LEÇON XX
CmBBMilt M r«ftllMnt les «etMlns «e iHea sor le pêaple Mbreo.
Les circonstances qui accompagnèrent la vocation d^Abraham, et la loi donnée à la famille de cet illustre patriarche, nous ont manifesté les desseins de la providence. On ne peut douter que le peuple hébreu n'ait été choisi pour conserver le dogme de l'unité de Dieu et les autres vérités révélées primitivement, pour être aux yeux des autres nations un signe, une preuve sensible de la providence qui gouverne toutes choses, ^t pour préparer les voies au Messie. Il nous reste à considérer comment se réalisèrent ces desseins; c'est bien certainement une des études les plus intéressantes pour un esprit réfléchi, et, s'il ne nous est permis que de présenter quelques courtes observations sur une matière si importante, le peu que nous en dirons suffira pour nous inspirer un sentiment profond de respect et d'admiration pourToeuvre de Dieu; nous verrons en effet le peuple hébreu conserver religieusement le dépôt des traditions sacrées; nous le verrons devenir une preuve sensible de la divine providence; et enfin, ce qui devra fixer surtout notre attention, l'histoire nous apprendra comment il a
rempli la mission qu'il avait reçue pour les autres peuples.
§ 1. — LE PEUPLE HÉBREU EST GARDIEN DES VÉKITÉS RÉVÉLÉES DÈS l'origine du MONDE
I. Dieu ne révéla pas à Abraham et à Moïse des dogmes différents de ceux qu'il avait enseignés dès l'origine du monde ; il ne prescrivit pas une morale nouvelle, et^ pour ce qui concerne les observances du culte public, nous avons vu dans la dernière leçon, que la loi de Moïse, en tant qu'elle déterminait des jours de fêtes, des cérémonies religieuses, la forme du sacerdoce et des sacrifices, n'était obligatoire que pour les Hébreux ; que les autres peuples demeuraient sous ce rapport dans les conditions primitives. t/^ La seconde révélation est donc identique à la première : ce sont les mêmes croyances, les mêmes préceptes et au fond même culte; Dieu seulement répandit alors de nouvelles lumières sur la personne du futur médiateur, qu'il n'avait promis à Adam qu'en des termes plus obscurs.
L'avantage inappréciable de la seconde révélation fut de fixer par récriture, par un enseignement authentique, et par toute une législation, ces croyances et ces préceptes, au milieu d'un peuple qui les recevait en dépôt et devait les conserver jusqu'à ce que ses destinées fussent accomplies.
Le Pentateuque, livre d'un si haut intérêt pour le peuple juif, lui rappelait les dogmes de l'unité de Dieu, de la création, de la chute du premier homme ; le choix que Dieu avait fait d'Abraham, avec la promesse
334 BÉVÉLATION MDSAÏQUB
que toutes les nations seraient bénies dans le MesBie qui sortirait de sa race, soutenait ce même peuple 4ans l'espérance de la future rédemption; la tribu de Lévi, désignée pour le service du temple, remplissait par le ministère des prêtres la mission qu'elle avait reçue d'expliquer et de conserver ces croyances, avec le culte public. Nous savons enfin comment la loi du âa:bbat, les fêtes et toute la législation, ramenaient sans cesse les idées aux dogmes de la religion, qui devenait ainsi l'objet le plus ordinaire des pensées du peuple; c'était pour lui plus que des simples traditions nationales, c'était le fondement de son existence, car il n'existait comme peuple qu'à la condition de les perpétuer.
On vit donc, grâce à cette seconde révélation, tout un peuple conserver sa foi au milieu de tant et de si puissantes nations, couvertes des ombres de Terreur, livrées aux superstitions les plus absurdes : il conserva des lumières pures sur Dieu, sur la création, sur les futures destinées de l'homme. Parmi les Hébreux, l'enfant, Thomme occupé des travaux des champs, avait sur ces hautes questions des idées positives, arrêtées, parfaitement raisonnables, tandis que les peuples qui avoisinaient la Judée, et qui se glorifiaient de leurs législations et de leurs sages, ne savaient plus que croire. La gloire des Hébreux était de connaître le vrai Dieu : Dieu est connu dans JudOj chantait un prophète, son nom est grand dans Israël. Après avoir traversé plus de quinze siècles, depuis sa fondation, ce peuple conservait encore les traditions dans leur pureté primitive, sur cet article fondamental, et c'est un philosophe, un historien païen qui nous
MISSION PROVOXBNTIfiUVB DU PBI7PLE DE DIEU 335
•en rend témoignage. « Les Juifs, dit Tacite, traitent « d'impies ceux qui, avec des matières périssables, « se fabriquent des dieux à la ressemblance de « l'homme. Leur Dieu est le Dieu suprême, éternel, « qui n'est sujet ni au changement ni à la destruc- 41 tion ; ausi^ ne souffrent-ils aucune efâgie dans leurs « villes, encore moins dans leur temple \ »
Ce n'est pas qu'à certaines époques une partie plus ou moins considérable du peuple juif no se soit laissée entrahier dans les excès et les superstitions de l'idolâtrie, et qu'alors Jes traditions premières n'aient paru oubliées ou méconnues : mais ce ne furent là que des désordres momentanés, contre lesquels protesta toujours la portion la plus saine des douze tribus, que les prophètes suscités extraordinairement condamnèrent, et qui se trouvaient réprouvés par la loi.
Ainsi la révélation divine, rappelée par les prophètes, invoquée par un nombre toujours considérable de justes demeurés fidèles, finissait par triompher des superstitions. Il y a plus : ces égarements contribuèrent, à leur manière, à maintenir au milieu de la nation le dogme de l'unité de Dieu et la foi dans les pronïesses divines, par le soin que la divine providence eut de châtier ce peuple ou de le rendre heureux^ selon qu'il était infidèle à sa loi ou qu'il l'observait religieusement. C'est cette action continue de la Providence, se manifestant par les événements les plus extraordinaires, qu'il faut maintenant consiéérer.
' Tacite, Hist,, liv. V, n»' 4-».
§ 2. — l'histoire du peuple hébreu est une preuve sensible de la. divine providence
Le dogme d'une providence qui gouverne les choses humaines n'est pas moins essentiel à la religion et au bonheur des hommes que celui de l'unité de Dieu et de la création : il fallait le maintenir contre ces systèmes impies qui voulaient reléguer la Divinité dans les cieux, sans lui supposer aucun souci de ce qui se passe dans le monde, et contre cet autre système désespérant qui soumet tout à une aveugle et fatale nécessité. Le peuple juif fut chargé de conserver, avec les autres traditions divines, la croyance en cette providence qui récompense le juste et qui châtie le& pécheurs et les nations coupables avec une autorité souveraine.
Moïse, après avoir promulgué la loi, fit au peuple des promesses et des menaces au nom de Dieu. « Je « suis votre Dieu, dit le Seigneur ; si vous observer (( mes lois, je vous enverrai la pluie en temps favora- « ble ; la terre prodiguera ses fruits, vous habiterez « heureux et tranquille dans votre pays. Je donnerai ce la paix à vos frontières; vous triompherez de vo& (( ennemis. J'établirai ma demeure au milieu de vous* « je serai votre Dieu, et vous serez mon peuple.... « Mais, si vous ne m'obéissez pas, je vous enverrai la « pauvreté et de grandes calamités; le ciel vous sera « de fer, etlaterred*airain. Si vous continuez à me dé- (( sobéir, je multiplierai les châtiments de vos péchés,. (( je changerai vos villes en désert, vos lieux saints (( en solitude, je rejetterai vos sacrifices. Je vous dis- <t pcrserai au milieu des nations idolâtres.... Ceux
î d'entre vous qui seront dispersés parmi les peuples « sentiront le poids de ma colère jusqu'à ce qu'ils « reconnaissent leurs péchés et ceux de leurs « pères. Alors ils demanderont grâce, et je me sou- « viendrai de l'alliance que j'ai faite avec Abraham, « Isaac et Jacob. Je ne les perdrai pas entièrement « dans la terre étrangère, car je suis le Seigneur (c votre Dieu '. »
Jamais législateur ne donna une telle sanction à ses lois. Comment pouvait-il promettre avec tant d'assurance que le bonheur ou le malheur de son peuple dépendrait de l'observation ou de la violation des préceptes, s'il n'était l'organe de Dieu? Le respect pour la loi eût été perdu, si jamais ces promesses et ces menaces eussent manqué de se réaliser ; mais celui au nom de qui elles furent faites, et qui a sous la main ||bs éléments du monde, veilla toujours à l'accomplissement de sa parole, et on peut dire que les discours
' Deutéronome, ch. xxviii. Il ne faut pas être surpris que Dieu ne donne ici d'autre sanction à sa loi que les maux ou les biens temporels, et qu'il ne soit pas fait mention des peines et des récompenses réservées dans Tautre vie. Les Juifs croyaient tous à la vie future, et ils savaient que chacun de nous doit rendre compte à Dieu de ses œuvres, après la mort; mais c'étaient des hommes grossiers, sur lesquels la crainte de châtiments invisibles réservés pour une autre vie n'aurait pas fait une assez forte impression; il était donc nécessaire de leur proposer des récompenses, de les menacer de châtiments qui suivissent de près, et dont la perspective les retint plus sûrement. De plus, et ceci est une réponse plus directe à la question qui nous occupe, Moïse impose la loi, non aux individus, mais à la nation, en organisant un culte public, un ordre social. C'est donc à la nation aussi qu'il fallait adresser les menaces et les promesses divines : or les nations ne vivent que dans ce monde, elles n'ont qu'une existence temporelle, voilà pourquoi Dieu les punit et les récompense dans ce monde.
338 «évÉLAJriBK ICOSAÏaUB
de Moïse scmt i'hi^oîre prophétique de son peuf^e?
Sous la conduite de Josué, successeur de Moïse, le peuple de Dieu traversa le Jourdain, protégé par un miracle non moins surprenant que celui qui avait ouvert devant lui la mer Rouge. Les eaux qui, à cette époque, débordaient, s'arrêtèrent en présenoe de l'arche et demeurèrent suspendues, tandis que les eaux inférieures, s'écoulant du côté de la mer, laissèrent le lit du fleuve entièrement à sec, jusqu'à ce que rimmense multitude du peuple eût passé. Alors les prêtres enlevèrent TArche, et les eaux reprirent leur cours naturel. Cen'^itque le commeneement des prodiges que I^eu allait opérer pour consacrer, aux yeux de tous, la misskm de Josué, et introdaiHB son peuple dans la terre proiBoise, quatre eièeies auparavant, à la posftérité d'Abraham. Les murs de Jéricho tombèrent au son des trompettes sacrées, un# force surnaturelle aida le peuple dans la guerre qu'il eut à soutenir contre des ennemis innombrables, le ciel combattit manifestement pour lui.
Après la mort de Josué, et quand les vieillards qui avaient été avec lui témoins de ces prodiges eurent disparu, le peuple se laissa entraîner à l'idolâtrie, et alors commencèrent pour lui des vicissitudes de calamités et de bonheur, de victoires et de défaites, qui ne purent que confirmer la foi de la Providence, et la vérité des promesses et des menaces de Moïse, dans le cœur des fidèles. Les prévaricatioas contre la loi de Dieu étaient ordinairement suivies de guerres funestes, qui réduisaient le peuple aux dernières extrémités. Élevait-il la voix vers Dieu pour solliciter un pardon, aussitôt Dieu suscitait im homme qui,
MISSION PROVni^SNTIELLS DU mjPLB DE DIEU 339
ar son géaie et sa yalôtir, rétablissait les affaires, triomphait ées ennemis, assurait la paix au peuple, qui en jouissait tout aussi longtemps qu'il demeuratl; attaché à la loi. Ces hommes, ainsi suscités par la Providence, étaient appelés Juges, parce qu'ils rendaient la justiee à tous ceux des diverses tribus qui recouraient à eux. Ils n'avaient pas, d'ailleurs, d'autorité régulière et absolue sur tout le peuple : les tribus, indépendantes les unes des autres, unies seule* ment par les liens de la fraternité et par la religion, étaient sous le gouvernement immédiat de Dieu qu'elles consultaient dans les doutes, et Dieu rendait ses oracles dans le tabernacle ; quelquefois il l'expliquait par l'organe du grand prêtre, d'autres fois par des prophètes.
Cet état de choses dura pendant quatre cents ans, piu bout desquels ce peuple demanda à Samuel d'éta* blir un roi qui eût le commandement de toutes les tribus. Dieu agréa cette demande et choisit Saûl, qui fut réprouvé ensuite pour ses infidélités, et la royauté ftrt alors établie, toujours par l'ordre de Dieu, dans la tribu de Juda et dans la famille de David, d'où devait sortir le Messie.
Le règne de David et celui de son fils Salomon forment l'époque la plus glorieuse du peuple de Dieu. Jamais il ne fut plus heureux, plus calme, plus riche, ni plus respecté par les étrangers ; jamais aussi la loi de Moïse ne fut plus religieuscmient observée, et quand, dans les siècles qui suivirent, les écrivains sacrés voulaient faire l'éloge d'un prince, ils disaient qu'il avait marché dans les mêmes voies que David. Son fils Salomon, si renommé pour sa sagesse et qui
construisit le temple du Seigneur avec une magnifi-^ cence extraordinaire^ s'égara, sur la fin de ses jours, jusqu'à rendre des honneurs divins à de fausses divinités. Aussitôt Dieu lui envoya un prophète pour lui annoncer qu'il le punirait en ôtant à son fils une partie de son royaume, et qu'il ne lui laisserait le re^te qu'en considération des mérites de David.
Les menaces de Dieu ne tardèrent pas à se réaliser. Aussitôt après la mort de Salomon, il se forma un schisme : dix tribus se séparèrent de Roboam, successeur de Salomon, qui ne retint sous son autorité que la tribu de Juda, celle de Lévi et une portion de celle de Benjamin, Ce fut l'origine des deux royaumes, le royaume de Juda et celui d'Israël, dont il est si souvent fait, mention dans les Écritures. Les dix tribus ajoutèrent, au fait de leur séparation de la maison de David, le crime très-grave d'abandonner le temples^ de Jérusalem, où tous les Juifs devaient se rendre, selon la loi de Moïse, à certaines solennités pour l'o- Uation des sacrifices; ils se construisirent un temple à part sur le mont Garizim, et ils y adorèrent des idoles, à la place du Dieu véritable. Les princes qui régnèrent sur le royaume d'Israël furent les causes principales de cette défection; Dieu les châtia souvent, et enfin il leur annonça qu'eux et leurs peuples, qu'ils entraînaient dans ces prévarications sacrilèges, seraient dispersés par leurs ennemis. En exécution de ces arrêts de la justice divine, les rois d'Assyrie s'emparèrent des villes et de tout le royaume d'Israél, réduisirent le roi et sa famille en captivité, et dispersèrent le peuple dans les provinces de leur vaste empire.
Le royaume de Juda devait profiler de l'exemple de cQlui d'Israël, pour se préserver des excès qui avaient attiré de si graves malheurs. Dieu y fut plus fidèlement servi pendant un certain temps, et, si quelques princes se rendirent gravement coupables contre la Religion, le Seigneur les supportait avec patience, en considération de David, et fit éclater, en faveur de ceux qui se montrèrent zélés pour sa loi, la puissance de son bras, en les délivrant miraculeusement des armées ennemies. C'est ainsi que, sous le pieux roi Ézécbias, une puissante armée fut anéantie, dans une seule nuit, par le glaive d'un ange exterminateur. Cependant, ni la piété de ces princes, ni celle de plusieurs justes qui gémissaient des excès du peuple, ne purent à la fin arrêter la main de Dieu, quand les iïdquités de Juda eurent comblé la mesure. Isaïe ^dit de terribles châtiments, il vit de loin le superbe et redoutable Nabuchodonosor, qui devait un jour servir d'instrument à la justice de Dieu. Jérémie fit plus : il ne se contenta pas d'annoncer, comme l'avait fait Isaïe, la captivité du peuple, la destruction du temple, la ruine de Jérusalem, il compta même le nombre des années que durerait la captivité , pour que les Juifs ne pussent pas ne pas voir, dans les malheurs qui allaient les châtier, la main de Dieu qui les frappait.
En même temps, et pour mieux persuader le peuple de cette action de la divine providence , les prophètes annonçaient la perte des nations puissantes et orgueilleuses qui avaient opprimé la Judée. Les humiliations profondes de Nabuchodonosor, la chute de ce prince superbe, la destruction de Babylone, tout
342 RSVSIATION MOSAÏQUE
<c6la était annoncé par Isaïe longtemps avant, ainsi que le retour des Juifs dans leur patrie. Dieu appelait les princes d'Assyrie pour châtier son peuple, et ensutte il brisait cet instrument de ses vengeances, comme un père brise la verge dont il a frappé son fils. « Ne crains pas, 6 Jacob, dit le Seigneur, par « l'organe de Jérémie, parce que je suis avec toi. Je « te châtierai avec justice, mais jo ne te détruirai pas» u comme je détruirai les nations parmi lesquelles je « t'ai dispersé \ ))
Nous ne raconterons pas ici comment le peuple juif, qui avait d'abord refusé de croire à la parole desprophèteSy trompé par des séducteurs, fut battu par les armes de Nabuchodonosor, qui ravagea ses tenres, réduisit son temple en cendres, mit à mort ses principani citoyens et traîna les autres en captivité. Nous n'entrerons pas dans ces détails, et nous ne rapporterons pf non plus le retour du peuple après les soixante etdlx années de servitude qu'avait prédÊles Jérémie, le renversement du trône des princes assyriens, la prise et plus tard la destruction de Babylone: il faudrait pour •cela entreprendre une histoire qui sortirait du plan que nous avons dû nous tracer; le simple souvenir de ces grands événeme&ts, d'ailleurs bien connus, et de ceux qui survinrent après le rétablissement de Jérusalem et de son peuple, événements que nous ne pouwns pas même rapporter ici sommairement, justifie l'obs^vatioû qui tait ici l'objet principal de ce chapitre: « Le peuple de Dieu, subsistant toujours au milieu du <i changement des empires, oe peuple, tantôt châtié,
' Jérémie, zlvi, tê,
MISSION FEOYIOSNTIKiLB BU PKUPLE DS DIEU 343
a tantôt eoûsolé dans aes disgrâces, par les différents « traitements qu'il reçoit selon ses mérites, rend un « téiaoigoage publie à la Providence qui régit le a niaBde\ »
§ 3. — I^ PEUPLE HÉBREU REPAND DANS LE MONDE SES TRADITIONS iUSLIGlEUBES
Dieu ne s'était pas seulement proposé, en choisissottlla famille d'Abraham, de conserver dans lapostérite de ce partriarche les croyances primitives, les dogmes de Tunité de Dieu, de la création et de la Providence, mais il voulut se servir d'elle pour répandre dans le aM»ide ces mêmes croyances.
Poarracconiplissement de ces desseins, le peuf»le iuîf fut placé dans la situation la plus avantageuse qui 9ttài alors. La Palestine se trouvait au centre du mande coonn, entre l'Egypte et PArabie d'un côté, et de rimtre côté, la Syrie, la Chaldée et l'Assyrie, pays où les premières grandes monarchies s'étaient élevées, et d'où la science et les arts se répandirent en Occident. BUe était aussi dans le voisinage de Tyr et de Sidon, ees ports fameux de l'univers dont les commerçants parcouraient toutes les plages, et allaient former des ealcmies dans les pays tes plus éloignés. Les mœurs particulières du peuple hébreu, ses usages, et les choses estraordinarres que la Providence avait faites et ne eassait encore de faire en sa faveur^ devaient naturel^ lesaont p(M*ter ses voisms à s'informer de sa religion et de ses loiS) et cet examen ne pouvait qu'amener à la
» Bossuet, DUco^ttur VhUUrireuniver9eHej II* port., ch. xiv.
connaissance et au culte du vrai Dieu ceux qui le faisaient avec altention*.
Mais ce que nous devons observer plus encore que celte position territoriale, c'est que, pendant toute la durée de son existence comme peuple, la famille d'Abraham a été constamment et partout en rapport avec les grandes nations, avec rÉgyple, l'Assyrie, la Perse, la Grèce et la république romaine, portant partout avec elle ses croyances et conservant religieusement ses traditions. Dans cette longue suite d'événements dont se compose son histoire, jusqu'à l'époque de sa dernière dispersion, il est impossible de ne pas reconnaître une action providentielle de Dieu.
Parmi les peuples anciens, l'Egypte est surtout renommée pour sa civilisation, et il faut convenir qu'au milieu de pitoyables superstitions il y avait effective-, ment dans ces pays des institutions très-remarquables.1 C'est là que les philosophes de la Grèce et de l'Italie devaient venir plus tard étudier la sagesse. Nous avons déjà parlé des voyages d'Abraham en Egypte ; Jacob l'habita avec sa famille, Joseph la gouverna, en qualité de vice-roi, pendant de longues années, et forma ceux qui devaient être àla têle des provinces. Quelque temps après la mort de ce patriarche, et quand l'Egypte eut été portée au plus haut point de sa prospérité et de sa gloire, les Hébreux en sortirent, protégés par d'éclatants miracles qui durent faire une impression profonde sur le peuple et lui manifester la puissance de Dieu, plus de sept cents ans s'étaient écoulés depuis la sortie d'Egypte, que le souvenir s'en conservait encore
' Nouv, Démonstr. évang., P* part., ch. xix, § 2.
au loin; témoin le discours qu'Achior, prince des Ammonites, adressait à Holopherne pour le détourner de faire la guerre aux Juifs, si les Juifs n'avaient pas irrité leur Dieu, parce que, disait-il, Dieu les avait constamment protégés et qu'il avait autrefois précipité dans la mer l'armée des Egyptiens, leurs oppresseurs. Il conclut en ces termes : a Informez-vous donc si le <i peuple a commis quelque crime contre son Dieu, ft Si cela est, attaquons-le, et nous le subjuguerons; ^c mais, s'il n'a point offensé son Dieu, il nous sera im- « possible de lui résister, car Dieu prendra sa défense, a et nous deviendronsl'opprobre du monde*.)) Depuis cette époque, les Hébreux eurent des relations trèsfréquentes avec rÉgypte, comme on le voit dans la suite de l'histoire. Le prophète Jérémie, qui les avait Retournés, autant qu'il l'avait pu, d'aller dans ce pays se vit contraint de s'y rendre lui-même; ses paroles et ses nombreuses prédictions, toujours justifiées par révénement, ne purent manquer d'être connues d'un grand nombre d'Égyptiens*.
Transportés, après leur sortie d'Egypte, dans la terre de Chanaan, les Israélites eurent dans les commencements assez peu de rapports avec les peuples étrangers ; mais, sous le règne de David et de Salomon,ces relations s'établirent et s'étendirent beaucoup. Les flottes de Salomon allèrent au loin et rapportèrent d'immenses richesses dans la Judée. Dieu, qui avait donné à ce prince -une intelligence élevée, le rendit vénérable aux yeux des peuples et attiraauprèsde lui
1 Judith, V, 24-25.
- Jérémie, xliii, 8 et 9.
346 iUSVELi.TIOIC HKISAÏQUB |
des sages des pays les plus éloignés, a U accourait (tes « hommes de toutes les Bâtions, dit Fauteur du troi- « sième livre des JRm, et les envoyée^ despcinees ve- « naient s'instruire de ses paroles ^ » Le royaume de Salomon s'étant étendu au delà de TEuphrate : qund il est dit que toutes les nations et Les ambassadeurs des rois venaient versceprincepourécoutersasagesse^ cela peut s'entendre très-naturellement des peuples d'au delà de l'Ëuphrate et des frontières d'Egypte. Lors donc que nous trouve»^ dans ces contrées lointaines les mêmes traditions, les mêmes idées et qwe!^ quefois les mêmes expressions, sur Dieu et son euite^ que dans la Judée y on Texplique non-seul^nent par une transmission héréditaire depuis Noé, mais eiie<Mre par la communication que la Providence ménagea entre ces peuples et le peuple choisi, tant sous Salomo^ qu'avant et après lui. ^
Après Salomon vint le sehisfue des dix trikmsk, qvi refusèrent de se soumettre à sob Sis Roboam et se livrèrent à des superstitions coiidamnées par la loi de Moise. Ces scandales, qui semblaient devoir arrêter l'oeuvre de Dieu, l'avancèrent considérablement* Jouas, de la tribu de Zabulon, tûi envoyé miraculeusement à Ninive pour y prêcher la pénitence, ce qui fut une occasion de salut pour cette ville, la plus grande que l'on vît alors au monde. Bientôt après, Nabuehodono* sor détruisit le royaume des dix tribus que Dieu lui avait abandonnées pour les châtier de lear défectioD. Il les transporta et les répandit dans les dive^rses par* ties de son vaste empire. Or les captifs, parmi les-
' III* Uv. des Rois, iv, 29, 34.
^ MISSION PROVIPBNTIELLE IMI PEUfLE DE DIEU 34T
quels plusieurs étaient demeurés fidèles, firent con*naître le nom et le culte du vrai Dieu à Suse, à Ecbfttane, àBabylone et dans les autres principales villes d'Assyrie. Tout en s'humiliant des fautes qui avaient attiré une punition si terrible sur leur nation, ils comprenaient parfaitement les desseins de Dieu, qui ne les dispersait dans le monde que pour contribuer au salut des peuples. Le vieillard Tobie disait à son fils : « Louez le Seigneur, enfants d'Israél, etglo- « rifiez-le en présence des nations, car il vous a dis- « perses parmi les peuples qui l'ignorent, afin que « vous leur appreniez que lui seul est Dieu, et que <c toutes les divinités étrangères ne sont que des « idoles'. »
Indépendamment de ces pieux et fervents IsraéKtes,
4[ui ne négligeaient pas l'occasion qui leur était oferte de répandre dans le monde les pures notions de la foi, Dieu se prépara des prophètes, qui furent élevés dans les cours des princes, et qui durent avoir une grande influence sur Topinion publique. Tels étaient, entre autres, Daniel et ses trois compagnons, auxquels Nabuchodonosor confia des chaînes importantes dans l'administration de ses États. Que de cir« constances dans la vie de Daniel on pourrait remarquer ici, qui justifieraient nos observations I Nabuchodonosor a un songe dont aucun des sages de la Chaldée ne peut lui donner l'explication : Daniel se présente au nom du vrai Dieu; il raconte et il explique dans tous ses détails le songe que le prince avait eu et dont ce prince avait lui-même perdu le souvenir. Na-
* Tobie, xin, 3, 4.
buchodonosor, frappé des merveilles qui lui sont annoacées, se prosterne contre terre, il adore, et ensuite il dit à Daniel : « En vérité, votre Dieu est le Dieu des a dieux et le Seigneur des rois; il est celui qui réw vêle les. mystères, puisque vous avez pu découvrir u un pareil secret'. » Quelques années après, ce prince fut frappé d'un prodige qui lui parut plus extraordinaire ; Dieu ayant préservé Daniel, avec ses trois compagnons, du feu d'une fournaise ardente dans laquelle on les avait précipités, Nabuchodonosor publia cet édit : a Béni soit le Dieu qui a envoyé son <c ange et qui a délivré ses serviteurs qui ont eu con- <( fiance en lui, qui ont résisté au commandement du « roi, et qui ont abandonné leur corps pour ne pas « adorer d'autres dieux que leur Dieu. Voici donc a l'ordonnance que je fais : Que celui de tout peuple^ <( de toute nation, de toute langue, qui aura proféra <c un blasphème contre le Dieu de Daniel, soit mis en <( pièces, et sa maison changée en lieu public, parce « qu'il n'y a pas d'autre Dieu qui puisse sauver comme a ce Dieu *. » Un pareil événement ne pouvait mant quer d'être connu dans tout l'empire : les Juifs durent s'en prévaloir pour exalter le nom du vrai Dieu, et Ton peut même présumer avec fondement que le prince se convertit à la fin de ses jours. En effet, après un châtiment terrible, où il vit une juste punition de son orgueil, il publia ce nouvel édit : « Moi, Nabu- « chodonosor, j élevai mes yeux au ciel, et la con- <( naissance me revint; je bénis le Très-Haut, et je
Daniel, ii, 47.
Daniel, m, 95 et suiv»
tf louai Celui qui vit à jamais, et je glorifiai sa puisce sance qui est éternelle. Devant lui, tous les habitants <( de la terre sont réputés comme rien; il fait suivant « sa volonté sur la terre et dans les deux. Maintenant « donc, moi, Nabuchodonosor, je loue, j'exalte, je <c glorifie le roi du ciel, parce que toutes ses œuvres <c sont vérité, et que toutes ses voies sont justice'. »
Quand Babylone eut été prise par les Perses et les
Mèdes, sous la conduite de Cyrus et de Darius, vers
l'an 538 avant l'ère chrétienne, Daniel jouit, sous les
nouveaux dominateurs, de la faveur qu'il avait eue
sous les princes assyriens. Il demeura toujours à la
cour, préposé aux affaires les plus importantes, et
l'un des trois principaux gouverneurs. Il se vit exposé,
de nouveau, à la jalousie des courlisans qui le firent
^ter dans une fosse aux lions; mais cette nouvelle
^ersécution ne contribua, comme les précédentes,
qu'à manifester la gloire de Dieu. Daniel fut respecté
des lions, qui dévorèrent ses accusateurs, et, dans
cette circonstance, Darius le Mède écrivit à toutes les
provinces : « J'ordonne que, dans toute l'étendue de
« mon empire, tous craignent et révèrent le Dieu de
« Daniel ; car il est le Dieu vivant, subsistant dans les
« siècjles : son empire est indestructible et sa puis-
it sance n'aura pas de fin. C'est lui qui fait des prodi-
« ges et des merveilles dans le ciel et sur la terre, lui
-ce qui a délivré Daniel de la fosse aux lions ^ »
Daniel continua donc à vivre pour annoncer les saintes vérités de la foi; et, ce qui est bien remar-
' Daniel, iv, 31 et suiv.
2 Daniel, vi, 25.
COURS d'instr, I . Po^aïP
350 BSVÈLAHIOUf MOftAÎQ^S
quable» ce fut de son toookps qae le& Grées conMaaen' cèrent à voyager dans l'Orient pour étudier la sagesse ; les premiers fondateurs d'écoles philosophiques en Grâce, Thaïes et Pythagore, vinrent alors en Chaldée et purent converser avec le prophète. U était contemporain de Zoroastre, qui rédigea ou revit les livres religieux des Perses.. Ga a lieu de croire quâ ce prophète eut une grande part à Tédit que puUia Cjrus pour le rétai)lissemeni du tampLe de Jérusalem, et qui termina la longue eapitivité du peuple^ La teneur du décret fait supposer que ce prince avait lu les prophéties d'Isaïe^ qui ravmt appelé par squ ju>m deujL siècles auparavant, et l'avait signalé comioe le conquérant du royaume d'Assyrie et le libérateur des Israélites. Dans ce décret, comme* dans ceux que nous avons déjà cités, il parle avec un profond respect diU Disu du ciel, de Jéhôva, auquel il attribue hautaoa&jlf toutes les victoires qu'il avait remportées.
Apcès la mort de Daniel, il resta un grand nombre de Juifs qui continuèrent l'œuvre de Dieu» L'un lut ministre sous Artaxerxe Longue-main» petit-£Js de Cycus; Ësther monta sur le trône, unie par uu légitime mariage à ce prince. A cette Eoècne époque, se trouvaient à la cour des hommes vénérables par leur sagesse et leur piété^ tels cpe Néhémie et Ësdras, dont Dieu se servit pour relever les murs de Jérusalem et rétablir, après, la captivité,, robsarvance de la loi mosaïque.
On sait que l'empire des Perses fut détruit par Alexandre le Grand. Ce prince vint à Jérusalem, qu'il voulait châtier de son attachement aux successeurs de Cyrus. Le grand prêtre ordonna des supplications
MISSION PROTlIMSKTXBfLiaS BtJ PEUPLE DE DIEU 351
publicjues pour que le ciel llécbttle cœwr èa superbe conquérant. Aux approches d'Alexandre les portes de la ville s'ouvrirent, et l'élite du peuple alla au-devant de lui, suivie des prêtres revêtus de leurs omemeBt&^ sacrés, et du grand prêtre, qui avait la tiare sur la tête, avec une lame d'or sur laquelle était gravé le nom de l'ifeternel. Le prince, touché de cette pompe religieuse, sentit ses dispositions changées à l'égard des Juife; il reçut avec honneur le grand prêtre, et il adora le nom de Dieu, à la grande surprise des assistants. On lui fit lire dans le prophète Daniel les prédictions relatives à son régne et à ses exploits contre les Perses; dans la joie que lui causa cette lecture, il permit aux Juifs de vivre selon leur loi, les exempta du tribut la septième année ou Tannée sabbatique, t leur déclara enfin que ceux d'entre eux qui vouaient servir dans ses armées pourraient y vivre selon leur religion et suivre toutes leurs coutumes '. Ainsi Cyrus et Alexandre, dont les innombrables armées étaient composées de tanat de peuples divers, connurent les prophéties, eurent des rapports avec un grand nombre de Juift, les honorèrent de leur estime et de leur confiance : l'un ordonna que Ton rebâtit le temple de Jérusalem ^ et l'autre offrit des sacrifices au vrai Dieu dans ce même temple.
Depuis cette époque, les Juifs se répandirent partout, en Asie, en Afrique, en Europe. On les vit dans les Indes, et plusieurs ont cru qu'ils avaient pénétré dans la Chine, où on a 'trouvé des traces peu équivoques de leurs traditions, sans qu'on puisse néan-
» Josèphe, Antiquités judaïqties, liv. II, ch. vin.
Y moins bien détermiaer l'époque où ils y seraient venus. En Afrique ils continuèrent d'avoir des relations habituelles avec FÉgypte, et ils formèrent une partie considérable de la population d'Alexandrie. Nous avons eu occasion de perler d'une version qui se fit de leurs livres par Tordre de Ptolémée Philadelphe, version qui facilita la connaissance des doctrines juives partout où se parlait la langue grecque. En Europe, les Juifs habitèrent la plupart des îles de l'Asie Mineure ; ils conclurent un traité d'alliance avec les Spartiates et avec les Romains*. Ils eurent une synagogue à Athènes; ils vinrent en Italie et se fixèrent à Rome, et, du temps de Cicéron, on remarquaitun quartier qui était presque exclusivement occupé par eux. Alors cependant, la nation juive était sur son déclin. Nous ne dirons point dans quelles circonstances la république romaine, qui avait subjugué l'univer^ entier, porta ses armes dans la Judée et la soumit à ses lois : nous rappellerons seulement que, quand Pompée pénétra dans le temple, les Romains parurent surpris de ne trouver aucune divinité dans cette mystérieuse enceinte. Tacite, qui nous a conservé ce trait, remarque cfuc les Juifs ne conçoivent Dieu que par la pensée, et n'en reconnaissent qu'un seul. Les Romains, en soumettant la Judée à leur empire, ne prétendirent pas Tempôcher de suivre sa religion. Ils eurent même pour les vaincus l'attention de ne point déployer dans leurs terres les drapeaux où se trouvaient des idoles ; et Jules César, ayant appris que dans quelques provinces on les tourmentait, prit leur
* I" livre des Machabées, xii.
défense, et il écrivit aux magistrats de ces lieux : « Il « Be me plaît pas qu'on fasse de pareils décrets contre a les Juifs, ni qu'on les empêche de suivre leurs lois « et coutumes, attendu qu'on le leur permet, même « dans Rome, et que, par le même édit où Caïus Cett sar consul défendit de faire des assemblées dans « les villes, il en excepta les Juifs, et eux seuls. Nous (( de même, quoique nous défendions ces assemblées, « nous permettons aux Juifs, et à eux seuls, de con- (( tinuer les leurs, suivant les coutumes et les lois de « leurs pères*. »
. Il est donc vrai que, pendant quinze cents ans, depuis sa formation comme peuple, jusqu'au moment où elle atteignait au terme marqué par ses prophéties, la famille d'Abraham n'a cessé d'être dans des rapports habituels et intimes avec les plus grandes •Rations, et que les hommes qui exercèrent la plus haute influence sur leur siècle contribuèrent à l'affermir dans l'observation religieuse de sa loi, et à favoriser sa dispersion dans le monde entier. Nabuchodonosor, Cyrus, Alexandre, César, se virent en présence de ce peuple extraordinaire, et le distinguèrent des autres.
On croit assez généralement que les Juifs ont été peu connus des autres peuples, et qu'ils ont été méprisés ou détestés de ceux qui avaient des rapports avec eux. C'est une erreur. Il est vrai que, depuis la mort de Notre-Seigneur, ils ont été dans un état habituel d'humiliation, et que, même avant l'ère chrétienne, leur nation a été l'objet de railleries et de mé-
» Josèphe, Antiquités, liv. XIV, chap. xvii.
354 névÉLATICm MOS^ÏOITE
pris pour quelques petfples païens. En Itelie, les philosophes et les historiens qui écriraient vers la fin de la république ou sous les premiers empereurs, paraissent fort ignorants de son origine et très-prévenus contre elle; ils rappellent un peuple superstitieux, ennemi de l'empire, odieux au genre humain. Tadte, qui, ailleurs, a si bien exprimé le eulte Tendu à Bieu par les Juift, tombe dans une oontradition difficile à comprendre chez un auteur si grave; il adopte les fables les plus ridicules, et va jusqu'à dire qœ les Juifs honoraient une tête d'âne dans leurs solennttés religieuses. Mais, quelle que fût la cause de ces piéventions des Romains eosrtre les Juifs, nous pouvons assurer que la plupart dsB anciens avaient une toute autre idée de ce peuple. On voit, dans les failsque nous venons de citer, avec quels égards les plus grands prince l'ont traité, et eomment ils surent estimer soir^ Dieu et sa religion, plus que les divinités et les cultes des autres peuples.
Beaiifficoup de phiiesophes anci^s en ont parlé cornue d*une nation tressage, remarquable par ses coutumes, par les sublimes idées qu'elle avait de la Divinité et par la pureté du culte qu'elle lui rendait; ils ne pensaient pas que, sous ce rapport, elle fût inférieure à aucune, et ite la classèrent sans difficulté au rang de leelles qui étaient les plus dîBtmguées. Eusèbe, qui a consacré un livre entier xte sa Prépmation épongéHqve è recueillir des témoignages SUT ce point, cite un auteur ancien qui a beaucoup écrit sur les Juifs, et qui dit que Moïse a enseigné «ûx hommes tout ce qui est utile, que les prêtres égyptiens le regardaient presque comme un Dieu, lui at-
tribuaient llnventio® de la phaosophie, et lui donnaient le nom d'Hermès ou de Mercure ^ Strabon lo&e Moïse d'avoir eu des idées plus sublimes de la Divinité que les Égyptiens, les Grecs et les Libyens. Il pense qu'il quitta TÉgypte parce qu'il ne pouvait s'accommoder des notions que l'on y avait de Dieu et du cuite qu'on lui rendait'; il ne fait pas un moindre étog« de plusieurs de ceux qui succédèrent à ce grand homme dans le gouvernement ; et enfin, parlant des Juifs de son temps, il dit qu'ils s'étaient introduits dans toutes les villes. Il n'était pas facile, selon cet écrivain, de trouver une seule place sur la terre habitable où cette nation n'eût pénétré, et où elle n'eût môme fait adopter à plusieurs étrangers sa manière de vivre et ses lois. Varron ; l'un des hommes les plus ^octes de la république romaine, louait aussi les Juifs
' Eusèbe, Prépar. évang,t liv. IX, ch. xxvii. On lirait avec beaucoup d^iirtérêt tout ce livre neuvième. La plupart des auteurs qui s'y trouvent ont mêAé des fables impertinentes à l'histoire des J.uifs, ce qui prouve qu'ils ne la connaissaient que d'une manière très-superficielle, mais ils en parlent en des termes qui en donnent une haute idée.
' Strabon, liv. XVI, ch. n, § .20^ « Moïse, n»écontent de la reli* « gion établie en Egypte, dit cet auteur, sortit de ce pays pour « venir se fixer en Judée, suivi d'une foule d'hommes qui ado- « raient la Divinité. Il soutenait et il enseignait que les Égyptiens ««étaient dans l'erreur en représentant la Divinité sous la forme « d'animaux sauvages ; que les Libyens et les Grecs eux-mêmes « «e trompaient quand ils donuaient aux dieux une figure hu- « maine. Il enseignait donc qu'il fallait renoncer à sculpter aucun « simulacre de la Divinité et se borner à l'adorer dans un sanc- « tuaire digne d'elle, dépourvu de toute espèce d'images. »> Strabon, peu instruit du fond de l'histoire des Juifs, dit que ce fut longtemps après Moïse, et «n altérant la pureté de «es doctrines, <|iie ceux-ci ont introduit dans leur culte des superstitions telles que la distinction des animaux, dont les uns furent regardés comme purs et les autres comme impurs, etc.
356 RÉVÉLATION MOSâÏQDB
d'adorer Dieu sans image sensible, et il regrettait que les Romains se fussent écartés de la simplicité de ce culte. Il paraît, d'après môme le. témoignage d'un ennemi du Christianisme, que divers oracles, attribués à Apollon par les Grecs, avaient déclaré que les Chaldéens et les Hébreux avaient seuls la vraie sagesse, parce qu'ils adoraient le Dieu éternel existant par lui-môme M Quoi qu'il en soit des oracles, on peut conclure de cet accord de témoignages l'idée que les païens se faisaient de la religion des Juifs.
Si maintenant nous réunissons les faits qui viennent d'être exposés : la diffusion des Juifs dans une trèsgrande partie du monde, le zèle qui les animait pour répandre leurs doctrines et faire des prosélytes*, l'estime dont ils jouirent auprès d'un si grand nombre de princes et d'hommes éclairés, nous concluons que ce peuple a rempli la mission qu'il avait reçue de^ Dieu. Nous ne disons pas qu'il ait réussi à faire adopter ses croyances aux peuples avec lesquels il a vécu : la conversion générale du monde était réservée à Noire-Seigneur Jésus-Christ; elle devait s'opérer par la prédication de l'Évangile. Mais la famille d'Abraham a répondu aux desseins de la Providence, en por-
* s. Augustin, Cité de Dieu, liv. IV, ch. xxxi; liv. IX, ch. xxu- — Nouv, Démonst, éo., I'« part., ch. xix, § 4.
' Notre-Seigneur reprochait aux Pharisiens de son temps de parcourir les terres et les mers pour faire un prosélyte, et de ne pas le rendre meilleur quand ils l'avaient attiré à eux. (Év. de S. Matth., XXIII, 15.) Si tous les prosélytes ne devenaient pas meilleurs, on ne peut guère douter que plusieurs niaient profité pour leur salut des lumières de la foi : c'est pour cela, sans nui doute, que l'on vit un grand nombre d'entre eux se montrer tout disposés à recevoir la prédication des apôtres et devenir de fervents chrétiens.
tant sur tous les points du monde une haute protestation contre l'idolâtrie, et en donnant aux âmes simples et droites la facilité de connaître le vrai Dieu, ce qui a dû être pour un très-grand nombre d'individus un moyen de salut.
338 '«trihÂTim mOBAïtim