‹ Cours d'instruction réligieuse, ou, Exposition complète de la doctrineChapitre 9 sur 82 · DE L ESPÉRANCE · texte numérisé non relu

DE L ESPÉRANCE

çon Je témoignage que les martyrs ont rendu à la foi en mourant généreusement plutôt que de renoncer à un seul article du symbole ; ne faut-il pas admirer également en eux l'espérance qui les animait et qui les soutenait au milieu des plus rudes combats? D'où leur venait ce calme dans les tortures et à la vue de la mort, sinon de l'espérance? Ils voyaient en quelque sorte le ciel ouvert, et Jésus-Christ leur présentant la couronne de gloire, comme le vit le premier martyr saint Etienne, et ils sacrifiaient volontiers une vie périssable, pour une vie immortelle.

m. Écoutez quelques traits d'un saint dont le nom est illustre dans l'histoire de l'Église et qui nous a donné des marques frappantes de cette magnanimité chrétienne qu'inspire la confiance en Dieu.

Saint Jean Chrysostome, l'un des plus beaux génies et des plus sublimes orateurs qui aient paru dans le monde, eut la pensée de se consacrer à Dieu, à un âge où tant d'autres se laissent aller aux entraînements du monde. Il fréquenta le barreau à l'âge de vingt ans, et il y eut des succès qui auraient pu exalter son ambition ; mais la pensée de Dieu, et la vue des dangers que lui avaient fait courir pour son innocence ses liaisons avec quelques jeunes gens, lui firent hâter l'exécution du dessein qu'il avait conçu de renoncer aux affaires du siècle. On le vit, dès lors, donner un temps considérable à la prière, veiller assidûment sur lui-même, mortifier ses sens, s'imposer de dures privations; en un mot, il ne négligeait rien pour se former aux vertus solides du Christianisme. Plavien, évoque d'Antioche, l'engagea à recevoir les ordres ; il le promut au sacerdoce et lui confia le soin

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d'instruire le peuple; ministère qui donna lieu à saint Jeande développer cet admirable talent pour la parole qui lui a fait décerner le nom de Chrysostome, ou bouche d'or. La réputation qu'il s'était acquise et Féclat de ses vertus le firent porter sur le siège de l'Église de Oonstantinople, qu'il gouverna avec autant de zèle que de sagesse. Il aurait dû jouir de la paix, au milieu de son peuple qui était pénétré d'admiration et d'un respect affectueux pour sa personne. C'était là néanmoins que l'attendaient les grandes tribulations : des ennemis que son zèle lui avait suscités prévinrent contre lui l'esprit de l'empereur Arcade et de l'impératrice Eudoxie; des juges passionnés et sans autorité sur lui le condamnèrent; il fut décidé dans les conseils du prince qu'on l'enverrait en exil.

Ce fut dans ces périls que se montra la fermeté de Jean Chrysostome, la force surnaturelle qu'il puisait dans sa confiance en Dieu : « Une tempête violente « m'environne de toutes parts, dit-il, mais je ne crains « rien, parce que je suis sur un rocher inébranlable. « La mort n'est pas capable de m'effrayer, elle est un « gain pour moi. Redouterais-je l'exil? Toute la terre « 'est au Seigneur. Je méprise les caresses et les me- « naces du monde. Jésus-Christ est avec moi; qui « pourrais-je craindre? Oui, je le répète, en vain suis- « je assailli par un violent orage, en vain suis-je en « butté à la fureur des princes, tout cela ne m'est « rien. Je ne cesse de dire : Seigneur, que votre vo- « lonté s'accomplisse... Je ferai et je souffrirai aveo « joie, non pas ce que telle ou telle créature voudra, « mais ce qu'il vous plaira d'ordonner. Je trouve dans

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« cette disposition de mon cœur une solide consola* « tion, une ressource assurée. En quelque lieu que u Dieu veuille que je sois, je lui rends grâces. » Ce n'était pas un discours prononcé dans un moment d'exaltation ; saint Jean exprimait dans ces paroles les véritables dispositions de son cœur* Il eut beaucoup à souffrir, dans son exil, de la chaleur et dea fatigues des voyages, de la brutalité de ses gardes, des maladies dont il fut atteint, et il conserva un calme inaltérable au milieu de ces épreuves. Il écrivait de son exil : a Mon cœur goûte une joie inexprimable « dans les souffrances; il y trouve un trésor caché* « Vous devez voub en réjouir aveo moi, et bénir a le Seigneur, qui m'accorde , dans un tel degré, a la grâce de souffrir pour lui. » Ses gardes n'avaient aucun ménagement pour lui : tantôt ils l'exposaient aux ardeurs brûlantes du soleil; tantôt ils le faisaient sortir par la plus forte pluie, et le faisaient marcher jusqu'à ce qu'il fût épuisé. Réduit par )les mauvais traitements aux dernières extrémités, il eut àOomane, dans le Pont, une vision qui le remplit de joie. Saint Basilisque, martyr, dont les reliques reposaient en ee lieu, lui apparut et lui dit : Courage* mon frère, demain mus serons ensemble. Jean Chrysostome quitta 6es habits ordinaires pour se revêtir de blanc ; il reçut la communion et termina ses prières par ces paroles qui lui étaient familières : Dieu soit glorifié de tout! Il forma sur lui le signe de la croix, et rendit son âme à Dieu, le 14 septembre de Tannée 407. Ainsi vivent, ainsi meurent les saints, toujours soutenus et animés de l'espérance surnaturelle.

§ 3. — ACTES QUE PAIT PRODUIRE i/ ESPERANCE. PRIÈRE,

SES CONDITIONS. — CE QUE L'ESPERANCE CONDAMNE : PRÉ- SOMPTION, DÉSESPOIR.

Il nous est facile, maintenant, de dire les actes que l'espérance nous fait produire, les sentiments qu'elle nous inspire, ceux qu'elle condamne.

I. C'est pour tout homme une obligation rigoureuse de faire un acte d'espérance en Dieu, aussitôt qu'il a le bonheur de le connaître, et de savoir qu'il est appelé par la miséricorde divine à jouir un jour de sa vue dans le ciel. Nous devrons reproduire cet acte avant notre mort, lorsque, sur le point de quitter cette vie périssable et d'entrer dans l'éternité, nous éprouverons le besoin d'invoquer sur nous le secours de la grâce, pour soutenir les dernières épreuves, et achever saintement les combats de la foi. Entre ces deux extré- . mités, durant le cours de notre pèlerinage, ne faut-il pas faire aussi, et souvent, des actes d'espérance? Sans doute : si nous avons en nous l'esprit chrétien, nous porterons nos désirs vers le ciel, à l'exemple de ces patriarches dont l'Apôtre saint Paul nous a dit qu'ils ont vécu comme des étrangers sur la terre, saluant de loin la patrie qu'ils devaient habiter un jour.

L'espérance nous portera naturellement à prier; car, si Dieu nous a promis les secours nécessaires pour vivre chrétiennement, nous savons bien à quelles conditions ce secours nous est assuré. Dieu veut que nous recourions à lui par la prière pour l'obtenir; donc, si nous espérons véritablement, nous prierons.

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Des philosophes incrédules ont dit : Pourquoi priezvous Dieu? Ignore-t-il vos besoins, ou n'est-il pas assez bon pour vous secourir, quand même vous ne lui auriez rien demandé? Si ce que vous demandez est dans le cours naturel des choses, tous le recevrez indépendamment de votre prière ; s'il ne doit pas arriver d'après les lois ordinaires, établies par la Providence, vous sollicitez donc un miracle?

Ces questions décèlent une grande ignorance des voies de Dieu, et de l'ordre selon lequel il gouverne le monde.

Que Dieu connaisse tout ce qui nous est nécessaire ou utile, qui en douta jamais dans le Christianisme? Mais nous avons besoin, nous, de connaître nos misères et notre indigence; nous avons besoin de les voir de près, pour abaisser un peu cette superbe con- ». fiance que nous avons dans nos propres forces. Il faut '* que nous sachions apprécier le don de Dieu pour le désirer vivement; il faut que nous nous habituions à considérer Dieu comme celui d'où nous vient tout don parfait, et que nous nous tenions dans l'humble dépendance où toute créature doit être à son égard.. L'exercice de la prière réveille ces idées, elle excite ces sentiments, elle tient l'âme dans ces dispositions ; c'est pour cela que Dieu a voulu nous l'imposer com me une loi, et qu'il l'a établie comme un moyen de communication entre le ciel et la terre.

Vous allez donc demander des miracles? Quand cela serait? Puisque Dieu m'a dit de le prier, pourquoi ne le ferais-je pas?... Mais reffet de la prière n'est pas toujours un miracle* Les grâces que Dieu accorde dans l'ordre spirituel à ceux qui l'invoquent

et qui mettent en lui leur confiance rentrent trop dans l'ordre commun de sa Providence pour que nous devions les appeler des miracles. Quant à l'assistance que nous lui demandons dans l'ordre temporel, pour obtenir de lui la cessation d'un fléau, la guérison d'une maladie et tant d'autres secours,... que chacun lui donne le nom qui lui plaira. Tous les éléments de ce monde sont sous la main de Dieu; il lui est tout aussi facile de s'écarter de Tordre habituel selon lequel il gouverne l'univers, qu'il lui est facile de le maintenir. Tantôt il exaucera nos prières par l'emploi des causes secondes, en amenant des accidents qui paraîtront ne pas sortir du cours ordinaire des choses ; tantôt il fera éclater plus visiblement sa puissance par les événements les plus extraordinaires et qui sont de vrais miracles : dans Tun et l'autre cas la prière aura j obtenu ses effets. Dieu, qui a éternellement connu les % vœux que nous lui adressons, dispose de toute éternité ! et détermine toutes choses pour nous exaucer.

Pourquoi insister davantage sur ce point? A défaut du raisonnement, et quand nous ne saurions pas que l'on a toujours vu les hommes recourir à la prière et tendre les mains au ciel dans les dangers qui les menacent, quand même Notre-Seigneur ne nous aurait pas conseillé et même commandé, d'une manière si formelle, l'exercice de la prière, est-ce que notre cœur n'en aurait pas senti le besoin? Y a-t-il rien de si naturel à une créature faible et indigente que de se tourner vers son Dieu, d'implorerson secours, d'attendre avec confiance l'effet de sa prière ? Non, sans doute, ces désolantes doctrines, qui compriment les élans les plus spontanés de notre nature, et dessèchent rame,

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ne pourront jamais nous détourner de la prière, nous surtout qui avons été éclairés des lumières de la révélation, et animés à notre baptême d'un esprit de confiance et d'amour qui nous porte vers Dieu. Il nous est si doux de pouvoir lui donner le nom de Père, et de penser qu'il écoute nos prières, tout prêt à les exaucer!... Il y a dans la vie des moments pénibles : l'âme brisée de douleur demande aux créatures une force et des consolations que les créatures ne peuvent pas lui donner : alors elle regarde le ciel, et un sentiment suave pénètre peu à peu dans elle, comme un secret pressentiment que ses vœux vont être exaucés.

II. N'en doutons pas, cette âme sera effectivement exaucée si elle prie, car Nôtre-Seigneur a dit : Demandez et vous recem % ez, cherchez et vous trouverez, frappez et il vous sera ouvert... Venez à moi, vous gui êtes dans le travail et la peine, je vous soulagerai..*, Je vous le dis en târitê, si vous demandez quelque chose en mon nom, avec foi, votre Père céleste vous raccordera. Ces paroles ne passeront pas, et celui qui nous les adresse sera fidèle à ses promesses. Elles supposent toutefois certaines conditions; et nous ne devons pas douter que, si quelquefois nous prions sans rien obtenir de Dieu, c'est que nos prières n'ont pas ces conditions.

Notre-Seigneurveut d'abord que nous demandions avec respect, avec foi et avec confiance. L'âme ne prie pas si elle ne sait pas se recueillir devant Dieu, si elle prononce des formules dont elle ne cherche pas seulement à pénétrer le sens, et exprime des sentiments qu'au fond elle n'éprouve pas. Cette âme ne s'écoute pas elle-même, comment Dieu l'écouterait-il? La

présence de la majesté infinie de Dieu devant qui nous sommes nous commande le respect, le recueillement, l'attention; les promesses qu'il lui a plu de nous faire doivent exciter notre confiance. Le doute, l'hésitation, l'incertitude où Ton serait à l'égard de la bonté et des miséricordes de Dieu, excluraient cette confiance filiale et nuiraient au succès de la prière. « Celui qui « hésite, dit un Apôtre, est semblable aux flots de la « mer, qui avancent sur les rives et sont refoulés en- « suite vers le point d'où ils étaient partis; cet homme « ne recevra rien de Dieu *. » '

Une autre condition qu'exige Notre-Seigneur, est que nous demandions en son nom. Ce n'est que par lui, en effet, que nous pouvons avoir accès auprès de son Père; il est seul notre médiateur et notre pontife. Si, par une présomptueuse confiance en nos prétendus mérites, nous pensons que Dieu nous exaucera en vue de nous-mêmes, sans la médiation de Jésus-Christ, nous avons un orgueil détestable qui, au lieu de la bénédiction que nous sollicitons, ne peut attirer sur nous que des malédictions.

De plus, demander au nom de Notre-Seignfeur, c'est demander des choses qui sont convenables, qu'il entre dans les vues de Dieu de nous accorder, qui peuvent par conséquent nous être réellement nécessaires ou utiles, et tendre ultérieurement à la gloire de Dieu. Notre-Seigneur ne peut pas présenter à son Père d'autres prières. Voyez ce que lui-môme nous conseille de demander dans l'Oraison dominicale. C'est d'abord que le nom de son Père soit sanctifié,

1 Ép. de saint Jacques, 1, 6.

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' que son règne s'étende sur les cœurs, que sa volonté s'accomplisse sur la terre comme elle s'accomplit dans le ciel. Il faut donc que, mettant les intérêts de Dieu avant tout, nous désirions principalement qu'il soit glorifié, connu, aimé et servi, et que nos demandes se rapportent ainsi à sa gloire.

Pour les biens de ce monde, ce n'est pas la fortune ce ne sont pas de grandes prospérités que Jésus-Christ nous conseille de demander; les richesses que les hommes convoitent avec tant d'ardeur, bien loin de leur procurer un bonheur véritable, ne contribuent le plus souvent qu'à la perte de leur âme.. Si Dieu nous les donne, recevons-les avec reconnaissance, et aussi avec crainte de n'en pas faire un bon usage ; si elles nous sont refusées, souffrons-en la privation sans murmure, au souvenir des biens surnaturels qui nous l^ont réservés, et contentons-nous de demander le rfyain quotidien dont parle l'Évangile, c'est-à-dire cette mesure de bien qui nous est nécessaire pour soutenir nos charges, satisfaire à nos obligations, et maintenir la position que la Providence nous a faite.

Les nécessités spirituelles doivent surtout exciter notre sollicitude et nos désirs les plus vifs; nous demanderons les grâces nécessaires pour la conservation de la vie spirituelle que nous avons reçue de Dieu, le pardon de nos péchés passés, la fidélité dans l'accomplissement de nos devoirs, la force d'éviter les occasions du mal, et de surmonter les tentations.

Quand nous demanderons ainsi au nom de Notre- Seigneur des choses qui doivent contribuer à sa gloire et à notre salut, nous serons sûrs d'être exaucés. Mais

l'effet suivra-t-il instantanément la prière? Dieu nous accordera-t-il aussitôt ce que nous lui aurons demandé? Pas toujours; il peut se faire qu'il nous soumette à des épreuves et qu'il diffère, soit qu'il doive y avoir plus d'avantages pour nous à n'être exaucés que dans un autre temps, soit que Dieu veuille augmenter par ces retards l'ardeur de nos désirs* et nous foire sentir davantage notre indigence et le prix de sa grâce. C'est pour cela qu'aux deux conditions qu& nous avons déjà expliquées, Notre-Seigneur en ajoute une troisième, la persévérance. 11 ne s'est pas contenté de dire : Demandez; il a ajouté : Cherche*, frappêi è la parte, ce qui suppose de l'insistance à prier quand on n'a pas été exaucé tout d'abord* Pour nous mieux faire comprendre cette conduite de son Père à notre égard, il nous a proposé deux paraboles : celle d'un ami qui va au milieu de la nuit solliciter son ami dd lui rendre un service, et celle d'une femme qui sollicite un juge pour obtenir que justice lui soit faite. Dans ces deux paraboles, la personne qui demande ne reçoit d'abord que des refus qui sembleraient devoir la décourager ; mais elle attend, elfe réitère sa prière, elle Insiste, et enfin elle est exaucée.

Lorsque nous n'obtenons pas, commençons par nous humilier, dans la crainte que nous n'ayons pas prié avec le respect et la confiance convenables; relevons-nous ensuite pleins de foi dans les promesses de Dieu, et attendons en paix ses moments, très-persuadés que nous serons exaucés. Oui, nous le serons très-certainement; non pas toujours dans le sens que nous avions en vue, car très-souvent nous ignorons ce qui nous convient, nous demandons des choses

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