CAUSES DIVERSES DU P&CH
I. Une faut pas chercher ailleurs que dans la faiblesse de toute créature raisonnable et dans l'abus qu'elle peut faire de sa liberté, la cause première du péché. Ses conceptions sont toujours bornées et l'amour du bien est nécessairement imparfait en elle; elle peut se méprendre en choisissant le mal qui se présente à elle sous l'apparence du bien; sa volonté peut déchoir; de là vient qu'elle est sujette au péché. Ceux qui voudraient que Dieu eût créé l'homme impeccable, voudraient ou qu'il ne l'eût pas doué de la liberté, ce qui lui ôterait tout mérite dans l'ordre moral, ou que, par des dons extraordinaires, il l'eût élevé, sans le faire passer par aucune épreuve, audessus des conditions de la nature, ce que nul de nous ne peut prétendre raisonnablement. Qu'il nous suffise de savoir que, si nous sommes exposés au péril de faire le mal, nous avons aussi des moyens très-puis-
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sants de faire le bien, et que la gloire qui nous est réservée dans le ciel comme récompense de nos travaux, sera d'autant plus grande que nous aurons eu plus de mérite à demeurer fidèles, c'est-à-dire que nous aurons eu plus de combats à livrer pour remporter la couronne qui nous attend au terme de notre carrière.
Ces combats sont nombreux parce que nous avons à lutter contre beaucoup d'ennemis, contre le démon, contre le monde, et plus encore contre nous-mêmes.
IL Le démon, qui a tenté et séduit nos premiers parents, poursuit son œuvre en tendant des pièges à notre innocence, dès le moment où nous commençons à vivre. Ce sont quelquefois des attaques directes, su* bites, des tentations violentes qui mettent un grand trouble dans l'âme et l'excitent vivement au mal. I/opération du démon est alors si sensible, que ceux ^Hômes qui seraient tentés de ne pas croire à l'existence de ces mauvais esprits devraient être ramenés à la foi par leur expérience, car ces effets extraordinaires seraient humainement inexplicables. Les saints Apôtres Pierre et Paul nous avertissent de ces combats : l'un, quand il compare notre ennemi à un lion rugissant qui cherche à nous dévorer; l'autre, quand il nous recommande de nous protéger par le bouclier de la foi contre les traits enflammés que le démon lance contre nous \ D'autres fois ce sont des insinuations, des pensées qu'il fait naître imperceptiblement dans nos esprits, des doutes, des dégoûts, des inquiétudes, des découragements, je ne sais quoi encore;
i I"* Ép. de saint Pierre» y, 8; Ép. aux Éphésiens* vi, id»
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car il Vf i pal Ûé forma qu'il M préftae pour fieras séduire^ ni d'embftefae* qu'il lie dresse, tout moyen lui étant indifférent, pourvu qu'il hOUS fasse tomber dans le mal*
Parmi les moyens qu'emploi* rangs séducteur nous devons mettre les scandales du monde, les occasions de péché qui se rencontrent dans la société : mauvais exemples, maximes contraires à la fbi, litres dangereux, Spectacles qui inspirent autant d'éloigné* ment pour le service de Dieu que de goût pour les choses de la terrée. Ces diverses occasions sont plus Ou moins dangereuses, selon les inclinations, le tempérament, la ftiblesse de chaque individu» Ce qui eftpose rua à un péril très-grave, Où vraisemblablement il succombera, s'il ne fuit l'occasion autant qu'il dépend de lui, peut ne pas faire une forts impression sur d'autres, qui se trouvent dans des situations différentes. %
Le démon et lé monde seraient moins dangereux pour nous, slis n'avaient des intelligence* dans l'intérieur de là placé qu'ils veulent emporter, je veux dire dans nôtre propre cœur, Malheureusement leurs efforts sont secondés par nos passions, surtout par le dérèglement que le péché originel a mis en nous, dérèglement qu'il est utile de bien considérer ici pour nous prémunir contre tant de périls*
IIL L'ordre demandé que nous aimions Dieu de tout notre cœur, de tout notre esprit, de toutes les puissances de notre âme, et que l'amour que nous nous portons à nous-mêmes soit subordonné & l'affinu? de Dieu. Rien de plus incontestable dans les principes du Christianisme; vous ravez vu dans l'exposition de
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* lft ddCttitie flê FÊglise sur les vertus théologales. ÎMeii seul estsoUtëràinemeiit aimable ; 11 possédé dans uil degré itifîni tout ce qu'il y a de bon et d'aitoàble danS lès créatures ; il est la sdurcé véritable, le principe unique du bien qUë nous avons et dé célUi que ïidué àinadhS dans les autres j tout amtfUr doit donc se rapporter ultérieurement à lui. C'était là disposition dô rhdtnme dans Son état primitif; les créatures, ftu lièil de lui faire oublier Dieu, le t amétiàient â ilii comme à l'auteur de toutes choses, et il en Usait avec reconnaissance et modération. Toutes Choses alors étaient ce qu'elles doivent être, L'ârtië était sôus l'action deâ organes, pour être avertie par eu& des nécessités dû corps qu'elle est chargée de gouverner; mais les sensations n'obcurcissaiëiit pas l'intelligence, elles ii'entràînaient pas laVolotité; l'âme unie à Dieu, qui régnait sur elle, régnait ellë-tttéme sur les setiâ, et elle 1Éfc dominait comme il convient à Sa nature.
Nous ne fediroii's pas comoieiit ce bel ordre fut troublé par le péché originel ; ndUS devons seulement retnarquer ici les suites de là Violation deS rapporta qUë lft grâce avait établie entre l)ieU et l'hëmtiië Innocëtit; noué le ferons éti citant lete paroles de BosSUet: « ôn ne comprendra jamais lachUte dé l'homme, Sans « ëiitëftdre là situation de l'âme râisotmàble et lô rang « qu'elle tient naturellement entré les choses qu'oit « appelle biens, tl y a donc premièrement le bien suit prème qui est Dieu, et bù se trouvé là félicité de là « nature raisonnable; ily à en dernier lieu lès biens « inférieurs qui sont lés objets setifeiblés et Matériels, o dont l'âme raiSonriàblë pëUt être WUChée. Elle tient à elle-même le milieu entre côs detii sortes dô biens,
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ic pouvant par son libre arbitre s'élever aux uns ou se ^ « rabaisser vers les autres. Elle est donc par son état « infiniment au-dessous de Dieu, et de beaucoup au- « dessus des objets sensibles, auxquels elle ne peut « s'attacher en se détachant de Dieu, sans faire une « chute affreuse. Mais, afin qu'elle tombe si bas, il o faut nécessairement qu'elle passe, pour ainsi parler, « par le milieu qui est elle-même, et c'est là sa pro « mière attache. Saint Augustin a dit très-véritable- « ment que l'homme en tombant d'en haut et se déta- « chant de Dieu tombe premièrement sur lui-même, a C'est là que, perdant sa force, il tombe de nécessité « encore plus bas, et de lui-même, où il ne lui est pas « possible de s'arrêter, ses désirs se dispersent parmi « les objets sensibles et inférieurs dont il devient le a captif; car le devenant de son corps, qu'il trouve « assujetti aux choses extérieures, il en est lui-même « dépendant, et contraint de mendier dans ces obje^ « les plaisirs qui en reviennent à ses sens.
« Voilà donc la chute de l'homme tout entière : semo blable à une eau qui d'une haute montagne coule « premièrement sur un rocher, d'où elle se disperse « pour ainsi dire jusqu'à l'infini et se précipite jus- « qu'au plus profond des abîmes, l'âme raisonnable a tombe de Dieu sur elle-même, et se trouve précipice tée à ce qu'il y a déplus bas. » On voit ici l'origine des deux passions les plus violentes, l'orgueil et l'amour du plaisir, l'orgueil d'abord; « car, ajoute « Bossuet, comme cette eau qui tombe premièrement a sur le rocher le cave à l'endroit de sa chute et y fait « une impression profonde, ainsi l'âme tombant sur « elle-même fait aussi en elle-même une première