OCCASIONS DANGEREUSES : LECTURE DES ROMANS
*« sieurs pays. Nous nous découvrions nos pensées « les plus secrètes; la maison, la table, les inclina- « tions, les vues, tout était commun entre nous, et. « notre amitié croissait chaque jour. Nous n'avions « qu'une affaire et qu'un désir; nous n'étions touchés « que de la vertu et des espérances de l'avenir; nous « n'avions, de commerce qu'avec des gens modestes « et vertueux avec lesquels il y avait à profiter, per- « suadés qu'il est bien plus facile de se laisser entraî- « ner au vice que d'inspirer la vertu» .»
II. Une autre occasion tout aussi dangereuse que les mauvaises compagnies, c'est la lecture des livres qui offensent la morale chrétienne, tels que sont la plupart des romans»
Le monda est inondé de livres qui ne semblent écrits que pour feusser le jugement et corrompre le cœur de ceux, qui les. lisent. Quelques-unes de ces productions portent l'immoralité à un degré qui les rend moins dangereuses pour la vertu, parce que des personnes qui ont conservé quelque sentiment {l'honnêteté et de respect pour elles-mêmes ne seront jamais tentées de les lire. D'autres ^ont plus séduisantes; elles flattent l'imagination par des peintures habilement préparées; elles excitent la curiosité par les aventures qui se succèdent, elles plaisent à l'esprit par les recherches du style.; ajoutons qu'elles écartent la méfiance par de belles maximes de vertu ; le fond en est cependant mauvais, car tout y tend à ex- . citer de déplorables passions. Il ne suffisait pas au génie du mal de publier sous toutes les formes des livres.dangereux; il a eu. le secret de pénétrer dans le foyer des. familles ftar des moyens plus insidieux, il
s'est caché sous le titre de feuilleton de journal. Des feuilles publiques ont adopté ce genre de littérature et se sont ainsi chargées de porter chaque jour le poison de doctrines immorales sur tous les points de la France, jusque dans les plus humbles hameaux. Bien des personnes qui tiennent fort peu aux discussions politiques, lisent avec avidité les feuilletons, et des parents inconsidérés les laissent à la disposition et sous les yeux de leurs enfants. Chaque jour on se nourrit donc de ces lectures; on s'entretient du jour au lendemain, avec le souvenir des récits passionnés, dans les émotions qu'ils ont produites.
Le moindre inconvénient de ces lectures est de dégoûter des idées et des habitudes sérieuses pour remplir l'esprit et l'imagination de pensées folles, extraordinaires, capricieuses, qui altèrent la simplicité du cœur, détournent des exercices de piété, rendent la prière insipide. A mesure qu'on se familiarise ^ [ avec les romans, la réserve et la vigilance tant recommandées par l'Évangile paraissent un joug pénible. La jeune fille vit dans un monde idéal, elle rêve un avenir chimérique; elle n'estime plus comme autrefois les habitudes d'une vie calme et paisible; elle trouve ennuyeuses les occupations simples et modestes de l'intérieur de la famille ; rien n'est fastidieux pour elle comme l'accomplissement journalier des devoirs d*état; le jeune homme perd, dans ces mêmes lectures, le goût du bien et du véritable beau, son esprit se remplit de pensées dangereuses.
Le mal ne s'arrête pas ordinairement là : quand, par suite de lectures frivoles, on a perdu l'habitude