SUICIDE
I. Le commandement : Tu ne tueras pas, n'interdit pas moins rigoureusement le suicide qu'il ne défend^ d'attenter à la vie du prochain.
La vie nous est d'autant plus précieuse qu'elle nous est donnée de Dieu pour mériter un bonheur éternel, par le bon usage que nous en aurons fait. Elle est plus longue pour les uns, plus courte pour d'autres, selon les vues de la Providence, qui dispose toutes choses, même les événements en apparence les plus fortuits, pour l'accomplissement de ses desseins. Dieu, sans la permission duquel un cheveu ne tombe pas de notre tête, a compté nos moments, assignant à chaque individu un nombre déterminé de jours pour ses épreuves.
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Celui qui, entraîné par de funestes passions, découragé par les revers de ce monde, ou égaré par toute autre cause, se donne volontairement la mort» commet donc un très-grand crime : crime de lèse-majesté à l'égard de Dieu, dont il usurpe le droit ; crime énorme contre lui-même, puisqu'il perd éternellement son âme en détruisant son corps. L'Église nous montre l'horreur que lui inspire cet attentat en privant de la sépulture chrétienne le corps de ce malheureux.
Quelle est donc la cause des suicides, devenus si fréquents?... Cornaient l'homme, si désireux de son propre bonheur, peut-il être poussé à détruire son existence? Est-ce un moment de folie, est-ce un égarement momentané de la raison qui ne permet pas de refléchir, et qui ôte la liberté morale de l'acte? Cela peut être quelquefois ; mais la cause la plus ordi- ■ naire est l'affaiblissement ou la perte de la foi. *4| Gelui qui ne croit pas en Dieu, celui qui s'estime I assez peu lui-même pour penser que sa mort sera semblable à celle d'un animal, et que tout périt avec le corps, ne tient pas beaucoup à conserver sa vie, quand il souffre, ou qu'il se sent malheureux. S'il n'a que des croyances spéculatives; s'il a perdu la confiance en Dieu, s'il ne se repose pas sur la divine Providence, il n'aura pas non plus le courage de supporter les peines de la vie présente, quand elles pèseront durement sur lui ; il se dégoûtera d'une existence qui ne hii présente que des ennuis, des amertumes, des privations, des douleurs, sans espérance d'amélioration. La pensée de Dieu, la crainte de ses jugements l'arrêterait; l'idée de sa bonté, l'espoir en ses miséricordes, relèverait son courage abattu, s'il se souvenait
qu'il a un père dans le ciel... Mais, pour son malheur, il ferme les yeux à cette lumière et son cœur à cette confiance, et il succombe dans sa faiblesse.
Le 'vrai chrétien a plus de fermeté, parce qu'il connaît Dieu, et qu'il s'estime lui-môme ce qu'il vaut. La foi, la soumission aux ordres de la Providence, l'espérance d'un avenir éternel, lui ôtent jusqu'à la pensée du suicide ; elle fait plus, elle lui fait éviter avec soin toute faute, toute imprudence qui pourrait prévenir les moments marqués pour ses épreuves; il ne veut sortir de ce monde que quand Dieu l'en retirera, l'appelant du lieu de son pèlerinage à sa véritable patrie.
Il y a des circonstances qui nous imposent le devoir de nous exposer à la mort ; tels sont les cas où il faudrait défendre notre pays contre l'ennemi, ou nous dévouer au salut de nos frères pendant une maladie contagieuse : il en est d'autres dans lesquelles un pareil dévouement, sans être impérieusement commandé, serait néanmoins inspiré par la charité, par la reconnaissance ou par quelque autre vertu. Nous pouvons alors faire un généreux sacrifice de notre vie, non pas en nous donnant la mort, ce qui n'est pas permis, mais en nous exposant au péril de la mort. C'est ainsi que les martyrs ont souffert pour rendre témoignage à Notre - Seigneur ; c'est ainsi que, dans les pays chrétiens, partout où on a vu des villes infestées de maladies contagieuses, on a vu aussi des évoques, des prêtres, de simples fidèles, s'empresser auprès des malades pour leur prodiguer les soins spirituels et temporels que leur état réclamait. C'étaient des martyrs de la charité.
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Le monde a aussi ses martyrs du patriotisme et de la gloire : ce sont les militaires qui affrontent les plus grands dangers, et qui s'exposent môme à une mort inévitable quand le salut du pays le demande. Il y a de la grandeur dans une telle bravoure ; nous l'admirons surtout dans le soldat chrétien qui offre à Dieu le sacrifice de la vie qu'il va perdre, pour soutenir la cause de la patrie : cette vie n'est point perdue pour lui, et au delà du tombeau lui est réservée une gloire impérissable. Mais, si l'homme qui s'expose ainsi à la mort pour son pays n'est animé que d'un enthousiasme humain ; s'il ne poursuit que la gloire d'ici -bas, une distinction, un avancement, une mention honorable dans un rapport officiel, dans l'histoire, je ne sais si nous dçvons l'admirer, ou plutôt je dirai qu'il y a dans ce sacrifice une grande vanité. Il offre à des illusions ce qu'il a de plus cher au monde : sa propre vie. Et, en effet, quelle gloire réelle ou quelle récompense peut-il recevoir du monde pour le sacrifice de sa vie? Une fois descendu dans le tombeau, le monde ne lui est rien, le monde l'aura bientôt oublié ; et, s'il était du très-petit nombre de ceux dont l'histoire conserve le souvenir, et auxquels même la postérité érige des statues, que sera-ce donc pour lui qu'une page dans l'histoire, ou une statue de marbre sur une place publique?
Le chrétien estime trop sa vie pour la sacrifier à si peu de chose : il^era tout aussi courageux qu'un autre; il le sera plus encore, puisqu'au sentiment naturel de l'amour de la patrie viennent se joindre la pensée d'un devoir de conscience et la perspective
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d'une gloire éternelle; mais c'est à Dieu et pour Dieu qu'il sacrifiera son existence.
IL Nous Tenons de désigner quelques circonstances dans lesquelles l'homme doit s'exposer au péril de mort : s'il nous fallait étudier à fond cette matière, nous aurions à examiner s'il lui est permis de eourir ce danger, alors même que nulle loi ne l'y oblige. Ainsi, pour donner des exemples, le malade est-il tenu de subir des opérations très-éouloureuses ou de prendre des remèdes très-dispendieux, si ces opéra- , lions ou ces remèdes sont jugés nécessaires à la conservation de sa vie ? ou bien peut-il se résigner à la j mort pour s'épargner la douleur d'une opération, ou pour évitera sa famille des dépenses ruineuses?... i Bien des questions analogues se présentent à l'esprit; on peut faire des suppositions à l'infini, et poser des j problèmes difficiles à résoudre. 4
Le principe général est que :nows devons, par res- ^ pect pour la divine Providence, profiter du temps qu'elle nous donne pour les épreuves de la vie pré- i sente : c'est par conséquent pour nous une obligation de conserver la vie, autant qu'il dépend de nous, en j usant à cet effet des moyens ordinaires. L'obligation devient plus grave encore si notre conservation est nécessaire, ou du moins très-utile, soit à la société, ' soit à notre famille. Mais, si nous ne sommes point nécessaires aux autres , et que d* ailleurs nous ne puissions obtenir une prolongation de nos jours qu'en nous résignant à souffrir d*s douleurs extraordinaires, ou à recourir à des moyens qui sorte»* de l'ordre commun, nous ne pécherons pas contre les lois divines en laissant la maladie suivre son cours-
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