AUTORITÉ BANS LA SOCIÉTÉ CIYILB
faut un lien qui unisse les hommes, il faut une puissance morale qui les domine, et qui, tout en protégeant les intérêts individuels contre la violence extérieure, dirige chaque membre vers un but commun, et maintienne ainsi Tordre public. Or ce lien, cette puissance morale, c'est l'autorité. L'autorité est donc l'élément essentiel de toute société ; elle existe par la nature des choses ; les hommes ne la créent pas ; ils l'acceptent comme condition première et fondement de l'ordre social.
Pour nous convaincre encore plus de l'origine divine du pouvoir, considérons l'action qu'il exerce sur les consciences. Rien ne serait aussi avilissant pour l'homme, rien d'ailleurs n'offrirait moins de sécurité pour le repos des peuples que le pouvoir, si on le confondait avec la force matérielle qui fait plier les corps, et qui demeure sans action sur les âmes. S'il en était -teainsi, les hommes ne devraient ni le respect ni l'obéissance, bien moins encore l'amour, au pouvoir public ; ils seraient en droit de se soustraire par la ruse ou par la violence à ses prescriptions, toutes les fois qu'ils croiraient avoir quelque intérêt à le faire. La rébellion serait une imprudence, s'il n'y avait pas de chance de succès ; mais ce ne serait pas un crime, puisque l'obéissance ne serait pas un devoir.
La raison condamne ces conséquences. Elle condamne par conséquent le principe d'où elles sortent. Le pouvoir est autre chose que la force; c'est un droit qui étend son action sur les consciences. Mais un droit de cette nature peut-il venir d'ailleurs que de Dieu seul? N'est-ce pas Dieu seul qui, par le domaine absolu qu'il a Sur l'homme tout entier, commande à
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ses volontés et lui impose des lois qui pénètrent dans le sanctuaire delà conscience 2 Les hommes sont tous -égaux par nature : celui qui rencontre dans son voisin plus de sagesse, ou de fortune, ou de force, sera libre de recourir à lui pour en recevoir secours et protection ; mais il ne se croira pas lié envers lui, et, s'il lui plaît de s'adresser à d'autres ou s'il croit pouvoir se suffire à lui-même, il sera en droit de suspendre ses rapports avec cet homme. Sa volonté demeurera aussi libre et indépendante pour rompre ce lien qu'elle l'avait été pour le former. Si une parole donnée, si un engagement pris, impose à la conscience une obligation qu'il ne dépende pas de noms de rompre, c'est qu'au-dessus de nous et de celui envers lequel nous nous engageons, se trouve Dieu qui accepte, qui sanctionne de son autorité souveraine ces obligations, et qui, en les sanctionnant, nous commande de les observer. Voilà le vrai et l'unique principe du de- ^ voir ; voilà la source d'où procède originairement l'autorité.
Nous sommes donc ramenés par la réflexion au principe proclamé par saint Paul : Il n'y a pas de puissance qui ne vienne de Dieu. Doctrine admirable qui seule assurerait le repos et le bonheur des peuples, si elle était mieux connue et plus respectée I... Elle rend les dépositaires du pouvoir humbles dans leur élévation, bons et circonspects dans l'exercice de leurs droits; car, se considérant comme les ministres,^ lieutenants, les représentants de Dieu, dans l'ordre temporel, ils ne gouverneront que pour le bien ; ils su proposeront constamment l'intérêt commun* et ils auront un amour paternel pour le peuple qui leur est
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Confié. Elle relève et sanctifie l'obéissance; le chrétien qui a le secret de son origine céleste et de ses immortelles destinées se croirait humilié s'il obéissait à un autre qu'à Dieu ; il obéit volontiers, quand la foi lui montre dans l'autorité publique une délégation divine, quand elle lui fait contempler l'image de Dieu empreinte sur le front du souverain.
Nous devons à cette doctrine l'heureuse révolution qui s'est opérée dans les mœurs ; et il n'a pas tenu à l'Église que la transformation de la société ne fût plus, complète. Du moins a-t-elle fait tout ce qui était en elle pour affranchir les consciences, pour relever lésâmes, etea même temps pour maintenir le principe de l'autorité divine confiée aux pouvoirs politiques. On le vit surtout à l'époque des persécutions, quand elle eut à se maintenir contre la forée brutale qui avait juré son extermination. « Du fond des catacombes où la perséi «cution force l'Église à ensevelir son existence et ses ^mystères, elle fait monter vers le ciel ses prières « pour les princes persécuteurs. Elle reconnaît, elle « proclame l'autorité des Césars jusque sur les écha- «fauds, où elle meurt pour Jésus-Christ Si l'on y re- « garde de près, ce ne sont pas les droits seulement do « la liberté et de là conscience humaine, c'est le titre « divin du pouvoir que les martyrs écrivent avec leur «sang. Ces violences inouïes qui ne soulèvent chez, ft les chrétiens aucune résistance, les horribles tortures qu'Us acceptent , qu'ils endurent, sans laisser « échapper un murmure, manifestent l'héroïsme d'une
* double obéissance. Le corps à César, l'âme, à. Jésus- « Christ. La souveraineté de César et de Jénue-Chxist
* ^paraît et triomphe également dans ces miraculeux
« combats. Si vous voulez vous convaincre que ce que
« nous disons n'est réellement que l'expression de « Tâme de l'Église, dans cet âge héroïque, lisez l'ada mirable réclamation adressée à l'empereur par les « martyrs de la Légion thébainne, ou mieux encore « ouvrez l'Apologétique de Tertullien. A côté des tait bleaux où les souffrances des chrétiens et la cruauté « des tyrans sont retracées avec des couleurs dont l'é- « nergie ne saurait être surpassée, vous trouverez des «protestations non moins éloquentes contre toute « pensée de révolte. Tertullien résume en un mot, que « l'adulation n'aurait pas su trouver, toute la doctrine « de l'Église sur l'obéissance due aux princes, en l'ap- « pelant la religion de la seconde majesté*. »
L'Église, en enseignant que tout pouvoir vient originairement de Dieu, n'a jamais dit que Dieu eût déterminé pour chaque peuple la forme de l'autorité souveraine, ni choisi la personne, la famille, ladynas-^ tie à qui elle devait être confiée. '
Rien de si variable que les formes politiques du pouvoir; elles dépendent des mœurs, des intérêts, de l'élection populaire, des guerres, et de mille autres événements. L'Église se soumet à toutes ces formes, elle les accepte toutes, elle recommande le respect et I l'obéissance à l'autorité constituée. Ce n'est pas qu'à ses yeux tout soit bien, ni que tout ce qui réussit soit légitime, qu'il n'y ait pas une distinction entre le fait et le droit 1 ; mais elle laisse faire la Providence, j
1 Instruction pastorale de Mgr l'évoque d'Amiens sur le P° u ~ voir (année 1853).
* Notre saint-père le Pape a flétri, dans des lettres apostolique* publiées en 1864, cette doctrine immorale que Ton désigne sou*