LE SCANDALE
La vie naturelle, cette vie qui résulte de l'union de l'âme et du corps, nous a été donnée de Dieu en me de la vie surnaturelle de la grâce, car nous ne sommes dans ce monde, nous n'avons été créés que pour connaître, aimer et servir Dieu ici- bas, et pour nous préparer, par ce moyen, aie voir et^ à l'aimer éternellement dans le ciel.
De la distinction de ces deux vies et de la supériorité incontestable de la vie surnaturelle, il est facile de conclure que le cinquième commandement : Tu ne tueras pas, nous défend bien plus sévèrement l'homicide et le suicide spirituels.
La mort naturelle n'est pas un mal absolu. Nous devons tous mourir, les uns plus tôt, les autres plus tard : tous nous arrivons inévitablement à ce terme ; Vtfi un accident imprévu vient nous surprendre, il n'avance que d'un petit nombre de jours le moment où, d'après la loi générale, nous devions cesser do vivre ici-bas. D'ailleurs, cette mort n'est qu'une suspension momentanée de la vie humaine, puisque nos âmes continuent à vivre, puisqu'il doit venir un jour où elles seront réunies de nouveau au corps qu'elles ont animé.
Il en est tout autrement de la vie surnaturelle ; la perte de cette vie est un mal extrêmement grave ; il n'y a pas, il ne peut y avoir un malheur plus grand pour une créature que d'être séparée de Dieu, et ce mal devient irréparable si l'homme est surpris en état de péché mortel au moment où il sort de ce monde pour paraître devant son juge.
Il faut dooc considérer comme un véritable meurtre le scandale que Ton donne au prochain en le portant, par de mauvais conseils ou par de mauvais exemples, à des péchés mortels. Si le sang d'Abel éleva la voix vers le trône de Dieu, pour demander vengeance du crime de Gain, l'âme qui par suite d'un scandale aura perdu la vie éternelle, ne criera-t-elle pas plus énergiqueraent pour se plaindre de son meurtrier?... Voilà pourquoi les saints pasteurs sont animés d'un si grand zèle pour la sanctification des pécheurs ; voilà pourquoi les vrais fidèles, véritablement animés de Dieu, sont disposés à sacrifier leur corps plutôt que de souiller leur conscience. Le péché esta leurs yeux un suicide moral : l'âme se tue elle-même quand elle se prive de l'amitié de Dieu, source unique de la véritable vie.
Ce que nous avons dit du scandale en parlant de la charité, et les réflexions que nous serons amené si faire dans la suite sur le péché, nous dispensent d'insister sur ce point qu'il suffit d'indiquer , pour montrer l'étendue du cinquième commandement.