DE L ESPÉRANCE
qu'il est plus expédient pour nous de ne pas obtenir, et Dieu use alors de miséricorde envers nous en nous les refusant; mais l'espérance chrétienne et les promesses faites à la prière ne nous permettent pas de douter que nous ne recevions de Dieu, pour sa gloire et pour notre salut, ce qui npus sera véritablement avantageux.
Le chrétien pénétré de ces maximes, instruit de la nécessité de la prière et de son efficacité, n'a pas besoin de connaître avec une rigoureuse précision toutes les circonstances où il est tenu de prier; sa confiance en Dieu et le sentiment de ses misères le portent à prier souvent. Notre-Seigneur nous a dit : Il faut toujours prier et ne jamais cesser. L'Apôtre saint Paul écrivait aux fidèles : Priez sans interruption; paroles qui ne doivent pas être interprétées d'une prière faite à * chacun des instants de la vie, mais d'une prière fréquente. Nous devons prier souvent; nous devons invoquer le secours de Dieu dans toutes les situations de la vie, dans tous leô périls, et ne jamais renoncer à cet exercice de religion.
On peut interpréter aussi ce précepte d'une disposition habituelle du coeur qui est une prière aux yeux de Pieu; ce qui a donné lieu à saint Augustin de dire ces belles et consolantes paroles qui se rapportent si bien à notre sujet : « Prier sans interruption, est-ce « autre chose que désirer toujours cette vie bienheu- « reuse et éternelle que Dieu seul peut nous donner? ; « Désirons-la toujours, espérant l'obtenir de Dieu, et j « nous prierons sans cesser... Quoi que vous fassiez, ! « si vous désirez ce repos éternel, vous n'interrompez « pas votre prière. Votre désir persévérant est ufte
« voix qui s'élève continuellement au ciel; vous tous « taisez si vous cessez d'aimer. Qui sont ceux qui se a taisent? ceux dont il est écrit : Parce que l'iniquité « a abondé, la charité de plusieurs se refroidira. Le « refroidissement de la charité est le silence du cœur; « l'ardeur de la charité est le cri du cœur. Si la cha- « rite demeure en vous, vous criez toujours vers Dieu ; « si vous criez toujours, toujours aussi vous dé- « sirez *. »
Il n'y a pas de jour où nous n'ayons besoin de la grâce de Dieu ; très-souvent nous sommes exposés à des périls, à des tentations, à des occasions de péché, où nous n'avons peut-être d'autre moyen de triompher du mal que la grâce de la prière. Il est donc au moins très-convenable de prier chaque jour; il faut de plus recourir à Dieu toutes les fois que nous nous voyons dans quelque danger extraordinaire. ^
La prière du matin et du soir entre tellement dans les mœurs chrétiennes ; elle répond si bien aux nécessités de tout genre qui nous pressent et aux inspirations de l'espérance chrétienne, que l'on doit concevoir de graves appréhensions sur le salut de ceux qui la négligent habituellement.
Voilà bien les sentiments que l'espérance chrétienne nous inspire et les actes qu'elle nous fait produire : confiance filiale en Dieu, et prière dans toutes les situations de la vie, au milieu môme des plus grandes peines, que cette vertu nous habitue à ne considérer que comme des épreuves.