, ou des esprits supérieurs, qui paraissaient visibleooient ^Hir la terre pour converser avec eux, les instruire, les coj;)i3oler et les protéger dans les périls* Il était donc assez naturel que Ton crût rencontrer ici-bas des génies sous une forme humaine. Un poète fort ancien fait adresser ce reproche à un faonime qui maltraitait Ulysse, déguisé en mendiant : « Vous avez grand tort d'outraic ger ce pauvre qui tous demande raumônCé Eh ! <( malheureux^ si c'était Tune des divinités qui rési- « dent dans TOljmpe ?. . . car les dieux, qui se revêtent « comme il leur {datt de toute sorte de formes, pren- « nent souvent celle d'un étranger ^t pai^courait les « villes et les contrées pour être témoins des crimes « et des vertus des honnnes K » Ce mémid poète fait i descendre Minerve sur la terre pour conduire le jeune T^émaque sous la figure de Mentor.

e^ Ton croyait à ces apparitions passagères, on put s'imaginer aussi que des génies bienfisiisants quittaient parfois le séjour céleste, non plus pour se manifester dans^une circonstanea particulière, mais pour demeurer dan£^ ce monde, se soumettait aux maux, à toutes les nécessités de la vie, afin de rendreaux hommes de plus grands services, de les aider à cultiver les arts utiles, de leur donner des lois sages. On pouvait même présumer que ces dieux, après avoir animé uneorps^ revenaient ensuite sous un corps nouveau. Ces idées n'étaient certainement pas étrangères aux anciens :

' Homère, Odyaée, chant XVII.

SUR i^woLàTKa 269

eUes ont pu être, en bien des lieux, Foccasion et même le fondement du culte rendu aux grands hommes.

Du culte desgénieSy et de celui des grands hommes, résulta Tadoration des idoles, ou Tidolâtrie proprement dite. Ces grands hommes que ron avait déifiés n'étaient plus dans ce monde, et on voulait cependant se les rendre présents par des statues qui en rappelassent le sou* venir. D'ailleurs, le monde était si incliné vers les sens, que, si les dieux qu'il s'était faits, n'eussent pas été sensibles, il n'aurait plus su à quoi devait se rapporter son culte : tant l'esprit humain avait perdu les idées pures de la divinité !... Il se fit donc des idoles, et il les adora. Écoutons encore ici l'auteur du livre de la Sagesse : « Ceux-là sont vraiment malheureux et « sans nulle espérance, qui ont donné Te nom de Dieu ^ aux œuvres de la main de l'homme : à l'or, à l'artt gent, à des figures d'animaux. Un ouvrier coupe un « arbre de la forêt : d'une partie il fait un meuble « destiné aux usages de la vie ; il taille l'autre partie « avec soin et il en fait l'image d'un homme ou de « quelque animal. Il pose cette statue dans une niche, tt il la soutient avec des clous, de peur qu'elle ne a tombe ; ensuite il lui adresse des vœux, il implore (I son secours, il la consulte sur les affaires les plus Il graves de la famille. Il ne rougit pas de parler à un « bois sans âme, d'appeler à son secours celui qui ne « peut l'aider, et de demander la vie à un mort. C'est c ainsi qu'a été introduit dans le monde le culte des a idoles... Cette coutume criminelle, se trouvant en- « suite autorisée par le temps, fût observée comme « une loi^ et les idoles furent adorées par le comman-

270 B.È9éLÂ9f(m mBOflYB

<< dément â6s princes. La multitiiâli dus hommw , « Iroiapéd par oes yames représestailmrs/ éprise de <( leur beauté, prit pour un dieu celui qui aTaitélé (( ooosidépé comaie un homme, et lette fht rillurien, <( qoe l'on donna au bois et à la pierre le^nom inerai- <( munioable de Dieu ^ »

Les auteurs piûeB» nous donnent sor ce pointr tes ffiême» idées que les prophètes de 1^ imtion juive. Bô nous représentent partout les bommes prosternés aux pieds desc idoles, et, dans' le pays- le plus peU ^mme le plus savant de TEurope, on accusa d^théinne ceux qui a¥aieQt osé dn*6 que les dieux immortels n'étaient pas cm statïtôs ftiites d& la main àm hommes. Il se peut que, dans Tidée de la multitude, -ees statues^ une fbis consacrées comme ttivinités, lé ^vinssent par le fait; soit que le Diett que l'on pré^ tendait invoquer vtut fixer sa demeure dans cette ^ stotue et sldentiOer en quelque sorts avec elle, soit de^ toute autre manière, dont les bommes<abrutis ne efaerebaient pas à se rendre conq^, o«imme' nous voyons encore aujourd1»ii en Afrique des ^uvages, livrés au plus grossier fétiichtame, 9iK»mt des êtres kianimés, sans faire la moindre rMexiomsur l'absurdité de leur culte».

* Sagesse, vm et xiv; Isaïe, xwv»,

' Le prophète Daniel nous a conservé tm'ttsitT«m«nittablèrqm 4£iEuie qa^qufi idée <ie ropivioai que le& idolâtrai le fi>naiieiEt -dô leurs dieux : l'histoira pcoXaoe, n^us en. daanapitoieui» aiUres tout à fait semblables.

Les Babyloniens adoraient une idole nommée^ Bel, à qui tous les jours on offrait douae mesnreft dei ûurine, qpasuote br^iiit et six amphot*es de yin. Le roi demanda un jour à Daniel « pourquoi il n'adorait pas ce di^u, » et le prot>hâte lui répondit « quli adorait le Dieu vivant qui a créé le eiel et la terre, et non pas les

On. 116 peut dire <|tHiUe bumilialioû c'ét^tpour Ithonme ^ae-ppostamar aizi^i devant apn sembiablâ 6tà'ad(mr Tttiirrd dd ses maififi; il fut plus profoBr déiDB8Bt bumilié eneoN^. ear il ea^ii&t jusqu'à adorer ddftimimaax* Tout Le moJida sait qu-ea Egypte^ pays réputé sage pasmi taus^Jles autres, la peuj^te rendait des benneups diviiK au£ oroeodilae, aux bœufs^, aux cbiaiM, aux ebals, à teule sorte d'animaux. Queiqjuies éeiimns modernee^dit LelaxKi, n'osai pu s'imaginer que cette nation se soit rendue coupable d'une idok Ifttrie si atupide ^ II- n*j a pourtant rien de mieux aMesté. Les autres peuples rafllaient KËgypta die son eidte* Diodom de Sicile dit qa'il faut a:vair été témoin

idoles que la main de rbomme avait faites. —Quoi donc ! reprit Ifc ror, Bel tfest'll pas un dieu vivant? Ne voryes-vous pas combiaa'fliBn]gp»:6til boit ^aqua jour? » Ce» paroles firent sourire ^f0ù prophète, qui as&ura que Bel n'avait jamais bu ni mangé, puisque n'était que boue au dedans et airain au detiors. Surpris et ne sacbant plus qu'en penser, le roi appelle les prêtres de rid<^; Q8iiit-€i pn6tend«nt que Daniel les calomoiei; Ub veulent ea venir à l'épreuve; ils consentent à mourir s'ils ont trompé, et ils demandent la mort de leur accusateur si leur innocence est re*eoiainei On place deito les offmndesî en prtencB du roi, et les portAs du temple sont fermées avec soiA;.mai8 Daniel avait eu la précaution de faire répandre de la cendre sur le pavé, à l'insu des prêtres. Le lendemain, de grand matin, le roi vient avec Da* idel ; 911 envre les.pertoe, le prince jette les yeu sur la table, et, ■e Torm&phis les oihiodear il s'écri&^àiimil&'VQix: « Vous èm grand, ôtBei, et il.Q'ya: poûit de tcompeDie en tous. » Mais DBt niM l'araèle;. Inir fiait rensniper sur la gmé desr^ traces de pieds ^'hoannea^ ds^ femmes de petits eaônit» : U ne. fut pee difficile âdrlen de savoir ce que devenaieiit cdiaque jour les offrandes: les pié^s de l'idole forent contraint» de l'avouer et démontrer 4es portes escbées paitlesqueUee il» eoiiiaientavec leur famille pour manger ce qui avait été offert à l'idole. — Daniel, ziy. Les Babyloniens pensaèsat dono que leur diviaité vivait dana cette âtatiie*

» Démonstration évangélique, I" part., chap. v, § 9.

272 RBVÉLATIÛIC PEISanVE

de Textravagance des Égyptiens pour y eroire, rien n'égalant la folie du culte qu'ils rendaient «ix aaimaux'. Philan, qui mait au milieu d'eux, les accuse d'adorer des chiens, des loups, et il ajoute que les étrangers qui venaient en Egypte ne pouvaient s'empécher d'en rire, et que les plus sensés, frappés d'étonnement, les regardaient en pitié. Plularque assure également que ce peuple adorait des animaux, ce qui exposait la religion au mépris et donnait lieu aux idées les plus absurdes. Peut-être dans le principe ces animaux étaient-ils, dans l'idée des Égyptiens, de purs symboles ou des figures hiéroglyphiques représentant quelque attribut de la divinité ; mais ces idées disparurent peu à peu pour ne laisser au peuple que l'objet brut de son culte, et les animaux recevaient dans ce pays autant et plus d'honneur que les dieux, réputés supérieurs, n'en recevaient des autres ^ nations.

Nous ne finirions pas si nous voulions exposer le nombre et les différentes espèces de divinités qui furent adoréessurla terre : ce nombre est incalculable. Dans la plupart des pays , le système théologique

1 Nous lisons dans cet auteur : « On regardera sans doute comme une chose difficile & croire ce qui concerne tes animaux sacrés de rË^pte. Un Romain qui arait tué un chat fut assommé par le peuple, sans que ce peuple pût être arrêté ni par les remontrances des officiers, ni par l'intérêt de TÉtat, ni même par les protestations que taisait le Romain de n'avoir tué l'animal que par mégarde. Je n'allègue pas ce fait sur le rapport d'autrui, j'en ai été témoin moi-même dans mon séjour en Egypte. On sera tnen plus surpris d'apprendre que, dans une famine, les hommes en vinrent jusqu'à se manger les uns aux autres, sans que personne ait été accusé d'avoir touché aux animaux sacrés. » Liv. I, sect. xi, n» 81.

, son- l'idolat&ie ' 27S

n'offre qu'un chaos où il est impoasfble de rien défûêler: c'est un môlenge (Fhistoire^ de thé(dogUs ifémbièixies, de symboles, didées astronomiques^ qui n'a rien de pardi. Les Mres kiaehBés, les génies> leshofiames, les animaux, les viees, les vertus; tout ^e que Ton pouvait concevoir de bon ou de nuisible, tout cela était personnifié, déifié, tout cela était D^eu. Aujourd'hui que le Christianisme a jeté une lumière Sri pure sur la nature divine, nous concevons avec pei^ qne les hommes aient pu se tromper si grossièrement, et nous ne sommes pas snirpris que cfuelques écrivains se soient efforcés de donner au polythéisme une explication qui tempère un peu la crudité de ses doctrines. Malheureusement, leur in* terprélatioû ne peut se concilier avec les faits. Un brahme indien, qui voyageait en Europe dans les com- ^mencemrat de oe «âècle^ a donné une traduction abrégée du Vedmta ; dans la préface de cet ouvrage il dit: a J^m observé que, dans leurs écrits et dans leurs «conversations, beaucoup d'Européens éprouvent le « démrde pcdlier et d'adoucir lesformes del'idolitrie c( hindoue, et qu^ils sont portés àcroire que tous les « objets du culte sont considérés par leurs adorateurs <t comme des représentations emblématiques de la <f suprême divinité. Si c'était réeltement le cas, je a pourrais être amené à examiner ce sujet. Mais la « vérité est que les Hindo^si de nos jours neconsi- « dèrent pas la chose ainsi; ils croient fermement à « rexistence réelle de dieux et déesses innombrables « qui possèdent dans leurs propres domaines une u puissance entièfre et indépendante^ et c'est pour se a les rendre propices, et non pas le vrai Dieu, que

1S74 RBTBLATIOSr FRBKETIVE

«r des temples sent érigés M des oérémoniesobser- « Tées. Il n'y a pos de doute cependant, et mon bat « est de le prouiBer, que chaque rit dérive de l'ado- « ration allégOTique de la (fimité védtable; mais au- 9 jourd'hoi tout cela est oublié, et, aux jreta d'^on « grand nombre, c'ei^ même une. béiérâ 4e le ineia- «tkmne^^»

Il y a bien des «èdes que saint Augnstiti fusait à peu près les mêmes obsenrations, dans son iiairant ouirr3ge.de la Ctâ^^e/^wif. Yarron et 4'«M»tres philosophes ne voyaient, dura la mjrihetogierdes poètes, qu'on tissu de fables, le f^lm souvent indigaâs des dieux ; ils consentaient tout au plus à yok dans les foUes, dans les noms ou les attnibuts des dieux que les villes adoraient, des aUégories des dieux yéritabies* Saint Augustin repref^hait à ces pbilosofdies, qui avaient des notions pkis «ppiocbantes du vrai que n'en avait ^ le peuple, de eanspirerr néanmoins ensemble pour re« tenir la multitude dans ises erreurs, ettd'ériger enprineipe qu'il était bon de la trompa ^n matière de religion. Le prêtre Soévola ne TOtilait pas que Ton dit «u peufde que Heronle, Esouiaqie, Castor, PoUox, n'étaient pas des dieux ;4}iie les ytais dieux n'ont ni sexe> ni corps, ni &ge. Le docte Yarron soutenait la môme maxime ; lui et tous les autres pbilosefkhes dissertaient dans le secret de l'école sur la ^aaité des dieux populaires, mais ilane les vénéraient pas moins extérieurement, comme s'Ms eiueent partagé les opinions du peuple ; ils >savaiisit que «es opinions étaient fausses, qu'ifene pouvaient accepter la mythologie,

1 Annales ie philaiopkwt t. IX, p. «24, Rlk»i-MoiHi»-Rof : oe brahme eit nM>rt en iSiK^

Tt cependant, en. puJ:^ ils parlaient et ils agissaient comme le vulgaire \

On voit maintenant la raison de Tidolâtrie et ses excès. Sous quelque forme qu'elle se soit produite, elle a eu constamment pour principe une fausse idée de Dieu et l'oubli du dogme de la création. Jamais il ne fût venu dans l'idée de l'homme de rendre sérieusement à une créature des honneurs divins, s'il fût demeuré convaincu que Dieu seul est par lui-même, et que c'est de lui seul que tous les autres êtres ont reçu l'existence, la perfection et les biens qu'ils possèdent ; mais, à meàure que ces idées s'effacèrent, ou du moins s'altérèrent essentiellement, on tomba dans cette alternative : ou il fallait confondre Dieu avec le monde, soit qu'on le regardât comme Dieu lui-mèmeou qu'on le considér&t comme La corps dont Dieu s*é-

i4faiit revêtu, et alors on rendait un culte aux astres, aux divers éléments, en un mot, à la nature ; ou bien, on dut reconnaître des êtres distincts et tout à fait indépendants de Dieu, êtres supérieurs qui avaient par eux-mêmes la grandeur et la puissance de nous protéger, et ce fut une conclusion très-naturelle qu'il fallait les adorer.

Le polythéisme, ainsi conçu, se répandit successivement dans le monde entier. Sans doute, bien des

' D$ Civilatejhif lib. lY, cap. zxvii et.zxx;.lib. VI, cap. ii, v, VI ; lib. VII, cap. xxxiii. Saint Augustin remarque en particulier, par rapport à Cicéron, que, quelque liberté qu*il se donne dans ses livres pour parler des dieux, il n'aurait pas osé dire, même à. deoM-a^t, éeittJK le puUic, ee %u'il soutenait taardimeiit dans les — tiieti«ia.yfcilosophiq[nop. SenblflUe^Mi eela-Aux autres «a^es, il BâoaâX devant le peuple des divinilés auxquelles il ne ea»Yait pas.

276 RBVBLilTlON PRIHFnVB

individus, et nous aimons à croire que le nombre eii est plus considérable qu'on ne le pense communément, conservèrent la vraie notion de Dieu ; mais que cette notion se soit également conservée dans des peuples entiers, en dehors du peuple hébreu, dont nous parlerons bientôt, c'est ce dont on ne citerait pas d'exemple \ Ceux des philosophes qui raisonnaient le moins mal supposaient que Dieu avait arrangé et embelli le monde, qu'il en était le moteur; mais ils n'allaient pas au delà. L'opinion publique qui formait la religion était bien au-dessous de ces sentiments, car elle multipliait sans mesure le nombre des dieux. Nous ne dissimulerons pas qu'au milieu de tant d'erreurs et de superstitions qui semblaient devoir tout emporter, il resta quelque idée d'un Dieu suprême, dont les saints docteurs se servirent avàntageusemenl dans la suite pour montrer aux païens l'inconséquence^ de leur théologie. Mais, quoiqu'on distingu&t communément ce dieu des autres dieux, et qu'on lui attribuât une espèce de prééminence, il était de même nature que les dieux inférieurs qui étaient tout aussi réellement dieux que lui, et se partageaient l'empire du monde. On les priait, on leur offrait des sacrifices, on les adorait sans nulle relation avec le Dieu suprême. Cette supériorité, au surplus, cette puissance, n'était souvent que de la poésie et s'alliait aux idées les plus bizarres. Homère, après avoir dépeint en termes magnifiques la grandeur de Jupiter, dit

' BosBuet, II* lettre d Jf. BriioHn' sur la religûm des Perses.— iitwrfiitemeni amx protatanU fur le reproché d^idolâtrie et mr let ertemrt dee pe^Une, -^ Fragment de théologie sur le culte ûû à Dieu.

SUR l'idolatrib 2T7

que Junon et Neptune avaient conspiré contre lui et que, si quelques dieux ou déesses n'étaient venus à son secours^ ils l'auraient renversé de son trône. I>'autres, par le Dieu suprême, entendaient le temps, réternité ; d'autres^ le ciel matériel ; selon d'autres, c'était comme un père de famille qui, par son mariage arec quelque déesse, avait des enflants qui étaient des dieux ^.

Il est impossible de concilier avec cet ensemble de faits et avec les saintes Écritures ce que quelques écrivains catholiques ont dit de l'idolâtrie, qu'elle était moins une erreur qu'un crime ; que les païens n'avaient pas mécofmu l'unité de Dieu, mais que, le connaissant, ils ne l'avaient pas adoré comme ils le devaient. Si l'on se bornait à dire qu'il était resté parmi . les païens quelque idée d'un Dieu plus grande plus ^puissant que les autres, nous ne contesterions pas ; mais il faut, pour demeurer dans la vérité de l'histoire, ajouter que les autres dieux n'en étaient pas moins considérés comme de vraies divinités, n'ayant pas une autre nature que celui que l'on vénérait comme leur étant supérieur en puissance. Quand saint Paul, dans son épUre aux Romains, suj^pose que les païens ont connu le vrai Dieu, il ne parle pas des peuples, mais seulement des philosophes ^ Les docteurs chré* tiens de» premiers siècles ont simvent insisté sur les croyances du peuple dans la pluralité des (tieux, pour montrer l'absurdité du pagcmisme ; d'autres fois ils ont voulu prouver aux infidèles l'unité de Dieu par leur propre aveu et parles écrits, de leurs philosophes.

' Démom. ^ngèl,, V part., chapf. iv, §§ e; chap. xyi, § 3, 4, 5. ^ DémwMt. 1mMt.<, chap. i, xviii et suiv.

COURS DINSTR. I.

yGob^Ie

t7S RÉ\éi«i9icar PKDfsœnrE

H n'y atoit pas de «eûtradie&^a dansées ^wts rai* gooneioa^; ils teadaiwt seul€«mit à élablir que, silesidûlÂtresse e<»uiiiltaîdiil bien eiax-mâmea, s'ils coDSttltaîeQt cet instinet ptrc^videntiûL >qai , dans wbl momexd de danger^ les^ussaitl iâmquearDieu ; s'ils élBilBBt consécptôots dans leurs dootriaes sur la sapérioritéd'unedilâiiiléddtouBacitlas anitros^ ils e&skduraient qu'il n*y a réellement qu'un seul Dieu. Ceci est certain : il j avait dans eat înstiset et dans ees fables éè quoi eondaamer le poljtiiéisn» ; mais les peuples ne raisesinaient pas,6tiltcontmamdnl4emve à l'existence d'une muttitttde de diras:. Ce futi'Qn4es plus grands obgtades à la coDversioQ 4e l'^imiwrs.

§ 2. — COSiiUPXION DU CULTE DANS l/lDÛlATRIB : SÀORIFICK.S

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