‹ Cours d'instruction réligieuse, ou, Exposition complète de la doctrineChapitre 67 sur 82 · CONSEILS KVANGÉLIQUES : PAUVRETE, CHASTETÉ, OBÉISSANCE · texte numérisé non relu

CONSEILS KVANGÉLIQUES : PAUVRETE, CHASTETÉ, OBÉISSANCE

I. Un jeune homme fort riche s'approcha de Notre- Seigneur et lui demanda : Seigneur, que dois-je faire pour me sauver? Jésus-Christ lui répondit : « Si vous <c voulez entrer dans la vie éternelle, observez les corn- <c mandements : Honorez tertre père et votre mère; « vous ne tuerez pas, vous ne volerez pas, vous ne <t portera pas de faux témoignage contre votre t frère... » Le jeune homme ayant assuré qu'il avait suivi fidèlement ces préceptes depuis son enfance, Jésus-Christ ajoute : Si vous muiez être parfait, otfez, vendez tout ce que vous avez et donnez-en le prix m pauvres, et vous aurez un trésor dans le aiei K II y a ici une différence essentielle : quand il s'agit du salut, Nôtre-Seigneur ne parle que de l'observation def préceptes; s'agit-il de la perfection, il demande quelque chose de plus ; il propose le renoncement aux biens de la fortune, renfoncement qui ne s'impose pas comme tin devoir rtgoitre«x. Le conseil est donc u*w oeuvre h laquelle Dieu nous incline par sa grâce, et qu'il nous recommande* pour noes amener à la perfection, mais qu'il ne sous impose pas.

B est vrai que, le jeune homme dont nornsvenees de parler s'éttat relire sans oser suivre le conseil 3® M était donné, Notae-Seigneur dit : Les rùà» entrerai* dsffMkmmt dans k royaume 4u eMt Maifi en s* peut pas conclure de ces paroles 411e le renenœma*

1 Évang. de saint MsMhiea, x% 91.

CONSULS éVAKGÉLIQUES 39fr

aux biens temporels soit une condition nécessaire de saint; elles prouvent seulement que les riches trouvent dans rattachement qu'ils ont à leur fortune un grand obstacle au salut, et que plusieurs périront pour n'avoir pas réprimé le dérèglement de leur cœur dans la poursuite des richesses.

Ce que nous disons ici de l'amour des richesses, il faut le dire de l'amour des plaisirs sensibles, de l'amour de sa propre volonté, et d'autres affections plusou moins déréglées, qui, dans une certaine mesure, sont des obstacles au salut, et toujours des obstacles à la perfection, de sorte que, pour sauver son âme, et plus encore pour tendre à la perfection, il est d'une absolue nécessité de les réprimer. C'est à quoi servent admirablement les conseils évangéliques.

Pour mieux comprendre ceci, observons que, comme notre salut et notre perfection dépendent du ^jgré plus ou moins élevé de charité, une condition essentielle pour assurer le salut et pour faire des progrès dans les voies de la perfection, c'est lo détachement de tout ce qui nous éloigne de Dieu, l'amour de l'argent, la sensualité, l'orgueil, l'amour de soi ou l'égoïsme.

Or le détachement peut se considérer à trois degrés différents.

Le premier degré du détachement consiste à renoncer à toute affection, à toute recherche des biens créés, qui serait incompatible avec l'observation des commandements de Dieu et de l'Église. Â ce degré, lo détachement n'est pas de conseil, il est de devoir, et c'est dans ce sens que Notre-Seigneur a dit : « Si qttelqvfun veut venir après mot, qu'il se renonce 6m-

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même... Si quelqu'un aime son père, sa mère, son épouse, *es frères , son âme plus que moi, il n'est pas digne de moi.)) Il est évident que celui qui est amateur des plaisirs, passionné pour la gloire et pour la fortune, ne pratiquera pas la sobriété, ne se défendra pas des plaisirs criminels, n'observera pas les lois de la charité et de la justice, s'il ne s'applique à réprimer, dans une certaine mesure, ces affections, ces inclinations déréglées.

Le second degré du détachement consiste à s'imposer des pratiques qui ne sont pas commandées par la loi de Dieu, à renoncer à des satisfactions que nous pourrions nous procurer sans l'offenser, mais dont le sacrifice lui sera plus agréable et doit contribuer à nous rendre meilleurs, tout en nous laissant dans les conditions ordinaires de la société. Ce détachement n'est que de conseil; on l'observe toutes les fois que par un motif surnaturel on va au delà de ce qui est commandé. Prenons quelques exemples : Dieu nou^ ordonne de faire l'aumône aux pauvres, selon la mesure de leur indigence et de nos ressources; il veut que nous pardonnions à nos ennemis; l'Église nous prescrit d'entendre la sainte messe les dimanches et les fêtes d'obligation. Celui qui fait des aumônes plus abondantes que ne l'exige sa position, en s'imposant de pénibles privations pour soulager un plus grand nombre de pauvres; celui qui non-seulement pardonne et oublie l'offense, mais qui de plus donne à son ennemi de ces marques d'intérêt et de dévouement dont la charité ne nous fait pas un devoir envers le prochain, celui-là va au delà des préceptes : il pratique le conseil, et, si d'ailleurs tout le reste de sa

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conduite est réglé comme il convient, et que des motifs véritablement purs l'animent dans ces œuvres non commandées, il n'est pas douteux qu'il ne soit dans un état de perfection, car il pratique les vertus chrétiennes dans un degré plus élevé que ne le fait le commun des fidèles.

Nous supposons ici que la prudence dirige ces actes, car il peut y avoir de l'excès dans les meilleures choses, si elles ne sont pas dans l'ordre voulu. Les œuvres de surérogation ne nous sont conseillées, elles ne nous sont même permises que sous la condition présumée qu'elles peuvent se concilier avec les devoirs de notre position. Celui qui négligerait de payer ses dettes pour faire d'abondantes aumônes, ou qui manquerait à ce qu'il doit à sa famille pour se livrer à de longs exercices de piété, ne saurait plaire à Dieu. Il . est inutile d'insister sur ce point, car manifestement *on ne peut pas entendre autrement la pratique des conseils évangéliques.

Le troisième degré du détachement consiste à renoncer au monde, en se consacrant à Dieu dans l'état religieux par les vœux de pauvreté, de chasteté et d'obéissance.

II. Si haut que l'on remonte dans l'histoire du Christianisme, on rencontre un nombre considérable de fidèles, cpii, touchés du désir de mener une vie plus parfaite, se sont séparés du monde et voués à la pratique des conseils évangéliques. Les Apôtres avaient donné l'exemple de l'abnégation la plus entière. Que de fidèles, instruits et touchés de ces exemples, renoncèrent au monde dès les premiers siècles et à toute espérance de fortune, sacrifièrent des jouiscoubs d'instr. m. 23

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sances d'ailleurs légitimes, et passèrent leur vie tout entière dans les exercices de la prière et des bonnes t»uvres! Les déserts de l'Egypte étaient déjà peuplés de moines quand cessa l'ère des persécutions contre l'Église. De l'Orient, les instituts religieux passèrent en Occident, sous mille formes diverses; tous tendaient d'abord principalement à la sanctification personnelle; la plupart se vouèrent ensuite à des œuvres de zèle pour te bien du prochain.

Nous disons que ces sociétés, dont chaque siècle a tu augmenter le nombre, avaient des formes diverses; sans doute, mais toutes ont eu et ont encore cela de commun, qu'elles tendent à perfectionner ceux qu'elles reçoivent dans leur sein par la profession de la pauvreté, de la chasteté et de l'obéissance.

Il ne faut pas une connaissance approfondie du cœur humain, ni de grandes études sur l'Évangile,.* pour savoir que les plus grands obstacles au salut, et plus encore, par conséquent, à la perfection, sont l'attache aux biens de ce monde, l'amour du plaisir et l'indépendance de la volonté, qui suit sans règle toutes les fantaisies du cœur et se justifie à elle-même tout ce qui lui plaît. Il n'y a point assurément de moyen plus sûr d'écarter ces obstacles, -autant du moins qu'ils peuvent l'être, que rengagement pris devant Dieu, et consacré par un acte solennel de religion, de renoncer aux biens de la fortune par le vœu ûe pauvreté, aux jouissances des sens par le vœu perpétuel de chasteté, et à l'indépendance de la volonté par le vœu non moins absolu et perpétuel de soumission aux règles et à rautorité des supérieure.

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Le monde blâme les instituts religieux» En vérité, nous ne nous expliquerions pas cette opposition, si nous ne savions, par une longue expérience et par la parole de Notre-Seigneur, que le monde blâmera» toujours et condamnera l'œuvre de Dieu, parce qu'il verra toujours dans cette œuvre la condamnation, de ses propres excès. Si ce n'était cette lutte des passions contre l'Évangile, comment viendrait-il seule* ment à l'esprit de blâmer un ordre de choses si raisonnable et si conforme aux traditions invariables du Christianisme ?

H faut que l'on sache, avant tout, que les personnes qui vivent en communauté n'y sont entrées que. parce qu'elles l'ont bien voulu. Autrefois on parlait, beaucoup des victimes du cloître, qui soupiraient, disait-on, après l'heure de leur délivrance. Ces prétendues victimes donnèrent, à la fin du dernier siècle, un éclaxtant démenti à tout ce qui avait été dit à leur sujet,, quand on ouvrit les portes de leurs monastèreset qu'on leur offrit de rentrer dans le monde. Presque toutes s'j refusèrent, préférant la vie qu'elles avaient choisie à la. position qu'on voulait leur faire dans le siècle. Il fallut venir à des voies de contrainte: on les arracha malgré elles de leurs pieux asiles ; plusieurs montèrent sur les échafauds, victimes de leur fidélité aux vœux de la religion ; un grand nombre quittèrent leur patrie et se transportèrent sur un sol étranger, pour jouir de la liberté de vivre selon leurs vœux; les autres, forcées de rentrer dans leurs familles, continuèrent à pratiquer, autant que les circonstances pouvaient le permettre , les exercices de la vie religieuse ; preuve, bien sensible qu'elles avaient adopté cette vie

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avec une liberté entière, sous la seule inspiration de la conscience.

Toutefois il peut y avoir eu quelques abus : des intérêts de famille, des arrangements de fortune, d'autres causes analogues, auxquelles la religion était parfaitement étrangère, ont déterminé quelquefois les parents à faire entrer dans les communautés des enfants qui n'y étaient point portés par eux-mêmes. L'Église condamnait sévèrement cet abus de la puissance paternelle ; mais enfin ses lois purent n'être pas toujours efficaces pour rendre le mal impossible ; il est donc probable qu'il y eut quelques abus, .comme il y en a du reste partout, même dans les meilleures institutions.

Aujourd'hui de pareils inconvénients ne peuvent guère se rencontrer. Les familles, au lieu de pousser leurs enfants à la vie religieuse, les en détournent, au contraire, et mettent ordinairement beaucoup d'obs- s tacles à leur entrée en religion. De plus, les supérieurs veillent avec sollicitude à ce que personne ne soit admis à la profession des vœux sans de longues et de sérieuses épreuves, pourprévenir des démarches inconsidérées et une détermination trop prompte, effet d'une ferveur, d'une exaltation ou d'un mécontentement passagers. Quand, après des années entières de réflexion et d'expérience de la vie qu'elles veulent embrasser, ces personnes se sont résolues à faire des vœux, il y a sans doute pour elles une obligation étroite de les observer, mais ce n'est qu'une obligation morale, sans nulle contrainte extérieure; la conscience seule les retient dans l'état religieux.

Donc liberté entière pour embrasser la vie reli-

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gieuse. Ceci supposé, toute difficulté devrait disparaître ; car enfin s'il est libre dans le monde d'embrasser n'importe quelle profession, pourvu qu'elle ne blesse pas la morale et ne compromette pas Tordre public, si chacun a le droit de vivre comme il l'entend, peut-on raisonnablement trouver mauvais que celui qui ne se plaît pas dans le tourbillon du monde et dans l'agitation des affaires cherche une vie plus calme et plus conforme à ses goûts, dans une maison de retraite ?

Un homme raisonnable ne contestera pas ce droit : mais celui qui s'arrête aux idées répandues dans une partie de la société dira peut-être que les vœux de la religion sont impraticables. Comment le sait-il, s'il n'en a pas fait l'expérience ? Qui lui a dit qu'il n'y a pas assez de vertu, pas assez de grâce dans le Christianisme pour pratiquer la chasteté, la pauvreté et Vobéissance ?

Tous ne sont point appelés à ce genre de vie ; mais, quand on a fait une expérience raisonnable des vertus nécessaires à cet état, quand on a étudié avec soin ses inclinations, il n'y a pas de témérité à l'embrasser, et on peut espérer qu'avec la grâce de Dieu on sera fidèle aux saints engagements que Ton aura contractés. Le vœu de pauvreté réduit le religieux à l'état des pauvres, sans toutefois lui faire partager leurs sollicitudes et leurs angoisses. Il se décide à se dépouiller de ses biens pour les laisser à ses parents, ou pour les employer en bonnes œuvres, et il est d'ailleurs moralement assuré de ne point manquer du nécessaire. Cette pauvreté volontaire est approuvée dans TÉvangile et elle donne une grande

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liberté pour se vouer au ministère de l'Évangile avec un parfait désintéressement. Au surplus, si le religieux se dépouille lui-même de la faculté de posséder et de disposer à son gré de quoi que ce soit, il. ne cause de préjudice à personne.

Reste le vœu d'obéissance, qui n'a donné lieu à des objections de la part des ennemis des ordres religieux que parce qu'ils s'en font une fausse idée. Le religieux a, comme toute autre personne, sa conscience engagée devant Dieu, avant d'être soumis aux volontés d'un supérieur. Si donc il arrivait que le supérieur poussât l'abus du pouvoir jusqu'à prescrire un aete contraire aux lois divines, non-seulement l'obéissance ne serait point alors un devoir, mais elle serait un crime. L'obéissance aveugle dont on a tant parlé ne porte que sur les choses bonnes, ou tout au moins indifférentes, que le supérieur prescrit, en se conformant aux règles de son institut. Dans la société, les£ militaires sont soumis à une obéissance plus sévère encore, et en général on tient à ce que les fonctionnaires et tous les employés suivent, sans les discuter, les ordres qu'ils reçoivent de leurs chefs, sauf le cas où la conscience et l'honneur demanderaient que l'on sïabstînt. L'ordre public, la hiérarchie sociale exigent qu'il en soit ainsi ; l'obéissance religieuse ne va pas au delà, et ce qui la distingue de la soumission demandée au soldat et au fonctionnaire, c'est l'esprit intérieur qui en est le principe. Le religieux obéit par amour, et il s'estime heureux de ne point se conduire par sa volonté propre. Libre à chacun de ne pas vouloir pour lui d'une pareille obéissance ; elle peut paraître fort extraordinaire à l'homme orgueilleux et

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fier de son indépendance. Pour nous qui savons dans quels écarts peut donner celui qui n'a d'autre règle que sa volonté propre, nous concevons qu'un chrétien désireux de sa perfection se soumette à la direction d'un supérieur, cherchant dans l'obéissance une garantie contre les entraînements de la faiblesse ou de l'inexpérience.

III. A quelque point de vue que Ton considère les engagements de la vie religieuse, on ne peut donc raisonnablement les blâmer. Il reste pourtant une dernière objection dont nous n'avons point parlé, c'est l'inutilité prétendue de ces instituts religieux qui se consacrent exclusivement à la prière. On avouq les services qu'ontrendusetque peuvent rendre encore les congrégations vouées, soit à l'instruction de la jeunessej, soit au soulagement des pauvres et des malades ; mais on demande : celles qui vivent 'vlans un isolement complet de la société, que fontelles pour le monde ?

A une pareille question, nous pourrions nous contenter de répondre que la plupart de ceux qui la proposent ne font peut-être pas grand'chose non plus pour la société ; combien parmi eux mènent une vie oisive, sans portée morale, ou qui s'agitent dans de vaines intrigues, nullement préoccupés du bien public, mais seulement de leurs plaisirs ou de leurs intérêts privés! Ceux-là seraient-ils en droit de demander aux religieux compte de leur oisiveté prétendue? Qu'ils se rassurent, il y aura assez d'hommes d'intrigues et de mouvement, assez d'hommes habiles et ambitieux, pour que les affaires du monde suivent leur cours, sans se ressentir de la retraite

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de quelques individus qui vivent dans la solitude, j Nous avons une réponse plus grave à donner. On de- ! mande ce que ces religieux font pour le monde? Eh , bien, ils prient, ils intercèdent auprès de Dieu pournous, et ils nous donnent l'exemple de l'abnégation et du dévouement. Si vous pénétriez dans ces solitudes que ! vous ne blâmez que parce que vous'ne les connaissez pas, vous y rencontreriez des personnes dont la vue I produirait en vous un sentiment profond d'admiration. Plusieurs d'entre elles pouvaient jouir, dans la so- I ciété, de la fortune et de la considération, elles pouvaient tout aussi facilement que vous s'y faire une j position honorable, et cependant elles ont sacrifié ces espérances pour embrasser une vie austère, vie tout occupée du travail et de la prière. Certes, dans un siècle où les hommes sont si prodigieusement inclinés vers la terre, dévorés d'ambition, concentrés dans un dur égoïsme, il est bon de voir ces exemples d'ab-' négation : ils nous donnent lieu de penser que la source des beaux sentiments n'est pas encore tarie; ils nous consolent et nous excitent, sinon à faire nousmêmes de pareils sacrifices, du moins à relever nos âmes par des pensées et par des œuvres plus généreuses.

Cet exemple est un premier bienfait. Il en est un autre plus digne encore de notre attention, c'est l'expiation que les âmes pures offrent à Dieu pour les iniquités du monde. C'est un des dogmes du Christianisme, que la pénitence et la prière du juste peuvent beaucoup auprès de Dieu pour obtenir le pardon du pécheur, et ce dogme a été dans tous les temps la raison des sacrifices et des expiations publiques.

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Abraham avait obtenu de Dieu que, s'il se trouvait seulement dix justes dans la ville infâme de Sodome, cette ville serait épargnée. Nous sommes certains que les voies de la Providence ne sont pas changées, et qu'aujourd'hui comme alors la justice divine se laisse fléchir par les larmes et les prières des hommes justes. C'est ce qui soutient notre espérance à la vue des scandales et des excès inouïs du monde. Affligés de ces désordres, préoccupés de l'avenir, les enfants de Dieu se disent : heureusement pour nous, il y a en? core des âmes qui apaiseront la justice divine. Ces âmes se rencontrent surtout dans les communautés religieuses; il est permis de les considérer comme des victimes d'expiation.

On ne peut donc pas condamner les conseils évangéliques, ni blâmer les vœux de la religion, sans méconnaître l'esprit du Christianisme et les traditions % l'Église. Libre à chacun de ne se lier par aucun vœu ; mais tous doivent respecter les conseils évangéliques, et laisser à chacun la liberté de suivre son attrait et les inspirations de sa conscience.

§ 2. — VERTUS NÉCESSAIRES POUR L'OBSERVATION DES CONSEILS ET DES PRÉCEPTES l MORTIFICATION, HUMILITÉ.

Celui qui veut observer les conseils évangéliques, doit s'appliquer à l'exercice de certaines vertus, sans lesquelles il ne fera jamais de progrès réels dans la perfection, et qui sont même nécessaires au salut. Ce n'est pas ici le lieu de traiter à fond ces vertus; nous croyons néanmoins utile d'en signaler deux : la mortification et l'humilité.

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nous-mêmes des sentiments conformes à notre dépendance, aux misères extrêmes de notre nature, à notre indigence ; elle veut, en deux mots, que nous nous connaissions tels que nous sommes, que nous nous traitions, que nous voulions être considérés et traités comme nous nous connaissons. La vérité et la justice, voilà donc tout le secret de l'humilité. L'orgueil, au contraire, fait que nous nous considérons autrement que nous ne sommes : il nous suppose une excellence, des vertus, des mérites que nous n'avons pas : c'est une estime et un amour de nous-mêmes sans nul rapport à Dieu. Il y a dans cette estime et cet amour un double défaut : l'erreur et l'injustice.

Le plus grand obstacle que les vertus théologales et la vertu de religion trouvent en nous, c'est l'orgueil : elles ne s'établissent dans notre âme qu'en la rendant humble ; et, d'ailleurs, l'humilité ainsi formée contribue, de son côté, à nous perfectionner dans l'exercic# de la foi, de l'espérance et de la charité, à mesure qu'elle atteint elle-même un plus grand degré de perfection.

La foi soumet l'intelligence de Fhomme à la parole de Dieu : elle réduit cette intelligence si curieuse, si attachée à ses propres conceptions, et naturellement si indépendante, elle la réduit dans une sorte de servitude, pour nous servir des expressions de l'Apôtre saint Paul, et lui fait admettre sans hésitation des vérités qu'elle ne comprend pas; disons plus, des vérités contraires aux inclinations déréglées du cœur. Pour nous humilier davantage, Dieu ne nous révèle pas immédiatement ces vérités; il nous les apprend par le ministère d'autres hommes semblables à nous,

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que nous devons vénérer comme les organes infaillibles de l'esprit de vérité, bien que tout homme soit, par la condition de sa nature, sujet à Terreur.

Il faut convenir que le fait de la révélation et celui de l'autorité de l'Église sont établis sur des preuves concluantes, ce qui rend notre foi très-raisonnable; mais ces preuves n'ont pas l'évidence immédiate des premiers principes; elles n'ôtent pas aux mystères leur impénétrable obscurité, et elles laissent subsister des difficultés, qui deviennent des pierres de scandale pour les esprits présomptueux. On ne peut donc recevoir de Dieu la grâce de la foi que par un acte d'humilité par lequel on fait abnégation de sa manière de voir, pour se soumettre, sans réserve, à l'enseignement de l'Église. Comment pouvez-vous croire, disait Notre-Seigneur à des hommes superbes, vous qui ne cherchez que votre gloire ' ? Il n'y a chose au monde ^ont nous soyons plus fiers que notre propre raison; c'est là aussi que Dieu a porté le premier coup dans l'œuvre de notre régénération, en faisant, pour nous tous, de la foi la première et la plus indispensable condition du salut.

Vous voyez maintenant le rapport de la foi avec l'humilité. Que dirons-nous de l'espérance? Cette vertu nous fait recourir à Dieu comme à celui de qui seul nous pouvons recevoir et la lumière qui nous éclaire, et la force qui nous soutient, et la récompense de nos travaux, et enfin notre bonheur. L'homme orgueilleux ne compte que sur lui-même et sur ses talents, sur son industrie, sur l'énergie de sa volonté, ce qui mène

) Évang. de saint Jean, v, 44.

cours d'inbtr. m. 24

414 CttffipiUI IVANGiLiaClS

inévitablement h l'un de ces deux excès : la préeomp- ' tion ou le désespoir. Il vit dans l'illusion, au milieu des quelques succès qu'il peut avoir dans le monde, succès qui exaltent sa confiance; ou bien, si ses projets sont renversés, si les événements déjouent ses calculs, Si un changement de fortune l'avertit de sa faiblesse, il tombe dans l'abattement et le désespoir, parce qu'il ne trouve plus d'appui sur lequel il puisse se reposer. Malheur à l'âme qui ne met pas en Dieu sa confiance! L'espérance chrétienne tend incessampaent à prévenir ces maux; mais surtout, et c'est son objet direct, elle nous fait sentir que nous ne pouvons absolument rien dans l'ordre du salut sans la grâce de Dieu ; que de même que, dans l'ordre de la nature, nous avons reçu de lui tout e» que nous avons, notre existence, nos facultés, notre vie, ainsi, dans l'ordre surnaturel, tout mus doit venir de lui seul : dès lors, elle nous fpit glorifier Dieu de tout le bien naturel et surnature^ que nous avons, pomme tout vient (le ce principe unique et universel du bien, tout doit retourner à lui pour le glorifier : $t vous avez tout reçu, dit saint Paul, pourquoi vous glorifier vous-mêmes comme si vous ne Vamipa$reçu*ï

Ce que la foi et l^spéranee ont commencé, la charité le consomme. Par la foi, l'homme soumet et humilie son esprit; par l'espérance, il a le sentiment de sa faiblesse paorale et de son indigence extrême : la charité fait dominer l'amour de Dieu sur toutes ses affections. L'orgueil, c'est l'amour de soi sans rapport à Dieu, c'est Végoïsme, sorte de culte idolâtrique que

» I*« Ép. aux Corinthiens, iv, 7.

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l'homme se rend à lui-même, et qui le porte souvent à d'énormes excès : l'hypocrisie, l'ambition, la vengeance, la dureté à l'égard des autres, parce qu'il subordonne toute affection, tout autre intérêt à son intérêt personnel. La charité remet l'ordre que l'orgueil a détruit; elle nous porte à aimer Dieu par-* dessus tout, et à n'aimer toutes choses, par conséquent à ne nous aimer nous-mêmes que par rapport à Dieu, C'est bien là, sans doute, l'humilité. Nous la retrouverons nécessairement dans tous les autres actes de la vertu de religion. Voyez l'adoration, le sacrifice, la prière!.... Concevez- vous un seul de ces actes, sans que l'homme reconnaisse son néant, sa pauvreté, sa dépendance absolue de Dieu, le besoin extrême et continuel qu'il a de lui?

Donc il n'y a pas de vrai Christianisme pratique sans humilité ; l'effet immédiat de l'orgueil est de nous Réparer de Dieu, l'humilité nous rapproche de lui. Il nous serait bien facile, en poursuivant ces réflexions, de montrer que l'humilité, à mesure qu'elle se perfectionne en nous, écarte les obstacles que nos inclinations déréglées mettaient à l'exercice des vertus théologales; mais c'est une vérité si manifeste, qu'il semble inutile de nous y arrêter plus longtemps. Aimons donc la doctrine chrétienne, qui nous apprend que Dieu est le principe et la fin de tout ce qui est bon, et que nous n'avons absolument rien de digne d'estime et d'amour que nous n'ayons reçu de lui; c'est un dogme de la foi catholique : aimons à penser que Dieu seul est grand, seul digne de toute louange, de toute gloire; alors nous serons humbles, nous serons chrétiens, et Dieu, qui accorde sa grâce aux àpaes humbles, nous bénira.

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On se trompe grandement si Ton croit que l'humilité est incompatible avec l'élévation des sentiments, avec la générosité et la magnanimité du caractère. L'expérience prouve le contraire; car, si on lit avec quelque attention la vie des saints que la Providence a fixés dans le monde et appliqués à des emplois extérieurs, ou qu'elle a placés dans des circonstances qui demandaient de la grandeur d'âme et de la fermeté, on les trouvera tout aussi fermes que qui que ce soit. Voyez un saint Louis, roi de France, ou un saint Charles Borromée. Ces hommes ont été sincèrement et profondément humbles; y eut-il jamais plus de dignité et une grandeur mieux entendue? Je conçois que l'orgueilleux soit faible; il aura une vaine hauteur, des manières superbes à l'égard de ceux qui lui sont inférieurs, mais, si l'ambition le demande, il s'abaissera quelquefois d'une manière indigne; il sera timide et incertain dans les circonstances desquelles dépendent sa fortune & et son avancement; il y aura enfin^ il y aura souvent une véritable bassesse sous ces dehors distingués. L'homme humble ne poursuit pas les honneurs; il les accepte quand la Providence les lui procure; il ne convoite pas les positions élevées, mais il les respecte, et, s'il est destiné à les occuper, le respect qu'il aura pour ces hautes positions le rendra plus ferme pour en soutenir les droits, plus courageux pour en remplir les obligations. Il cherche Dieu avant tout, et il ne se repose que sur Dieu seul; pourquoi craindrait-il? On est réellement fort quand, avec la conscience du devoir et la confiance en Dieu, on ne tient point à des intérêts personnels d'estime» de gloire, de réputation.

Telle est cette vertu, si peu connue du monde, si

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facilement oubliée, même de ceux qui aspirent à une vie plus parfaite, et pourtant si indispensable ! Nous avons vu comment l'humilité nous dispose à rendre à Dieu la gloire qui lui est due ; que n'y aurait-il pas à dire pour montrer ses effets dans nos relations de société ! Elle prévient les causes les plus ordinaires de division parmi les hommes ; elle tempère l'ambition, elle modère les susceptibilités, elle écarte les jalousies, elle nous dispose au pardon et à l'oubli des injures, elle nous rend indulgents pour le prochain, et nous inspire de la bienveillance pour les petits et les faibles. L'homme sincèrement humble pense beaucoup moins à lui qu'il n'est occupé du bonheur des autres ; il s'oublie volontiers lui-même , tandis qu'il se plaît à relever les mérites d'autrui. Il faudrait entrer dans tous les détails de la vie s'il fallait dire comment, en toutes circonstances, l'hu- 1 milité, après nous avoir admirablement soutenus dans l'accomplissement des préceptes, nous aide à faire ce qu'il y a de mieux, à l'entreprendre et à le poursuivre avec les vues les plus pures !

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