INSTRUCTION XV
Des occasions du péché.
Parmi les diverses marques que je vous ai données dernièrement pour juger de la sincérité de la douleur et du bon propos, requis pour le sacrement de pénitence , j'ai compté surtout la fuite des choses qui peuvent vous conduire de nouveau au péché. Je n'ai pas cependant entendu alors vous parler de ces occasions que les théologiens appellent occasions mauvaises et prochaines. C'est un sujet qui mérite une instruction à part ; car il ne s'agit plus ici d'une simple marque , mais d'une obligation précise et rigoureuse que cependant on ne veut pas ordinairement reconnaître.
Tout le monde convient que pour recevoir la grâce du sacre-
ment de pénitence, il est nécessaire (ravoir la volonté de renoncer au péché ; mais on ne veut pas également reconnaître la nécessité de renoncer aux occasions. De là, sous prétexte qu'on est disposé à fuir le péché, on prétend avoir droit à l'absolution, lors même qu'on n'a pas la volonté d'en fuir les occasions. Or , c'est là une ;; ande illusion qui conserve toujours le péché dans l'âme, et c'est la [grande source des confessions nulles -et sacrilèges. Quelle que soit la prétendue fermeté de résolution que vous ayez de ne plus pécher, si vous n'êtes pas disposés à fuir les occasions, vous serez toujours indignes d'absolution et jamais vous ne recevrez le pardon de vos fautes. Mais avant de vous montrer la nécessité de fuir les occasions , il faut que je vous explique ce que c'est que ces occasions et en quoi elles consistent.
On entend par occasion du péché tout ce qui porte au péché ; et comme tout ne nous y porte pas de la même manière, voilà pourquoi on distingue les occasions prochaines et les occasions éloignées.
L'occasion éloignée est celle dans laquelle on pèche rarement, quoiqu'on sy trouve souvent exposé. Les fautes rares que nous y commettons, quoique nous nous trouvions souvent dans ces occasions, doivent être attribuées à toute autre chose plutôt qu'à la force de l'occasion. C'est pour cela qu'on l'appelle éloignée , parce que le (langer de pécher est en effet éloigné.
L'occasion prochaine est celle dans laquelle on a coutume de tomber quand on s'y trouve exposé , ou qui est par elle-même , sans en avoir fait l'expérience, d'une force telle, qu'il y a une probabilité bien fondée et une certitude morale qu'elle nous fera tomber. On l'appelle prochaine , parce que ceux qui s'y trouvent sont très-près de tomber , à cause de l'influence positive et puissante qu'elle exerce sur nous pour nous porter au mal.
Or, quelle que soit la chose qui fait tomber fréquemment -dans le péché, et quel que soit le péché dans lequel elle nous fait tomber, cette chose sera pour nous une occasion prochaine.
Remarquez bien ces deux circonstances, si vous voulez vous former une juste idée de l'occasion dont je vous parle.
Je dis premièrement quell-e que soit la chose qui vous fait tomber fréquemment dans le péché, par conséquent, non-seulement une personne de sexe différent, mais toute autre personne et toute autre chose ; celle-là est la plus fréquente, la plus forte et la plus dangereuse, mais elle n'est pas la seule. L'occasion prochaine peut être
an livre, an mauvais compagnon , une conversation , un café, un jeu, un emploi , etc. On ne considère pas tant la cause que l'effet ou le péché qui en résulte.
Parmi ces choses, les unes portent au péché par leur nature iBème et par leur malice iutrinsèque, et elles constituent ce qu'on appelle occasion prochaine absolue. Celles-là sont toujours prochaines pour tous, parce que la nature des choses ne change pas; telles sont la lecture d'un livre obscène, la vue d'une peinture indécente, la fréquentation des personnes corrompues et débauchées. 11 y a d'autres occasions qui nous portent au péché, non parce qu'elles sont mauvaises en elles-mêmes , mais par suite de noire faiblesse particulière et de notre penchant au mal : et celles-là coastituent celles que l'on appelle relatives. Cette espèce d'occasi n se forme peu à peu , et elle peut cesser d'être prochaine par ie changement de nos inclinations et des circonstances : ainsi , tel lieu, telle personne, tel amusement peuvent être indifférents pour tout autre que pour vous. Mais , soit que la chose nous porte au péché par elle-même, soit qu'elle nous y porte par suite de notre faiblesse particulière, n'importe, elle est toujours une occasion de péché. Le poison est toujours poison pour tout le monde ; mais pour quelques-uns , une nourriture bonne et saine peut devenir un poison : or ne faudra-t-il pas aussi s'en abstenu* ?
De là il vous sera facile de comprendre qu'on peutavec raison vous défendre à vous des choses qu'on ne défend pas à d'autres ; vous n'avez donc pas raison alors de vous plaindre en disant : Pourquoi ne pourrai-je pas aller dans cette maisoii, voir cette personne, me livrer à cet amusement, puisqu'on le permet à tant d'autres ? Vous qui raisonnez ainsi, répondez-moi , je vous prie : il y a des personnes dans le monde qui peuvent impunément supporter tome espèce d'excès, de fatigue et de travail sans le moindre danger ; essayez donc de faire, vous aussi, les mêmes choses ; ce que fait une personne, une autre ne peut-elle pas le faire ; ceux qui font cela ne sont-ils pas des hommes comme vous ? —Oui, me direz-vous ; mais les tempéraments ne sont pas les mêmes: si moi qui suis d'une complexion si faible, j'allais faire ce que tels et tels fout , je n'aurais pas pour longtemps de vie. — Vous avez parfaitement raison ; appliquez donc votre réponse au cas présent. Les autres pourront aller dans cette maison, fréquenter cette personne , se permettre cet amusement , sans mettre leur salut en danger, mais non pas vous; et la raison de cette différence vient de l'effet que
ces choses produisent sur vous et qu'elles ne produisent pas sur les autres.
D'après ce principe, il est facile de résoudre tant de questions que se font les théologiens, par exemple , si les bals, les théâtres, les spectacles sont permis ou non. Je pourrais vous donner les raisons pour lesquelles ils prouvent que ces divertissements sont absolument dangereux ; mais, sans entrer dans cet examen, je m'en tiens à cette raison. Quelle impression ces divertissements font-ils sur votre esprit? Quels effets produisent-ils en vous? Voilà la règle sur laquelle vous devez juger s'ils sont permis ou non , au lieu de prétendre vous justifier aveuglément par l'exemple des autres. Le soin de notre salut est une affaire qui nous est personnelle : l'obligation de fuir le danger de nous perdre est donc aussi une obliga tion personnelle.
Mais j'ai ajouté que Y occasion sera encore prochaine, quel que soit le péché dans lequel elle nous fait souvent tomber ; je veux dire lors même que ce ne sera pas un péché d'impureté, comme quelques-uns pourraient le croire, mais un péché d'un autre genre. L'occasion peut être une occasion de blasphème, de parjure, de médisance, de détraction, de colère et de rixe , d'intempérance et d'ivrognerie, de fraude et d'injustice , ou seulement encore de négligence grave dans les devoirs de son état. Ce sont là tout autant de péchés qui entraînent notre âme dans l'enfer. Quel que soit donc le péché auquel nous nous trouvions fréquemment exposés, l'occasion sera prochaine.
J'ajoute qu'il n'est pas nécessaire que les péchés auxquels nous porte l'occasion soient des péchés extérieurs et d'action consommée ; souvent ces sortes de péchés, à raison des obstacles qui s'y opposent, ne sont pas faciles à commettre ; il suffit que vous tombiez dans des péchés intérieurs de complaisance 'et de désir. Ces péchés ne peuvent-ils pas aussi être des péchés mortels, et ne va-t-on pas aussi en enfer pour ces péchés ? Enfin , il n'est pas nécessaire que vous tombiez dans le moment même où vous vous trouvez dans l'occasion; il suflît qu'on puisse attribuer votre chute à cette cause. Vous avez, par exemple, visité une personne que vous aimez, sans avoir fait aucune faute; elle n'est plus présente à vos yeux , mais son portrait reste dans voire esprit , et vous fait ensuite consentir à des complaisances et à des passions criminelles , ne devez-vous pas attribuer ces fautes à cette occasion ?
D'après ces règles qui ne souffrent pas la moindre exception, voyons maintenant quelle est pour nous l'obligation de fuir les occasions.
Et d'abord on n'est pas obligé de fuir les occasions éloignées, car cela serait impossible : autrement, il faudrait, comme dit saint Jean, sortir de ce monde, deberemus de hocmundoexisse. Quelle est en effet dans le monde la chose qui ne puisse être , d'une manière éloignée au moins, l'occasion d'un péché ! Mais s'il n'est pas possible de les éviter toutes , il y en a cependant beaucoup que l'on peut éviter ; et un chrétien qui a son salut à cœur, les évite autantqu'il peut, surtout celles qui, sans être tout-à-fait prochaines, ne sont pas cependant tout-à-fait éloignées ; qui, sans renfermer un danger évident, comme les premières , sont néanmoins d'un tel àanger qu'on ne peut en sortir sain et sauf, sans une grande prudence et sans beaucoup de difficultés. Ces sortes d'occasions tiennent une espèce de milieu entre les premières et les secondes.
Tels sont certains divertissements , certaines sociétés, certaines réunions , le mélange dangereux avec des personnes de différent sexe, certaines libertés de manières et de regards, etc.
Si , pour conserver la sanié de notre corps , nous évitons avec tant de soins , non-seulement ce qui nous est certainement nuisible, mais encore ce qui pourrait nous être plus ou moins dangereux , ne devons-nous pas au moins prendre les mêmes précautions quand il y va du salut de notre âme ? Nous ne recherchons et nous ne cultivons ces occasions que parce que nous les aimons ; or, Dieu nous dit dans les divines Ecritures , sans aucune distinction d'occasion prochaine ou éloignée , que celui qui aime le danger, périra dans le danger : Qui amat periculum, peribit in Mo. On ne peut donc prendre pour règle de regarder comme permises toutes les occasions qui n'entrent pas à la rigueur dans la classe des occasions prochaines : maxime pernicieuse avec laquelle il est impossible de bien vivre et de se préserver du péché.
Mais pour les occasions décidément prochaines , qu'elles soient telles do leur nature ou qu'elles ne le soient que par rapport à nous, il y a une obligation rigoureuse et incontestable de les éviter, de les fuir et de les quitter; autrement notre pénitence n'est que chimère et illusion.
Premièrement, sans la fuite des occasions, point de véritable haine du péché. Comment en effet vous conduisez-vous à l'égard des choses que vous haïssez? Vous en redoutez l'approche, vous
ne pouvez en souffrir la présence, et vous en évitez soigneusement la rencontre. Losque vous avez pris quelqu'un en aversion, vous ne voulez plus avoir rien à faire avec lui ; comment donc osezvous dire que vous haïssez le péché de cette haine irréconciliable et parfaite qui est requise, pendant que vous en aimez l'occasion, que vous conservez de l'affection et de l'attachement pour les choses qui vous font tomber dans le péché ? L'attachement pour le danger est une preuve évidente que l'attachement au péché dure encore.
Mais il n'est pas plus possible non plus de concilier avec cela une vraie résolution de ne plus pécher à l'avenir. Ne vouloir pas le péché, et vouloir ce qui est moralement uni au péché , ce sont deux choses contradictoires. Quiconque , dit saint Thomas , veut une cause qui produit nécessairement et ordinairement un effet , veut l'effet lui-même. 11 est donc impossible de concilier la contrition et le bon propos avec l'obstination à rester dans l'occasion.
A cela, les pénitents qui ne voudraient pas être obligés de quitter l'occasion, font diverses objections : écoutons-les.
Ils disent premièrement que lors même qu'ils s'exposent de nouveau à l'occasion, ils ont bien la volonté de persévérer et de ne pas retomber. Je suppose que cela soit; mais votre intention n'enlève pas et ne diminue pas le danger inhérent à l'occasion ; elle i:e suffit donc pas pour vous préserver des rechutes. Qu'importe au démon vos bonnes intentions : il sera lui-même !e premier à vous les suggérer, afin de vous engagera retourner dans l'occasion. J! sait parfaitement combien l'occasion est capable de vous fasciner et de vous pervertir ; combien vis-à-vis d'elle toutes vos résolutions et tous vos projets s'évanouissent promptement. Il n'ignore pas que toutes vos bonnes intentions sont incapables de tenir devant cette passion criminelle qui va vous assaillir et vous dominer si puissamment. Cet effet que vous ne voulez pas prévoir en vous engageant dans l'occasion,, le démon le prévoit fort bien, et voilà pourquoi il vous laisse vos bonnes intentions, il les excite même en Yrus, assuré qu'il est de vous entraîner encore dans le péché, pourvu qu'il vous expose de nouveau au danger.
Mais, me direz-vous , je suis fermement résolu à ne plus tomber et à ne consentir à aucun péché. Et sur quoi pouvez-vous vous flatter que vous serez fidèle , puisque l'expérience vous convainc du contraire et que vous êtes déjà retombé tant de fois ? Comment
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tous persuader que voire résolution présente sera plus efficace que les précédentes , qui ont toujours été sans effet ?
Mais je prendrai mieux mes précautions, je me tiendrai sur mes gardes, je me recommanderai à Dieu. Tout ce que vous dites là ne sort qu'à vous accuser d'infidélité et de présomption : d't??/ïdélité, si vous supposez pouvoir résister, avec vos propres forces, aux tentations qui vont vous assaillir dans cette circonstance : et de présomption, si vous croyez que Dieu vous accordera dans cette occasion les grâces dont vous avez besoin pour ne pas tomber. Dieu ne nous distribue pas ses grâces selon nos caprices ; il ne nous donnera pas une grâce de résistance quand nous devons lui demander une grâce de fuite. Nous pouvons bien compter sur Te secours de Dieu, dans les occasions qui nous surprennent, sans que nous nous y attendions , ou dans lesquelles nous nous trouvons pour des raisons indispensables de justice, d'obéissance ou de charité, mais non dans celles où nous nous jetons volontairement; puisqu'il nous menace que dans celles-là il nous abandonnera à nous-mêmes et nous laissera tomber : Qui amat periculum , m Mo peribil. Car si vous n'entendez pas cette menace au moins du danger prochain de pécher, de quel autre faudra-t-il l'entendre ? Cest donc en vain que vous espérez la victoire , puisque vous ne pouvez l'attendre ni de Dieu ni de vous.
Pour vous convaincre pleinement, sur ce point, vous m'accorderez que la pénitence est fausse quand on conserve une volonté peccamineuse. Or, la volonté de retourner dans l'occasion est certainement peccamineuse, puisque Dieu nous fait un précepte formel de la fuir. Tous les théologiens et tous les saints Pères conviennent que le même précepte qui nous défend de pécher, nous défend aussi de nous exposer à l'occasion de pécher. Quelle loi serait-ce, en effet, que celle qui, tout en me défendant le péché, me permettrait de me tenir sur le bord de cet abîme ? Il faut donc reconnaître qu'il y a une loi qui défend de nous exposer au danger, à moins que nous ne voulions accuser Dieu de stupidité.
Et d'ailleurs, n'avons-nous pas l'oracle formel de Jésus-Christ dans l'Evangile ? Parlant , sous le voile d'une métaphore, des occasions qui portent au péché , il s'exprime en ces termes : Si votre œil vous est une occasion de péché, arrachez-le et jetez-le loin de vous : Si oculus tuns scandah'zat te, erue eum etprojice abs te. De même , si votre main ou votre pied vous est une occasion de péché, coupez-les l'un et l'autre et jetez-les loin de vous : Si ma-
nus tuavelpes tuus scandalizat te, abscinde eunxet projice abs te. Mais, Seigneur, cet ordre est trop dur : ne sufflt-il pas de fermer l'œil, de lier la main et le pied ; je veux dire, tout en restant dans l'occasion, de prendre garde de ne pas pécher ? Non , dit Jésus-Ghrist, vous transgressez ma loi par le seul fait que vous rcstaz volontairement dans l'occasion. Fuite donc et détachement, dé« tachement et fuite : Erue, abscinde, projice.
Pouvait-il s'expliquer plus clairement pour nous faire connaître la nécessité de quitter l'occasion et pour couper court à tous les prétextes qu'on a coutume d'alléguer pour se dispenser de cette obligation ?
—Mais c'est une personne qui m'est bien chère? — Vous serait-elle plus chère que l'œil, la main ou le pied ? Plus elle vous est chère, plus elle vous est dangereuse , et plus vous devez sentir la nécessité de vous en éloigner ?
— Mais c'est une personne dont j'ai besoin, et je ne puis la quitter sans souffrir un préjudice notable dans mes intérêts. — Je vous ferai toujours la même réponse. Vous serait-elle par hasard plus nécessaire que l'œil, la main ou le pied ? Que me parlez-vous d'intérêt? Le premier de tous les intérêts, n'est-ce pas celui de votre âme ?
— Mais vous ne savez pas les obligations que j'ai à celte personne; je lui.dois de la reconnaissance sous mille rapports. —Il n'y a pas de reconnaissance qui tienne , vous vous devez à Dieu et à vousmême avant tout.
— Mais le monde parlera si l'on ne me voit plus dans cette maison. — Hélas ! il ne parle que trop, à présent, et avec bien plus de raison. Ce ne serait donc pas un mal, si le scandale étant public et connu, la séparation l'était aussi. Puisque vous avez jusqu'ici méprisé les discours du monde pour continuer une liaison scandaleuse, pourquoi voudriez-vous vous en inquiéter quand il est question de la rompre et de travailler, par ce moyen, à l'édiûcation du prochain et au salut de votre âme ?
—Je la romprai, me dira un autre ; mais permettez-moi de le faire peu à peu et de me retirer sans éclat et honnêtement. — Oh ! voilà précisément le moyen de ne jamais vous en défaire. Si vous y re« tournez une première fois , vous voudrez y retourner une seconde, et avec tous vos ménagements, vous n'y renoncerez jamais et vous yous damnerez. Vous ne ferez jamais rien si vous ne prenez le parti que vous ordonne Jésus-Christ, de rompre absolument, Erue, abscinde, projice.
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Comprenez-le donc bien : il n'y a aucun motif ni de droiture d'inîention, ni d'intérêt, ni d'attachement, ni de reconnaissance , ni de convenance qui puisse vous permettre de rester dans l'occasion, soit en la cherchant, soit, ce qui serait pire, en la retenant chez vous. Il faut vous en séparer à tout prix, et cela n'est pas un simple conseil que vous donne votre confesseur pour vous préserver du péché à l'avenir, mais c'est une obligation formelle et indispensablement nécessaire pour effacer les péchés dont vous êtes coupables.
De là vous devez conclure, en premier lieu, que, si c'est un précepte de fuir l'occasion , vous commettez donc un péché chaque foi» que vous vous y exposez, lors même que, par accident , vous n'y feriez aucun mal positif. Vous devez donc, en confession, vous accuser non-seulement des fautes que vous y avez commises , mais encore du nombre de fois que vous vous êtes exposés à l'occasion de les commettre. Concluez, en second lieu, que vous devez ne leur aucun compte des absolutions que vous avez reçues pendant que fjus êtes restés dans l'occasion , parce qu'elles sont radicalement Balles et sacrilèges.
11 n'y a qu'une seule exception sur cette matière. Tout ce que nous avons dit jusqu'ici ne doit s'entendre que des occasions volontaires, libres, et que l'on peut éloigner , et non de celles qui sont involontaires et moralement inévitables, de celles qu'on ne peut quitter sans un danger évident de diffamation ou de scandale, comme serait, par exemple, la nécessité de rester chez ses parent? avec une personne qui est une occasion continuelle et efficace de péché. Dans ce „cas, comment faudrait-il se conduire ? Si vous ne pouvez éloigner l'occasion , il faut au moins travailler à éloigner le danger en prenant toutes les précautions qui sont en votre pouvoir. Premièrement, vous devez ne pas aimer cette nécessité dans laquelle vous vous trouvez, et regarder comme un grand malheur pour vous de vous trouver placés dans une position d'où vous ne pouvez sortir.
Secondement, si vous ne pouvez vous arracher entièrement au danger, vous devez au moins l'éloigner autant que vous pouvez, en évitant les moments, les circonstances et les rencontres que vous savez être plus dangereuses pour vous.
Enfin, vous devez user de la plus grande vigilance et de la plus
grande circonspection , vous recommander à Dieu avec ferveur ,
prendre avec empressement les moyens même extraordinaires et
pénibles que votre confesseur vous suggère pour vous préserver du
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péché. Voilà ce que vous devez faire pour que cette occasion devienne totalement involontaire de votre part, et que vous puissiez donner à Dieu et à votre confesseur une preuve de la sincérité de vos dispositions.
Mais je ne voudrais pas que vous allassiez abuser de cette doctrine pour ra'opposer la nécessité, mêuie dans les occasions que l'on peut quitter et que l'on quitte en effet, quand l'intérêt, l'orgueil, ou une nouvelle passion, ou tout auu-e motif humain l'exige. Vous ne devez pas être votre propre juge sur ce point; mais vous devez vous en rapporter au jugement de votre confesseur, à qui seul il appartient de décider si votre occasion est nécessaire ou non , prochaine ou éloignée.
Il y a , re:nanjuez-le bien, deux illusions dans lesquelles les pénitents tombent en matière d'occasions , et toutes les deux ont leur source dans la corruption du cœur et dans la malice de la volonté, qui ne veut pas se détacher des objets qu'elle aime. La première consiste à se persuader qu'une occasion est nécessaire, tandis qu'elle est volontaire, et la seconde, à s'imaginer que telle occasion n'est pas prochaine, tandis qu'eu réalité elle l'est. Or , je dis que si vous ne voulez pas persister volontairement dans votre illusion, vous devez expliquer exactement , sans déguisement et sans détour, à votre confesseur, l'ensemble des circonstances où vous êtes, et être prêts à suivre en tout sa direction et ses avis.
Une observation encore, et j'ai fini : lorsque nous avons l'humiliation et la honte de porter nos rechutes au tribunal de la pénitence, alors nous cherchons à les excuser en alléguant notre faiblesse et la force des occasions ; mais s'agit-il d'éviter ces occasions en évitant le danger, si nous le pouvons, ou» si nous ne le pouvons pas, en nous tenant sévèrement sur nos gardes , alors nous ne reconnaissons plus ni notre fragilité ni la force des occasions, et nous ne voulons plus entendre parler de toutes ces mesures de précaution et de fuite. Or , n'est-ce pas là une contradiction palpable ? n'est-ce pas nous condamner devant Dieu d'une manière évidente et sans réplique ?
11 faut donc nous décider une bonne fois, et bien nous persuader que nous ne pouvons tout à la fois servu' Dieu et nos passions. C'est le calcul de beaucoup de personnes, qui veulent être chrétiennes à leur mode et non selon les vues et les desseins de Dieu ; mais c'est un calcul faux et trompeur , car jamais on n'a trouvé et jamais on ne trouvera le moyen d'accorder ces deux choses. Il faut
de toute nécessité se décider ou pour l'une ou pour l'autre, il n'y a t'as de milieu.