‹ Cours d'instruction réligieuse, ou, Exposition complète de la doctrineChapitre 13 sur 82 · EFFETS DE LA CHARITÉ : ELLE NOUS UNIT A DIEU ET AU PROCHAIN · texte numérisé non relu

EFFETS DE LA CHARITÉ : ELLE NOUS UNIT A DIEU ET AU PROCHAIN

Les effets de la charité sont précieux comme la ra- •tinequiles produit. Elle nous unit à Dieu; elleà»prime à nos œuvres un mérite surnaturel que Dieu couronnera dans le ciel ; elle nous porte à soulager nos frères dans leurs nécessités.

I. Un acte de charité suffit pour opérer la réconciliation du pécheur avec Dieu. Si quelqu'un m'aime, a dit Notre-Seigneur , il sera aimé de won Pèr#; nous vien-

drons à lui, et nous demeurerons avec lui*. De semblables promesses ont été faites à dos pères dans l'Ancien Testament, quand Dieu assurait qu'il pardonnerait au pécheur aussitôt qu'il se convertirait de tout son cœur. Le pardon accordé aux pécheurs, l'amour de Dieu le Père et la demeure mystérieuse du Père et du Fils dans une âme, supposent manifestement la justification, l'infusion du don céleste de la grâce sanctifiante, en un mot le rétablissement de l'homme pécheur dans l'amitié de Dieu. Celui qui aime Dieu d'un amour pur et dominant, dans le sens déjà expliqué, se convertit de tout son cœur, puisqu'il se détache de toute affection déréglée ; il conçoit un regret sincère du mal qu'il a commis, il aime réellement Dieu, et il s'applique dès lors, dans la sincérité de son âme, à l'observation des commandements; donc dès lors aussi il est aimé de Dieu, ses péchés lui sont pardonnes, et, en signe d'une parfaite réconciliation, le Père, le Fils et le Saint-Es-1 prit demeurent en lui.

Fénelon explique cette doctrine dans un petit écrit qu'il a laissé sur les dispositions requises pour le sacrement "de pénitence. Il observe que Ton ne doit pas exiger du pénitent qui s'approche du sacré tribunal pour recevoir l'absolution qu'il y apporte une contrition parfaite, une contrition formée par un acte d'amour pur et dominant ; le motif qu'il en donne est que « l'amour dominant, à quelque degré que vous « le mettiez, est toujours justifiant. Le fidèle ne peut « jamais aimer Dieu de cet amour pur et de préfé- « rence sans être aimé de Dieu, et par conséquent

1 Évang. de saint Jean, xnr, 23.

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r « Bans être juste. Il peut bien être plus ou moins a juste, à mesure qu'il aura plus ou moins de cet < amour; mais il ne peut avoir cet amour au plus \ bas degré sans avoir déjà le plus bas degré de la i justice. Si donc cet amour est nécessaire pour le sa- » crement, il s'ensuit qu'il faut être juste avant que 3 d'approcher du sacrement destiné à la justifij cation. »

Le pardon reçu de Dieu en vertu de l'acte de chanté ne dispense pas de recourir au sacrement de pénitence quand on le peut, afin de soumettre aux Ms de l'Église tous les péchés, au moins mortels, que l'on a commis; il n'en est pas moins certain qu'avant de recevoir l'absolution par le ministère du prêtre, celui qui aime véritablement Dieu est rentré en grâce avec lui.

Qui ne bénira Dieu en considérant cette vertu vivi- « fiante de l'acte de charité? L'âme avait perdu la vie surnaturelle Je la grâce par son opposition à la volonté de Dieu, lorsque, commettant un péché grave, elle s'était détournée de lui et avait mis sa fin dernière dans la créature. Elle la reçoit de nouveau quand, prévenue par l'action du Saint-Esprit, aidée de son secours, elle se détache de toute affection déréglée à la créature, et retourne à Dieu en l'aimant de tout son cœur, pour lui-môme et par-dessus toutes choses; le Saint-Esprit, qui lui avait inspiré des sentiments d'une crainte salutaire, de confiance et d'amour de Dieu, achève alors son œuvre en elle et lui rend les dons de la grâce, autrefois perdus par le péché. L'âme revient ainsi de la mort à la vie. La grâce, qui a excité en elle le sentiment de l'amour divin, est

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comme une étincelle descendue du ciel sur cette pauvre âme; elle a rallumé en elle le feu de la charité, vrai principe de vie dans l'ordre surnaturel.

La charité, une fois rétablie en nous, opère d*aotres effets. Aussi longtemps que l'âme était dans un état de mort, les bonnes œuvres qu'elle produisait pouvaient bien lui être utiles pour la disposer à sa réconciliation avec Dieu; mais elles ne lui étaient d'aucun mérite pour le ciel : Je suis la vigne et vous êtes ks ceps ) dit Jésus- Christ; de même que le ceps ne produit de fruits qu'autant qu'il demeure uni à la souche, ainsi vous nen produirez pas non plus si vous ne demeurez unis à moi*. Telle était la stérilité à laquelle le péché condamnait cette âme ; elle ne redevient féconde en fruits de vie que du moment où la charité l'unit de nouveau à la racine mystérieuse d'où lui vient toute sa sére. Ses actions, quand elles sont faites par des motife surnaturels d'espérance ou d'amour, d'amour surtout, 1 lui armèrent un poids immense de gloire pour l'éternité; que sera-ce donc pour elle si, conservant toujours en elle cette racine vivifiante, elle s'applique pendant plusieurs années, jusqu'au terme de ses épreuves, à sanctifier ses œuvres, ses travaux, ses souffrances?...

Plus le fidèle sera docile aux mouvements du Saint- Esprit, plus aussi la dnrine charité, pénétrant plus avant, et s'insinuant dans tous les replis de son cœur, s'emparera de ses puissances intérieures, l'unira intimement à Dieu, l'initiera plus parfaitement à la vie bienheureuse des anges et des saints, dont la gloire et

1 Évang. de saint Jean, xv, 4.

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leionheur sont de louer, de bénir et d'aimer éternellement la très-sainte Trinité.

H. (Test ainsi que la charité nous unit à Dieu : mais, qui nous dira la confiance, la paix du cœur au milieu des vicissitudes de la vie, l'énergie, laforce surnaturelle qu'elle donne ?.., Non, il n'y a pas, il ne peut pas y avoir ici-bas de grandeur, ni de félicité comparable à celle d'un chrétien qui aime Dieu, et qui se sent aimé de Dieu.

Les âmes les plus élevées l'ont compris ; les cœurs étroits et égoïstes ne le soupçonnent pas. Peut-être, quand nous vous avons parlé des saints qui ont tant fait, des martyrs qui ont tant souffert pour Dieu, avezvous pensé que ces saintes âmes, que ces glorieux martyrs, avaient été mus principalement par la crainte de l'enfer, et par l'espérance du ciel. Vous vous seriez ^trompés sur le vrai caractère des saints; vous n'auriez pas connu la pureté de leurs vertus. Assurément les saints avaient la crainte de l'enfer et l'espérance du ciel ; mais combien parmi eux pour qui cette crainte et cette espérance n'ont été que des mobiles secondaires; combien ont travaillé et ont souffert pour l'amour de Dieu, bien plus, sans nulle comparaison, que pour aucun intérêt personnel!

On a prononcé plus d'une fois devant vous le nom de saint Augustin ; vous l'entendrez fréquemment citer dans les chaires chrétiennes; nous nous sommes servis de lui dans cette leçon pour expliquer la nature delà charité. Je tiens à dire, car c'est la vérité, que cet illustre docteur, cet homme si vénérable par ses vertus et par ses œuvres, a été plus grand devant Ken par la pureté et la ferveur de sa charité que par

son incomparable talent. Il s'était laissé égarer dans sa jeunesse par de mauvaises doctrines et par de funestes exemples. Il lui en coûta beaucoup pour rompre de malheureuses habitudes contractées à cet âge où Ton prend si facilement des impressions bonnes ou mauvaises, selon les circonstances où l'on se trouve. Mais quand enfin il eut fait à Dieu une généreuse offrande de son cœur, quelles joies pures lui fit goûter la charité! « Quelle volupté, nous dit-il lui-même, ne « trouvais-je pas à renoncer à celles dont la priva- « tion, qui m'avait paru d'abord si pénible, faisait « alors mon bonheur! Vous les chassiez vous-même « de mon cœur, douceur véritable et souveraine; vous « les chassiez, et vous entriez à leur place, suavité « supérieure à toutes les voluptés, mais inconnue à « la chair et au sang. Lumière qui éclipsez toutes les « autres, et qui êtes intime à tout ce qu'il y a de plus ^ « intime. Alors, mon esprit était libre des soins cuite sants qui déchirent ceux qui courent après les « honneurs, les biens et les plaisirs des sens, et je « faisais mes délices de m'adresser à vous qui êtes ma « gloire, mes richesses, mon Sauveur et mon Dieu. » Il se reprochait alors le temps qu'il avait passé saas aimer Dieu : « Que j'ai commencé tard à vous aimer, « disait-il, beauté si ancienne et si nouvelle ! que j'ai « commencé tard! Vous étiez avec moi, et je n'étais « pas avec vous... Vous m'avez touché, et mon cœur « tout en feu n'a cherché que vos embrassements... « Ce n'est point vous aimer assez que d'aimer avec « vous quoi que ce soit qu'on n'aime pas à cause de « vous. amour! dont le feu brûle toujours et ne s'é- « teint jamais. charité! qui êtes mon Dieu, em-

« brasez-moi. » Tous les écrits de saint Augustin, mais surtout ses Confessions, expriment les mômes sentiments; il avait de la peine à comprendre que Dieu eût fait aux hommes, sous de terribles menaces, le commandement de l'aimer, car il ne pensait pas qu'il pût y avoir pour nous un malheur plus grand que celui de ne l'aimer pas.

Toute la vie de cet illustre docteur fut, en quelque sorte, un acte persévérant de charité; l'amour de Dieu et de ses frères fut du moins l'attrait dominant de son âme et le mobile de ses œuvres. Élevé à l'épiscopat, il sentit s'accroître son zèle pour la gloire de Dieu, son affectueux dévouement pour tous les fidèles. « Je ne « désire pas, leur disait-il, être sauvé sans vous. Pour- « quoi suis-je évoque ? Pourquoi suis-je dans le « monde ? C'est pour vivre seulement en Jésus-Christ, « mais avec vous : c'est là ma passion, ma gloire, ma « joie ; ce sont là mes richesses. » Augustin n'a donc vécu, depuis l'époque de sa conversion, que pour Dieu et pour l'Église. La charité lui fit entreprendre de grands et de continuels travaux; et, tandis qu'il éclairait le monde par ses savants écrits, tandis qu'il combattait pour les intérêts de la foi contre tous les novateurs de son temps, il se donnait avec une inaltérable douceur à tous les fidèles qui recouraient à lui, se considérant comme le serviteur de chacun des enfants de Dieu. La charité qui le portait à se sacrifiera l'Église et aux âmes le faisait soupirer après le jour où il lui serait donné d'aimer plus purement, et sans altération, le jour de l'éternelle charité. « Alors, se « disait-il, nous nous unirons à Dieu de toutes les « puissances de notre esprit, de toutes les affections

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« de notro âme. Nous le verrons face à face ; nous le « verrons, et nous l'aimerons... Je ne cesse de pleurer « jusqu'à ce qu'il vienne, et que je paraisse devant a lui, et ces larmes me sont aussi agréables que la « nourriture, Avec cette soif qui me consume et qui « m'entraîne vers la fontaine de mon amour, je brûle « de plus en plus en voyant mon bonheur différé, » Saint Augustin vit ses désirs s'accomplir le 28 août de Tannée 430, jour de sa bienheureuse mort

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