‹ Cours d'instruction réligieuse, ou, Exposition complète de la doctrineChapitre 19 sur 82 · LE VŒU BT LE SERMENT · texte numérisé non relu

LE VŒU BT LE SERMENT

Quand nous assurons un fait que d'autres ont eonnu comme nous, il nous est permis d'invoquer leur témoignage à l'appui du nôtre ; et alors notre parole a plus d'autorité, elle rassure plus efficacement ceux qui ont intérêt à connaître le fait. Mais, si nous avons été seuls témoins, s'il s'agit d'un fait personnel qui demeure dans le secret de notre conscience, si nous voulons donner une assurance plus entière de notre sincérité dans la promesse que nous faisons, nous invoquons, comme témoin, Dieu qui lit dans les cœurs, et qui doit un jour manifester la vérité ; nous en appelons à son témoignage. Les hommes présument que nous n'oserions pas profaner le nom de Dieu, et nous exposer aux rigueurs de sa justice ; ils sont portés à accepter avec confiance une parole mise sous une telle garantie ; ils comptent sur des promesses consacrées par la religion du serment.

Le serment est donc essentiellement un acte religieux, il suppose dans celui qui le fait l'intention de prendre Dieu à témoin; il rend hommage à sa science divine pour laquelle rien n'est caché, et à sa justice sou* veraine qui punit sévèrement le parjure. La forme, ou le signe extérieur qui manifeste au dehors cette intention, peut variée selon les circonstances et selon les usages des lieux. Que l'on dise : je jure; que l'on pose les mains sur les Évangiles en disant : ainsi Dieu me soit en aide et ses saints Évangiles; que l'on se •contente de lever la main sans prononcer une parole, sur l'invitation de quelqu'un qui demande le serment ; ces paroles, ces signes convenus indiquent, d'après les mœurs et les habitudes des peuples, un véritable serment ; celui qui prononce ees paroles, ou qui fait

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ces sigaês, prend réellement Dieu à témoin, à moins que par une dissimulation hypocrite U n'ftit une intention contraire.

D'après ces principes, noua ne compwaaona pas la distinction que certaines personnes ont voulu faire, dans ces derniers temps, entre le serment religieux et le serment politique, comme si le serment, quand il est prêté en vertu d'une constitution et qu'il se rapporte à dea institutions politiques, perdait son caractère d'acte religieux. ie$ législateurs moderne* n'ont rien innové sur cette matière : ils n'ont pas voulu créer un nouvel engagement qui s'appellerait un ser- . ment, sans avoir rien de commun avec l'acte solennel que dans tous les siècles antérieurs les peuples ont connu et pratiqué sous ce nom* Ils ont voulu au contraire ce qu'avaient voulu les gouvernements d'autrefois, mettre les institutions, et avec elles les plu* graves intérêts de la société, sous la garantie tutélaire ^ de k religion.

Plus le serment est vénérable en lui»môme et par les obligations qu'il impose, plus aussi celqi qui le fait doit veiller sur lui-m$me pour ne pas prendra en vain le saint nom do Dieu; car, dit la sainte Écriture, Dieu ne lawem po* impuni celui gui dura pri$ $on nom en min,

. On prend le nom de Dieu en vain - 1° quand on jure sanp aucune nécessité ni utilité; 2° quand on jure contre la vérité, en assurant comme vrai ce que l'on sait être faux, ou comme certain ce que Ton ne connaît pas avec certitude; 3° quand on s'engage par sarment & foire le tuai,

îfotrç-Seigneur nous dit dans ion Évangile : « Ne

g s* vœu it . i*s fmmm 147

« jurez pu du tout* ai par la ml qui est to trône de * Dieu, ni par la terre qui est l'escabeau de ses pieds, « »i par Jérusalem, qui est la ville du grand Roi, m « par votre tète, car vous ne pouvez p$s changer la « oauleur d'un seul de vos cheveux. Bornex-vous à « dire : e«t, wi; ou ; n*n, tien, Tout ce qui est de plus « provient du. mal \ % n II n'a point voulu nous interdira, pour toujours et pour tous les cas, de faire un serment, puisque les Apôtres, qui connaissaient parfaitement la doctrine de leur maître, ont fait eux*raêmeades serments, comme on le voit dans les Épttres de saint Paul : l'Église d'ailleurs a toujours autorisé l'usage du serment, souvent elle Ta prescrit; ce qui est upe nouvelle preuve que l'Évangile ne le condamne pas. Mais Notre-Seigneur nous conseille de ne recourir au serment que le plus rarement possible, de nous contenter ordinairement d'une simple affirmation ; ce ? qui va qu delà vient efo wal t nous dit-il. Ce n'est pas mal en soi, mais cela procède du mal, c'est-à-dire de l'infirmité humaine, qui a besoin de se prémunir par ce moyen contre la surprise du mensonge; il ne faut le faire que dans les cas d'une véritable utilité. En usant d'un sage discernement, le saint nom de Dieu sera mieux respecté, et l'on sera bien moins exposé au périt du parjure, péril toujours grand pour ceux qui jurent fréquemment sans cause sérieuse,

La violation de cette première règle n'est pas une faute grave, h moins qu'il n'y eût un danger probable de pagure ; il n'en est P«* de môme de la violation 4e la seconde régla* Assurer sow la foj du serment oe

t É*im$, de wjftt Mftttfaieaf v. aa-3,T,

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que Ton sait être faux ; donner pour certain ce qut Ton estime douteux, ou ce que Ton ne connaît pas, c'est toujours une grave injure faite au nom adorable du Seigneur; c'est profaner ce saint nom, pour nous servir du langage des Écritures. Il n'y a pas de motifs, on ne peut alléguer aucune raison de nécessité, qui justifie un pareil acte ; celui qui prête un faux serment associe, autant qu'il est en lui, Dieu h son mensonge; il se sert du nom de Dieu pour autoriser Terreur; il commet un sacrilège.

Nous blesserions encore, d'une manière très-grave, le respect dû au saint nom de Dieu, si nous nous engagions, sous la foi -du serment, à faire une mauvaise action. Il n'y a pas un moindre désordre à s'engager par serment à commettre un péché qu'à faire un parjure. Dans l'un et l'autre cas, on profane le saint nom de Dieu. Si, quand on a prêté le serment, on ignorait^ que la chose promise fût contraire à la loi de Dieu,^ on n'a point péché en promettant de la faire; mais quand on s'aperçoit qu'elle est mauvaise, il faut s'en abstenir. Il n'y a pas de serment qui puisse jamais nous obliger ni nous autoriser à offenser Dieu. Hérode commit une grande indiscrétion quand il promit avec serment à la fille d'Hérodiade de lui accorder tout ce qu'elle demanderait; mais il commit un crime exécrable quand, par un faux respect pour ce serment, il fit mettre à mort saint Jean-Baptiste.

II. Quand le serment a été fait selon les règles de la justice, nul doute qu'il n'impose une grave obligation. Celui qui, par légèreté ou par inconstance, n© tient pas des promesses consacrées par l'invocation du saint nom de Dieu, est coupable; sa faute est plus

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on moins grave, selon l'importance de l'objet, selon les circonstances au milieu desquelles il se trouve, et aussi selon le scandale qui peut résulter de son infidélité. L'obligation ne cesse que dans l'un de ces trois cas : 1° s'il y a une véritable impossibilité de tenir les engagements contractés; 2* si celui envers lequel on s'est engagé renonce volontairement à son droit, ou s'il viole lui-même des engagements réciproques; 3 9 si l'Église accorde une dispense du serment.

Relativement à ce dernier cas, il est à observer que les serments qui confèrent des droits à un tiers sont toujours exceptés des pouvoirs les plus étendus que les Souverains Pontifes accordent aux confesseurs dans les bulles du Jubilé. Le seul cas où l'Église accorde une dispense est celui où l'engagement pris sous la foi du serment devient gravement préjudiciable à des intérêts supérieurs, soit de l'ordre spirituel, soit de l'ordre temporel, et alors c'est plutôt une interprétation du droit divin qu'une dispense proprement dite. L'Église, en nous relevant de l'obligation du serment, nous déclare au nom de Dieu que nous ne sommes pas tenus de remplir un engagement dans telle circonstance, que nous n'avions pas prévue en le contractant, et à raison de laquelle nous n'eussions pas pu nous obliger si nous l'avions connue.

§ 3. — BLASPHJEtffiS et imprécations;

Le second précepte du Décalogue, en défendant de prendre le nom de Dieu en vain, condamne le blasphème, c'est-à-dire toute parole injurieuse à Dieu, à "cours d'instr. m, oc^le

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la religion ou aux sainte. Si nous devons avoir un tal respect pour ce nom, que noua ne devions jamati le prononcer pour confirmer un mensonge ni pour nous engager à mal faire, il est évident que noua commettrions un crime en le blasphémant.

Il est rapporté dans le Peatateuque qu'un Hébreu s'étant rendu coupable de blasphème, Moïse consulta le Seigneur pour savoir ce que Ton devait faire de ce malheureux. Il lui fut répondu : « Conduisez cet « homme hors du camp, que tous ceux qui ont en- « tendu son blasphème mettent la main sur sa tête, « et que le peuple le lapide* Vous direz aux enfants « d'Israël : Tout homme qui aura blasphémé le « nom de son Dieu sera puni de mort ». » En mettant les mains sur la tête du blasphémateur, ceux qui l'avaient entendu protestaient qu'ils n'avaient eu aucune part à son crime, et que son blasphème devait retomber sur lui. Bans un État dont Dieu était le chef tem- 4 porel, le blasphème était un crime de lèse-majesté : on doit toujours le considérer comme un crime et un grand malheur dans quelque paya que ce soit; car, s'il demeure sans expiation, il ne peut qu'attirer la colère du oiel sur la terre* Les moeurs actuelles et l'état de la société rendent l'autorité publique impuissante à prévenir et à réparer ce désordre; c'est ce qui a inspiré à un nombre considérable de pieux chrétiens la pensée de s'unir entre eux par une association de prières et d'expiations, pour demander miséricorde au ciel et obtenir le pardon de tant de blasphèmes.

* Lévitiqaêrjnnv,

BUUBPHÊMW, IlimkOATUXKS 151

Lai exeès que nous déplorons ici sont devenus si oommuns dans certaines classes de la société et daos quelques provinces, qu'on a dû se demander si l'ha* bitude de prononcer des paroles injurieuses à Dieu ou aux saints ne pourrait pas excuser quelquefois de péché ceux qui l'ont contractée, à causa du peu de réflexion avec lequel ils prononcent ces mauvaises paroles. Les enfants élevés au sein d'une famille où ils entendent fréquemment des blasphèmes, qu'ils répètent ensuite sans en comprendre le sens, ne sont pas coupables, puisqu'ils ne savent pas ce qu'ils disent; mais pour les autres, s'ils ne réfléchissent pas toujours sur les blasphèmes qu'ils profèrent, empor» tés qu'ils sont par un mouvement de colère ou entraînés par l'habitude, ils sont néanmoins très-répréhensibles, d'abord parce qu'ils ne se corrigent pas de cette déplorable habitude, et ensuite parce qu'ils no peuvent pas ignorer que ce qu'ils fbnt est mal.

Ces réflexions ne s'appliquent pas à certaines paroles grossières que ne prononce jamais un homme bien élevé, mais qui ne renferment rien d'injurieux pour Dieu. Quelques-unes des expressions auxquelles nous faisons allusion ont pu être primitivement des serments, d'autres dés blasphèmes, Si on en juge paf leur étymologie; mais elles ont depuis longtemps perdu ce sens mauvais ; l'usage leur donne une tout autre signification.

Le blasphème, déjà si criminel en lui-même, contracte un nouveau caractère de malice quand il est jointe des imprécations eontre Dieu ou contrôles saints, contre le prochain ou contre soi-même. Dans le premier cas, Wnjur* est plus gratfe; elle renfcr«Q

la haine de Dieu, le désir qu'il ne soit pas; dans le second cas, il y a violation de la charité que Ton doit au prochain, ou que Ton se doit à soi-même.

§4. — JUGEMENT ET DÉCISIONS DE i/ÉGLISK SUR LES SERMENTS QUI SE FONT DANS LA FRANC -MAÇONNERIE ET DANS LES AU- TRES SOCIÉTÉS SECRÈTES.

Nous ne devons pas terminer l'explication du second commandement, sur les vœux et sur les serments, sans dire deux mots des serments qui se font dans la Franc-Maçonnerie et dans d'autres sociétés secrètes, car il importe que nous sachions pourquoi les Souverains Pontifes les ont condamnés si souvent et en termes aussi énergiques.

Les sociétés qui se forment dans l'ombre inspirent de justes inquiétudes à tous ceux qui aiment l'Église et la patrie ; car ces sortes de sociétés ne s'organisent qu'au détriment de l'une et de l'autre, comme l'expérience l'a si souvent constaté. La seule affectation qu'elles mettentàenvelopperleursdesseins, leurorganisation, leur doctrine, d'un voile impénétrable, suffirait pour les rendre suspectes : il ne faut pas tant de mystère pour faire le bien, mais celui qui fait le mal hait la lumière , dit Notre-Seigneur * ... Nous croyons utile de donner quelques indications sur Tune de ces sociétés, la Franc-Maçonnerie.

Nous n'avons pas à rapporter ici les origines de la Franc-Maçonnerie, ni les phases succesives de son histoire : nous ne dirons pas comment, opérant autre*

' Qui maie agit, odit lucem, Saint-Jean, m, 2 h

I LB SBRMBNT DBS SOCIÉTÉS SBCRÊTES 153

fois dans le plus profond mystère, elle s'est produite en partie au grand jour à mesure qu'elle s'est vue protégée par des gouvernements, et que 'des révolutions politiques favorisaient ses tendances. Elle a des journaux, ses adeptes ont publié des livres, elle a eu des manifestations éclatantes dans le cours de ces dernières années. La plus solennelle de ces manifestations eut lieu à Paris, pendant la Commune, le 29 avril 1871. Sur un appel fait à toutes les loges, une foule immense de Francs-Maçons, déployant soixante-deux-bannières maçonniques, se renditdelacourduLouvreà l'Hôtel de Ville, et fut reçue par les membresde la Commune. On proclama de part et d'autres l'union inséparable de la Commune et de la Maçonnerie. De l'Hôtel de Ville la colonne des maçons se dirigea vers les remparts de la ville, où elle planta ses bannières et essaya en vain de* ^parlementer avec les généraux de l'armée française, à l'effet d'obtenir une paix basée sur le programme de la Commune.

La Franc-Maçonnerie se montre donc au grand jour, elle a ses correspondances, ses loges bien connues, et cependant elle demeure une société secrète ; elle demande à tous ses initiés des serments par lesquels ils jurent de ne jamais révéler les secrets, les doctrines et les usages des francs-maçons, et se dévouent à la mort, s'ils manquent jamais à leur parole. Ils prêtent ce serment au milieu de cérémonies faites pour produire un grand effet sur leur imagination, en présence d'homtnes armés de glaives dont la pointe est tournée vers le récipiendaire, et qui le menacent de venger la Maçonnerie, en le punissant de mort, s'il est parjure. Comment expliquer la publicité donnée à l'existence

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de la Maçonner**, avec ces serments et cette loi du secret? Ces* qu'elle a tut but appelait et tm but réel qui est tout autre» Ette a dans sortes d'edeptei, ceux qui n'en connaissent pas la dernier mot, le but buptéme, et lea franashmaçtuifi véritable*, qui savent très-bien, ai»» oe qu'ila faut al ce qa'ik veulent * . Aux premiers, alla donne dea maximes vagues de morale qui *e blessent directement aucune idée religieuse, e}l# parla de fraternité, alla le* amuse a*ee des banq«#ts et des eétémcnica bixarrea, Vides de sens, mais qui plaisent par leur singularité al qui exaltes* l'imagination* Toutefois, bien qu'elle ne dise rim à cette première catégorie dé maçons (qoe la public ne puisse connaître sans iaoonvéûient et qui Ha soit trè^comm, elle la* lia par un serinent pour les attacher à la so- Qi4té et les prépara de loin» ail 7 a lieu, à d'autre* initiationa. Aux seconds, alla révèle par degrés san bu\ Ultérieur, sas mystères, qui tondent tous h Ifaxtinetia» du sens religieux et à une révolution sociale* Voilà comment et pourquoi la Franc-Maçonnerie demeure une société secrète* tout en ayant mua existence publique, avouée, efik&ette, (tons plusieurs pay&

Un écrivain disait axée vérité, dans une histoire contô»po*aine t «. Comme lés trois grades de la Maçosnef ris ordieaire (apprenti, compagnon, mattre) coma prenaient un grand nombre d'hommes opposés par * état et par principes à tout prcjat de subversion a sociale, les novateurs multiplièrent les degrés de a l'échelle mystique à gravir, ils créèrent des srriè- « f*4egea réseivé» aux fuies ardentes ; il* teti-

1 Étude sur lu fr**v-mat*iiktrte } parMgrrDttpanlobp, p. a (1C75).

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