‹ Cours d'instruction réligieuse, ou, Exposition complète de la doctrineChapitre 60 sur 82 · MÉDISANCE JET CALOMNIE · texte numérisé non relu

MÉDISANCE JET CALOMNIE

Le mensonge le plus grave est la calomnie; or il; j a calomnie toutes les fois que l'on accuse le prochain d'une faute dont on sait qu'il est innocent, ou qu'os

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lui attribue des défauts, des vices, des passions qu'il n'a pas, ou enfin qu'on exagère le mal qui est en lui.

Les causes les plus ordinaires de la calomnie sont la légèreté d'esprit , la jalousie et la haine v qui accueillent avec une incroyable facilité les bruits désavantageux et les mauvaises interprétations sur la conduite du prochain.

Il serait inutile de prouver que la calomnie est justement réprouvée par la loi de Dieu, car personne ne songe à la justifier, et ceux qui s'en rendent coupables savent bien qu'ils font mal, et ils ne peuvent pas non plus se dissimuler que cette faute devient très-grave quand ils perdent ou qu'ils altèrent notablement la réputation d'intégrité dont jouissait le prochain, qu'ils blessent l'honneur de toute une famille et nuisent au succès de ses affaires. Elle prend un nouveau degré de malice quand le faux témoignage 4 est porté devant les tribunaux, et qu'il est confirmé par un serment. Ce sont tout autant de circonstances qui ajoutent à la gravité de la faute.

La médisance a lieu quand on découvre sans nécessité les fautes ou les défauts cachés du prochain. Le désordre de la médisance est moins grand, toutes choses égales d'ailleurs, que celui de la calomnie, puisque dans un cas on dit la vérité, tandis que dans l'autre on nuit au prochain par un faux témoignage ; la médisance est cependant un péché, et ce péché peut, à raison des circonstances, devenir très-grave. Les saintes Écritures condamnent indistinctement tous ceux qui parlent mal de leurs frères. « Les

« médisants, dit saint Paul, ne posséderont pas le

« royaume de Dieu. » Ailleurs, il est écrit que les

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détracteurs sont en abomination devant les hommes et que Dieu les déteste '. « Celai qui médit en secret « est semblable au serpent qui mord dans le silence. « Le médisant et l'homme à deux langues est maudit, t parce qu'il jette le trouble parmi ceux qui vivent « en paix. La langue d'un tiers en ar ébranlé plu- « sieurs, elle a porté le trouble et la désunion dans c les familles. Celui qui l'écoute n'aura pas de repos, a ni d'ami sur lequel il puisse compter. Le coup « de verge fait une meurtrissure, mais un coup de * langue brise les os. Heureux celui qui est àcou- « rert de la langue maligne, à qui sa colère ne s'est « point fait sentir et qui n'a pas été lié de ses chaînes, m car son joug est de fer et ses chaînes sont d'airain... « Boucbez-vous les oreilles avec des épines, et n'ait coûtez pas la méchante langue K »

Ces traits conviennent à la médisance comme à la calomnie; l'une est contraire, comme l'autre, àlaj charité et à la justice*

Il est vrai que le fondement de la réputation est le mérite présumé; néanmoins la réputation, quoique fondée sur une fausse persuasion, est un bien réel que Ton possède, et qui ne nuit à personne : quel motif raisonnable pourrait-on alléguer pour le ravir? Est-ce un acte de justice que Ton prétendrait exercer, ou bien est-ce un service que l'on voudrait rendre au publie en dévoilant le coupable? Ona'a pas le droit d'exercer la justice vindicative si on n'est pas établi par l'autorité compétente : à Dieu seul appartient la justice, et à ceux fui an pronan-

* Proverbes, xxiv, 9 ; Êp. aux Romains, 1, 30:

* Becléaiaate, x, it; Ecclésiastique, xxrm, i*~2«.

tent ici-bas les arrêts en son nom. .Nul de nous n'est constitué le juge de son frère et le vengeur des lois contre le pécheur secret, Non-seulement on ne rend pas un service au publie en dévoilant les fautes lecrètes, maie le bien public demande qu'on ne les révèle pas : c'est même Tune des raisons les plus graves qui nous font respecter la bonne réputation du prochain, quand le vrai fondement de cette réptfrtation, qui est le mérite réel, cesse d'exister.

Il importe en effet beaucoup aux bonnes* manies que les désordres individuels ne deviennent pas des scandales. Cet homme a failli, mais il s'estime encore lui-même, et si la passion Ta égaré un moment, il B'en conserve pas moins le désir d'êtne estimé des autres. Ce désir est un lien, c'est une sauvegarde centre de plus grands excès. Si cette barrière m reaverse devant lui, qui pourra l'arrêter dans la voie ift désordre?

De plus, la connaissance de ses crimes portera une nouvelle atteinte aux mœurs publiques, qui sont gravement altérées par le nombre et la qualité de ceux qui les outragent, au point que des excès qui eussent paru monstrueux, et qui auraient révolté tout honr nête homme, finissent par ne plus être regardés que comme (tes faiblesses dignes d'indulgence. Cet tomme nuira aux autres par le spectacle de la corruption de ses mœurs que l'on a mises sous les yeux 4u public; de plus, il était retenu par le respect humain; il était peut-être même dans l'intention *e «entrer dans la bonne voie pour ne pas se eocepromettre ; il aura moins d'énergie quand il se verra létri dans 1 opinion de ceux, qui l'avaient jusqu'ale»

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estimé : il craindra moins de nouveaux scandales, après ces premiers éclats.

Voilà pourquoi l'intérêt de la société, autant que celui de l'individu, demande que la médisance soit sévèrement interdite. On le comprend assez, et nous avons dû le faire observer, il ne s'agit ici que de ces hommes coupables de foutes secrètes, dont la réputation n'est nuisible à personne. S'il était question d'un hypocrite qui se sert du voile trompeur de la vertu pour séduire, pour tromper, pour exploiter la crédulité publique à son profit ; s'il s'agissait de ces hommes qui répandent dans le secret de mauvaises doctrines, ou dont les mœurs corrompues sont un danger pour ceux qui ne les connaissent pas, nous dirions : Il est bon, il est nécessaire que ces hommes soient connus; qu'on déchire donc le voile qui les couvre, pour que le public les voie en face et sache enfin ce qu'ils sont. S'ils demeurent ma% vais, du moins ils ne seront plus aussi dangereu/ pour les autres. On peut encore dévoiler les vices de ceux qui poursuivent leur adversaire par d'injustes attaques, quand cette révélation peut servir à infirmer leur témoignage, en montrant qu'ils ne méritent pas d'être crus sur parole, ou qu'ils sont mus par de mauvaises passions. Mais on doit se tenir en garde contre Tesprit de vengeance et contre l'exagération, ne dire que ce qu'il est utile que l'on sache, demeurer dans les limites d'une juste défense.

Cette morale paraîtra sévère à bien des personnes, habituées à dire sans scrupule tout ce qu'elles savent ou ce qu'elles soupçonnent de défavorable au prochain ; mais nous sommes assuré qu'elles la trouve-

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ront très-raisonnable si elles veulent entrer dans leur propre conscience, pour s'étudier elles-mêmes. Ces personnes sont assurément très-sensibles à ce que Ton dit de désavantageux pour elles ; la médisance les blesse quand elles en deviennent l'objet ; elles trouvent alors que c'est une conduite indigne de révéler des choses qui auraient dû rester secrètes. Pourquoi donc avoir deux poids et deux mesures, et se croire permis ce que l'on condamne dans les autres?

Celui qui a mal agi en public doit naturellement s'attendre à ce que sa conduite soit connue, jugée et blâmée du public; il subira les conséquences de son acte, les voies ouvertes à la publicité par les journaux transporteront jusqu'aux extrémités de la province, et au delà, la connaissance de ses excès ; c'est une punition que la Providence lui inflige ; et aussi peut-être une garantie pour la société contre le retour de semblables excès : car la perspective de la publicité rend les hommes naturellement plus réservés et plus circonspects. Mais celui qui a commis une faute dans la vie privée, dans la vie de famille, et par des actes qui n'intéressent pas le public, peut se plaindre à juste titre de l'indiscrétion de quiconque communique au public la connaissance de cette faute, il ne faut donc pas en parlera ceux qui l'ignorent; nous devons faire pour notre prochain ce que nous voudrions qu'en pareil cas il fît pour nous-mêmes.

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§ 4. — JGOKMHN1* TfafiKAIMS.

La loi divine porte plus loin la sérertté : effe tend à prévenir dans leur principe la calomnie et la médisance, en noirs défendant les jugements et jusqu'aux soupçons téméraires sur la conduite dte notre prochain. Ne jugez pas, et vous ne serez pas jugés, dit Notre-Seigneur. L'Apôtre saint Paul ajoute, pour nous faire comprendre l'injustice de ces jugements : Qui êtes- vous pour juger le serviteur d'un autre? cest F affaire de son maître... Ne jugez donc pas avant le temps, avant le jour des révélations oh Dieu manifestera ks secrets des coeurs et traitera chacun selon ses mérites*. Ces paroles nous font entendre qu'il nous manque deux conditions pour juger le prochain : l'autorité et la connaissance.

Nous ne sommes pas établis juges de nos frères, et ^ par conséquent, quand nous voulons les condamner, nous entreprenons sur les droits de Dieu, qui est leur maître et leur juge.

De plus, connaissons-nous toujours bien ceux que nous jugeons et sommes-nous en état d'apprécier la moralité de leur conduite? C'est ici que se manifeste la témérité de la plupart des jugements que Ton porte et dès soupçons que l'on forme. Le plus souvent ïe corps du délit, c'est-à-dire le fait matériel, n'est pas certain: on le présume sur des indices fort équivoques, on l'a entendu raconter sans savoir si ceux qui le rapportaient en étaient eux-mêmes bien ins-

i Ép. aux Romains, xiv, 4; I" Ép. aux Corinthiens, nr 9 5.

JUÛBMBNTS. TJMMUJM» Si*

r traits, s'ils n'avaient pas quelque intérêt à supposer ce qui n'était pas, ou s'ils n'avaient pas pu. être* induits en erreur, soit par leur imagination, soit par des rapports infidèles. En supposant le fait matériel bien certain, on peut en ignorer les circonstances qui l'expliqueraient, qui souvent le justifieraient, ou qui, du moins, en atténueraient la gravité*

On voit dès maintenant que nous sommes fort exposés à nous tromper dans les jugements que nous portons sur la conduite du prochain : et cependant nous nous sommes arrêtés à l'écorce, nous n'avons vu que le lait extérieur. Que sera-ce si nous voulons pénétrer à l'intérieur, où se trouve le vrai principe de la moralité? Que de circonstances, qui nous sont ordinairement inconnues, peuvent avoir influé sur la conduite extérieure et la rendre aux yeux de Dieu tou^ autre qu'elle nous parait 1... Ce sont des erreurs, des distractions, des illusions non coupables; c'est le

^tempérament, l'éducation, la trempe d'esprit, et que sais- je!... D autres fois ce sont des tentations aussi délicates qu'elles ont été pressantes, et qui ont amené une chute bientôt suivie de regrets sincères; on s'est rend*i coupable devant Dieu, mais on a cessé de l'être par le repentir, et la faute n'était pas aussi grave qu'elle l'eût été en toute autre circonstance. C'est le secret de Celui qui pénètre les abîmes du coeur humain; nous qui n'avons pas pu les sonder, comment nous croirions-nous en droit de juger qui que ce soit?

Le jugement est téméraire, et dès lors coupable, toutes les fois que l'on s'arrête volontairement à l'idée que le produis a commis une faute* ou qu'il est sujet

360 Htrrnft» commandement

à un vice, sans avoir des preuves certaines de cette • faute et de ce vice. Le jugeaient est également téméraire quand on pense que le prochain est encore sujet à un vice parce qu'on sait qu'il l'avait autrefois, bien que Ton ignore si depuis lors il ne s'en est pas corrigé.

Le simple soupçon est moins grave que le jugement arrêté. Si je soupçonne que vous ayez commis une faute, je ne juge pas précisément que vous soyez coupable, je suis seulement incliné à le croire ; je suppose que cela peut être, qu'il y a quelque raison de penser que cela est. Ce simple soupçon, même volontaire, blesse moins gravement la charité et la justice qu'un jugement téméraire. C'est toujours néanmoins un mal ; c'est toujours un péché, et ce péché serait même une faute mortelle si, sur des motifs frivoles, soupçonnant que le prochain est coupable d'un acte très-déshonorant pour lui, je m'arrêtais J volontairement, bien délibérément, à ce soupçon, n Vous voyez, par ce simple exposé, que la gravité | du jugement et du soupçon téméraire dépend tout à la fois de la gravité de la faute que nous imputons au prochain, selon qu'elle est plus ou moins désho- , norante, et des raisons qui nous portent à croire qu'il i s'en est rendu coupable, selon que ces motiffe sont plus ou moins frivoles. j

Faut-il donc toujours juger en bien le prochain? ne peut-on pas le blâmer des défauts que l'on remarque j en lui? faut-il ne point s'arrêter aux soupçons que Ton a de sa vertu. ,

Si nous savons, si nous sommes certains que le I prochain a commis telle foute, il n'y a pas jugement

' JUOBIfSNTt TBMB&àHU» 361

téméraire à le croire; seulement la charité nous rend indulgents pour le coupable, elle nous inspire pour lui un sentiment de compassion ; car il est d'autant plus malheureux qu'il est plus criminel. Si sa conduite nous parait équivoque, il vaut mieux l'interpréter en bonne part ; on peut cependant s'abstenir de l'apprécier et en laisser à Dieu le jugement. La charité ne nous permet pas de le condamner, la justice ne nous le permet pas non plus : en pareil cas les tribunaux eux-mêmes s'abstiennent de prononcer. La prudence nous autorise cependant à prendre des précautions, et à ne pas mettre dans cette personne une confiance qui pourrait nuire à nos intérêts et nous compromettre. Celui qui a de justes motifs de soupçonner la probité d'un domestique, et qui ne peut éclaircir ses doutes, ne doit pas croire que le domestique manque de probité, mais il peut l'éloigner, tout en prenant les mesures convenables pour ménager sa réputation.

Les calomnies, les médisances et les jugements téméraires ne blessent pas moins la justice que le vol dont nous avons parlé dans la leçon précédente, car le prochain a tout autant de droit à sa réputation qu'à sa fortune; il attache même un plus grand prix à Tune qu'à l'autre. Tout acte coupable qui blesse ce droit entraîne donc l'obligation de réparer, autant qu'il est possible, le mal que l'on a fait.

Il est facile de réparer le tort que l'on a fait au prochain par des jugements téméraires; il suffit de ne plus s'arrêter volontairement à ces pensées défavorables au prochain ; de nous abstenir, par conséquent, de le juger en mauvaise part. Il n'en est pas de même

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de la calonmie : elle exige une réparation extérieure. Vous avez, je suppose, imputée votre frère tel crime dont vous n'aviez auecme preuve sérieuse ; tous l'avez accusé de défauts qu'il n'a pas; faites ce que vous voudriez très-raisonnableorent que Ton fit pour vous, si vous aviez été vous-raèmo victime d'une pareille injure. Aussitôt que l'occasion s'en présentera, avouez que vous vous êtes trompé, et que les choses ne sont pas telles que vous les avez dites. S'il en coûte à votre amour-propre de faire un pareil aveo, il serait bien plus pénible à votre prochain de demeurer sous le coup d'une accusation injuste.

La médisance est beaucoup plus difficile à réparer que la calomnie; car, le délit ou le défaut qu'on a dévoilé élant supposé véritable, on ne peut pas dire que Ton s'est trompé, ce 9erait un mensonge, et il n'est jamais permis de mentir. Si, par suite de votre médi- ] sance, le mal est devenu pubfic, la réparation est impossible, il n'y a pas à y penser ; si le mal n'est comro que d'un petit nombre, il faut d'abord obtenir, s'il est possible, que ceux-là n'en parlent pas à d'autres, en leur témoignant le déplaisir que Ton éprouve de leur avoir fait connaître indiscrètement ces misères. Il faut ensuite relever, dans l'occasion, les mérites que ft>û connaît dans la personne dont on a médit, pour tempérer et compenser par ce moyen le tort qu'on lui a causé.

La difficulté extrême que Ton a le plus souvent de réparer ces sortes d'injustices est un nouveau motif d\iser d'une grande circonspection: pour les éviter.

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