LEÇON VIII
CI dee fSftfct.
Ilny a pas de jour que nous ne devions consacrer au service de Dieu» puisque tous les moments de notre vie lui appartiennent; il était cependant convenable qu'il y eût des jours plus spécialement affectés à son culte, et c'est la raison de l'institution du dimanche et des fêtes dont nous devons nous occuper dans * cette leçon. Disons d'abord un mot sur l'origine du dimanche j nous verrons ensuite ce que l'Eglise a ordonné pour la sanctification de ce jour; nous terminerons par quelques observations sur les difficultés que Ton éprouve dans certains cas pour accomplir la loj.
§ 1, ORiaiNK PU DIUAKOPE BT Q& FETg*«
Qieu, après avoir terminé en six jour? l'œuvre de ta création, béait le septième jour. L'histoire winte ^ditpaa si pieu imposa 4èp lors aux hommes rotation de sanctifier, ce geptième jour» comme il le ^dans la suite ; mais nous ne pouvons douter que ce jour n'ait été yéj^ré comme fouvçnir de la création
160 T&OtSIÂMB COKMÀKDBMBNT
et en considération de la bénédiction qu'il avait reçue, Quand le Seigneur voulut donner une loi à soi peuple sur le mont Sinaï, il prononça ces paroles, qui demandent de notre part une attention particulière : Souvenez-vous de sanctifier le jour du sabbat ; vota travaillerez pendant six jours et vous vous reposerez h septième, car Dieu a créé le ciel et la terre en sixjoun et il s'est reposé le septième; c'est pourquoi il Va béni e\ sanctifié. Depuis cette promulgation solennelle, Dieu rappela fréquemment aux Hébreux l'obligation de sanctifier ce jour; il attacha de grandes récompenses à la fidélité de son peuple sur cet article, et il fit de terribles menaces contre les transgresseurs de la loi; il voulut môme, pour inspirer une salutaire terreur, qu'on lapidât un homme qui avait été surpris hors du camp se livrant à des travaux défendus ce saint jour. ,
Indépendamment du sabbat, Dieu donna d'autres fêtes aux Hébreux pour les faire souvenir des prin-j cipaux événements qui avaient manifesté avec plus d'éclat sa gloire et ses miséricordes sur la famille d'Abraham.
Ces diverses institutions ont cessé par le fait même de l'abrogation de la loi mosaïque, dont elles étaient une partie; mais, la raison de ces fêtes subsistant toujours, puisque les hommes n'ont pas un moindre besoin de célébrer des solennités religieuses sous la loi évangélique, l'Église est entrée dans les desseins de Dieu, en substituant le dimanche au sabbat des Juifs, les fêtes de Noël, de Pâques, de la Pentecôte, aux fêtes anciennes.
Le dimanche a été choisi pour être consacré àBW
k OBSERVATION DU DIMANCHE 161
en mémoire de la Résurrection du Sauveur et de la Rédemption du monde, qui a été comme une création nouvelle et plus extraordinaire que la première. Nous ne lisons pas textuellement dans les Actes ni dans les Èpîtres des Apôtres, qu'ils aient fait eux-mêmes ce changement; mais, quand on considère que ces bienheureux disciples de Notre-Seigneur font quelquefois mention du dimanche comme d'un jour où les fidèles ont coutume de se réunir, et qu'ils le désignent sous le nom de jour du Seigneur l ; quand on m\ d'ailleurs, par les monuments des premiers siècles, que le dimanche a toujours été effectivement le jour consacré au culte de Dieu, sans qu'aucune loi de l'Église l'ait établi, on ne peut pas raisonnablement douter que ce ne soit une institution apostolique. Le pape saint Léon fait observer que les œuvres les i plus excellentes de Dieu se sont consommées en ce Jjour. « C'est, dit-il, le jour où le monde a commencé. « C'est le jour où, parla Résurrection de Jésus-Christ, « l'empire de la mort a été détruit, et où la vie a été « rendue aux hommes. C'est en ce jour que les Apô- « très ont reçu du Seigneur la mission d'annoncer « l'Évangile à tous les peuples, et le sacrement de, « régénération qu'ils devaient appliquer à l'univers « entier. C'est en ce jour, comme l'atteste le bienheu- « reux Jean l'Évangéliste, que, les disciples étant « réunis ensemble et les portes fermées, le Seigneur « entra, souffla sur eux et leur dit : Recevez le Saint. * Esprit, les péchés seront remis à ceux à gui vous les « aurez remis, ils seront retenus à ceux à qui vous les aurez
I" Ep. aux Corinthiens, xvi, 2; Apocalyps*, i, 10.
COURS d'ïNSTR. IIU "^r&ïo
« retenus. C'est enfin le jour oùle Saint-Esprit, promis « par le Seigneur, est descendu sur les Apôtres; en « sorte que nous devons célébrer les mystères des « bénédictions sacerdotales en ce même jour où nous « ont été communiqués tous les dons de la grâce, « ainsi qu'il nous Ta été enseigné et transmis par « une tradition divine ! . »
La sanctification de ce jour vénérable demande qu'on s'abstienne de certaines œuvres que l'Église a interdites, et qu'on pratique des exercices de piété.
§ 2. — ce que l'église a prescrit et ce qu'elle a interdit pour la sanctification pu dimanche et des fêtes.
I. L'Église a interdit les œuvres qu'elle a jt moins compatibles avec le recueillement que demande le saint jour du dimanche : ce sont d'abord les œuvres serviles, el ensuite quelques autres qui, quoique d'une nature plus relevée, n'en sont pas moins très-dissipantes pour nous.
On entend communément par œuvres serviles certains travaux manuels qui tendent plus immédiatement à satisfaire les nécessités matérielles de l'homme, et qui sont faits ordinairement par des serviteurs ou par des ouvriers, comme : labourer, bêcher, tailler les arbres, moissonner, coudre, et généralement tout ce qui se rattache à l'exercice d'un métier.
L'Église a autorisé un certain nombre d'œuvres serviles, et notamment celles qui sont nécessaires pour la propreté des maisons et pour la préparation des aliments: elle a généralement interdit les autres, parce que ces œuvres ne laissent pas assez de liberté 1 Lettre de Léon à Dioscore, patriarche d'Alexandrie.
OBSERVATION fctJ MMANCHfc 163
pour s'occuper convenablement des exercices religieux. Ces travaux matériels détournent nos pensées du ciel, et nous laissent dans les sollicitudes de la terré. Occupés toute la semaine des nécessités matérielles de la vie, nous ne penserions pas à donner à notre 4î»e la nourriture qu'elle réclame; et l'âme souffrirait de la privation des exercices de piété, elle s'affaiblirait insensiblement, et finirait par perdre l'esprit chrétien qui doit l'animer, si la prévoyante sollicitude de l'Église ne nous avertissait chaque semaine de nous recueillir devant Dieu.
La suspension des œuvres serviles, le dimanche, honore Dieu, et elle est un véritable bienfait pour l'homme. Comme le sommeil de la nuit répare ses forces et prévient le danger d'un épuisement, le re^oS du dimanche le relève de la lassitude que laissent après eux six jours continus d'un travail pénible. f Ceux qui se privent de ce repos usent rapidement ► leur existence, et se préparent une vieillesse prématurée. Les ouvriers de nos villes en sentent si bien le besoin, que la plupart d'entre eux, s'ils ne respectent pas les lois de l'Église,, ne manquent pas de se donner un jour de délassement; mais alors, l'expérience en est faite depuis longtemps, ce n'est plus pour eux un jour qui leur porte bonheur; au lieu de contribuer à les rendre meilleurs et à mettre le calme dans l'intérieur de leur famille, ce jour devient souvent funeste pour eux, à cause des excès auxqueé ils se livrent et qui absorbent en grande partie le produit du travail de la semaine. Ces hommes se rendent malheureux ens'écartant des observances religieuses, eux qui devraient rechercher auprès de Dieu un délassement et
une consolation dans les peines qu'ils éprouvent et dans les privations auxquelles ils se voient condamnés.
Tels sont les motifs qui ont fait interdire les œuvres serviles. Il importe d'observer que l'interdiction, étant absolue, atteint ces œuvres même dans le cas où Ton n'aurait pas lieu de craindre une partie des inconvénients que nous avons signalés, dans le cas même où l'on ne travaillerait point pour gagner de l'argent ; car reste toujours ce principe fondamental que l'Église a voulu rendre un hommage à Dieu par la suspension des œuvres serviles.
« D'après ce principe, dit un estimable auteur, il « n'est pas permis, le dimanche, de broder, de tri- « coter, de faire de la tapisserie, des fleurs artificielles, « du filet (ouvrages à mailles), des scapulaires, des a chapelets..., pour éviter l'ennui; et on se rendrait o également coupable, quand bien même on ne tract vaillerait que dans l'intention de donner son travail, « soit à une église, soit à une communauté, ou de « distribuer aux pauvres le profit qu'on en retirerait, « parce qu'une pareille intention, quelque louable « qu'elle soit en elle-même, ne saurait changer la « nature des œuvres dont nous venons de faire Venu- « mération \ » Cette doctrine nous a toujours paru très-fondée.
1 Explication du catéchisme, par M. Quittais, t. II, leçon 15. L'auteur d'une nouvelle explication du catéchisme de Rodez, le père Gury, dans sa Théologie morale, le rédacteur des Conférences d'Angers et plusieurs autres écrivains également instruits, donnent les mêmes décisions ; saint Alphonse de Liguori raisonne d'après les mêmes principes, dans sa Théologie morale. Ce saint observe toutefois que, dans ces sortes d'ouvrages, il faudrait un temps plus long que dans les œuvres serviles ordinaires pour que le péché devint mortel.
Les travaux de broderie, la confection des fleurs arficielles et les autres travaux de cette nature, présentent en effet le caractère de l'œuvre servile. Le dessin d'une broderie est une œuvre toute d'intelligence; c'est une conception des formes que l'objet doit revêtir pour être selon les règles de l'art; mais l'exécution ou la confection du travail, d'après un dessin donné, est plus mécanique qu'intellectuelle. Le corps a plus de part que l'esprit à ces sortes de travaux. S'il faut une certaine mesure d'habileté pour bien les exécuter, il n'en faut certainement pas moins, il en faut beaucoup plus pour en exécuter d'autres que l'on ne permettrait pas assurément de faire le dimanche. Ajoutons que ces travaux ne sont pas destinés à la culture de l'esprit, mais au bien-être du corps; ils consistent à confectionner des vêtements ou à préparer des ornements de salon... Il est vrai que des personnes d'une condition élevée s'en occupent dans leurs loisirs, et y trouvent un sujet de distraction, mais ils n'en sont pas moins, considérés en eux-mêmes, l'exercice d'une profession mécanique.
Nous ne sommes donc pas surpris que les hommes instruits, ceux mêmes qui sont connus pour leur éloignement des doctrines sévères, se soient accordés à mettre ces travaux au nombre des œuvres serviles; et nous croyons que, dans un temps où la loi du dimanche est si peu respectée, il y a de graves inconvénients à ce qu'une coutume contraire à ces maximes s'introduise dans les familles chrétiennes.
Le motif qui a porté l'Église à interdire les œuvres serviles lui a fait également prescrire la suspension de deux sortes d'affaires d'une nature différente, mais
qui ne sont pas moins incompatibles avec le recueillement de la prière et la sanctification du dimanche: ce sont les débats judiciaires et la commerce. Relativement aux exercices des tribunaux, l'Église a défendu tout ce qui exige les travaux tumultueux du palais, comme la citation des parties, les plaidoyers et les jugements. Les législateurs des pays chrétiens ont respecté généralement cette loi qui est entrée dans nos mœurs, et, sauf de rares exceptions que la nécessité des circonstances peut justifier» il y a vacance pour les tribunaux les jours de fêtes d'obligation. En ce qui concerne le commerce, l'Église interdit généralement la fabrication, le transport et la vente des marchandises. S'il s'élève des doutes sur la nature de certains travaux, pour déterminer s'ils sont compris dans les défenses de l'Église, on peut s'adresser aux supérieurs ecclésiastiques ; c'est à eux qu'il appartient d'éclairer à cet égard les fidèles, et de leur faire discerner les coutumes légitimes de ce qui est un abus ; ce que l'Eglise autorise et ce qu'elle condamne.
Qu'on ne nous dise pas que l'Église s'immisce à tort dans les affaires de l'État et de la famille, quand elle ordonne de suspendre l'exercice de la justice, les travaux de l'industrie et les œuvres serviles. L'Église ne déroge aux droits et ne blesse les intérêts de personne; elle rappelle à tous la loi du Seigneur, qui veut qua l'on consacre à son culte un jour de la semaine; elle leur fait connaître les travaux et les occupations dont ils doivent s'abstenir ce jour-là pour le sanctifier, et une expérience de dix-huit siècles leur montre qu ô cette loi, bien loin d'être funeste à leurs intérêts, ne peut que contribuer à leur bonheur.
OBSERVATION DU DIMANCH8 167
r L'Église a incontestablement reçu de Notre-Seigneur le pouvoir de régler le culte extérieur, et d'imposer à la conscience des fidèles les observances qu'elle juge convenables pour leur sanctification; elle a donc le droit, non-seulement de maintenir l'observation du dimanche, mais aussi d'établir des fêtes. Cependant, comme l'esprit de Dieu qui la conduit mène toutes choses avec une sagesse et une modération admirables, l'Église a prescrit autrefois aux premiers pasteurs de n'établir de nouvelles fêtes qu'après avoir pris l'avis des magistrats et s'être concertés avec eux pour sauvegarder les intérêts de l'agriculture et du commerça. Elle a même, en bien des occasions, accueilli la demande qui lui a été faite, par les gouvernements , de diminuer le nombre des fêtes. C'est ainsi qu'en France, lors du concordat passé entre le Saint-Siège et le premier consul, le pape Pie VII, réduisit le
.nombre des fêtes que l'on célébrait en France avant laRévolution, et permit qu'on ne retînt comme obligatoires, en dehors des dimanches, que les fêtes de Noël, de l'Ascension, de l'Assomption et de la Toussaint.
Qui nous donnera de voir le dimanche, et ce petit nombre de fêtes qui nous restent, sanctifiés par une fidèle observation des lois de l'Église ! Malheureusement le jour que le Seigneur s'est choisi, et que nos P^es avaient célébré avec tant de respect pendant une longue suite de siècles, le dimanche est profané avec scandale dans une grande partie de nos provinces, et c & désordre, qui ne se faisait d'abord remarquer que ™s les villes industrielles, a passé même dans les campagnes; il se propage parmi les hommes des
champs , dont il tend à altérer profondément les mœurs.
Pour justifier cette violation du dimanche, on invoquerait en vain les nécessités du commerce ou de l'agriculture. Il n'y a pas de nation au monde où l'industrie ait fait plus de progrès, et développé une activité aussi prodigieuse que l'Angleterre ; cependant l'Angleterre donne l'exemple d'une observation sévère du dimanche. On n'y voit dans ce jour ni atelier, ni bureau, ni comptoir ouverts, ni étalage de marchandises: on n'entend pas le bruit des machines destinées à la fabrication; tout ce mouvement qui, dans le cours de la semaine, agite des millions de bras, se trouve instantanément suspendu; il y a une trêve complète pour les affaires. L'industrie ne demande donc pas un travail sans relâche. L'agriculture ne le demande pas non plus. Pendant cette longue suite de siècles où les nations chrétiennes ont respecté la loi du dimanche, * a-t-on remarqué qu'il en résultât quelque détriment pour la fortune publique ou pour le bien-être des familles? Les hommes se sont-ils jamais appauvris pour mettre un jour de repos parmi les jours de la semaine? Non, certainement : aujourd'hui ce qui appauvrit les familles, ce sont les excès du luxe, les habitudes immorales, l'appétit insatiable des plaisirs sensuels : voilà le gouffre où vont s'abîmer chaque semaine les produits du travail d'un trop grand nombre d'ouvriers qui, à la suite de leurs excès, n'ont pas un morceau de pain à donner à leur femme et à leurs enfants. La religion seule peut apporter un remède à ces maux; ce n'est que par elle que l'on relèvera ces âmes qui, dans leur abrutissement, ne vivent plus qu°
pour les sens. Sans dimanche, la religion est nulle pour elles ; le dimanche bien gardé les rapprochera de Bien, il leur donnera des habitudes nouvelles.
II. Voilà ce que l'Église s'est proposé en prescrivant le repos du dimanche ; elle n'a interdit certaines œuvres que pour nous appliquer avec plus de liberté et de calme aux saintes pensées de la religion, et à des exercices de piété qui glorifieront Dieu et serviront à notre sanctification.
Elle a déterminé en particulier l'assistance au sacrifice de la messe, comme l'exercice qui doit sanctifier le dimanche.
Il était bien convenable que ce fût au pied des autels, sur lesquels est immolée l'hostie de propitiation, que les fidèles vinssent, les dimanches et fêtes, remercier Dieu de ses bienfaits, solliciter des grâces nouvelles et se retremper dans la pureté de l'esprit chrétien. Ils doivent se rendre à l'invitation qui leur est faite, avec un pieux empressement, dès que le son de la cloche les avertit, et arriver dès le commencement, au moment où le prêtre prononce les premières prières qui préparent au saint sacrifice : ils ne doivent se retirer que lorsque le prêtre leur donne la bénédiction, en leur annonçant que tout est consommé.
L'obéissance aux volontés de l'Église et le respect pour tes saints mystères demandent cette régularité; car lorsqu'il nous est ordonné d'assister à la messe, ce n'est pas à telle partie de la messe, mais à la messe tout entière, à toutes les parties de la sacrée liturgie, que l'Église veut que nous assistions. On serait obligé d'entendre une seconde messe dans le cas où l'on aurait manqué d'assister depuis l'Évangile, ou du
170 TEOISIÈWB COMMANDEMENT
moins, comme le pensent plusieurs docteurs, depuis TOfiertoire , et dans le cas encore où Ton s'absenterait pendant les parties essentielles du sacrifice. L'on commet néanmoins toujours une faute, quand, sans un motif raisonnable, on n'assiste pas entièrement à la sainte messe.
Le respect dû aux saints mystères demande autre chose qu'une simple assistance; il veut une assistance modeste, recueillie, pieuse. Une peut souffrir que Ton se laisse aller à des distractions volontaires, que Ton s'occupe de tout autre chose pendant que Jésus-Christ s'offre sur l'autel, et que l'Église est en prière pour nous. Être volontairement distrait pendant une partie notable de la messe ou ne pas y assister, c'est au fond la même chose ; on ne satisfait pas plus dans un cas que dans l'autre au précepte de l'Église* C'est une faute que Ton ne peut réparer qu'en assistant à une autre messe, s'il en est temps encore, car l'on n'a réellement pas accompli la loi.
Quant au lieu où l'on doit entendre la messe les dimanches et les fêtes, il n'y en a pas de plus convenable que l'église d,e là paroisse, et les fidèles sont exhortés à assister de préférence, autant qu'ils la peuvent, à la messe paroissiale. C'était autrefois une loi commune que les fidèles suivissent leur propre pasteur, et assistassent les dimanches aux saints mystères célébrés par lui. Cette discipline a été modifiée depuis plusieurs siècles, à l'occasion des privilèges que quelques ordres religieux ont obtenus-du Saint- Siège, de recevoir dans leurs chapelles les fidèles qui se présentent pour y assister aux offices. On s'habitua dès lors à entendre la messe ailleurs que dans l'église
^ de la paroisse, et ce qui n'avait été accordé que par exception, en faveur seulement de quelques communautés religieuses, donna lieu à un usage qui s'est insensiblement introduit dans la plupart des provinces* Il n'en est pas moins dans l'esprit de l'Église que les fidèles continuent d'assister à la messe qui est spécialement offerte à Dieu pour eux, qu'ils viennent unir leur prières à celles de leur curé et recevoir ses ins- Iructions.
Il n'y a pas d'autre exercice de religion que l'Église ait déterminé en particulier pour la sanctification du dimanche ; mais elle nous recommande à tous de consacrer une partie de la journée au service de Dieu.
« Le jour du Seigneur, dit saint Grégoipe le Grand, « il faut suspendre le travail terrestre, et s'appliquer « tout entier aux exercices de la prière, pour expier « par ses prières les négligences que l'on peut avoir à « se reprocher pendant la semaine, » L'un des suc-
£ cesseurs de ce saint pontife, Nicolas 1 er , rappelle le même conseil, et dans les mêmes termes, aux fidèles de Bulgarie qui l'avaient consulté, et il ajoute : a 11 « faut bien savoir qu'il a été ordonné pour le dimanche « de s'abstenir des œuvres serviles, afin que le chré- « tien ait plus de liberté d'aller à l'église, d'assister « aux chants des psaumes, des hymnes et des canti- « ques, de vaquer à la prière, de communier à la « mémoire des saints, de s'exciter au bien par le sou- « venir de leurs exemples, d'entendre les instructions, « de distribuer des aumônes aux pauvres *. »
Les hommes s'occupent si peu pendant la semaine
1 Saint Grégoire, Ép. 9 liv. II, 3'; Nicolas I*', Maponte aux coti^ tullation* des Bulgares.
de Dieu et de leur sanctification, que si le dimanche, à part les quelques moments que demande l'assistance à la sainte messe, ils ne se livrent qu'à des amusements ou à des occupations mondaines, ils ne témoignent ni zèle pour les intérêts de Notre-Seigneur, ni estime pour les choses du ciel; ils n'auront qu'une bien faible vertu qui ne résistera pas probablement aux tentations. Il y a une loi supérieure, loi imprescriptible, qui nous oblige de nous instruire convenablement i de la doctrine chrétienne, et de nous affermir dans l'amour de Dieu contre les dangers du siècle : or, combien de fidèles n'ont pas d'autres moyens de s'instruire et de s'affermir dans la vie chrétienne que celui que leur offre le dimanche, par les instructions publiques et par les saints offices t
Il est très-permis, assurément, de se procurer d'honnêtes délassements, de visiter des parents ou I des amis, de s'occuper d'études ; mais, si l'on veut j entrer dans l'esprit de l'Église et n'avoir pas à se * reprocher une négligence qui peut avoir des conséquences funestes dans l'affaire du salut, il faut régu- j lièrement ne pas se contenter d'entendre la messe; il faut assister à quelques parties des saints offices, comme aux vêpres et au salut, ou faire d'autres œuvres de piété.
§ 3. — RAISONS QUI PEUVENT DISPENSER DE i/OBSKRVAflOK DU DIMANCHE ET DBS FÊTES.
Quelque grave que soit le précepte de la sanctification du dimanche, il peut survenir des circonstances qui dispensent de l'observer, soit en ce qui concerne
r l'assistance à la sainte messe» soit en ce qui touche aux œuvres interdites.
I. La maladie, la nécessité de donner des soins assidus à un malade, le trop grand éloignement des lieux, les voyages qui ne laissent pas la liberté de s'arrêter, et d'autres circonstances semblables, peuvent empêcher légitimement d'entendre la sainte messe.
Il y a dans l'appréciation de ces diverses causes une latitude morale; il ne nous conviendrait pas d'entrer ici dans trop de détails, et de vouloir préciser tous les cas où il y aurait lieu à une dispense. Une seule observation suffira. L'Église ne veut pas nous rendre trop onéreuse l'observation de ses commandements ; elle veut cependant que, considérant l'assistance à la sainte messe à son vrai point de vue, comme une obligation sérieuse, nous n'y manquions que dans les cas où nouscroyonsconsciencieusementqu'ilnous est morale- * ment impossible de faire autrement. Dette observation s'applique également à la suspension des œuvres servîtes.
Indépendamment de l'exercice de certaines professions que l'usage a depuis longtemps autorisé pour le service public, des nécessités particulières peuvent en bien des cas justifier le travail du dimanche. Les pauvres qui n'ont pas d'autre moyen de se procurer la nourriture de chaque jour, les hommes de la campagne qui voient leurs récoltes menacées par le mauvais temps s'ils ne se hâtent de les renfermer, des ouvriers employés à un travailurgent, sont dispensés de la loi; mais, pour ne pas se tomper, il est convenable qu'ils consultent, autant que possible, leur pasteur.