‹ Cours d'instruction réligieuse, ou, Exposition complète de la doctrineChapitre 62 sur 82 · NEUVIÈME ET DIXIEME COMMANDEMENTS · texte numérisé non relu

NEUVIÈME ET DIXIEME COMMANDEMENTS

sens, et fasse naître dans l'âme des affectif— e ^ mauvaises, elle devient un désordre. C'est ▼oi^ tel ^lemal que de s'exposer sans raison au danger VQUS ^commettre ; ceci demande beaucoup de circ e ^pfcn, surtout dans les personnes d'un caract. ^^^lùet plus enclin au péché. Un homme calme et moaëiH par habitude pourrait conserver longtemps dans son esprit la simple pensée d'une vengeance sans en être ému, tandis que sur un homme d'un caractère prompt et irascible, qui a reçu une injure, la même pensée, s'il l'entretient, excitera des colères, et causera des emportements.

La pensée mène naturellement à l'affection ou à un sentiment de plaisir, quand elle a pour objet quelque chose qui flatte les penchants du cœur ; elle tend au contraire à former des sentiments d'aversion et de haine quand elle porte sur des objets qui nous cou- ù trarient et nous blessent. Or ce sentiment de plaisir ou d'aversion, qui ne peut nuire à l'âme, ni offenser Dieu, tant qu'il demeure involontaire, devient une faute au moment où la volonté lui donne son adhésion : je veux dire, dès qu'elle s'y arrête librement pour le goûter, pour s'y complaire. Cette affection prend son caractère et son degré de malice dans l'objet même tel qu'on le conçoit et qu'on l'aime; car, selon les maximes de l'Évangile, le mérite comme le démérite de l'homme provient de ses dis- I positions intérieures. Il y aura donc une faute grave ou une faute seulement légère, selon la disposition j présente de l'âme. Ainsi celui qui se réjouit à la j pensée d'une vengeance qu'il a exercée sur son ennemi se rend coupable selon toute retendue du

DŒTT INTERDIT LA PKNIBSX KT LB DESIR DU UAL 365

ial qu'il a fait ; il faut en dire autant de celui qui se copiait volontairement dans le souvenir ou dans la *ée d'un acte d'intempérance, d'un acte contraire pureté. Ils sont devenus abominables, dit un pro- \ comme les choses qu'ils ont aimées \ 'en est pas de même quand le sentiment de plaisir que Ton éprouve, à l'occasion ou au souvenir d'une action mauvaise, porte, non sur le mal, mais sur un accessoire que l'on peut, du moins par la pensée, détacher du mal. Vous avez entendu une conversation contraire à la charité, vous y avez ' éprouvé du plaisir à cause de la finesse d'esprit, du charme de la diction de celui qui parlait ; d'ailleurs vous n'approuviez pas que l'on parlât mal du prochain et il ne dépendait pas de vous de l'empêcher : dans ce cas, vous n'avez point péché, car votre affection n'allait paë à ce qui était mal. Mais qu'on remarque ^ien ceci : si la seule pensée du mal peut être coupable devant Dieu, quand on s'y arrête volontairement et qu'elle expose à la tentation, le plaisir dont nous parlons ici présente bien plus de périls. Le pas est glissant : il est facile de passer de l'accessoire au principal, du plaisir qu'on éprouve, au sujet de certaines circonstances, à l'affection pour l'acte luimôme; c'est bien dangereux, surtout quand il s'agit de choses qui par elles-mêmes excitent nos passions.

Si la pensée fait naître l'affection, l'affection à son tour excite le désir. Le désir du mal a plus de gravité que la simple complaisance, car celui qui désire

1 Osée, ix, 10.

cours d'instr. III. 21

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s'arrête à l'idée du mal avec une volonté plus déréfiée, il se propose de le faire, il se rend réellement coupable devant Dieu comme s'il favait consommé. Il k veut ^ il le commet dans soit cœur; s'il ne l'exécute pas au dehors, cela ne tient qu'à de» circonstances indépfe&deates de sa volonté.

Il est donc bien nécessaire de veiller sur les idées fui s'insinuent dans notre esprit et sur les divers mouvements du cœur, pour n'accepter d'autres pensées que celles qui sont conformes à la loi de Dieu, pour arrêter de bonne heure les inclinations qui nous éloignent de lui. Avant de désirer une chose, voyons si elle est permise, examinons ensuite si elle est convenable : un objet nous plaît, il semble que nous serions heureux si nous nous procurions telles satisfactions ; mais il y a des poisons qui flattent l'œil et sont très-agréables au goût au moment où on les prend, et qui ensuite brûlent les entrailles et donnent^ la mort; il en est peut-être de même de la jouissance que nous sommée tentés de désirer; gardons-nous donc bien de laisser entrer ce désir dans notre cœur, avant de savon* si la chose est réellement bonne ou mauvaise.

Tous désirez vous procurer tel meuble qui appartient à votre prochain, vous voudriez jouir de tel ou tel de ses biens ; mais voyez d'abord si ce désir peut se réaliser, eu égard à votre situation, car pourquoi vous entretenir de désirs chimériques qui ne se réaliseront jamais et qui n'auront d'autre effet qui êe vous dégoûter de votre position présente ? Si vous pouvez sans témérité prétendre à la possession de cet objet, soit ; mais alors ne désirez l'acquérir que

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par des moyens honnêtes, éloignez scrupuleusement toute idée de fraude, d'injustice, de quelque nature qu'elle soit et sous quelque spécieuse couleur qu'elle se présente à vous ; vous serez dans l'ordre.

Telle est la pureté de la morale chrétienne. La sagesse humaine n'a jamais rien conçu d'aussi élevé; les religions païennes, au lieu de réformer les inclinations corrompues du cœur, le laissaient sans règle, livré à l'empire des plus mauvaises passions. Il n'y a que la vraie religion qui puisse dire à l'homme : Tu ne désireras pm k mal, parce que seule elle domine l'homme tout entier et lui donne an secours surnaturel pour tout soumettre à fempire de Dieu.

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LEÇON XVIII Commantenent* de l*6gltae.

Jésus-Christ a ajouté aux préceptes du Décalogue des commandements relatifs aux sacrements et au saint sacrifice, dont nous aurons à traiter ailleurs; il nous a de plus imposé à tous l'obligation d'obéir à l'Église, c'est-à-dire aux premiers pasteurs et aux prôtres qui nous parlent en leur nom. Il a dit à ceuxci : Tout ce que vous lierez sur la terre sera lié dans le ciel; il a dit en particulier à saint Pierre : Je te donnerai ksi clefs du royaume du ciel..*, pais mes agneaux, pais m» brebis... Il leur a dit enfin, et cette parole doit être trèssérieusement considérée : Celui qui vous écoute 9 m'écouU; telui qui vous méprise^ me méprise.

C'est donc pour nous un devoir rigoureux de respecter l'autorité de l'Église, et de lui obéir : devoir, au surplus, qui doit nous être bien cher, car le gouvernement de l'Église est maternel, il s'impose à notre conscience, mais il ne tend qu'à notre bonheur. Les lois que l'Église a faites ont toutes pour but de nous rendre plus facile l'observation des commandements de Dieu. Nous le verrons dans cette leçon, en considérant d'abord d'une manière générale les six commandements de l'Église et eu nous arrêtant ensuit*

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particulièrement au précepte de l'abstinence et du

jeûne.

§ 1. — POURQUOI L'ÉGLISE A AJOUTE DES COMMANDEMENTS AUX DIX PRECEPTES DU DECALOGUB. — JEUNE ET ABSTINENCE.

L'Église a fait plusieurs lois pour régler sa discipline, pourvoir à la dignité du culte public et procurer la sanctification de ses enfants ; il y en a six qui sont plus particulièrement connues des fidèles sous le nom de commandements de f Église.

I. Il entre dans les desseins de Dieu, et c'est un besoin pour nous, que nous suspendions de temps en temps nos occupations les plus dissipantes pour nous recueillir et prier. Pour répondre à la pensée de Dieu et pour nous aider à ce recueillement, l'Église nous a prescrit, par ses deux premiers commandements, de *♦ consacrer à Dieu et au soin de notre àme les dimanches et certains jours de fêtes qu'elle a établis. Nous avons expliqué ces deux commandements avec le troisième précepte duDécalogue; plus tard, en traitant du culte public, nous aurons à nous occuper des fêtes principales célébrées dans le cours de l'année. Le troisième et le quatrième commandement de l'Église prescrivent aux fidèles de se confesser au moins une fois par an et de communier au temps pascal. Ceci est moins une loi nouvelle que l'interprétation pratique et l'application d'une loi évangélique. Notre-Seigneur a voulu que le pécheur eût recours au sacrement de pénitence pour retrouver, avec le pardon de ses péchés, la grâce sanctifiante, et qu'il allât ensuite puiser dans l'Eucharistie la force qui

370 CftUV AWBICVN1S H L £(HJ»

k soutiendra an milieu des périls du monde. L'Église

dous rappelle cette institution de l'amour et des miséricordes infinies de Dieu à notre égard. Si, pour l'accomplissement d'un devoir aussi saint, elle a fixé les fêtes de Pâques, c'est que tout nous ramène alors à la nécessité de vivre d'une vie surnaturelle, pour mettre à profit la grâce de la Rédemption. Ces deux commandements se trouveront expliqués dans l'exposition de la doctrine chrétienne sur les sacrements de pénitence et d'Eucharistie.

Par les deux derniers commandements, l'Église nous aide à remplir une autre obligation des plus essentielles et aussi des plus difficiles, la mortification de la chair. Quel besoin l'homme n'a-t-il pas de réduire son corps sous la loi de Dieu, et de faire pénitence de ses pédhés? Et cependant combien peu penseraient a la mortification des sens si l'Église ne leur faisait un devoir du je&M et de l'abstinence! Arrê-t tons-nous ici pour mieux étudier l'origine et les motifs de cette discipline»

II. Longtemps avant le rétablissement du Christianisme, les hommes qui ont voulu honorer Dieu par des pratiques de mortification et faire pénitenee de leurs péchés se sont imposé des privations plus ou moins rigoureuses dans le choix et la quantité des alimenta. Les prophètes est avaient donné l'exemple, et l'on a vu des peuples à qui ils étaient venus mnoncer les jugeants de Dieu, se dévouer à des jetais rigoureux pour éviter les châtiments dont ils étaient menacés. C'est ainsi qu'à la prédication de Jonasles Kinivites s'imposèrent des jeûnes que les petits enfants eux-mêmes devaient observer. Ceux qwi tt

OBLIGATION vu «mm m m j^wtoisncb ffi

consacraient à Dieu s'abstenaient de via et de toute liqueur enivrante ; les Esséniens, qui étaient comme dû religieux parmi les Juife, ae mangeaient pat de viazuie. L'Èiangile rapporte du glorieux précurseur du Messie, Jean-Baptiste, que, poussé dans le désert par une inspiration céleste, il annonça l'évangile de la pénitence, moins encore par ses paroles que par l'exemple d'une vie de privations*

Ces faits sont très-remarquables ; ils nous montrent la conduite de l'esprit de Dieu sur les saints. Mais rien n'est aussi instructif pour nous que l'exemple de Notre- Seigneur, qui, au sortir des eaux du Jourdain, voulut se retirer .dans une solitude profonde, où ià passa quarante jours et quarante nuits sans boire ai manger, pour consacrer dans sa personne ces salutaires observance*.

Cependant nous ne Usons nulle part, dans l'Évan» Ifcile, que Notre-Seigneur ait lait un précepte du jeûae et de l'abstraeoee* Un jour que les Juife lui témoignaient leur étonnement de ce que ses disciples ne jeûnaient pas, comme ceux de Jean-Baptiste, il lear fit cette réponse : Lee amis de f époux ne doivent pas jeûner, tandis que répoux est avec eux ; mais il viendra m temps ou il leur sera enlevé, et alors ils jeûneront II ne convenait pas que des exercices de pénitence, signée de regret et de douleur, vinssent se mêler aux joies innocentes que faisait goûter aux Apôtres la présence <te Jësus-Cfarist; mais après sa mort, ils se souvinrent fes paroles de leur Mettre, et dès ce moment ils observèrent des jeûnes et l'abstinence, tfous ignorons si, sur ce point, les Apôtres imposa- Hat des lois aux fidèles, ou s'ils se contentèrent de

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donner l'exemple et de leur rappeler lés paroles et la conduite du Sauveur ; mais il est certain que dès l'origine ces pratiques devinrent générales, et, si elles ne furent pas commandées par fès chefs de l'Église naissante, la piété et l'usage commun les firent bientôt passer en loi. Dans le concile de Nicée, première assemblée générale que les évêques tinrent après la persécution, on fit des lois qui supposent que le jeûne du Carême était commun à l'Église universelle. En effet, cette assemblée ne prescrivit rien à cet égard, mais elle statua que divers synodes seraient tenus dans le cours de Tannée, l'un avant le jeûne des quarante jours, afin que, toutes les dissensions étant terminées, les âmes exemptes de souillure pussent se présenter à Dieu. Si l'on considère que les évêques réunis dans ce concile étaient venus de toutes les parties du monde alors connu, et qu'ils parlent du jeûne comme d'une chose familière aux chrétiens, on con-#l dura sans hésitation qu'à cette époque c'était effectivement une pratique générale dans toute l'Église catholique. Comment à l'issue des persécutions pendant lesquelles les Églises, éloignées les unes des autres, avaient nécessairement peu de rapports entre elles, une pareille observance se serait-elle trouvée aussi unanimement connue et acceptée partout, si elle ne remontait à l'origine même du Christianisme? C'est ainsi que raisonnaient les saints docteurs du quatrième et du cinquième siècle. Le grand saint Léon, souverain pontife , l'illustre saint Augustin, . saint Jérôme, ces docteurs si profondément versés dans les traditions de l'Église, s'accordaient à attribuer aux Apôtres l'institution du jeûne du Carême,

l OBLIGATION DU JBUNB BT DB l'âBSTINBMCB 373

parce que les Pères les plus anciens, qui avaient vécu dans le troisième et dans le deuxième siècle, en avaient constamment parlé comme d'une pratique reçue, et qu'on n'en voyait nulle part l'établissement, ni dans les décrets des conciles, ni dans ceux des évoques. Saint Irénée, évêque de Lyon, envoyé dans les Gaules par les disciples immédiats des Apôtres, nous parle dans ses écrits d'une diversité de pratique au sujet du jeûne ; les uns y consacraient un plus grand nombre de jours, d'autres moins, ou le pratiquaient avec moins de rigueur ; et il ajoute : « Cette «diversité de sentiments a commencé longtemps «avant nous parmi nos ancêtres, dont plusieurs « observateurs inexacts de la loi ont transmis leurs « usages à leurs descendants. Mais cette diversité ne « trouble pas la tranquillité commune. Nous vivons « en paix avec eux, car la différence dans Fobserva- ^ tion du jeûne ne fait que prouver l'unité de la foi « sur ce point '. »

Il serait inutile de multiplier les citations pour montrer la haute antiquité de la discipline sur le jeûne et l'abstinence. Cette origine vénérable la justifie suffisamment à nos yeux ; comment le chrétien se vénérerait-il pas ce qui nous vient des Apôtres instruits et formés par Jésus-Christ? Les protestants ont cru voir dans cette discipline une superstition; ils nous reprochent de considérer l'usage des aliments gras comme quelque chose de mauvais en soi, qui souille l'âme; ils nous opposent, les paroles de saint Paul, qui défend aux chrétiens de discerner

1 Euaèbe, Histoire de l'Église, liv. V, ch. xxrr.

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les aliments, et qui leur recommande <T tarer i remmôût de toute eréaiure que Dieu a faite poir notre usage.

11 n'y a pas de catholique assez ignorant pour sfr maginer que tel aliment soit coo traire à la sainteté de l'âme, ni que le jeûne ou l'abstinence puisse la purifier devant Dieu, indépendaawieût des dispositifs intérieures avec lesquelles ou l'observe. Quant tu texte de saint Paul,, il suffit de remarquer que l'Apôtre se borne à avertir les fidèles qu'ils ne sont plus obligés de suivre les lois de Moïse sur la distinction des mets* La loi ancienne se trouvant abrogée, il y aurait erreur à eroive que J>ieu veuille encore être honoré par ces observances ; -mais assurément saint Paul n'entendait pas nous dire qu'il ne faut pas nous priver par mortification de eertaiis aliments qui flattent davantage les sens et qui alimentent le foyer des convoitises. Bien moins encore* voulait-il nous engager à ne pa9 obéir à rÈglisa, quand elle nous imposerait ces sortes de privations.

III. Plus cm réfléchit sur les eonamaadenients que YÈglia* nous a faim* plus on y observe des motifs d'une sagesse profonde. Elle nous exhorte è nous humilier 4e van t Dieu, à gémir de nos péchés, à nourrir nos âmes des sentiments de componction, qui sont la partie essentielle de la pénitence; mais aile veut en même temps nous faire faim des couvres expiatoires, elle veut nom donner des présenatifi contre la rechute.

Quelles seront ces œuvres tout à la fois expiatoires et préservatrices ? Des prières plus assidues, <Jes au* mûnes plus abondantes faites oux pauvres, des priva-

OBLIGATÏW» DU f BONS «T 98 L'ABSTTNKNCB 375

tiens de nourriture. Par les prières, nous expierons nos négligences dans le service de Dieu ; les aumônes répareront le mal que l'amour de l'argent nous fait commettre, et tempéreront les désirs immodérés qu'if inspire. Les privations nous aideront à expier tant de fastes commises par une trop grande liberté laissée à nos sens, et à soumettre le corps à l'empire de l'esprit.

Persan* n'ignore que la chair a d'autant plus (Tempête sur l'esprit qu'elle est plus délicatement et pins abondamment nourrie. Moïse dit que Vâmeou la rie de Y animal est dans le sang, sans doute parce que c'est du sang que résulte la forée, le fluide nerveux, qui donne l'impulsion organique, qui remue l'animal et devient le principe immédiat de ses actes. Ceci est applicable à l'homme, quoique avec la différence essentielle que met entre nous et l'animal le principe Supérieur de nos œuvres, l'àme intelligente et libre, soutenue de la grâce.

Puisque le sang a une si grande influence sur la vie animale, et que d'ailleurs l'état du sang dépend de la qualité et de la quantité de la nourriture qui l'alimente, il suit qu'en réglant la nourriture on modiQe et on tempère l'action des sens. La surabondance de la nourriture rend l'organisation rebelle et accable l'àme sous le poids de la chair, qu'elle devient incapable de diriger. Elle np peut la dominer et en disposer qu'autant que les lois fixées par la Providence sur fee rapports de l'esprit et du corps sent maintenues ; si le corps s'affranchit de ces lois qui le tiennent dans une dépendance convenable, l'équilibre est rompu; l'âme, au lieu de dominer en maltresse, tombe sous

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la servitude des sens, et la concupiscence la domine à son tour.

C'est l'état misérable où vivent tant de pécheurs, esclaves de leurs corps, entraînés loin de Dieu dans toute sorte de péchés par la concupiscence, incapables d'élever leur âme vers le ciel, tant cette pauvre âme est plongée dans la matière. Ils tombent quelquefois jusque dans ces excès monstrueux qui font perdre l'usage de la raison et qui assimilent l'homme à la brute. Sans tomber aussi bas, nous pouvons ressentir l'action de la chair sur nous, à mesure que nous suivons trop facilement ses inclinations, par la difficulté que nous éprouvons alors à nous occuper des choses de Dieu, et à nous déprendre des pensées de la terre.

Il faut donc, pour que l'âme secoue le joug et ressaisisse les rênes du gouvernement, il faut que, parla mortification, elle réduise cet excès de vie animale. |; Elle y parvient avec la grâce de Dieu en usant plus modérément des créatures, en s'imposant des privations dans l'usage des aliments et des boissons. C'est la raison des lois de l'Église sur l'abstinence et le jeûne. Par le jeûne elle réduit la quantité de la nourriture, par l'abstinence elle nous fait user d'aliments qui excitent beaucoup moins les sens, car il est d'expérience que les mets tirés du règne végétal sont plus sédatifs, donnent un sang moins abondant et plus calme; elle espère, en nous assujettissant pour un temps à cette discipline, nous faire contracter des habitudes de sobriété, qui nous aideront puissamment & réprimer les inclinations mauvaises de la nature.

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