DROIT DE PROPRIÉTÉ
été d'autant plus solides et florissants, que les législateurs s'étaient montrés plus habiles à développer et à diriger ces deux éléments de l'activité humaine, et par conséquent de la civilisation.
La propriété n'est donc pas une institution humaine, mais une institution naturelle et divine, préexistante à toutes les lois formées par les hommes. L'existence des droits naturels se prouve, non par des spéculations abstraites du philosophe sur la nature humaine, spéculations où il est si facile de s'égarer, mais par l'assentiment universel de tous les hommes, contre lequel il n'est pas de système qui puisse prévaloir. Que Ton nous cite une seule nation qui ait pu subsister sans posséder et mettre en pratique l'idée de propriété. Cette idée a traversé tous les siècles, elle a résisté à toutes les révolutions. Certes, si la propriété n'était pas de droit naturel et une des conditions d'existence de notre société, il y a longtemps que les perpétuelles variations dans les idées, dans les mœurs, dans les intérêts et les gouvernements des peuples, l'auraient renversée, et avec d'autant plus de facilité qu'elle a toujours été, et qu'elle sera toujours l'objet d'attaques violentes de la part de ceux qui n'ont rien et qui veulent avoir; d'autant plus, devons-nous ajouter, que cette propriété maintient dans la société une inégalité de condition parmi les hommes qui blesse l'orgueil et doit soulever des irritations dans la partie toujours la plus nombreuse du peuple.
Ces principes n'ont jamais été méconnus, et il n'était pas nécessaire que Dieu en fit une révélation spéciale sur le mont Sinaï. Mais, quoique les hommes
les aient toujours admis, ils ne les ont pas- moins trèssouvent violés dans la pratique ; ils ont commis, les uns à l'égard des autres, de nombreuses et de criantes injustices, ce qu'il faut attribuer à la cupidité^ à l'avarice, à l'amour déréglé des biens de la terre. C'est pour cela que Dieu renouvela solennellement cette défense : Tu ne voleras pas, tu ne désireras pas le bien <T autrui, ni sa maison, ni son serviteur , ni son bœuf, ni son &ne m Défense qui consacre le droit de propriété, et qui classe parmi les crimes que Dieu punit sévèrement, la vol, et jusqu'au désir d'avoir injustement le bien du prochain.
Noua ne nous expliquons pas comment on a pu avancer, dans ces derniers temps, que Jésus-Christ avait changé ces conditions de l'état social en abolissant le droit de propriété individuelle, pour établir une parfaite égalité et fraternité parmi tous les hommes. Tous ceux qui, depuis dix-huit siècles, ont embrassé les lois du Christianisme, qui en ont accepté les dogmes, qui les ont médités, interprétés, auraient donc méconnu le sens des paroles de Notre-Seigneur, car personne jusqu'ici n'a seulement soupçonné que la charité et la fraternité, annoncées par l'Évangile, fussent incompatibles avec les inégalités de condition et de fortune.
Notre-Seigneur n'est pas venu changer les lois qui régissent le monde, mais ramener les hommes à la connaissance du vrai Dieu et à la pratique d'une vertu qui à elle seule, nous a-t-il dit, est toute la loi et les prophètes, et dont L'oubli avait causé de si énormes désordres dans la société. Il rappela aux hommes qu'ils sont frères, et qu'ils doiveat s'aimer, se secourir, s'ai-
DROIT Bfi PROPRIETE : CÛMMTOISME 291
ier les uns las, autres, afin d'alléger en ce monde leurs communes misères; mais il ne dit pas qu'il venait les rendre tous égaux et abolir l'inégalité de fortune et de condition. Si Jésus-Christ est venu annoncer le règne de l'égalité sur la terre, pourquoi ces consolations données aux pauvres et ces avertissements adressés aux mauvais riches? Pourquoi cette perspective d'une égalité céleste, présentée sans cesse comme un secours et une consolation à ceux qui souffrent de l'inégalité humaine? Pourquoi cette, place réservée dans le ciel aux petits, aux humbles» aux misérables, à tous ceux qui auront vécu dans la pauvreté et l'humiliation, si à la parole du Christ doit naître une société où il n'y aura ni, riches ni pauvres ? L'Évangile proclame l'égalité, mais cette égalité n'est pas celle des biens de la terre ; il promet le royaume de Dieu aux pauvres et à tous ceux, qui pleurent, et il dit : Malheur aux riches qui mettent leur confiance dans leurs richesses ; mais J ne dit pas qu'après l'accomplissement de sa mission il n'y aura plus sur la terre ni richesse ni pauvreté» parce, qu'il ne venait pas changer l'ancienne loi, mais rappeler les hommes à son exécution 1 .
11. Pour établir un ordre de choses tel que le rêvent certains socialistes, il faudrait changer la nature de l'homme et les conditions de son existence; il faudrait créer un monde nouveau.
Ils ne veulent pas de propriété individuelle et d'inégalité dans les biens et les jouissances de la terre, parce que, disent-ils, tous les hommes doivent être égaux. Le bon sens, la. considération la plus
1 Réflêsfammr Im éoaixinet ûmiittcUUet, par M. Beugnot.
•'Vr
simple des choses, nous forcent à retourner la proposition et à dire : Il faut qu'il y ait inégalité dans les conditions et la fortune, parce qu'il y aura toujours et nécessairement inégalité parmi les hommes. Il n'y a pas moins d'inégalités dans les qualités de l'esprit, de l'imagination, du cœur, du caractère, qu'il y en a dans les formes extérieures du corps, la taille, la couleur, la physionomie, le tempérament, la santé. Il ne serait pas moins absurde de vouloir que tous les hommes eussent les mômes aptitudes intellectuelles et morales, que de prétendre les rendre tous d'une même taille, et leur donner à tous une môme figure. Cependant, qu'on le remarque bien, c'est principalement de cette inégalité, et d'autres accidents tout aussi indépendants de nous, que provient Tinégalité dans les conditions de la fortune.
L'homme d'un esprit élevé, d'une imagination féconde en ressources, d'une volonté énergique, sera j naturellement supérieur à l'homme borné dans ses conceptions, faible dé caractère, incertain, indécis dans ses voies. L'homme sage, clairvoyant, économe, d'une assez forte santé pour supporter le travail, obtiendra des résultats, se créera une position que n'aura jamais l'homme imprudent, imprévoyant, prodigue... Si donc on veut supposer qu'à un moment donné ces deux hommes soient dans une condition égale de fortune, on peut assurer qu'ils ne s'j maintiendront pas longtemps : inévitablement l'équilibre sera bientôt rompu; l'un conservera et augmentera ses biens, l'autre les verra décroître el dépérir entre ses mains.
C'est ce qui ne manquerait pas d'arriver dans le