LEÇON I
Le Utealcfeiie.
L'élude dé la murale chrétienne est pleine d'intérêt; et donne lieu aux observations les plus importantes pour la direction de notre vie. Ellfe nous fait connaître les rapports ineffables que la divine providence a mi» 1 entre Dieu et nous, entre nous et les hommes au milieu lesquels nous vivons ; elle ftous fait descendre dans lé i Tbiid le plus intime de notre cœur pour en étudier les i mouvements divers, et pour les régler selon la vérité et la justice ; elle nous donne le secret de la paix et du I bonheur, car nous trouvons Tune et l'autre dans l'accomplissement des saintes volontés de Dieu sur nous* Commençons cette étude par une vue générale des lofe que Dieu a données* à l'homme dès le commenceraient du monde , qu'il a rappelées solennellement quand les hommes les avaient oubliées ou altérées, et que Wotfé-Seigneurftousa enseignées de nouveau, eh les portant à une perfection plus grande. Ce premier aperçu nous montrera l'étrange illusion de ceux qui veulent séparer la morale d'avec la religion, et établit une morale sur d'autres fondements que sur l'autorité ! souveraiitè tte Dteti.
§ 1. — LOI DONNÉE AUX HOMMES DES LE COMMENCEMENT ; PROMULGUEE SUR LE MONT SINAÏ, PERFECTIONNÉE PAR JESUS - CHRIST.
Dès le moment de sa création, l'homme a eu des devoirs à remplir, et quand il reçut le premier rayon de lumière qui i'éclaira sur les fins de la divine Providence et sur les lois fondamentales de son être, il vit la distinction du bien et du mal.
L'enseignement extérieur que Dieu lui donna et la lumière intérieure qu'il fit briller dans son âme, l'éleva d'abord à l'idée de celui de qui il avait reçu l'être. Il put le contempler dans ses grandeurs infinies, dans son indépendance souveraine, et dar^ le domaine absolu qu'il a sur toutes les créatures sorties de ses mains. Il vit que Dieu, se suffisant à lui seul, est l'unique soutien des êtres faibles et indigents qu'il a pro- f duits ; que ces êtres, tenant de lui l'existence, ne peuvent attendre que de lui seul ce qui leur manque. Il fut saisi s'admiration et d'étonnement à la vue des beautés, des perfections, des amabilités infinies, que ces diverses connaissances lui faisaient découvrir en Dieu. Il comprit que c'était pour lui un devoir de croire en Dieu, de mettre en lui sa confiance, et de l'aimer de toutes les puissances de son âme.
Cependant l'homme ne devait pas être seul sur la terre. La même lumière qui l'éclairait sur Dieu, et sur les rapports dans lesquels il devait vivre avec lui, lui montrait aussi qu'il devait aimer ses semblables, faits comme lui à l'image de Dieu, respecter les droits que comme lui ils ont reçus du Créateur, honorer l'auto-
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rite que la Providence a établie dans la famille, pour maintenir l'union et une subordination convenable.
L'homme comprit enfin l'usage qu'il devait faire des créatures pour se conformer aux desseins de Dieu. Il vit que les divers objets que la bonté divine mettait à sa disposition n'étaient que des moyens de conserver sa vie : qu'il devait en user avec modération et avec reconnaissance, ne perdant jamais de vue la fin ultérieure pour laquelle toutes choses ont été faites.
Telle fut la morale de la religion dans les temps primitifs. A part un petit nombre de préceptes relatifs au culte, tout se résume dans un devoir de dépendance et d'amour envers Dieu, dans un devoir d'amour et de justice à l'égard des hommes, dans l'obligation d'user des créatures avec modération et selon les desseins connus de la Providence.
Dieu ne changea rien à cette morale quand il fit une nouvelle et solennelle révélation sur le mont Sinaï ; il Ja rappela seulement, en montrant à son peuple quelques-unes des applications ou des conséquences les plus importantes des premiers principes sur l'amour de Dieu et du prochain.
Nous ne tracerons pas ici le tableau des grands événements qui accompagnèrent la promulgation de la loi en présence des Hébreux, il suffit de reproduire les paroles du Décalogue.
« Je suis le Seigneur votre Dieu qui vous ai tirés de « l'Egypte et de la maison de l'esclavage ; vous n'aurez « pas de dieux étrangers devant moi, vous ne ferez pas » d'image taillée, ni aucune représentation de tout ce « qui est en haut dans le ciel , ni de ce qui est en bas « sur la terre, ni de ce qui est dans les eaux, sous
« terre. Vous ne les adorerez pas et ne les servirez pas; « car je suis le Seigneur votre Dieu, le Dieu fort, le a Dieu jaloux, qui venge les crimes des pères sur les « enfants jusqu'à la troisième et àla quatrième gépéra- « tion de ceux qui me haïssent, et qui fois miséricorde, « jusqu'à mille générations, à ceux qui m'&imei*t et « qui gardent mes commandements.
« Vous ne prendrez point en v$in le nom du Sei- « gneur votre Dieu, car il ne laissera pas impuni ce- « lui qui aura pris m vain le nom du Seigneur pon « Dieu.
« Souvenez-vous de sanctifier le jour du sabbat. « Vous travaillerez pendant six jours et vous ferez « toutes vos œuvres; mais le septième jour est le sjab- « bat du Seigneur votre Dieu. Vous ne ferez ce jqur- « là aucun ouvrage, ni vous, ni votre |ils, ni votre fille, « ni votre serviteur, ai votre servante, ni votre bête de I « service, ni l'étranger qui est dans vos maisons; car J « le Seigneur a fait en six jours le ciel et la terre et *| « tout ea qu'ils contiennent, et il s'est reposé Je sep- « tième jour * c'est pourquoi J)îeu a béni le jour du « sabbat et il l'a sanctifié.
« Honorez votre père et votre mère, afin que vous « jouissiez d'une longue vie dans la terre que le Sei- « gneur doit vous donner,
« Vous ne tuerez pas.
« Vous ne commettrez pas d'adultère.
« Vous ne volerez pas.
« Vous ne porterez pas de feu* témoignage^ contre « votre prochain.
« Vous ne désirerez pas la maison de votre prochain, « ni sa femme, ni son esqlave, ni sa servante, ni son
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« bceuf, ni son Âne, ni aucune chose qui lui apparu « tienne. »
De ces dix commandements, les trois premiers se rapportent directement à Dieu : ils prescrivent d'ado-* rer Dieu seul, de ne point prendre en vain son saint nom, et de garder religieusement le sabbat. Ils furent écrits sur une table à part. Les sept autres commandements se rapportent directement au prochain : ils nous ordonnent d'honorer nos père et mère, et ils nous défendent de faire tort au prochain en blessant les droits qu'il a sur sa propre vie, son honneur, sa fortune : ils nous interdisent jusqu'au désir de ce qui est mal.
Le Décalogue semble se borner aux devoirs que nous avons à remplir envers Dieu et envers nos frères, et ne nous imposer aucun précepte en ce qui nou^f concerne nous-mêmes. Mais il faut observer d'abord i qu'il n'était pas nécessaire que Dieu nous prescrivît de nous aimer nous-mêmes, puisque nous avons tous reçu de lui une forte inclination à rechercher notre bonheur ; inclination qui nous fait sans cesse aspirer, même sans réflexion, à ce qui peut nous rendre heureux. Il faut observer, de plus, qu'en accomplissant fidèlement tous les devoirs qui nous sont imposés envers Dieu et envers le prochain, nous parvenons sûrement à notre fin dernière. Il était bien moins nécessaire d'exciter l'homme à l'amour de soi-même que de le prémunir contre les excès où cette inclina* tion le pousse, si elle n'est pas réglée convenablement.
Le Décalogue signale quelques-uns de ces désordres, et nous met sur la voie de connaître les autres : on
peut môme dire qu'il les prévient tous, en nous prescrivant l'amour de Dieu et du prochain. L'amour de Dieu et du prochain met Tordre partout : c'est un principe universel duquel chacun peut, sans nul effort de raisonnement, par une réflexion très-simple, conclure tout ce qu'il doit faire ; et, s'il le suit dans toute son étendue, non-seulement il accomplira la loi, mais de plus il atteindra la perfection.
« Je ne suis pas venu pour détruire la loi, mais pour l'accomplir, » a dit Notre-Seigneur. Laissant tomber les rites mosaïques qui devaient être remplacés par un culte plus saint, il a rappelé les préceptes du Décalogue qui sont de tous les temps et ne changeront jamais. La morale de l'Évangile est d'une perfection que les anciens n'avaient pas connue ; elle porte sur ces deux principes immuables : l'amour de Dieu et l'amour du prochain. Dans l'observation de la charité est la plénitude de la loi, selon l'expression d'un Apôtre.
§ 2. — TOUTES NOS OBLIGATIONS MORALES REPOSENT SUR DES PRINCIPES RELIGIEUX SUR DIEU ET SON AUTORITE SOUVE- RAINE.
I. Cette morale est belle : elle est grande et sainte, car elle répond à l'idée que nous avons de Dieu et aux besoins de nos âmes ; elle repose sur un fondement solide.
Il nous en coûte sans doute d'observer cette loi de charité, de dévouement, d'abnégation denous-mêmes; mais nous sommes admirablement soutenus dans l'accomplissement de nos devoirs, même les plus
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pénibles, par la pensée de Dieu qui nous les impose , par le souvenir de Notre-Seigneur qui nous a donné de si touchants exemples, par tous les mystères du Christianisme qui ne respirent que l'amour de Dieu e* une affectueuse charité pour les hommes.
Qu'elle est différente la morale de ces hommes vains et superbes qui ne pensent pas à Dieu, et ne font reposer l'idée du devoir que sur des maximes vagues d'une philosophie humaine, maximes qui ne satisfont ni l'esprit ni le cœur, et qui n'auront jamais une influence réelle sur la vie!... Ces sophistes ont parlé de la raison, de la conscience, de l'intérêt, des lois, que sais-je encore?... comme s'ils pouvaient, avec cette raison, avec cette conscience, ou avec ce mobile d'un intérêt temporel, se passer de Dieu. Quelle folie I Sans doute, la raison doit dominer la volonté : elle [ a l'éclairé en lui montrant ce qui est bien, ce qui est *^dans l'ordre, et elle la condamne dans ses écarts; mais cette raison est-elle autre chose qu'une lumière que fait réfléchir dans notre Âme la lumière supérieure et éternelle, Dieu, en un mot ? Si vous isolez votre raison de Dieu ; si cette raison se sépare de la raison divine qui est son principe et sa source, où ira-t-elle chercher une idée du devoir, un principe de morale qui influe efficacement sur la volonté? Des vérités purement spéculatives, et les conséquences qui en ressortent, demeureront sans action sur notre vie morale.
Rien assurément de plus vrai que ces principes : // ne faut pas faire aux autres ce que nous ne voudrions pas que l'on nous fît à nous-mêmes ; il faut tenir sa parole . . . et tant d'autres que l'on invoque chaque jour ; mais
que produiront en réalité ces principes, si l'on fait abstraction du dogme de l'existence de Dieu, de la spiritualité de l'âme, de sa liberté, de la dépendance où toute créature doit se tenir à l'égard de Dieu ? Pourquoi nous croirions-nous donc obligés de suivre ces maximes? Obligés... mais envers qui?... par quelle autorité?... sous quelle sanction? Celui qui ne croit pas en Dieu, celui qui n'a pas foi en la divine Providence ne trouvera jamais dans sa raison un principe qui le détermine sérieusement et pratiquement à agir, à s'imposer un devoir, à faire un sacrifice : il sera naturellement amené à penser que tout est aussi indifférent et arbitraire dans les mœurs que dans les croyances.
La conscience n'a d'empire sur nous qu'autant que nous la considérons comme l'organe ou l'interprète d'une autorité supérieure que nous devons respecter, j Si Thomme croit en Dieu, en un Dieu qui sonde les^ replis les plus cachés du cœur, et qui nous approuve on nous condamne, selon que nous avons été dociles ou rebelles à ses inspirations, je conçois parfaitement l'empire de la conscience. Mais éloignez cette idée, supposez-la fausse ou incertaine, la conscience n'a plus d'autorité; elle ne passera que pour un vain préjugé dont la raison devrait nous débarrasser.
On ne réussirait pas mieux à appeler l'intérêt temporel de l'individu, ou l'empire des lois, à l'appui de la raison et de la conscience. Nous ne contestons pas la valeur de ces motife, ni la part d'influence qu'ils peuvent avoir sur la conduite des hommes; mais on ne peut disconvenir que le nombre de ceux qui se portent à l'accomplissement de leur devoir par le
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seul amour du bien ne soit petit : la plupart ont besoin d'être excités par d'autres motifs. Il leur faut le mobile de la crainte et de l'espérance ; et c'est pour cela que Dieu, qui connaît si bien notre nature, agit sur nous par la double incitation de l'espérance des biens éternels réservés aux justes, et de l'appréhension des anaux réservés aux pécheurs. De plus, il a mis sur la terre une puissance armée du glaive pour faire respecter l'ordre et maintenir l'empire des lois. L'intérêt individuel est donc un mobile puissant, l*au» torité des lois est un frein nécessaire; mais ni l'un ni l'autre ne suffit pour établir la morale.
Si l'on substitue l'intérêt individuel au principe dq devoir, l'homme ne fera plus telle action parce qu'elle est bonne et conforme à l'ordre ; il ne s- abstiendra pas de telle autre parce qu'il la oroit mauvaise ; mais bien parce qu'il la croit utile dans un cas, préjudit ^teiable dans un autre. Dès lors, il n'y aura plus pour lui ni bien ni mal moral, ni vice ni vertu, mais un simple calcul d'intérêt.. Qui fera ee calcul, sinon chaque individu? Sous quelles influences appréciera^ toi ces choses, sinon sous la seule jnfluepce de ses goûts, de ses inclinations, de ses passions) On donna ainsi un libre cours aux égarements du cœur, kes païens ne raisonnaient pas autrement; et c'est ce qui forma parmi aux tant de systèmes sur la fin dernière de l'Jiamme, fit $ur la règle des actions humaines. Gomme chacun en jugeait par ses dispositions per-* sonnées, les uus mettaient le bonheur et la fin dernière de l'homme dans les jouissances matérielles» d'autres dans la fortune, dans le pouvoir, dans les honneurs, ., %on% ce qui pouvait satisfaire leurs con^
voitises était bon à leurs yeux, omne sanctum quod volumus. L'homme le plus vicieux, le plus déréglé dans ses mœurs, le plus injuste envers son prochain, raisonne également ainsi : c'est toujours son plaisir, ses satisfactions, son intérêt individuel qu'il recherche. Les lois humaines peuvent prévenir une partie de ces écarts en faisant fléchir sous l'empire de la force publique les volontés rebelles : c'est la mission du législateur dans l'ordre de la Providence. Mais ici encore, si vous méconnaissez la divine Providence, si vous ne croyez pas en Dieu, si un peuple vient à perdre la foi dans les dogmes d'une vie future, que pourra le législateur ? Les lois ne sont bonnes qu'autant qu'elles sont conformes aux idées éternelles de la sagesse divine : elles n'ont d'action sur la conscience qu'autant que nous voyons dans les puissances établies pour le gouvernement des sociétés, une participation de la puissance suprême descendue d'en haut. Si Dieu*' n'intervient pas entre le législateur et le citoyen pour inspirer à l'un le respect et l'obéissance, pour donner à l'autre la sagesse et l'amour du bien public, les lois ne seront plus que les actes d'une volonté arbitraire. La force brute remplacera l'autorité : l'idée du devoir disparaîtra pour ne laisser à sa place que la crainte d'un mal matériel, et on violera les lois toutes les fois qu'on croira pouvoir le faire impunément. Mais, en supposant que les gouvernements aient assez de force pour prévenir ou pour châtier toutes les transgressions, verriez-vous quelque principe, soupçonneriez-vous un ordre moral dans cet assujettissement au pouvoir? Évidemment il n'y en aurait pas : ce serait un système de servitude, rien de plus.
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D'ailleurs les lois, ainsi conçues, ne règlent ni l'esprit ni le cœur de l'homme; et c'est là pourtant que se forment les mauvais penchants, source des mauvaises actions; là se trouve le ressort de la vie humaine... Ces mêmes lois ne pénètrent pas dans l'intérieur de la famille : les actes de la vie privée leur échappent nécessairement ; et cependant ces actes ont la plus grande influence sur le bonheur ou le malheur del'homme.Leliende la famille, c'est l'amitié, le respect, le dévouement; le lien de la société, c'est la bienveillance, la bonne foi, l'amour du juste et du vrai, le respect pour les droits de chacun. Tous ces sentiments, sans lesquels la vie privée, comme la vie publique, est pleine de désordres, sont étrangers à la législation humaine; elle ne les impose pas. A qui persuadera-t-on qu'on peut créer la vertu par des
j ordonnances et par des mesures de police?
! ^ Donc il n'y a pas de morale possible en dehors des convictions religieuses. Celui-là s'est étrangement abusé qui a osé dire aux hommes: Soyez justes , il suffit; le resle est arbitraire. Il voulait que l'homme fût juste, et il assurait que le reste est arbitraire. Le reste était, selon cet inconséquent sophiste, le dogme, la révélation, les mystères en un mot, comme s'il pouvait y avoir une justice sans droit, une morale sans religion.
II. La première conclusion que nous devons tirer de la nécessité des dogmes pour la morale est que la perfection de la morale dépend de l'intégrité du dogme, de sorte que plus le dogme sera complet et pur de tout mélange d'erreur, plus la morale sera sainte et efficace pour régler la conduite de l'homme.
On ne contestera pas la légitimité de cette déduction. Si le dogme est le fondement de la morale, si Ce sont nos croyances qui déterminent nos devoirs, il est é rident que plus les croyances seront pures, plus aussi la morale sera sainte et son influence bienfaisantes.
L'erreur en morale , au lieu d'être un principe de bien* ne peut qu'introduire le désordre dans la vie humaine : après avoir faussé l'esprit, elle tend à dépraver le cœur. S'il lui arrive d'exagérer le devoir, portant les exigences de la loi au delà du point où elles devraient s'arrêter* il arrive que la volonté refuse d'obéir ; ou bien, après de pénibles efforts, elle tombe épuisée, dans un découragement qui lui fera abandonner la pratique des devoirs, même les plus incontestables. Si l'erreur, au contraire, favorise les mauvaises inclinations, ce qui est le cas le plus ordinaire, elle amènera infailliblement le désordre : elle déposera au sein des familles et de la société un germe de corruption que rien au monde ne pourra comprimer. Oe sont d'abord des idées qui paraissent d'autant plus inoflbnsives qu'on peut les considérer comme de purs rêves philosophiques; mais que ces idées pénètrent les esprits, qu'elles aient quelque chose qui séduise, par l'attrait de la nouveauté, par l'amorce des passions qu'elles flattent, l'homme devinera instinctivement ce qu'elles renferment de conséquences pratiques, et il poussera le principe jusqu'au bout» Vous voudriez que les hommes admissent des doctrines qui autorisent le relâchement des md&urs> et que néanmoins ces mêmes hommes se roidissent, et contre leurs convictions, et contre leurs inclinations dépravées» pour conserver des mœurs frures!..* C'est impossible.
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Il n'y a donc rien d'indifférent en matière de doctrines religieuses. Si elles sont bonnes, elles ne produiront pas toujours tout le bien qu'elles renferment* parce qu'elles rencontrent des obstacles ; néanmoins elles ne laisseront pas d'exercer une influence heu-' reuse. Si elles sont mauvaises* si elles altèrent les no-* lions de la Providence, l'idée de la liberté, la croyance en une vie future... elles pervertiront les mœurs, et compromettront l'avenir de la société.
On s'est quelquefois demandé comment le monde païen avait pu subsister, et maintenir dans les sociétés un ordre quelconque, avec une religion aussi fausse que Tétait l'idolâtrie. Ne faudrait-il pas conclure de nos principes qu'il n'y avait pas de morale possible, dans un temps où toutes les idées étaient si étrange* ment confondues?... Non : le monde avait heureusement conservé quelques vérités au milieu des nom* .'yeuses erreurs qui l'avaient envahi.
Si Jes philosophes qui* au lieu de croire avec le peuple, dissertaient sur tout et révoquaient tout en doute, avaient pu faire prévaloir leurs idées et anéantir dans un scepticisme général les traditions primitives* le monde aurait infailliblement péri, comme nous péririons si l'air que nous respirons venait à se corrompre ; car la vérité est pour l'esprit et le cœur ce que l'air est pour l'existence organique de l'homme. Mais ces désolantes doctrines, qui devaient altérer dans la société jusqu'au principe de sa vie, ne devinrent jamais populaires : du moins est-il que, dans le déluge d'erreurs et de superstitions qui inondaient le monde, on vit surnager quelques débris des traditions primitives. On avait oublié l'unité de Dieu, et la création du
monde; mais on conservait quelque idéa d'une divi nité, d'une providence : c'était comme la planche d< salut que Dieu avait laissée au monde.
Cependant, si ces quelques vérités conservaient m reste de vie aux peuples, elles étaient trop profondé ment altérées pour les protéger contre tant de cause* de dissolution qui les minaient, et la société eût infail liblement succombé sous le poids de sa corruption, & Jésus-Christne fût venu la sauver. On a vu à quel abru tissement était réduite la plus grande partie du genr humain : c'était partout le despotisme, l'empire de 1 violence, le sensualisme poussé aux excès les plu monstrueux.
Certes le monde put se convaincre de ce que h doctrines ont d'influence sur l'individu, sur la famille sur la société, par la révolution que le Christianisa) opéra. Nous n'essayerons pas d'en retracer le tableai assez d'autres l'ont fait avant nous. Ce fut alors qu l'Évangile prépara le monde à une heureuse transfoi mation, en replaçant l'autorité sur ses légitimes base en rappelant les hommes aux maximes de jus tic d'égalité fraternelle, de respect pour les droits de ch» cun. Et comme la conversion des peuples ne s'opéi pas instantanément, on vit dans un même siècle et si un môme sol comme deux sociétés en présence Fui de l'autre»: la vieille société païenne et la société chr tienne. L'œil saisissait l'opposition des mœurs, tand que l'esprit pouvait observer la différence des doctrine
III. Des esprits superficiels nous opposeront pei être les désordres dont le monde ne cesse d'êti affligé, môme dans les pays où règne la religion chr tienne. Nous prions ceux qui seraient arrêtés par cet
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difficulté de considérer que les meilleures doctrines ne mettent jamais un obstacle insurmontable à tous les égarements du cœur, parce qu'elles n'ôtent point à l'homme sa liberté. Ces doctrines demeurent infructueuses à l'égard de ceux qui ne les croient pas et de ceux qui ne les méditent pas suffisamment : il n'en est pas moins vrai que partout où elles ont pénétré, partout où elles ont été admises, elles ont fortifié l'homme dans la lutte qu'il soutient contre ses passions ; elles ont mis incomparablement plus de douceur, d'équité, de justice, de bienveillance dans ses rapports avec le prochain ; elles lui ont inspiré un dévouement plus généreux pour le bien public. L'expérience nous dit qu'un des moyens de rendre un homme meilleur, c'est de l'instruire; non à la manière des sophistes qui exaltent son orgueil et lui laissent ignorer ses faiblesses, mais à la manière de la religion chrétienne, par un enseignement pur de tout mélange d'opinions humaines; enseignement qui lui montre ce qu'il est par lui-même et ce qu'il doit espérer de son Créateur; qui l'humilie tout en relevant sa confiance ; qui lui montre ses maux en lui en indiquant le remède, parce qu'il le conduit à Dieu, par Notre-Seigneur Jésus-Christ.
§ 3. — CONCLUSION. — CE Qu'lL FAUT PENSER DE LA MORALE INDÉPENDANTE.
1. Nous avons prononcé quelquefois le mot de morale indépendante : il nous est maintenant facile de dire ce qu'il faut penser de cette morale.
On entend par morale indépendante celle qui ne dépend d'aucun dogme religieux, qui ne suppose
COURS D'iNSTR, III. ^r?r»aïo
}8 MORAL* M OHMSÏUNISME
par conséquent aucune religion, pas même la woyance eu Di*u«
Les athées déclarés, -les matérialistes» le» panthéistes, les fatalistes» ceux qui nient Dieu et l'âme, qui nient la liberté inorale et la responsabilité hui^aiiie, qui nient la justice divine et la vie future, veulent nue morale, parée qu'ils comprennent trèsbien que la famille et la société ne peuvent subsister sans certains devoirs qui lient les hommes les uns envers les autres» L'intérêt individuel , l'instinct de la conservation, plus fort que tous les systèmes, ne lçur permettrait pas de dire qu'il n'y a pas pour eux de différence entre le voleur et l'honnête homme, entre leur bienfaiteur et un assassin ; qu'ils n'attachent pas plus de prix à la vertu qu'au vice; il y en s peu du ^noins parmi eu* qui oseraient descendre jusqu'à ce degré le cynisme. Il leur faut donc une mo* A raie, mais qui ne relève d'aucune idée religieuse. | L'ua d'eu*, apostat du Christianisme qui l'avait élevé, tt'a-t-il pas dit, dans un accès de folie d'orgueil, que lja morale qui prescrirait un. devoir pour accomplir la volonté d'un être supérieur, de Dieu, consacrerait une sorte de ^édon humiliante pour la dignité humaine ?
Ce qu'il y a de plus étrange, peut-être, c'est que, dans ces derniers temps, des écrivains qui se disaient philosophes déistes, n'admettant pas de religion révélée, mais croyant en Dieu, ont également proclamé une morale indépendante, qui ne relève d'aucun principe religieux, parce que, selon eux, la nature commune à tous les hommes suffit pour les unir dans les rapports nécessaires de la vie, et que, vu la diversité des opinions, toute idée religieuse qui serait prise
pour base d'une morale ne servirait qu'à les diviser. Ce ne peut être que par un abus de langage que l'on a donné le nom de morale au système de ces athées etdacea déistes; e'est plutôt la négation de la morale ; comment, en effet, prendre ausérieux des devoirs qui ne reposent sur aucun principe, qui varient au gré des passions et des caprices de chacun, et qui n'ont aucune sanction?
Pas de principes* nous l'avons vu dans le cours de cette leçon. D'après les matérialistes, la morale dépend pour chacun de son cerveau, de ses nerfs, de l'appareil d* ses organes* D'après les déistes qui, sans nier Dieu comme les athées, proclament néanmoins une morale indépendante de tout dogme philosophique et religieux, il n'y à pas de principes non plus ; au fond, c'est on athéisme pratique* Ne faisant intervenir ni le poou* ni l'idée de Dieu, ils aboutissent aux mômes i conséquences que les athées; l'idée de Dieu ôtée, il n'y a plus d'être supérieur de qui nous dépendions, ni législateur qui nous impose un devoir, ni juge qui ait à apprécier nos actes. Oui, la morale indépendante c'est l'athéisme, ou c'est une contradiction» Dès lors qu'il n'y a pas de principes, il n'y a pas non plus de fixité dans cette prétendue morale; indépendante de Dieu, elle dépend des idées* désintérêts, des passions, des convoitises de chacun; on s'imagine réunir les hommes, écarter une causa de division, en 8e mettant en dehors des idées religieuses sur les* quelles totis ne sont pas d'accord, et on ne voit pas, on ne veut pas voir, que ce sont les passions, les cupi* dites, les conflits d'intérêt qui séparent, tandis que la religion tend à ramener les hommes au respect et
à l'amour d'une loi universelle et immuable, l'amour de Dieu et l'amour du prochain, par suite le respect des droits de chacun. Nous ne pouvons avoir confiance dans un homme à morale indépendante, qu'autant qu'il n'aura pas d'intérêt à nous tromper; ou c'est un homme inconséquent, ou il abusera de notre bonne foi, s'il y a intérêt et qu'il puisse se satisfaire sans se compromettre.
On a dit : l'homme qui n'est d'aucune religion peut être moral ; l'homme qui a une religion peut ne pas l'être. « Pur et bizarre paralogisme, répondrons-nous « avec un éloquent évêque. Eh! sans doute, un homme « peut être meilleur que ses principes, et c'est là, « pour le dire en passant, un des bienfaits du Chris- « tianisme, que, dans la société dont il fait les mœurs, « il conserve toujours quelque empire, même dans la « conscience de ceux qui l'oublient. Mais là n'est pas* « la question. Il ne s'agit pas de la conduite de tel ou « de tel homme, mais de la morale elle-même ; il ne « s'agit pas des inconséquences de votre conduite ou « de la mienne, mais des conséquences de votre doc- « trine. Je dis que logiquement, c'est-à-dire sans se « contredire et se nier, l'athéisme ne peut constituer « une morale. Une morale indépendante de Dieu, une « morale athée ne se comprend pas et n'est pas. C'est « une loi sans législateur, un effet sans cause. C'est la « conscience, dit-on, qui oblige. Sans doute, s'il y a « une loi de la conscience et un Dieu qui a fait la « conscience et sa loi ; si la conscience enfin est la « voix de Dieu 1 . »
1 Mgr Dupanloup, l'Athétime et le péril social. II. La MoraU indépendante.
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f II. Il n'y a donc ni principes, ni règles, ni sanction dans ce qu'on appelle la morale indépendante ; terminons en observant que la morale du Christianisme est plus parfaite que celle de la philosophie, entendue dans le meilleur sens; et que, dans le Christianisme, la morale la plus pure et la plus efficace est celle de l'Église catholique.
Tant que la philosophie a travaillé seule à la recherche des vérités morales, elle a été impuissante à établir une doctrine. Ne pouvant se fixer sur un seul dogme, ignorant ou révoquant en doute le fait delà création et la véritable destinée de l'homme, comment les philosophes seraient-ils parvenus à former un code de morale et à donner une sanction à leurs préceptes? Ils se sont bornés à des maximes vagues ; ils n'ont réformé nulle part les habitudes vicieuses d'un peuple ; on ne voit pas qu'ils aient jamais essayé L de le retirer des superstitions absurdes qui constituaient le fond du culte public. Quand le Christianisme a paru, les philosophes, tout en le combattant, ont néanmoins profité des lumières qu'il répandait dans le monde : dès lors ils ont eu un enseignement plus relevé, moins vague, des principes plus arrêtés; mais, comme ils ne voulaient pas accepter la révélation, leur œuvre est demeurée essentiellement incomplète et défectueuse. Ces philosophes ont mêlé de graves erreurs à quelques idées raisonnables ; et, de plus, ils n'ont pu donner de sanction à leur morale, car la philosophie seule, réduite à elle-même, n'a jamais résolu le problème d'une vie à venir.
Le Christianisme a donc, sous le rapport de la , morale, un avantage inappréciable sur la philoso-
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phie. Dans le Christianisme, nulle morale né doit être plus pure que celle du catholicisme, précisément parce que l'Église catholique a conservé pur et intact le dépôt des dogmes révélés» Les hérétiques, en se séparant de l'unité, n'ont jamais ajouté un seul dogme à l'enseignement de l'Église , ni un seul moyen de sanctification; et ils n'ont formé leurs sectes qu'en niant} quelques vérités, ou en rejetant quelques pratiques consacrées par les traditions chrétiennes. Ainsi, pour en donner un exemple : les protestants ont nié le dogme de la nécessité de la grâce, et de la présence réelle de Jésus-Christ dans la sainte Eucharistie ; ils ont renoncé au saint sacrifice de la messe, à la confession, au culte des saints; ils ont blâmé la pratique du jeûne et de l'abstinence... Or il n'y a pas un de ces dogmes, il n'y a pas non plus une seule de ces pratiques, qui ne contribue puissamment à notre sanctification, par les motifs J d'humilité, d'abnégation de nous-mêmes, de recon-1 naissance, de confiance en Dieu qu'ils inspirent, et | par les sentiments pieux qu'ils excitent en nous. Les sectes hérétiques ont donc porté une atteinte grave à la morale, et, en se privant de ces moyens de sanctification, elles se sont condamnées ellesmêmes à cette stérilité dont elles ont été frappées depuis le moment fatal de leur séparation.
Estimons-nous heureux, nous enflants de la sainte Église, d'avoir conservé, en lui demeurant unis, une morale pure de toute erreur et de toute superstition. Nous recevons d'elle l'explication du Décalogue et des principes do l'Évangile, comme nous en avons reçu l'explication du Symbole, Jésus -Christ nous
LE DECALOGTTE 23
^ enseigne par son Église ; il est toujours notre unique maître, et c'est notre gloire, c'est notre bonheur, c'est le fondement assuré de notre espérance, car lui seul a les paroles de la vie éternelle.