‹ Cours d'instructions familières (volume 2)Chapitre 16 sur 43 · INSTRUCTION XVII · texte numérisé non relu

INSTRUCTION XVII

De l'examen de conscience.

La confession prescrite par Jésus-Christ n'est pas une confession quelconque , mais une accusation distincte , spécifique et détailiée de ses fautes , conformément à ce que nous avons dit dans la prêté-

dente instruction ; mais il est impossible qu'elle ait les qualités re* cjuises , si elle n'est précédée d'un examen convenable de sa propre conscience. Cet examen ne fait pas, à proprement parler, partie de l'intégrité du sacrement ; mais c'est une préparation indispensable pour le bien recevoir; car le pénitent ne saurait bien faire connaître son état à son confesseur , s'il ne le connaît pas d'abord lui-même ; et il ne peut le connaître sans examen préalable et sérieux de sa propre conscience. Parlons donc d'abord de l'examen ; nous parlerons ensuite plus tard de la confession.

L'examen est une recherche diligente de ses propres péchés, c'est* à-dire, de tout ce que l'on a fait, dit, désiré ou omis contre la loi de Dieu. Je dis une recherche diligente , c'est le mot dont se sert le Concile de Trente, Diligentem suî discussionem ; cette recherche Cependant ne doit pas être excessive et nous jeter dans l'inquiétude et dans des tourments de conscience. Il y a Sur ce point deux excès à éviter ; trop d'inquiétude et d'anxiété d'un côté et de l'autre trop de négligence et de paresse.

Dans le promier défaut, tombent quelquefois , ce qui paraît difficile à croire , même certaines personnes à conscience relâchée pour tout le reste ; sur ce point seul elles se montrent délicates et scrupuleuses. Je veux parler de ces gens qui tout en vivant mal et ne tirant aucun fruit de leurs confessions, cependant quand il faut se confesser, n'ont jamais assez examiné leurs péchés; ils ne craignent qu'une seule chose, d'en oublier quelques-uns ; et lorsqu'ils sont parvenus à en former un long catalogue dans leur mémoire, alors ils pensent être, sans autre moyen, parfaitement préparés à la confession. Avec cela , cependant, ils passent légèrement sur tout cgqui regarde la contrition et le bon propos ; ces actes ne sont ordinairement de leur part que des actes d'une douleur inefficace et passagère , et d'une velléité insignifiante, plutôt que d'une sincère détestation et d'une ferme résolution. Ce sont là de faux scrupuleux et des ignorants ridicules qui font tout consister dans la déclaration des péchés , et qui perdent de vue l'esprit de pénitence, qui est le premier et le principal objet du sacrement. Lors même que Dieu exigerait ce soin minutieux qu'ils mettent à trouver leurs Vantes, ce serait toujours une peine inutile , puisqu'ils manquent des dispositions requises. Sans la contrition, comme je l'ai dit, le plr.3 ?ubtil examen et Aa plus minutieuse déclaration de ses péchés son complètement inutiles.

Il faut bien faire attention à cet avis, surtout dans les confession»

générales ; car vous trouvez des personnes qui d'après le conseù de leur confesseur et le besoin qu'elles en sentent, se décident à refaire leurs confessions; mais, tout occupés de la recherche de leurs fautes, et peu ou point du tout de la contrition, elles ne font que se tourmenter inutilement elles-mêmes et fatiguer leur confesseur par une longue et interminable déclaration de leurs péchés; que ceuxlà sachent bien que l'omissiou involontaire de quelques fautes ne sera jamais un obstacle à la grâce 3. tandis que le défaut de contrition le sera toujours.

Aiais ceux qui tombent le plus ordinairement dans ce défaut, ce sont les personnes à conscience timorée , qui ne sont jamais contentes de leur examen, quels que soient le temps et le soin qu'elles y aient employés ; qui ne croient jamais s'être assez examinées ; qui, par ces craintes et ces inquiétudes , se rendent la confession odieuse et insupportable, et qui au lieu d'y trouver la paix de l'âme, n'en rapportent que trouble et angoisses. Quelle nécessité de mettre ainsi son esprit et sa tête à la torture? Dieu, qui est la justice même, ne nous oblige pas à confesser absolument^tous les péchés que nous avons commis, sans aucune exception, mais seulement ceux que nous nous rappelons, après un examen suffisant et raisonnable. Lorsqu' après avoir employé une pareille diligence, il vous arrive d'oublier des fautes, elles vous sont remises avec les péchés accusés; il ne vous reste que l'obligation de les dire lorsque vous venez ensuite à vous les rappeler.

Comme d'ailleurs ces sortes de personnes ne confessent ordinairement que des fautes vénielles , je dois les avertir que cet examen soigneux nefegarde que les fautes mortelles, car ce sont les seules qui soient matière nécessaire fa confession; les fautes vénielles sont seulement matière suffisante. Vous faites très-bien de vous en accuser, surtout des plus graves et des plus notables ; mais il n'est pas nécessaire, il est même inutile de vous tourmenter tant pour les trouver, et de perdre à cette recherche un temps que vous emploieriez bien plus utilement à faire des actes de repentir. C'est là une ruse du démon ; il vous remplit d'inquiétude sur votre examen, alin que. tout occupés de la recherche de vos fautes légères, vous négligiez les actes si importants de la contrition et du bon propos , sans les quels vous ne pouvez obtenir le pardon d'une seule faute soit grave, soit légère.

Mais le défaut contraire, je veux dire la négligence à s'examiner, est encore bien plus commun. C'est le défaut dans lequel tombent

ordinairement les personnes qui ont le plus grand besoin d'e xa« men. Après être resté des mois et des années sans se confesser, vivant dans la dissipation et menant une vie pleine de toute espèce de péchés, elles se contentent, avant de se confesser , de jeter un coup-d'œil superficiel, d'une manière vague et générale, pour ramasser quelques-unes de leurs fautes les plus marquantes; semblables à un voyageur pressé qui, du sommet d'une montagne, jette un regard rapide sur une vaste plaine, et à peine peut en découvrir les points principaux , mais ne distingue rien en détail. De cette manière de s'examiner, il suit que les péchés que l'on oublie «ont bien plus nombreux que ceux que l'on accuse. Il arrive de là que l'on ne fait à son confesseur qu'une confession confuse et mal digérée, sans précision de nombre, d'espèce ni de circonstances ; on a toujours la même répétition, comme s'il était possible que toutes les confessions fussent parfaitement et identiquement les mêmes. Or, sachez que de pareilles confessions, qui ne sont pas précédées d'un examen convenable , sont fort suspectes ; et si vous oubliez alors des péchés, cet oubli est tout-à-fait volontaire et inexcusable, car on ne peut excuser un défaut qui vient d'une pure négligence.

Qu'importe que vous vous accusiez enstrite avec sincérité et que vous ne cachiez rien, ni par honte ni par malice ? Il n'en est pas moins vrai que vous ne confessez que la moitié de vos fautes, que votre confession est incomplète, défectueuse et imparfaite , et cela par suite de cet examen fait avec légèreté et précipitation. Les omissions vous sont donc alors imputables, puisqu'elles sont volontaires dans la cause.

Je sais que quelques-uns prétendent s'excuser en alléguant l'habileté reconnue de leur confesseur , qui les aide par ses interrogations. Mon confesseur, disent-ils, connaît ma conscience; il me fait, avec beaucoup de zèle et de charité, une foule d'interrogations qui me servent d'examen. Je vous l'accorde ; mais , 'malgré cela, je ne puis admettre une pareille excuse. Chacun doit faire son devoir, le confesseur et le pénitent. Sans doute que le confesseur doit suppléer à l'incapacité du pénitent et procurer autant que possible l'intégrité de la confession ; mais cela, loin de vous dispenser de votre examen, suppose au contraire que vous l'avez fait.

Que votre confesseur vous interroge tant que vous voudrez, il me peut deviner toutes les espèces de péchés que vous avez commises. Ta lors même qu'il les devinerait, n'est-il pas certain qu'il y a obli-

gationde préciser le nombre de péchés dans chaque espèce? Or, quel secours pouvez-vous attendre de votre confesseur, qui lui-même ne peut apprendre que de vous seul combien de fois vous avez commis ces péchés ? Et vous, n'étant pas préparés, ne les ayant pas comptés, comment pourrez-vous répondre avec précision ? Pour ne pas te nir votre confesseur en suspens, vous répondrez au hasard, égale* ment disposé à dire le nombre quelconque, plus ou moins grand, que vous demandera votre confesseur. Et s'il vous fait des interrogations auxquelles vous ne vous attendez pas, vous vous embrouillerez, et pour ne pas le faire attendre, vous répondrez à l'aventure oui ou non. Mais comment une telle confession ne manquerait-elle pas, par votre faute, de l'intégrité requise ?

Donnez donc à votre examen l'attention nécessaire et le temps suffisant. Mais combien de temps faudra-t-il y mettre ? On ne peut établir une règle uniforme pour tous; cela dépend de deux circonstances : du temps plus ou moins considérable qui s'est écoulé depuis votre dernière confession, et de la vie plus ou moins dissipée , plus ou moins criminelle que vous avez menée.

1° Du temps plus ou moins considérable qui s'est écoulé depuis votre dernière confession. Généralement parlant, celui qui se confesse rarement doit mettre à son examen plus de temps que celui qui se confesse souvent. Une personne qui ne veut pas vivre dans le péché mortel et qui, quand elle est tombée dans une faute grave, n'attend pas d'en avoir fait une autre pour aller se confesser, a besoin de contrition et de bon propos, et non d'examen, car ses remords suppléent abondamment a son examen. Quiconque vit habituellement en état de grâce et fréquente les sacrements, n'a besoin lue d'un coup-d'œil et de quelques instants pour s'examiner convenablement.

Mais lors même qu'on suppose un égal intervalle de temps entre une confession et une autre , il faut encore tenir compte de la vie qu'on a menée. Les uns vivent dans la dissipation et commettent plus de péchés en un jour que d'autres dans une semaine, et même un mois. Ceux-ci, pour rentier en eux-mêmes et se rappeler leurs fautes, ont besoin d'une grande application, parce qu'ils sont obligés de repasser une foule de choses qu'on ue peut pas facilement voir d'un coup-d'œil.

Le Concile de Trente donne sur ce point une règle parfaitement juste lorsqu'il nous dit qu'il faut employer à cet examen le soin que les personnes prudetrtes ont coutume de donner à une

affaire importante : Summa iUa cura et diligentia adhibenda est, quam in rébus gravissimis ponere solemus. Si vous avez un compte à régler avec un débiteur, quelle attention n'y apportezvous pas, afin de ne rien oublier ! Lorsque vous avez un procès, quelle application ne mettez-vous pas à bien examiner les documents , les pièces et les raisons ! .Si vous devez rendre compte d'une administration dont vous avez été chargé, comme vous repassez tout en revue ! Voilà la règle que vous devez suivre dans cette affaire tout autrement importante , car il est question d'assurer votre salut par une bonne et sainte confession.

Mais au conlraire, on tient une conduite tout opposée. Est-il question d'un intérêt temporel ? On n'épargne ni soin, ni travail ni fatigue; on passe des jours entiers à repasser dans son esprit ce qui intéresse. Est-il question de notre conscience et des comptes que nous avons avec Dieu ? C'est une affaire qu'on expédie en un moment; un coup-d'œil superficiel, et tout est fini.

Je remarque aussi que quelques-uns négligent de se confesser souvent, parce que, disent-ils, ils ne trouvent point de fautes à accuser, à moins qu'ils ne laissent écouler un temps considérable. Oh! que leur sort est désirable, si cependant ce qu'ils disent est vrai ! Il peut arriver, j'en conviens, qu'après la confession on passe quelque temps dans l'innocence, ou tout au moins sans faire des fautes graves; c'est l'effet de la force spirituelle que l'on a puisée dans le sacrement; mais cette force venant à se perdre, on retombe peu à peu dans les péchés ordinaires. D'où je conclus avec raison qu'il ne faut pas attendre les rechutes graves pour retourner se confesser , mais, au contraire, y retourner au plus tôt, afin.de les prévenir et de n'avoir jamais de péchés mortels à accuser.

Mais à dire vrai , mes très-chers frères, il me paraît bien plus probable que la plupart de ceux qui tiennent un pareil langage ne savent que dire parce qu'ils ont trop à dire, et que c'est l'abondance qui les rend pauvres : Inopes copia facit.

Qui sont, en effet, ceux qui parlent de la sorte? Des personnes qui connaissent peu leurs devoirs et leurs obligations, qui ne se font scrupule que des fautes les plus graves et les plus grossières, qui mesurent le péché non sur la loi de Dieu , mais sur les maximes du monde; qui appellent même les plus graiuls désordres des scrupules et des préjugés ; des personnes enfin qui, par suite de la dissipation habituelle dans laquelle elles vivent, ne sentent plus les plaies qu'elles font journellement à leur conscience. Je comprends que

de pareilles gens ne trouvent pas matière à accusation et à confession ; mais que de fautes vous auriez à vous reprocher, si vous étiez plus éclairés sur vos devoirs, plus instruits de vos obligations et de la loi de Dieu, plus vigilants sur votre vie et sur votre conduite ! Comparez-vous un peu avec tant de personnes dont la vertu vous est bien connue , comparez votre conduite avec la leur, et vous verrez votre prétendue innocence s'évanouir. De combien de fautes ne s'accusent pas ces personnes, dont vous-mêmes ne vous faites pas le moindre scrupule !

Voici ce qui me prouve que dans vos examens il y a beaucoup de négligence, de légèreté et de mauvaise foi : lorsque arrive une occasion particulière qui touche fortement le cœur et inspire une vraie résolution de changer de vie et de vivre chrétiennement, afin de n'être pas surpris par la mort dans ce malheureux état, alors il n'y a personne qui ne se croie obligé de faire une confession générale ; et dans cette confession, que de fautes on accuse, dont on n'a jamai:. fait mention dans les confessions précédentes! Combien de nouveaux péchés l'on découvre, qui auparavant étaient ensevelis et oubliés au fond de sa propre conscience !

Ce qui finit de m'en convaincre encore plus , c'est le jugement si différent que nous portons sur notre conduite lorsque nous nous trouvons à l'article de la mort. Oh ! qu'alors les choses se présentent à nous sous un aspect différent ! Que de fautes nous aperce' vons, et qu'auparavant nous n'avions jamais remarquées ! Combien nons en accusons alors, que par mauvaise foi nous avions jusque-là ignorées, dissimulées, excusées et cachées ! Il est donc évident que nos examens sont accompagnés de beaucoup de négligence et de peu de sincérité. Ce n'est bien souvent qu'une revue confuse et superficielle de cette conscience au fond de laquelle nous n'avons jamais pénétré depuis des années et des années , dans laquelle, par conséquent, se trouvent cachés mille désordres très«? graves et dont on réveillerait le souvenir et le remords , si on faisaf' cette recherche sérieuse qui est requise.

Réfléchissons-y bien, mes très-chers frères, et travaillons à préve Inir de tardifs et inutiles remords; faisons maintenant un exameK ^attentif et sincère de notre vie, un examen qui nous ôte le bandeau de dessus les yeux, et qui, comme un miroir fidèle, nous présente à nous-mêmes tels que nous sommes réellement, et non tels que notre amour -propre nous représente.

Prenons pour modèle l'examen que Dieu fera de notre vie &

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noire mort; il appellera à un examen rigoureux non-seulement les actions mauvaises , mais encore les paroles, les pensées , les complaisances, les désirs , les intentions , les projets, eo un mot, tout le mal que nous avons fait et tout le bien que nous avons négligé ou mal fait. Rien n'échappera à son regard divin : il n'y aura pas un seul péché dont la malice ne se montrera pas tout entière à nous avec toutes ses circonstances. Or, voilà comment nous devons nous juger nous-mêmes , si nous voulons éviter la sévérité et la rigueur des jugements de Dieu : Si nosmetipsos judicaremus, dit saint Paul, non utique judicaremur; si nous nous jugions nous-mêmes, comme il faut, nous ne serions pas jugés par Jésus-Christ. Ces derniers mots renferment en abrégé toute la matière sur laquelle doit rouler notre examen lorsque nous nous approchons du tribunal de la pénitence ; mais comme il est très-important de vous l'expliquer en détail, nous renverrons cela à la prochaine instruction.

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