‹ Cours d'instruction réligieuse, ou, Exposition complète de la doctrine catholiqueChapitre 69 sur 90 · MISSION DE MOÏSE PROUVÉE PAR LES MIRACLES · texte numérisé non relu

MISSION DE MOÏSE PROUVÉE PAR LES MIRACLES

§ 2. — CONCLUSION DB CE QUI PRECEDE : LE MIRACLE, SA POSSIBILITE, LES SIGNES AUX<èUELS ON LE DISCERNE.

Qui doute que Dieu n'ait, dans sa sagesse et dans sa toute-puissance, des moyens certains de manifester aux hommes ses volontés ? Il peut les révéler immédiatement aux individus, en produisant en eux une telle impression de vérité, qu'il leur soit impossible de douter raisonnablement que Dieu ne leur ait parlé; il peut aussi, et c'est la voie la plus ordinaire, la plus accommodée à Tordre général, se révéler immédiatement à un petit nombre, qu'il charge d^gir et de parler en son nom aux autres hommes. Dans ce cas, il inspire des prophètes qui parlent en son nom. LeuT caractère,, leur modestie, une abnégation complète Wde tout intérêt temporel, sont des garanties assurées de leur sagesse et de leur bonne foi. S'il le faut, Dieu les rend comme dépositaires de sa toute-puissance ; ils opèrent des miracles qui nous forcent d'avouer que le ciel les a réellement suscités pour parler à la terre.

I. Le miracle n'est autre chose qu'un fait produit contrairement à Tordre de la nature : il suppose un acte de la puissance divine qui intervient directement pour opérer des effets indépendants des causes secondes qui régissent le cours ordinaire de la nature. Personne n'ignore que le monde est régi par des lois constantes, c'est-à-dire que les mêmes effets soiït invariablement produits quand les circonstances sont semblables. Ces lois ne sont pas distinctes de la volonté souveraine de Dieu, qui dispose et maintient

310 RÉVÉLATION MOSAJQUB

toutes choses selon l'ordre qu'il lui a plu d'adopter dans le gouvernement de ce monde. Ainsi, que le» corps soient attirés les uns vers les autres, et que cependant ils se tiennent à distance, obéissant à deux forces contraires, l'attraction et la répulsion ; que la terre décrive tel cercle dans son mouvement diurne; que quelques grains de blé confiés à la terre pro^ duisent de nouvelles tiges par le développement des germes;... tout cela est fondé, non sur Tessence des choses, mais uniquement sur la volonté de Dieu qm aurait pu, sans nulle difficulté, établir toutes choses d'une manière différente ; voilà pourquoi les savant» rendent compte des effets et les constatent, sans pouvoir donner la raison ultérieure de ce qu'ils appellent les lois de la ndtu<re, parce que cette raison est dan$ la seule volonté positive de Dieu et nullement dans ^ l'essence des choses. r

Le miracle est donc un phénomène produit d'une manière contraire à cet ordre constant, selon lequel le monde est gouverné. En voici deux ou trois exemples : à la parole d'un homme se disant l'envoyé de Dieu, un mort sort du tombeau, il est rendu à la vie; un aveugle recouvre l'usage de la vue; un homme gravement malade est guéri subitement. Ces faits, s'ils ont lieu, sont des miracles, car leur production est contraire aux lois les plus constantes de la nature.

Il y a d^autres miracles qui ne doivent pas moins fixer notre attention, ce sont ceux qui dérogent aux lois qui régissent, non les corps, mais les esprits. Ainsi, qu'un homme parie avec une pleine intelH- «rence des langues qu'il n'a jamais apprises, qu'il pré-

^ MISSION DE MOÏSB FROUVÂfi l>AR LES MIRACLES 'Ml

dise avec assurance des événements futurs qui dé-pendent du coneours de causes ïibtQ&y et qui arriTent tels qu'ils ont été annoncés, avec toutes leurs circonstances, vous serez en droit de dire qu'il y a là un miracle. L'homme peut bien faire des conjectures sur l'avenir; il peut prévoir, avec plus ou moins de probabilité, ce que des causes actuellement existantes produiront plus tard; mais il lui est impossible de prévoit des événements qui dépendent du concours de causes libres, longtemps avant que ces causes existent. Il ne voit pas ces événements en eux-^ mêmes, puisqu'ils ne doivent se produire que dans us avenir lointain ; il ne les voit pas dans leurs causes, puisque les volontés humaines qui les produiront existent pas encore non plus, d'après notre suppo^ ^tion. Dieu seul peut les voir, lui pour qui il n'y a ni passé ni avenir ; lui seul, par conséquent, peut les manifester à l'homme, et, si quelqu'un les annonce et que toutes choses répondent parfaitement à la prédiction, on devra dire que c'est un miracle, parce que Ton trouvera dans cette prédiction une dérogation aux lois de la nature humaine. Ce miracle s'appelle une prophétie, terme consacré pour ^ désigner Fannonce d'un événement futur. Nous en avons vu des exemples frappants dans la prédiction que Noé fit aux hommes d'un déluge qui devait, dans cent ans, submerger l'univers; et dans l'aimonce que Moïse fit des plaies qui devaient affliger l'Egypte. La suite de l'histoire nous montrera un grand nombre de prophéties, relatives aux destinées de la famille d'Abraham et au Messie.

Nous pouvons indiquer une troisième classe de

312 RÊVBLATION HOSAIQUB ^

miracles : ce sont ceux qui se rai^ortent à Tordre' moral. S'il y a des lois qui régissent les corps et maintiennent Tordre matériel que nous admirons dans Tunivers ; s'il y a des lois qui régissent les intelligences dans Tacquisition des connaissances ; il en existe également pour les volontés humaines, et^ quand on verra les hommes élevés à des vertus qui sont au-dessus des faiblesses de leur nature, quand on verra des multitudes d'hommes changer subitement de dispositions sans que nulle cause humaine puisse expliquer cette révolution, tandis, au contraire, que les intérêts, les affections, les habitudes, auraient dû s'y opposer, nous reconnaîtrons encore là un miracle, parce que, dans ces faits, se retrouve une dérogation aux lois qui régissent notre nature.

IL Ce. simple exposé, tout en fixant la notion da miracle^ nous en montre la possibilité, et on ne s'ex^ plique pas comment elle pourrait être révoquée en doute par un esprit raisonnable, a Cette question, <i sérieusement traitée, serait impie si elle n'était pas « absurde, disait un des plus fameux incrédules du a dernier siècle; ce serait faire trop d'honneur à celui « qui la résoudrait négativement, de le punir; il fau- « drait Tenfermer*. »

Puisque Dieu connaît Tavenir et ce qu'il doit faire

^ J.-J. Rousseau. Tout eu admettant la possibilité des miracles, Rousseau oe croyait pas à la révélation, et il assurait que, quand tous les habitants d'une grande ville lui diraient qu'ils ont vu un miracle, il n'accepterait pas leur témoignage, parce qu'ils auraient pu mal voir. li n'aurait pas voulu, pour tout au monde, en être lui-même témoin*, parce que, disait-il encore, au lieu de me rendre crédule, j'aurais grand'peur que ce miracle ne me renâXt fou. Avec une pareille logique, il serait bien impossible que Ton persuadât jamais un homme de la vérité de la religion.

^ MISSION DB MOÏdB PROtJVBB PAR LES MIRACLES 313

dans la suite des temps, pourquoi ne pourrait-il pas le faire connaître aux hommes? Puisque dans le monde matériel il n'y a que des effets, et qu'à la rigueur Dieu est la seule cause, et de l'existence de l'univers, et de l'ordre qu'on y observe, pourquoi ne pourrait-il pas, dans un cas particulier, déroger à cet ordre? pourquoi ne pourrait-ii pas manifester sa puissance en s'écartant, pour des fins de lui connues, de cet ordre, comme il l'a manifestée en lé conservant? Cette puissance de Dieu serait-elle donc épuisée, ou sa liberté enchaînée par l'ordre que lui-même a établi dans la création du monde?

Observons d'ailleurs que Dieu, en opérant des miracles, ne change rien dans l'ordre de ses conseils, attendu que ces phénomènes entrent dans le plan de

4a providence. La même sagesse qui a fixé les lois [ui devaient régir le m(Mide a déterminé les circonstances dans lesquelles elle s'écartera de l'ordre habituel, pour rintérêt des hommes, soit pour leur montrer que l'action divine n'est enchaînée par aucune sorte de nécessité, soit pour leur donner une preuve éclatante de son intervention dans ce cas particulier. 11 ne faut donc pas craindre que Dieu trouve dans sa propre immutabilité, non plus que dans la nature, un obstacle à la production du miracle.

De plus, observe Bossuet: « si, pour se faire con- « naître dans le temps que la plupart des hommes « l'avaient oublié. Dieu a fait des miracles étonnants, (( et a forcé la nature à sortir de ses lois les plus con- <( stantes, il a continué par là à montrer qu'il en était « le maître absolu, et que sa volonté est le seul lien a qui entretient l'ordre du monde. C'est justement ce

COURS DINSTR. I

314 ltBVSI.ATIOIN MOSAÎQUB .

« que les hommes ayaiaat oublié; la stabilité d'un srf « bel ordre ne servait plm qu'à leur persuader que « cet ordreavaittoojoursétéetqu'ilétaitdesoi-méa»; <( par où ils étaient portés à adorer ou le monde &à « général, ou les astres, les éléments, et enfin tousoes (( grands corps <pii le composent. Dieu donc a té- (( moigné au genre humain une bonté digne de loi, <( en renversant, dans des occasions éclatantes, cet « ordre qui non-seulement ne les frappait plus parce (( qu'ils y étaient accoutumés, mais encore qui les (( portait, tant ils étaient aveugles, à imaginer hors <( de Dieu Téternité et Tindépeâdance '. »

La sagesse divine n'a pas moins éclaté que la puissance et la bonté, dans la production des mir6»lee. Dieu pouvait-il employer un moyen j^los convenable pour convaincre les hommes? Tous ne miA pas cair pables de comprendre la pureté d'une doctrine; léf plus habiles s'y trompent souvent autant tpie te vulgaire; égarés par leurs opinions^ plus encore par leur orgueil, ils s'évanouissent dans leurs pensées, comme le dit un apôtre. Le miracle, au contraire, est à la portée des plus humbles inteillgeaces, et il doit persuader les esprits les plusâevés;cartouscoiBpTeQiient que. Dieu seul étant supérieur aux lois qu'il a faites, il est seul aussi tout-puissant pour suspendre, quand il le veut, les lois par lesquelles il gouverne le monde; son action se manifeste alors avec éclat, et sa parole se fait entendre avec l'autorité qui lui convient.

IIL Des philosophes incrédules, qui se sont vus dans l'impossibilité de former une objection sérieuse cofitre

' Discours sur l'histoire universâihy W part., a* 1.

Page 1