HUMAINS
à?nc un sjrstànie aassi faux smr iia nalure ^ l'imité de Dieu, que devait être le culle reUgmot? L'aïUenr du livre de la Sagesse nous le dit «a peu de mots dans le dbapitre où il escpese l'ong^ie des idotasi « Il ne « snfQsait pas aux i^ommes^de &^tre trompés dans la fc ecaoîBaissance de Dieu : maiSy manl-eams inqni^ude « dans cet égarement de> ietsr espiît, ils tmX imoiolé « leurs aiifants à de fa«Lx diecuL I^estnaria^BSont été « profanés; anii*a vu de loule part que meurir«8 «t a perfklies. Lee joies pcririiques ont' amené des fMes « impies ; les hommes, pour se eouirtraireiaox périls u qui les menaçaient, ont eu recours à des dmnations Cl superstitieuses. On n'a plus craint de se ^ya^rer, <( quand on a vu que l'on jurait par un bois ou ^r
m i( ufiQF irierre \ » Cette conrtqfitMa des mœurs était
donc une suit» mévitabl» de TideMitrie et de l'idée que les païens se formaient de leurs dieux. Us ne faisaient aucune' difieulté d« leur supposef les passioQB bumaines; leur hisloire était pleine de parjures, de cruautés, et d'autres infamies. Ces excès étaient même le suje^des fBtes- queron eélébrait, et des hyouieft que ToQ eteotait en leur honneur. Il n'y avait pae jusqu'aux statues (alésées à la mémoire des fausses divi- Bités^ et aux peintures qiti ornaient leurs temples, qui ne* dussent oontribuer à gÂler les mœurs publiques par les images immodestes qu'elles mettaient sous^les yeux. Nous now garderons bien de racenter les cérémonies et mystères qui étaient une partie du culte. Ce détail soulèrerait lecœur^ tuitla religion des faux dieux fut abominable !
^ Le culte n'était pas seulementimpur, il était cruel : les hommes s'étaient fait un devoir de religion d'im* moler d'autres hommes à ienrs dieux. Des eselares et des étrangers servirent d'abord de viettmes dans ces sacrifices ; on immola dans la suite des hommes libres, des'enfflmts et des femmes. Persuadés que les dieux étaient satisfiBdts par reffuaion du sang, ils ons* nsnt devoir leur oflKr le sang le plus pur ; les pires immolèrent leurs propres enfants. Or cette pratique des saerifioeS' humains n'était point particulière à un peuple ; l'histoif e nous dit qu^elle fut commune à la plupart' des peufdes anciens et modernes. Quand les Ekiropéens pénétrèrent dans le Mexique, le nombre des victimes s'y élevait, dit-on, à vingt mille par an ;
^ Sagesse, XIVw
280 KBYBIiATION PRIHITIVB
les indigènes prétendaient que ces sacrîûces étsJentle seul moyen de se r^dre les dieux propiees \
§ 3. — CB qu'il faut PBN8BR, b* APRÈS l'hISTOIKK DB l'idOLATRIB, I>B la PBBFECTIBn.IT£ INDÉFINIS DB l'hUMAI(ITK.
D'après les foits que nous venons d'exposer, on conçoit difficilement que des philosophes modernes aient cru à rinfaillibilité du genre humain; et que d'autres aient soutenu que le monde marche toujours nécessairement dans la vde d'un progrès indéfini.
Les premiers se font manifestement illusion; car, alors même qu'on admettrait avec eux que le genre humain ne se soit pas trompé sur Tunité de Dieu, mais que tout son crime ait consisté à rendre à la créature un culte qui n'est dû qu'à Dieu seul, ne serait-il pas toujours vrai de dire que ce culte idolft- ^ trique était criminel, et que le genre humain, bien loin de le considérer comme tel, l'a jugé saint et légitime, en en faisant la base et le fond de sa religion? Nous, quand nous péchons, nous allons contre nos principes; c'est de notre part un crime, ce n'est pas une erreur; mais lés païens n'agissaient pas contre leurs principes en adorant les faux dieux; ilscroyaient, au contraire, remplir un devoir. Il y avait donc une erreur grave, erreur universelle, car l'idolâtrie fut universelle. Raisonnons de même pour ce qui concerne en particulier les sacrifices humains. On partait sans doute d'un principe vrai sur l'exceUenoe du
^ Eusèbe, Préparation évangéliqWf lib. IV, chap. xvi et suivants. — Jkfceurf et ItutitutUmt des peupiei de Vlnâê, par M. Dubois, t. II, p. 442. — Démonit. évang., I** part., chap. yn, § 7.
SUR l'idolâtrie 2S1
^sacrifice» et sur la réversibilité des mérites; mais dans Tapplicatioû de ees principes il j. avait manifestement une erreur, e^ encore iei une erreur universelle, puisque partout les hommes ont offert des sacrifices humains, dans la persuasion que c'était une pratique sainte, propre à attirer sur eux les bénédictions des dieux. Le monde s'est donc trompé dans le culte que Ton doit rendre à Dieu, et celui qui, plus éclairé que le peuple aurait condamné ces superstitions criminelles, aurait eu raison contre le genr^ humain.
Quant au progrès prétendu de Thumanité, c'^est une erreur démentie par l'histoire. Les philosophes, dont nous rappelons ici la théorie, veulent que le genre humain, obéissant à une loi fatale, s'avance lentement, de progrès en progrès, dans la voie d'une perfection indéfinie. Il serait parvenu, de l'état le plus complet '4^'abrutisseme](it, à l'état actuel, par le travail continu . des générations; passant, sous le point de vue religieux, de l'état brut au fétichisme des sauvages qui adorent des êtres inanimés; du fétichisme au polythéisme, qui, élevant ainsi l'esprit humain, lui a fait connaître l'existence d!un monde plus parfait; et du polythéisme enûny au monothéisme, ou au dogme de Tunité de IMeu.
Quand on lit ou que l'on entend de pareilles théories,, on se demande *sur quel fondement elles sont appuyées ; mais on a beau chercher, on ne voit là que des rêves et une secrète haine contre la religion, que l'on veut combattre à tout prix, dût-on pour cela tomber dans l'^su^de. Déjà, jetant un coup d'œil sur ces idées, nous avons eu occasion de dire tout ce qu'elles renferment d'injurieux envers la providence
282 RBVBLAnieK pBinntvB
de Dieu; ajoutons ici qifell^ sorrt &éea9Dtà» par l'histoire. Les lois, dansr Tordre mord^ tout comipe dans Tordre physique, se ecMsMent par une suile d'observations^ partonséquent^nesphiiosopheB projpressistes devraient nous exposer les j%its ou les observations par lesquels ite sont parvenus à couBattiv œtt^ loi qui préside, selon eux, ani dévelc^pemont du genre humain.
Ce n'est point sans doute par une étude comparée de l'homme individuel avec le genre humaîn qalls ont fait cette découverte. Le genre- humain se coniposantxl'îndividus, il doit y avoir quelque rapport entre ' les lois qui régissent Tensemble et les lois qui régissent les éléments dont cet ensemble se compose ; rnsEis qui soupçonna jamais que Fîndividu lîlt soumis à une loi nécessaire de progrès? Il y a pour hiî une époque d'enfance et une d'adolescence, ou époque de développement progressif^ mais iî y a aussi uit temps d'arrêt, un temps de déclin, un temps de viefflesse et de décrépitude. Les facultés mtellectuelles ne se ressentent que trop de ces vicissitudes, et, au- moral, nous sommes forcés d'avouer, avec un apologiste du Christianisme, que l'homme est fort irréguKer dans sa marche, et que, s'il est vraiment soumis à qu^que loi, on serait tenté de croire que*" c'est'une loi de dégénérescence pllitdt qu'une loi de proglrès qui pèse sur sa volonté et la fSait incliner Tcrs le mal, sanstoutefoîs la déterminer fatalement**.
Si Ton nous disait qu'il ne faut pas tant considérer l'individu que l'humanité tout entière, laquelle pour*
^ Riamboorgr^ RaîhnaUnm et fraéUHont § 3.
SUE B^tDOCAffBflS* 989
rjt suit sa marche dms teS: voies dn progrès, nalgré ses^ r>i: acoiSents individuels*^ noltie réponse serseit toute ^i prête^ Tous pouvez fiiire aux peuples Tapplicatioft m' de ce que nous avons dit der individus : car tes peu^^ »» * pies- et les individus subissenidies changements anaffj logneSy et rien n'est mobile comme la scène du ir{4 monde. De grands peuples se forment, ils paraissent*
avec éclat, puis ils s'afi^ssent sous leiH^prepre poids; ^ ils sont morcelés^ ils perdait leur nationalité, leur ^i nom s'efface du souvenir des hommes, ou il ne reste jçrtj que pour mémoire dans les pages de l'histoire. Qws- \^y^f sont devenues* les monarchies fameuses des Assy- ^5 riens, des Perses, des Bffèdes? Où sont ces répu- ^.t bliques si illustres de la (Jrèlce? Et le peuple romain, jjj^ qui parut un instant devoir dominer le monde entier; , ^ où est-il aujourd'hui ?
Jj, <f> L'humanité subit à son tour les mêmes conditions' ^ que les peuplés, en ce sens que Van remarque dans- ..^ les époques diverses de l'histoire du monde dès va*-^ ^, liations semblables, selon que les saines doctrines " sonti mieux connues et pltis cespectées, ou que les»
peuples les méconnaissent et' se soustraient à» leur sa- . luteire influence.
'J, C'est donc une chimère que eeUe fameuse loi du*
, progrès indéfini. Voulez-vous une dernière observa^ ' ^ tion contre ce système? là voici r elle a. un, rapport ^ jAus direct avec ce qui nous» occupe» en ce momOTt. '** Depuis le commencement du monde jusqji'au déluge,
on ne trouve nul vestige, je ne dirai pas de fétichisme, ^ mais simplement d'idolâtrie. Les patriarches ne con- ^ naissd&i. d'autie Diau cpe celui de. leurs pères^ la
Créateur du ciel et de l'univers entier; Au fsmp9
284 RRViLATION PRXMITIVB
d'Abraham, on voit encore professer le dogme def Tunité de Dieu dans des pays qui, plus tard, furent abandànnés à l'idolâtrie. Ainsi, pour n'en citer qu'un petit nombre d'exemples, Melchisédech, roi et pontife du pays de Cbanaan, offrait ses sacrifices au seul yrai Dieu; Abimélech, roi de Gérare, avec qui Abraham eut des rapports, connaissait également le vrai Dieu, et il craignait de l'offenser'. Job et ses amis expriment dans leurs discours les idées les plus sublimes sur Dieu et ses perfections. Job nous donne bien à entendre que, de son temps, le culte des astres commençait à s'introduire dans l'Arabie; mais il proteste qu'il le repoussait comme un crime détestable ^ En Egypte, les égards que Pharaon eut pour Abraham^ la mfioiière doat fut reçue la famille de Jacob, l'alliance que Joseph contracta en épouscudt la fille d'un prêtre, nous font présumer très-légitime- ^ ment qu'à cette époque le vrai Dieu n'y était pas encore tout à fait inconnu.
Nous ne doutons pas que l'histoire profane, si elle remontait assez haut pour nous transmettre les premières origines des institutions et des usages des peuples ', ne fût dans un accord parfait avec les saintes Écritures pour nous montrer partout la vérité précédant l'erreur, et le culte légitime établi avant les su- • perstitions qui le dépravèrent Saint Augustin cite un témoignage du docte Yarron, qui assurait que, pendant
' Genèse, xiv, 16; xx, ô, 9.
^ Job, XXXI, 26.
' Des écrivaiDS d'une grande érudition ont cru que la mythologie de plusieurs peuples anciens était, en grande partie, une altération des faits racontés dans la Bible. Sanf exagérations, , cette idée est fopdée.
SUE l'idolâtrie 285
près de deux siècles, 1^ anciens Romains n'avaient eu ancmie image des dieux, et. que ceux qui introduisis rmX ces simulacres nuisirent à la reUgipn et aputèrent ufie erreur auparavant inconnue ^ Arrêtons-nous là : c'en est bien assez pour établir que les hommes ont commencé par le monothéisme, et, dai^s les fables ri*s dicules du paganisme, l'observateur attentif ne reconnaîtra que des fictions venues après coup, ou quelques articles de la tradition primitive dénaturés dans la suite.
Les peuplades qui sont encore livrées au fétichisme, sur les côtes de l'Afrique, portent dans leurs mœurs et dans leur langage une preuve évidente de dégéhération, et, chose bien remarquable, elles ne se retirent de l'état d'abrutissement qu'autant que des étrangers leur viennent en aide. Il est sans exemple que les sau- ^#^ages de l'Amérique et de TOcéanie soient sortis de cet état par leur propre énergie; et quand, après bien des efforts et des succès obtenus par les missionnaires pour la civilisation de ces peuples, on les a abandonnés avant qu'ils fussent parvenus à im certain degré de développement, ils sont retombés d'eux-mêmes. Nous verrons l'Église travailler sans relâche à la régénération des peuples ; et l'histoire nous dira que bien des nations qui ont jeté un grand éclat par leurs lumières et leurs vertus, tant qu^elles demeurèrent fidèles à la Religion, ont perdu leur gloire et jusqu'à
' De Civitatê Dei, lib. IV, cap. xxxi. Plutarque assure, dans la vie de Numa Pompilius, que ce roi défendit de faire aucune statne ni image pour représenter la Divinité, déclarant que c'était an crime de croire que Dieu eût la figure d'une bête, et même d'un homme.
tW RBTBLATIOH^ PRIMITIVE
leur existence polttique quand elles ont eu le malheur de s'en éloigner : alors , au Meu dé croiffe au progrès dont pieirlent nos pMlosopbes, nous daraenrerons convaincus que les individits, eomme le» peuples, n'entrent dans un vrai perfectiomiement qu'autant qu'ils sont éclairés et Yitifiés par 1» Ghristianisme.
ErânuiATioM ftsasavs 287
LEÇON xvn
Mdyetii étaIrtiB ipar ni ÛMnt Provldenee pour le «alnt «m Mca^ia eMnnqptlMi:g«BéMte.
C'asA un bien triste spectacle que celui que présente le monde, depuis les siècles où les traditions primi* ti?«6 eaoïmencerent à s'altérer jusqu'à ceux que la Pi^^idence avait fixés pour ToBuvre de ia régénération des hoJAOtôS ! Les vérités enseignées à Adam, et transmises par Noé à ses fils qui allaient repeupler Tuni- -^^rers, ces vérités qui devaient être le fondement de toute morale, de toute religion, sont successivement, sinon 4K)mbattues, du moins enveloppées de nuages et altérées partout par l'alliage de Terreur; elles ne disparaissent pas du inonde, car le monde ne vivrait pas sw&elles^ mais elles deviennent méconnaissables au milieu des fables incohérentes «çt des vaines imaginations des peuples. Quel mojran restait^ildonc aux faomokes pour opérer leur salut? Ne semble-t^-il pas qu'à leur égard la Providence ait été en défaut, puisqu'ils devaient tous tendre à leur fin par la connaissance du vrai Dieu, et que néanmoins il leur était devenu alors si difficile de discerner la vérité à travers tant d'erreurs ?
Non, il n'est permis à personne d'accuser la divine Providence, et ce serait folie à nous de prétendre trou-
â88 REVELATION PRIBfîTIVB
ver quelque contradiction dans ses voies. On a vu plus haut que, dans l'origine des choses, Dieu avait pourvu suffisamment au maintien des vérités religieuses, en établissant un ordre général en vertu duquel les pères instruisaient leurs enfants, et que la foi devait se conserver dans les familles^par unç tradition perpétuelle. Si cet ordre primitif de transmission fut gravement altéré et devint insuffisant, s'il devint môm^ une voie de corruption quand, au lieu de 4raEisinettre la vérité, renseignement des pères ne transmettait plus que la superstition et l'erreur, ce fut la faute des hommes. Toutefois ceux qui naquirent pendant ces siècles malheureux d'égarement ne pouvaient en être responsables, puisque ce n'étaient pas eux qui avaient brisé la chaîne des traditions, et pour eux, cependant, il y avait xme voie de salut; le salut ne fui jamais impossible à personne. ^
Les moyens par lesquels la divine Providence pourvut au salut des hommes sont : 1* les idées de Dieu et de la loi naturelle, qui furent conservées au milieu de la corruption générale; 2* les révélations Successives qui furent faites aux hommes par l'intermédiaire des prophètes, et que le peuple hébreu répandit dans le monde; 3* les inspirations surnaturelles, les excitations intérieures par lesquelles le Saint-Esprit amenait à la Foi,à rvËspéranee et à la Charité, les hommes de bonne volonté, c'est-à-dire ceux qui ne mettaient pas obstacle à l'action divine, ceux qui répondaient à la grâce.
VOCATION d' ABRAHAM 289
§ 1. -^ les hommeâ ont toujours conservé, meme dans l'idoiatrie, quelque idée de dieu et de la loi naturelle.
Quoique, danâ un dessein impénétrable de sa justice, Dieu eût permis que les hommes se trompassent sur sa nature et ses, perfections, il ne souffrit pas que ridée même de la divinité disparût de l'esprit de rhomme, ni que son erreur fût insurmontable. Avec un peu de réflexion sur lui-môme, et surtout avec un cœur pur, l'homme pouvait être ramené à la connaissance des vérités essentielles. Tertullien prouvait ceci aux idolâtres de son temps, dans un livre intitulé -.Du Témoignage de tAme, dont nous citerons ici quelques passages remarquables : « Tiens-toi là, ô âme !... non « pas toi formée dans les écoles ; c'est toi, âme simple >( et grossière, c'est toi que j'interpelle. Nous déplai- « sons au monde quand nous prêchons un Dieu « unique : rends témoignage s'il en est aiusi. Nous « t'entendons dire dans la maison et au dehors, en « toute liberté : Ce que Dieu donnera , — ce que Dieu a voudra. Par cette parole, tu fais entendre qu'il en « est Un en qui tu reconnais la toute-puissance, vers « lequel tu portes tes regards... Tu t'écries du fond « de ta conscience, sans que personne t'en blâme : « Dieu voit tout: — Dieu vous le rendra. D'où te vient t( ce sentiment, à toi qui n'es pas chrétienne, à toi le « plus souvent couronnée encore des bandelettes de « Cérès, ornée du manteau de Saturne ? Dans ton in- « teneur tu en appelles à un autre juge, dans tes tem- « pies tu soufl^res un autre Dieu * I »
' Tertullien, De Teitimonio animœ,
COURS d'ikstr. I. n ^1
^0 RBVrâiATION PRIMITIVE
Cette idée de Dieu demeurait donc dans les âmes comme une étincelle précieuse que le souffle du démon n'avait pas pu éteindre ; entretenue par les inspirations secrètes de la conscience et par la vue, par l'observation du monde extérieur, dont le spectacle a ét^ toujours si propre à élever les hommes à la pensée de Dieu. C'est la réflexion que faisait saint Jean Chrysostome, en rappelant aux fidèles ces paroles d'un prophète : Les deux racontent la gloire de Dieu, « Que diront les Gentils au jour du jugement ? Di- « ront-ils à Dieu : Nous vous avons ignoré? Mais « quoi! n'avez- vous pas vu le ciel, qui vous parlait « par le seul spectacle de ses magnificences ? N'avez- « vous pas vu l'harmonie des êtres, et leur concert « qui résonne plus distinctement que la trompette ? « Et la loi immuable qui sépare les jours et les nuîts^.^ « et Tordre constant des saisons, et les flots et le& « tempêtes de la mer, n'annoncent-ils pas le Créa- « teur^?»
Ces réflexions ne sont point particulières à Tertullien et à saint Jean Chrysostome ; nous les voyons reproduites dans les écrits d'un grand nombre de docteurs très-célèbres, qui s'en servaient pour justifier les voies de la Providence. La plupart d'entre eux ont eu à résoudre le problème que posaient les ennemis du Christianisme : quel soin Dieu a-t-il pris du salut des hommes dans les siècles qui précédèrent la venue du Messie? Saint Cyrille d'Alexandrie s'applique à repousser les attaques de Julien l'Apostat, qui prétendait que le Dieu des chrétiens avait abandonné tous
* III» Homélie de saint Jean Chrysostome sur le P' chap. dfr l'épître aux Romains.
VOCATION d'abRABAM 291
les autres peuples, à rexceptiou de la seule natioii juive : « Non, dit-il^ le Seigneur n'est pas seulement n le Dieu des Juifs, mais il est le Dieu des Gentils, (( comme il l'a montré par les lois qu'il a mises et « profondément imprimées dans le cœur de tous les « hommes : c'est de lui que viennent ces idées du (( bien, ces inclinations naturelles à la vertu. L'homme « les trouve spontanément en lui-même, et c'est un « don qu'il a reçu de son Créateur. La divine provi- « dence ne veille donc pas seulement sur ceux qui « sont issus du sang d'Israél, mais sur tous ceux qui « sont répandus dans le monde entier ^ » Célment d'Alexandrie, développant cette idée dans son livre deaSiromateSj considère la philosophie, cultivée parmi les nations, comme un moyen que Dieu leur donnait
^pour faciliter le salut des hommes.
^ La philosophie dont parle Clément d'Alexandrie n'est pas celle des stoïciens, ni celle de Platon, ni celle d'Aristote; ce sont les maximes de sagesse vérités que Dieu entretenait dans le monde ; voilà cette philosophie qui vient de Dieu, source et principe unique de tout ce qui est bon; et qui fut, quoique d'une manière sans doute beaucoup plus imparfaite, qui fut pour les hommes ce que la loi de Moïse fut plus particulièrement pour les Hébreux, un acheminement à Jésus-Christ, un moyen éloigné de salut ^ C'est dans le même sens que l'illustre saint Jérôme explique les paroles de l'apôtre saint Jean : Le Verbe est la lumière qui éclaire tout homme venant dans k mxmde. <c II résulte manifestement de là, dit-il, que l'idée de
* Contra JuUanwn, lib. III.
» Clém. Alex., Stromat, liv.
292 REVELATION PRIMITIVB
« Dieu est naturellement dans tous, que personne ne « vient au monde sans être sous Faction bienfaisante « du Verbe, et sans avoir en soi la semence, le germe « de la sagesse, de la justice et des autres vertus; « voilà pourquoi plusieurs, sans avoir la foi, sans « connaître l'Évangile, font des actions sages ; comme « quand ils respectent leurs parents, qu'ils tendent au <( pauvre une main secourable, qu'ils ne violent pas « le droit d'autrui i. »
Ces vérités et ces semences de vertus naturelles suffisent-elles au salut? Non; mais elles étaient d'un grand secours pour conduire les hommes à Dieu. « Quel est celui, demandait Origène, qui a écrit la loi (( dans le cœur des hommes, sinon Dieu qui l'a im- <( primée de son doigt? C'est cette loi naturelle qu'il « a donnée au genre humain, qu'il a mise dans le cœtyr « de tous, et qui nous aide à embrasser la vérité. Nous* <c recevons par elles des semences qui, bien cultivées, « amèneront en nous des fruits de vie en Jésus-Christ « Notre-Seigneur*. »
Les docteurs dont nous venons de citer les paroles considéraient l'idée de Dieu qui, malgré les altérations qu'elle avait subies, demeurait néanmoins dans les âmes, comme une étincelle précieuse dont Dieu se servait pour rallumer en elles le flambeau de la foi. Ils considéraient com me un autre bienfai tinappréciable du Créateur ce reste de droiture et d'inclination vers le bieu, qui nous est demeuré malgré la perte de la justice originelle et qui, dans les desseins de la même providence, peut devenir, et devienteflfectivementpour
* Saint Jérôme, Comment, de FéjMre aux GalateSy chap. i. ' Origène, homélie X sur le livre des Nombres.
VOCATION d'abraham 293
plusieurs un moyen éloigné de salut. Saint François de Sales résume et explique ainsi, dans son traité de l'Amour de Dieu y la doctrine que nous venons d'exposer: uAbl Théotime, que Dieu nous a été boni... a Selon les entrailles de sa miséricorde^ il ne voulut u pas du tout ruiner, ni nous 6ter le signe de sa grâce « perdue, afin que, le regardant et sentant en nous cette « alliance et propension à l'aimer, nous tâchassions de « le faire. Car, encore que par la seule inclination naa turelle nous ne puissions venir au bonheur d'aimer a Dieu comme ilfaut, si est-ce que si nous l'employions <i fidèlement, la douceur de la piété divine nous don- <( nerait quelque secours par le moyen duquel nous <( pourrions passer'plus avant. Que si nous secondions VL ce premier secours, la bonté paternelle de Dieu nous <( en fournirait un autre plus grand, et nous conduirait ^ de bien en mieux, avec toute suavité, jusqu'au souc( verain amour auquel notre inclination naturelle nous « pousse, puisque c'est chose certaine que celui qui « est fidèle en peu de choses et qui fait ce qui est en c( son pouvoir, la bénignité divine ne refuse jamais « son assistance pour l'avancer de plus en plus *. »
§ 2. -* DIBU A SUSCITÉ, DANS LES TEMPS ANCIENS, DES HOMMES d'une GRANDE VERTU POUR CONSERVER LES TRADITIONS RE- UOXEUSES.
Indépendamment de ces notions sur Dieu et sur la loi naturelle, qui se sont conservées dans le monde comme un moyen éloigné de salut, plusieurs saints docteurs ont cru que la divine providence avait de
» Traité de t amour de Dieu^ liv. I, chap. xviu.
294 RévéLAl!I03f PRllHTIVB
temps en temps suscité de vrais prophètes au mâieu des peuples, pour procurer à tous les moyens de par* venir au salut. « S'il y a eu des prophètes chezlepeun pie juif, dit saint Augustin, il y en a eu aussi chez H les autres peuples, et ils ont prédit des choses qui n regardent Jésus-Christ... On croit avec raison qu'il n y a eu chez les autres nations des hommes à qui les M mystères de JésusOhrist ont été révélés et qui ont « été poussés à le prédire ^ » Il le prouve par l'exemple de Job, qui n'appartenait pas à la famille d'Abra* ham ; et il pense que Dieu a voulu nous faire entendre par là que bien d'autres saints personnages ont été suscités pour le salut des peuples, quoique nous ne les ayons pas connus.
Saint G^régoire le G'rand se sert du même e^cemple de Job pour montrer que, si Dieu avait voulu que dans les Écritures on ftt mention des Justes qui ont^ vécu parmi les Gentils, c'était pour nous appreodre que le Sauveur devait venir rachetertousles hommes. « Il convenait que celui qui devait souffrir pour les deux peuples fût annoncé par les prophètes de rxm et de l'autre*. » Saint Justin, martyr, à la fin de Texhortation^u'il adressait aux Grecs, leur cite les témoignages des sibylles les plus anciennes, qui, selon lui, avaient été éclairées sur les futurs mystères de Jésus-Christ, et dont il conseille la lecture. Clément d'Alexandrie parle dans le même sens '. Il dit que,
' DeCivit. Dei, lib. XVIIIv cap. xlvu. Non incongrue er^dUur fume et in aUU gentibtuhamineSf qtUbus hoemusteritim reveltUun^ est^ et qui hoe etiam prœdieere impulsi sunt,
* Préface sur le livre de Job.
* Clém. Alex., Stromat., lib. VI. Voir ce qui a été dit page 163 «ur les sibylles. Saint Justin, Clément d'Alexandrie, LactaBce, ont
vocATioir d'ab&ahah dfi5
coiame Dieu avait éelairé leg prof^ètes pour parler aux Juifs en $on Dom, de môaio U avait séparé par sa grâce des hommes élevés au milieu des nations, auxquels il avait manifesté ses vérités.
Il nous est impossible de donner des preuves incontestables du fait de ces révélations; nous ne connaissons avec certitude que celles qui se trouvent dans les livres de TAneien Testament; mais ce que disent^ à cet égard les saints Docteurs nous parait infloiment yraisemblable, si oû considère la bonté de Dieu qui, dans t(Hi8 les siècles, a voulu procurer aux homoies des moyens de ie connaître et de le servir.
Cependant il ne suffisait pas, pour offrir un remède aux maux qui désolaient le monde, que Dieu se manifestât extraordinairement à un petit nombre de personnes; leur autorité n'eût pas été assez grande pour ^* éclarirer les peuples sur la Religion, et protester haute- «ent contre Tidolâtrie; il plut donc à Dieu de donner un autre mo^on de salut, dans ie choix qu'il fit de la famille d'Abraham, pour conserver par elle le dépôt des traditions primitives, les répandre dans le monde et préparer les voies au Messie. Cette famille fut comme uaoe arche de sakit ; et saint Augustin observe que, comme Noé et ses enfants avaient été destinés à conserver ie mande centre les eaux du déluge^ Abraham avec sa postérité a reçu la mission plus glorieuse de maintenir, au milieu du déluge d'erreurs qui inon-
pu se méprendre sur Tauthenticitô des livres sibyllins et sur lo caracière dlnspiratioa qu'ils attribuaient à ces livres; mais la manière dont ils en parlent ne montre pas moins la persaaaion où on élait alors que Dieu avait éclairé les hommes, à diverses époques, par des voies extraordinaires.
^^96 RÉVÉLATION FRDflTIVE
daieBt l'univers, la foi des premiers patriarches, qor, seule, pouvait ôtre pour les générations futures ur principe de salut K
§ 3. — VOCATION d' ABRAHAM
Abraham vint au monde à peu près mille ans après le déluge, si Ton s'en rapporte à la chronologie des Septante. La Genèse, fort succincte dans l'histoire qu'elle nous a laissée des siècles qui suivirent immé* diatement la dispersion des enfants de Noé, nous dit peu de choses sur la famille d'Abraham ; mais elle nous a transmis, avec des détails du plus haut intérêt, la vie de ce patriarche que Dieu avait choisi pour en faire le chef d'un grand peuple, le père des vrais fidèles. Voici les premières révélations qu'il reçut du ^ Ciel. Dieu lui dit : « Sortez de votre pays et de la « maison de votre père, et venez dans la terre que je (c vous montrerai; je vous établirai le chef d'une « grande nation. Je glorifierai votre nom, je vous béc( nirai, et dans vous seront bénies toutes les générations (( ck la ierre^. » Abraham, alors âgé de soixantequinze ans, obéit à Dieu; il quitta la Chaldée, et il vint dans le pays des Chananéens. Depuis ce moment, il fut honoré de fréquentes apparitions qui confirmèrent sa foi et lui donnèrent une nouvelle assurance que le Messie naîtrait un jour de sa postérité. Pénétré
I De Civitate Dei, lib. XVI, cap. xu. In éUluvio mtUtarum tupers' Utionum per unwertum mundum sola mamerat domus Tkara, i» fuâ e&ndita eU plantatio eivitatis Dei.,
' Genèse, xn, 3.