INSTRUCTION XIII
De la pénitence.— Du bon propos et de ses qualités.
La contrition qui, comme nous l'avons dit, est le premier des actes du pénitent, renferme deux parties , l'une qui regarde îe passé, et l'autre l'avenir. Par rapport au passé, c'est-à-dire aux péchés commis, elle exige une vraie douleur et une sincère détestation; par rapport à l'avenir, c'est une ferme résolution de jne plus re-
tomber ni dans les péchés passés , dans aucun autre : Contritio est animi dolor , et âetestatio de peccato commisso , cum proposito non peccandi de cœtero. Nous avons assez expliqué la première partie , il nous reste maintenant à parler de la seconde.
Mais, remarquez auparavant que tout ce que j'ai dit de la nécessité rigoureuse de la douleur du passé doit s'entendre pareillement du bon propos. D'abord, on ne peut pas le séparer de la contrition si elle est sincère. Il n'est pas possible, en effet., qu'un homme se repente d'un mal qu'il a commis , et qu'il conserve en même temps la volonté d'y retomber. Ce sont là deux choses qui s'excluent mutuellement.
Mais indépendamment de cela , la nature même du pardon que le pécheur demande pour l'offense qu'il a faite, exige certainement de sa part une volonté sérieuse de ne le plus commettre. Où trouverez-vous, en effet, une personne qui, en ayant offensé une autre et voulant se réconcilier avec elle, vienne lui témoigner son regret de cette injure sans l'assurer en même temps de sa ferme résolution de n'y plus retomber ? Quel est celui qui pardonnerait une offense à un homme qui ne veut pas cesser de l'offenser ? Il est donc évident que quiconque veut se réconcilier avec Dieu, au regret de l'avoir offensé, dott encore joindre nécessairement la résolution de ne plus l'offenser à l'avenir. Voyons donc ce que c'est que le bon propos et quelles sont les qualités qu'il exige.
Le bon propos, dît saint Thomas, est l'acle d'une volonté ferme et délibérée : Proposilum estaclus volunlatis délibérâtes. C'est un acte de la volonté ; ce n'est donc pas une simple formule , semblable aux compliments dont, par politesse, on use dans le commerce du monde, et qui n'engagent et n'obligent à rien.
Ce n'est pas non plus un projet, une pensée en l'air, de ces pensées qu'on a toujours dès qu'on conserve un reste de religion et de foi. Combien de gens sont persuadés que le péché est un grand mal, et qui disent ; // ne faut pas le commettre, on ne doit pas, on on ne devrait pas le faire, et qui cependant ont la volonté de le commettre. Or ces paroles : il ne faut pas le faire, sont un acte de l'entendement ; mais je ne veux pas, voilà un acte de la volonté, et c'est cette volonté qui est requise pour obtenir le pardon de ses péchés.
Le bon propos ne consiste pas non plus dans une volonté quelconque , dans une volonté faible , lâche et imparfaite qui voudrait et ne voudrait pas. Ce sont là de pures velléités qui ne produisent
que de vaines spéculations, des désirs stériles et inefficaces , et que saint Augustiu compare, à cause de cela, aux efforts de ces personnes qui voudraient se lever de bon matin, mais qui, dominées par «ne extrême envie de dormir, s'abandonnent de nouveau au somneil. Ces velléités prouvent que votre cœur est encore partagé între Dieu et le péché , que vous êtes indécis et combattus intérieurement, et que vous ne savez pas encore vous décider à quitter le péché ; tout au plus pourrais-je vous dire que vous voudriez l'abandonner , mais vous ne pouvez dire que vous le voulez réellement. Or, le bon propos exige une volonté pleine et victorieuse qui détruise et anéantisse la volonté contraire, volonté sincère , détermination formelle de renoncer au péché , d'y renoncer à tout prix, d'y renoncer sans réserve et pour toujours, désignant même et prenant, pour y réussir, les moyens nécessaires.
L'idée que je viens de vous donner du bon propos vous indique assez quelles sont les conditions qui doivent l'accompagner. Un bon propos de cette espèce doit nécessairement être intérieur , ferme unioemel et efficace. Expliquons ces quatre qualités.
Je dis, en premier lieu, intérieur , c'est-à-dire qu'il doit venir d'un cœur véritablement et sérieusement décidé à exécuter tout ce que la bouche promet. Si le cœur n'est pas d'accord avec la bouche, le bon propos aussi bien que la contrition ne sont que déception et hypocrisie. Or, si vous vous appliquez à bien pénétrer et à bien voir quels sont les sentiments de votre cœur, peut-être vous apercevrez-vous qu'il n*a pas les bonnes dispositions que vous prétendez. Vous promettez telle et telle chose ; mais votre cœur vous dit que les choses iront à l'avenir comme par le passé. En voulez-vous une preuve décisive ?
D'où vient qu'on fait chaque jour avec tant d'indifférence et de facilité des résolutions ou des promesses qui devraient coûter de grands efforts et de grandes violences ? Vous semble-t-il que c'est peu de chose de vous décider à ne plus offenser Dieu et à renoncer à tout ce qui flatte le plus voî passions ; à rompre, par exemple, une liaison criminelle, à déposer tout sentiment de haine , à rétracter positivement et à démentir la calomnie et la médisance , à abandonner un commerce lucratif, mais illicite; à restituer le bien d'au» trui injustement acquis ? Il devrait être impossible rie prendre de semblables résolutions sans de sérieuses réflexions, sans de grands efforts et une grande violence. Et cependant je vois qu'on promet tout cela sans ia moindre hésitation et sans la moindre difficulté;
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pourquoi cela? Parce que le cœur n'y prend aucune part, parce
que ces promesses ne tirent pas à conséquence dans la pratique ,
qu'elles n'engagent à rien. Voilà la vraie raison pour laquelle tant
de résolutions ne produisent pas un véritable changemeut dans la
conduite.
Cependant, si vous ne voulez pas vous moquer de Dieu, qui n« se bisse pas tromper, comme les hommes, par de trompeuses apparences et des protestations menteuses, lorsque vous formez vos résolutions } sondez le fond de voire cœur; sondez-le bien, pour voir si réellement vous avez la disposition et la volonté de re» noncer au péché.
Cette volonté, déplus, ne doit admettre ni limites ni réserves, et c'est la seconde qualité du bon propos; il doit être ferme. On dit d'un édifice qu'il est ferme ou solide lorsqu'il est fondé de manière à résister à tous les assauts, et que rien n'est capable de l'ébranler. Votre b:>n propos sera donc ferme lorsqu'il vous mettra dans la disposition et dans la détermination d'éviter le péché maigré toutes les difficultés , à tout prix, au risque même de perdre quelque bien que ce soit ou de souffrir quelque mal que ce puisse être.
Lu raison en est que le péché n'étant permis dans aucun cas et dans aucune circonstance , la résolution de l'éviter doit s'étendre à toutes les circonstances possibles, et nous donner les sentiments dont saint Paul était animé après sa conversion, lorsqu'il s'interrogeait lui-même et qu'il disait: Q\ds poterit separare nos à charitate? Tribulatio , an angustia? Non, rien de tout cela : Srimus quia nulîa creatura poterit nos separare à Christo. (Rom. vin, 35 et seq.) Pensez-vous que ce langage ne soit qu'un transport de charité sublime que l'on ne trouve c le dans les saints, ou bien que ces sentiments ne soient que de conseil et de perfection? Vous vous trompez : c'est là une disposition nécessaire à tout chrétien, disposition inséparable de cette fermeté de résolution que T)ieu exige de nous autant qu'il est possible. Cette fermeté doit être telle, qu'elle ressemble à un certain entêtement et à une certaine obstination à laquelle nous nous livrons quelquefois mal à propos , et que rien n'est capable de vaincre : une fois que nous avons pris un parti, bon ou mauvais, nous ne voulons plus y renoncer, sous quelque prétexte que ce soit.
Concluez de là qu'il est impossible de concilier avec un propos de cette nature certaines restrictions et certaines conditions, qu'on
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appose implicitement ou explicitement aux promesses que l'on fait à Dieu de ne plus pécher. Tel promet de s'abstenir du péché, pourvu toutefois qu'il ne se retrouve plus dans ce besoin , dans cette nécessité ; pourvu qu'il ne reçoive plus aucune avanie et aucune injure de cette personne; pourvu qu'ii ne soit pas de nouveau tenté et sollicité au mal, et ainsi du reste.
Quelquefois ces conditions sont formellement exprimées, et elles échappent aux pénitents dans le moment même de leur confession ; d'autres fois elles sont cachées dans le fond de leur cœur , de sorte qu'ils ne s'en aperçoivent pas eux-mêmes ; mais toujours elles rendent nul le bon propos , parce qu'il manque alors de la fermeté requise ; car cette fermeté requise n'admet ni réserve ni restriction. Que la pauvreté vous accable ou ne vous accable pas, que les persécutions vous assaillent ou non, que le prochain vous tourmente ou vous laisse en paix, dans ces circonstances comme dans toutes les au très imaginables , votre résolution doit exclure la volonté de pécher.
(Jue dirons-nous, après cela, de ceux qui étant dominés par de mauvaises habitudes, se persuadent qu'il leur est impossible de ne pas retomber dans le péché ? Je vous répondrai que cette fausse persuasion anéantit totalement le bon propos. Et en effet, comment pouvez-vous promettre à Dieu, sincèrement et fermement , une chose que vous regardez comme 'impossible ? Corrigez d'abord votre persuasion erronée , en vous mettant bien dans l'esprit que ce qui est impossible à vos forces naturelles est non-seulement possible, mais encore facile à la grâce de Dieu, sur lequel vous devez appuyer vos bonnes résolutions , et non sur vos propres forces, avec lesquelles vous ;ie pouvez rien.
Cependant , il n'en est pas de même de certains pénitents qui, au moment où ils forment le bon propos de ne plus retomber, ne peuvent se défendre d'un certain doute, d'une certaine crainte, je dirai même d'une certaine prévision , qu'ils n'y seront pas Mêles. Un tel sentiment n'est pas , par lui-même, incompatible avec Je bon propos. Voilà, par exemple, une personne qui en rétléchissant à sa fragilité, à la fréquence de ses chutes, à tant de promesses qu'elle a déjà faites et refaites, à la force des habitudes qu'elle a contractées , aux dangers qui l'environnent et auxquels elle peut se trouver exposée, se défle d'elle-même , craint que son bon propos ne soit pas stable, tremble de retomber, et se dit à ellem<;:;;e: Il en sera de cette résolution comme des autres; tout cela
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n'empêche pas que sa disposition actuelle de fuir le péché ne puisse être sincère et très-ferme , car le temps présent n'est pas le temps à venir. Vous pouvez juger et décider de votre disposition présente, mais vous ignorez ce qui arrivera par la suite. Le confesseur lui-même ne doit s'en rapporter qu'à votre état actuel ; et, lors même qu'un ange du ciel viendrait lui révéler que vous retomberez bientôt , cependant, si dans le moment il vous trouva disposé , il peut et doit vous absoudre. Bien plus, Dieu lui-même ne remet-il pas leurs péchés à une foule de personnes qui lui demandent aujourd'hui pardon avec un vrai repentir , quoiqu'il prévoie leur rechute , et pour quelques-unes même , leur damnation éternelle ?
Autre chose est donc la persuasion que vous ne pécherez plus jamais , et autre chose la volonté actuelle et ferme de ne plus pécher. La première est un acte de l'intellect qui regarde l'avenir, et la seconde est un acte de la volonté qui regarde le présent. En voulez-vous un exemple frappant ? Dans la rigueur de l'hiver étant obligé de marcher sur la glace , vous avez la crainte de tomber ; vous dites même : Je tomberai. Or je vous le demande , avez vous la volonté de tomber ? Non sans doute : bien plus le danger ù' tomber joint à la volonté de ne pas tomber, vous fait attentivement mesurer vos pas, et marcher avec toute la précaution possible. Vous voyez donc que la crainte et la prévision ne sont pas la volonté , que ce sont là deux choses bien différentes. Il en e?t de même dans notre cas : dès que vous êtes actuellement résolu de :\e plus pécher , de faire tout ce qui dépendra de vous , de fuir le danger , de vous recommander à Dieu , vous appuyant sur sa sainte grâce qui ne vous manquera pas si vous la demandez bien et si vous y correspondez fidèlement, dès-lors la crainte contraire qui vous domine et vous inquiète, la pensée que vous manquerez de nouveau de parole à Dieu, ne saurait nuire à votre bon propos. Mais passons à la troisième condition.
Le bon propos , en troisième lieu , doit être universel et doublement universel , et quant aux péchés , et quant au temps.
H doit premièrement s'étendre à tous les péchés qu'on a déjà commis ou qui pourraient se préseter à l'avenir, lors même qu'on ne les aurait jamais commis. Vous n'oubliez pas que je parle ici des péchés mortels ; car pour les péchés véniels , comme ils n'excluent pas la grâce sanctifiante , et que d'ailleurs il est impossible de les éviter tous sans un secours particulier de Dieu, il suffira que le bon
propos renferme la résolution d'éviter les plus graves et de ne pas y retomber de propos délibéré. Mais pour les péchés mortels , la résolution de les éviter , doit s'étendre à tous sans exception: Oninem viam iniquitatis odio habui. Ceux qn'il faut avoir particulièrement en vue, ce sont ceux qui sont plus graves>plus habituels , qui ont le plus souillé notre vie jusqu'ici et qui sont la grande plaie de notre conscience.
Remarquez bien ce point essentiel. Je ne veux pas que vous vous contentiez de certaines résolutions vagues, générales et indéterminées , de ne plus offenser Dieu. Si vous ne voulez pas battre l'air , descendez dans le détail, arrivez à la pratique , déterminant en particulier telle ou telle faute pour laquelle vous avez plus de penchant , qui vous tyrannise davantage et qui est plus dangereuse pour votre salut. C'est ici qu'il faut s'appesantir , insister fortement, et solidement affermir votre résolution , spécifiant les moyens que vous promettez à Dieu de prendre, la vigilance , les industries, et surtout l'engagement formel que vous prenez d'éviter ce péché en particulier , outre tous les péchés mortels en général. Si tous les pénitents pratiquaient cet avis, on n'aurait pas à déplorer un scandale si révoltant, si commun et si déshonorant pour la piété, un scandale qui fournit matière à tant de critiques; on ne verrait pas tant de personnes allier la fréquentation des sacrements avec des habitudes graves et énormes dont elles ne se corrigent jamais : on ne rencontrerait pas tout à la fois les sacrements et l'avarice la plus sordide et la plus honteuse ; les sacrements et les passions impures et sensuelles, et les liaisons criminelles ; les sacrements et les haines invétérées , les médisances et les calomnies ; les sacrements et l'ivrognerie ; les sacrements enfin et la transgression la plus scandaleuse des devoirs les plus essentiels. La source de tous ces abus crianis ne vient que du défaut que je signale; on se contente de prendre des résolutions vagues de ne plus pécher , sans appliquer son bon propos à tel mal en particulier, au pèche d'habitude : souvent même on détourne à dessein les regards de cette espèce de péché , parce qu'on n'en veut pus la guérison.
Mais non-seulement le bon propos doit s'étendre à tous les p chés , de la manière que je viens de dire; mais il doit aussi embraser tous les temps et toute la vie. Une foule de chrétiens semblent ne regarder ce sacrement que comme une simple interruption passagère du péché , tandis que c'est un divorce total et éternel. Aussi ils restreignent leurs résolutions à certains temps t et pas as»
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delà : par exemple , tant que durera cette solennité , le temps pascal, la mission, le jubilé, tant que durera ce danger.cette maladie, cette alllicàoiî ; ou bien jusqu'à ce qu'ils aient reçu l'absolution, persuadé que leur confesseur ne la leur accordera pas s'ils ne remplissent pas auparavant certaines conditions ; se promettant bien au fond de leur cœur et d'une manière presque imperceptible, de reprendre plus tard leur première vie. Oh ! que notre cœur est un profond abîme! Il est plein de fourberie , de malice , et de replis tortueux !
Sachez donc que des résolutions accompagnées de ces restrictions et de ces limites ne valent rien. La volonté doit être résolue et décidée à s'abstenir du péché non pas quelques fois et quelque temps, mais sans cesse et à tout jamais : parce que toujours le péché est essentiellement un grand mal , toujours le même mal , et parce que ce Dieu que nous devons servir est le Dieu de tous les temps , et qu'en*tout temps nous lui devons hommage , obéissance et fidélité.
Examinez-vous donc et voyez bien si votre résolution de fuir le péché est telle qu'elle exclue toute idée d'y retomber. Chose singulière ! plusieurs au commencement du carême vont se confesser des désordres qu'ils ont commis pendant le carnaval , avec la disposition de faire la même chose et de commettre les même désordres le carnaval suivant. De même, d'autres viendront à Pâques se confesser d'avoir violé les lois du jeûne et de l'abstinence pendant le carême 3 avec la disposition de se conduire de la même manière le carême prochain. Et vous appelez cela un renoncement total et perpétuel au péché ? vous croyez que c'est là le bon propos que Dieu exige pour vous accorder la grâce du sacrement ? Mais prétendons-nous donc tromper Dieu , ou si nous nous trompons nousmêmes !
Enfin le bon propos doit être efficace , c'est-à-dire qu'il doit nous mettre dans la disposition de prendre tout de suite les moyens nécessaires pour éviter le péché. La raison en est évidente : quiconque veut sincèrement la fin, doit vouloir également les moyens qui conduisent à cette fin , et sans lesquels on ne peut y arriver. De même qu'un malade qui ne voudrait pas prendre les remèdes propres à sa maladie , n'aurait qu'une volonté de guérir fausse et illusoire ; ainsi c'est pareillement une illusion de s'imaginer qu'on a la volonté de fuir le péché , lorsqu'on n'est pas fermement décidé à prendre tes remèdes nécessaires, tant négatifs que positifs, tant particuliers |ue généraux.
Comment donc après cela expliquer l'obstination que Ton remarque dans certains pénitents , lorsque leur confesseur leur donne des avis et leur suggère des moyens pour consolider leurs résolulions , les rendre constants et les faire persévérer. Mais si vous voulez, dit-on à tel pénitent, vous conserverdans la grâce de Dieu, fi vous voulez éviter de retomber dans vos fautes ordinaires, il *;us faut de toute nécessité , fuir ce lieu , cette personne , ces amu- • ments ; il vous faut une règle de vie , il faut que vous soyez fidèle telles pratiques de piété : et vous au contraire vous m'opposez prétextes sur prétextes , difficultés sur difficultés , et obstacle sur obstacle , pour vous exempter des moyens que je vous impose. N'est-ce pas là une preuve plus qu'évidente que vous n'avez qu'une volonté éphémère et inefficace , et un bon propos purement extérieur? Ne dites-vous pas à Dieu que vous êtes disposé à mourir plutôt que de l'offenser? Mais ici, il ne s'agit pas de mourir, il s'agit de bien moins. Ah ! je vous comprends : vous le dites par cérémonie et par habitude , et votre protestation ne vient pas d'une volonté délibérée et efficace.
Je m'arrête, je crois avoir sufiisamment explique ce que c'est que le bon propos et quelles doivent être ses qualités. J'ajouterai seulement une réflexion qui confirmera tout ce que j'ai dit jusqu'ici. Nous formons ici-bas une foule de résolutions pour ce qui regarde les intérêts de ce monde: or de toutes nos résolutions, celles dont nous nous souvenons le moins , ce sont celles que nous prenons dans nos confessions ; tandis qu'au contraire ce sont celles nue nous devrions nous rappeler et accomplir le plus fidèlement, puisque c'est à Dieu même que nous les faisons. Mais d'où vienî celr: ? de ce que dans nos confessions, nous ne formons, à proprement parler, aucune résolution. Ce sont des paroles et des protestations de bouche et rien de plus ; nous n'avons pas une volonté formelle de les tenir. Nos résolutions manquant de sincérité , il faudra nécessairement qu'elles manquent de persévérance; elles seront nécessairement de courte durée et sans influence sui notre conduite à laquelle nous ne voulons rien changer.
Oh î soyez donc un peu plus sincères avec Dieu. Car pour lui, il n'use pas de duplicité et d' hypocrisie avec nous ; il nous pardonne de cœur et si parfaitement qu'il ne conserve pas la moindre aversion pour nous : il ne reste en !lui qu'amour, tendresse et inclination à nous faire du bien ; il ne nous abandonnera jamais si nous ne l'abandonnons les premiers : Non deserit, nisi priùs de- 'mtr. fam. it. 7
seratur. Voilà comment Dieu se conduit envers nous; et nous, nous tiendrions une conduite tout ©pposée ? Méditez sérieusement ce point, et prenea des résolutions en conséquence.