LEÇON XIII
sixième commandement. — ftalnteté des ntoeors cnré tiennes.
De tous les biens que l'homme peut posséder, il n'en est pas de comparable à l'innocence des mœurs, si Ton en excepte les dons de la grâce, qui sont les pre- [ miers éléments de la vie spirituelle. Il ne faut pas être ^Surpris si Dieu, qui nous a d'abord ordonné de respecter la vie du prochain, nous défend, aussitôt après, de blesser la pureté de ses mœurs.
Le sixième commandement, qui exprime cette défense, est beaucoup plus étendu qu'il ne le parait d'abord, d'après les termes dans lesquels il est conçu. Il nous prescrit à tous de nous conduire, que nous soyons seuls ou avec d'autres, selon les règles de la modestie chrétienne, et d'éviter avec soin, dans notre conduite, tout ce qui blesserait le respect religieux que nous devons nous porter à nous-mêmes, depuis surtout que nous sommes devenus les temples du Saint-Esprit. Il nous ordonne par conséquent de veiller sur nousmêmes, et de nous écarter des occasions périlleuses qui nous exposeraient à pécher eontre la pureté. cours d'instr. m. l&
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§ 1. — CE QUE DÉFEND LE SIXIÈME COMMANDEMENT: REGARDS, PAROLES, ACTIONS CONTRAIRES A LA PURETÉ DES MŒURS.
I. Le chrétien ne comprendra jamais assez à quelle dignité Dieu a daigné l'élever. Son âme est admirablement belle quand elle est vivifiée par le Saint-Esprit; elle a les plus hautes destinées, puisqu'elle doit s'associer aux esprits célestes pour contempler les beautés infinies de Dieu, qu'elle verra face à face et qu'elle louera éternellement.
Le corps participe à la sainteté de l'âme, comme il aura part à sa gloire, lorsque s'accomplira le mystère de la résurrection. En attendant, il est consacré par des bénédictions qui l'ont rendu le temple de Notre-Seigneur, et ses membres sont les instruments du Saint-Esprit, le Saint-Esprit aidant l'âme à s'e^1 servir pour vivre dans la sainteté de sa vocation. L'A- ' pôtre saint Paul, qui voulait rendre cette pensée familière aux fidèles, la leur rappelle très-fréquemment dans ses épttres : « Ne savez-vous pas que vos « membres sont le temple du Saint-Esprit qui est en « vous ? Glorifiez et portez Dieu dans votre corps. Le « temple de Dieu, qui est vous-mêmes» est saint; si « quelqu'un le viole, Dieu Je perdra l . »
Que nous recommande le Saint-Esprit par ces paroles ? Comment le fidèle glorifiera-t-il Dieu dans son corps?.,. Ce ne peut être que par un respect religieux que chacun de nous doit porter à son corps, et par le
' I- Ép. aux Corinthien?, in, 17; vi, JMQ»
CE QUI EST DÉFKNDU PAR LB VI e COMMANDEMENT 259
sein que noue aurons d'en diriger tous les mouvements selon la loi de Dieu et les règles de la bienséance chrétienne. Il faut pour cela suivre invariablement deux principes : 1° éviter les regards, les paroles et les œuvres contraires à la pureté; 2° soumettre le corps à la direction de l'esprit.
Un sentiment naturel de ce qui est bien, et, mieux encore, une sorte d'instinct chrétien, nous avertit de ne pas porter nos yeux inconsidérément, curieusement sur des objets qui ne sont pas convenables.
C'est donc pour nous un devoir de détourner la vue de ces statues et de ces peintures indécentes que la corruption des mœurs a tant multipliées, de ne nous permettre jamais ces regards trop libres sur nousmêmes ou sur d'autres, qui inspirent de mauvaises pensées, provoquent des désirs coupables. Veillons ^ sur nos regards pour que nulle mauvaise impression *e vienne du dehors altérer l'innocence du cœur, et que dans nos yeux se réfléchissent la candeur et la sérénité de l'âme.
Nos lèvres et notre langue ont été consacrées à Keu par le baptême ; la chair de l'Agneau sans tache est venue s'y reposer souvent par la sainte Eucharistie ; notre langue a été sanctifiée par les louanges de Dieu; gardons-nous de la souiller par de mauvaises paroles; car ce serait une profanation. Qu'on n'entende pas parmi, vous, dit l'Apôtre saint Paul, de paroles déshonnêtes, ni de paroles bouffonnes, inconsidérées, qui ne conviennent pas l . Il condamne ainsi les chansoos, les romances qui respirent un amour
1 Aut turpitude, aut stultUoquium, ont scurrUUcu, quœ ad rem *onpertinet. Ép. aux Éphésiens, y, 4.
impur, des plaisanteries équivoques qui laissent dans l'âme des idées ou des images malsaines. Ces paroles sont d'autant plus coupables, qu'elles sont dites devant un plus grand nombre de personnes, et surtout devant des personnes sur lesquelles elles pourraient produire un effet plus funeste, en les détournant de Dieu, pour les porter au mal.
Dieu, qui défend les mauvais regards et les paroles déshonnêtes, défend plus sévèrement encore, par le sixième commandement, les actions que l'on oserait se permettre sur soi-même ou sur d'autres, contre la sainteté des mœurs ; l'Apôtre saint Paul, que nous venons de citer, ne veut pas môme qu'il soit fait mention de ces œuvres honteuses, qu'il appelle des immondices ', parce qu'il ne convient pas à des chrétiens de s'en entretenir. Il faut que tout dans nos mœurs soit conforme à l'ordre do la divine Providence ; que Tusage de nos membres, nos gestes, nos actions soient réglés d'après l'Évangile. Ce que nous ne voudrions pas faire devant une personne respectable, ce qui nous causerait un sentiment de honte, nous ne nous le permettrons nulle part, ni jamais, que nous soyons seuls ou en compagnie, parce qu'il n'y a pas de lieu ni de situation où nous ne soyons sous les yeux de Dieu que nous devons infiniment respecter; de Dieu qui nous voit partout et qui nous juge.
IL Pour éviter plus sûrement ces regards, ces paroles, ces actions condamnés par la loi de Dieu; pour conserver l'innocence des mœurs, il est nécessaire de soumettre le corps à l'esprit; c'est le second principe
» OmnieimmundiHa née nominetur in vobù, sicut deeet *«**»• Ep. aux Ephésiens, v, 3.
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que nous avons posé. Depuis le moment où l'homme s'est révolté contre Dieu, il a senti que le corps se révoltait contre Pâme; c'est un juste châtiment de sa désobéissance. Il ne méritait plus de conserver l'empire sur ses sens, après avoir osé se soustraire luimême à l'empire de Dieu. Il y eut donc dès lors, pour nous servir des expressions d'un Apôtre, une lutte de l'esprit contre la chair et de la chair contre l'esprit; l'esprit voulut ressaisir les rênes du commandement, et la chair, opposant des résistances à la direction de l'esprit, porta le trouble dans la partie la plus élevée de l'âme.
Nous ressentons tous les jours en nous ce désordre. L'homme veut-il s'élever à la contemplation des Tentés célestes, les faiblesses, les infirmités de la chair l'inclinent vers la terre. Veut-il entreprendre ^ une œuvre laborieuse, donner à une affaire sérieuse, Idans l'ordre du salut, des soins assidus ; il se sent arrêté par la chair, qui se plaît dans le repos, qui souffre du travail. Veut-il s'unir à Dieu en s'éloignant des choses sensibles, l'amour du plaisir le retient et le captive.
Cependant gardons-nous bien de croire que l'àme soit assujettie fatalement au corps, de sorte qu'elle ne puisse plus se -dégager de sa servitude; ce serait une grande erreur. Non-seulement elle peut, mais eHe doit, aidée du secours de la grâce, dominer ces inclinations qui s'opposent à l'observation des maximes de l'Évangile. La convoitise sera sous toi, dit Dieu à Caïn, et tu pourras la dompter.
Nous devons modérer l'inclination aux jouissances sensibles, dans les choses mêmes qui ne sont pas
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défendues, pour ne pas nous exposer au péril de dépasser les limites.
Dieu a voulu attacher un sentiment de plaisir à l'usage de certaines créatures, pour nous délasser de nés travaux, ou pour nous exciter à des actes nécessaires à notre conservation, nécessaires à l'accomplissement de ses desseins sur l'homme, car ces actes seraient quelquefois très-pénibles, s'ils n'étaient accompagnés de quelque satisfaction sensible. Que Ton nous permette de donner encore ici des exemples qui éclairciront notre pensée. La musique, la vue d'un beau paysage, des odeurs suaves, et d'autres jouissances pareilles, voilà de ces délassements que la Providence nous procure et que nous pouvons dès lors nous permettre, pourvu que ce soit avec modération. L'usage des aliments et des boissons présente plus de périls ; Dieu y a mis une saveur pour nous exciter par elle à prendre la nourriture qui nous est nécessaire, et non pas uniquement pour nous faire savourer le plaisir.
L'Église a condamné ceux qui prétendent que l'on peut manger et boire jusqu'au rassasiement, pour le seul plaisir qu'on y goûte; doctrine toute païenne, digne des disciples d'Èpicure, et que saint Paul avait flétrie en disant que les hommes qui se font de leur ventre une divinité, sont les ennemis de la croix de Jésus- Christ. Il y a dans cet excès un abus déplorable de la créature, parce que, dans l'usage qu'on en fait, oala détourne des fins de la création.
Ce que nous disons ici de l'usage des alimente, il faut le dire des autres jouissances sensibles. Ne vous persuadez pas que tout vous soit permis dans ce monde, que vous puissiez user et abuser des créaâures