NÉCESSITÉ DE L* ESPERANCE
I. L'espérance n'est pas moins nécessaire que la foi. Ne devons-nous pas tous aspirer au bonheur du ciel, 3t travailler sérieusement pour nous rendre dignes des magnifiques promesses que Dieu nous a faites ?...
Pourons-nous sans l'espérance chrétienne aspirer à ce bonheur, et travailler avec succès pour y parvenir?... Il n'y a donc pas de situation dans layieoù l'homme ne doive espérer en Dieu. Les âmes les plus pures, les plus dégagées de tout intérêt personnel tendent constamment à lui comme à leur fin unique et à leur vrai bonheur; et les pécheurs qui ont commis les plus grands crimes doivent tourner leurs regards vers lui avec une humble, mais ferme confiance qu'il les recevra dans sa miséricorde, s'ils se convertissent sincèrement. L'espérance est ainsi pour tous un moyen de salut; elle est pour tous un devoir.
II. Ajoutons que cette vertu fait le bonheur de la vie, et qu'elle nous est un moyen puissant de nous soustraire à tous les périls, d'embrasser avec une constance généreuse les pratiques môme les plus difficiles de la vie chrétienne. J
Celui à qui tout paraît sourire dans le monde, qui' jou|t de l'estime de ses semblables, qui vit dans la prospérité, courrait le plus grand danger de se perdre, si l'espérance surnaturelle ne venait détacher son cœur de la Tanité des biens périssables pour le porter rers le ciel. Jésus-Ohrist a dit : Malheur à vota qui êtes riches, malheur à vous qui êtes dans la joieft La fortune et le bien-être ne sont pas sans doute une chose mauvaise ; mais la jouissance de ces biens distrait l'âme des biens éternels ; elle en affaiblit le désir, elle tend à fixer les affections du cœur sur un monde qui n'est en réalité pour nous qu'un lieu de passage, et nous détourne par conséquent de notre véritable fin. Or l'espérance chrétienne nous préserve de ce danger.
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Si nous ne sommes pas du petit nombre des heureux du siècle; si de pénibles privations, si de cruelles souffrances viennent un jour nous éprouver, au moins que l'espérance chrétienne nous reste ; avec elle rien n'est perdu* Elle relèvera notre âme de l'abîme où la douleur l'avait jetée, elle répandra un baume céleste sur ses plaies ; elle saura nous rendre supportables les maux de la vie présente, en vue du ciel qu'elle nous montre comme la récompense de notre résignation.
Le chrétien n'affecte pas une stoïque insensibilité, comme ces faux sages du paganisme qui, par une vaine exagération de vertu, voulaient paraître indifférents au plaisir et à la douleur. Quelque espérance que nous ayons du ciel, nous ressentons les infirmités de la chair; la vertu ne nous dépouille pas de notre nature et ne nous soustrait pas au sentiment des maux que nous endurons. Nôtre-Seigneur, qui avait revêtu une chair semblable à la nôtre, n'a-t-41 pas été sensible à l'amitié et à la douleur, ne l'a-t-on pas vu dans une profonde tristesse?..» Le chrétien ne se laisse pas non plus abattre par le malheur; il adore la divine Providence dans les divers événements de la vie, persuadé qu'elle s'étend à tout* aux petites choses comme aux grandes. Il reçoit avoc reconnaissance les biens, et souffre avec résignation les maux que Dieu lui envoie» C'est l'effet de l'espérance.
« Mon fils, nous dit le Saint-Esprit, s'il arrive que « Dieu te frappe* ne t'afflige point de ses châtiments* « car il châtie celui qu'il aime. Il se comporte à notre « égard comme un père envers ses enfants ; quel est « l'enfant qui n'est pas corrigé par son père ? il est
« vrai que cette discipline cause maintenant plus de « tristesse que de joie, mais elle procurera dans l'a- « venir plus de fruits de justice 1 . » Après tout, le nombre des jours que nous devons passer ici-bas est bien petit ; ils sont comme un moment fugitif à l'égard de l'éternité; nos souffrances ne dureront pas longtemps; et, supportées avec résignation, elles nous acquièrent des droits à une paix qui sera désormais inaltérable, à des joies qui seront sans mélange, à une gloire dont n'approche pas la gloire de ce monde. Voilà pourquoi le juste peut souffrir; mais il vit content sous la main de Dieu, le cœur plein de l'espérance des biens à venir.
L'espérance qui nous soutient contre les périls de la prospérité et contre ceux de l'infortune, nous soutient bien plus encore dans cette lutte de chaque jour, je dirai de chaque moment, contre les tentations de „ sensualité, d'orgueil, de paresse et de tant d'autres ' passions. La vie est effectivement un combat ; nous sommes en face d'un ennemi dangereux qui veut nous entraîner dans sa chute ; nous le savons et n'en sommes pas déconcertés. Dieu ne permettra jamais que nous soyons tentés au-dessus de nos forces. Notre- Seigneur n'a vaincu dans sa personne le démon et le monde, que pour nous obtenir la grâce d'en triompher nous-mêmes.
Sous quelque point de vue que l'on considère l'espérance chrétienne, elle est donc pour nous une nécessité, un soutien, une source de paix et de solide consolation. Nous admirions dans notre dernière le-
1 Saint Paul aux Hébreux, xu, 5-1 1.