INSTRUCTION XVIII
Matière de l'examen.
Après vous avoir clairement expliqué quelle est l'attention et la diligence que vous devez apporter à votre examen de conscience , il me reste à vous apprendre sur quoi il doit particulièrement rouler.
La nécessité de l'examen étant fondée sur la nécessité de la concession, il s'ensuit que cet examen doit rouler sur tout ce qui est aalière nécessaire de la confession. Or, la matière nécessaire de la confession, ce sont tous les péchés mortels non confessés ou mal confessés, ou confessés et non pardonnes par défaut de contrition, même les péchés douteux , en ayant soin d'en distinguer l'espèce , le nombre de chaque espèce et les circonstances.
Il faut avant tout jeter un coup-d'œil sur les confessions passées, car l'examen doit commencer, non à la dernière confession simple ment, mais à la dernière confession bien faite.
Beaucoup de gens ne s'inquiètent point du tout de leurs confesâiouj passées , quoiqu'ils aient des raisons assez londëes de doutei
de leur validité ; il est cependant bien important de s'assurer sur ce point; car comment pouvez-vous avoir la prétention de guérir devant Dieu les dernières plaies, tandis que les anciennes, pour une. raison ou pour une autre, sont encore ouvertes ? A moins que lia bonne foi ne vous excuse , ce qui est assez difficile, vous ne fere! qu'accumuler les sacrilèges.
Assurez-vous donc avec beaucoup de soin de vos confessions passées, puis voyez en quoi vous avez, depuis la dernière, gravement offensé Dieu. Je dis gravement, parce que, pour les péchés véniels, ils ne sont pas matière nécessaire de la confession. Parlez donc des péchés mortels.œème douteux. Et à ce sujet, remarquez que le doute peut avoir lieu de plusieurs manières. Il peut tomber sur le péché même, savoir, si vous l'avez commis ou non, et si , l'ayant commis, vous l'avez déjà confessé ou non ; dans ces deux cas, donnez comme douteux ce qui est douteux , et comme certain ce qui est certain ; mais, d'un autre côté , ayez bien soin d'éviter certaines formules conditionnelles qui n'accusent le péché ni comme douteux ni comme certain. Je m'explique : quelques personnes, pour s'exempter de la peine de chercher et en même temps sauver l'intégrité de la confession, ont coutume de dire : Si fai fait quelques médisances, sif 'ai fait telle ou telle chose, je m'en accuse. Quelle espèce de confession faites-vous là ? Par cette sorte d'accusation , vous ne me donnez aucune matière; ni douteuse ni certaine ; et si vous le faites pour assurer l'intégrité de la confession, il vous suffira de terminer par cette accusation générale : Je m'accuse de tous les péchés dont je sida coupable devant Dieu. Enfin, le doute peut tomber sur la grièveté du péché, savoir , s'il est mortel ou véniel ; dès que vous ne pouvez prudemment déposer ce doute, vous êtes obligés de le manifester et d'en laisser la décision au jugement de votre confesseur.
Mais avançons ; on peut offenser Dieu de quatre manières : par pensées, par paroles , par actions et par omissions ; or, votre examen doit rouler sur tous ces points, ayant soin cependant de vous arrêter davantage sur les péchés qu'il est plus facile d'oublier. Quant aux péchés d'action, comme les adultères, les fornications, les vols, les batailles, les meurtres, l'ivrognerie, etc., ces sortes de péchés, laissant après eux une impression plus profonde , reviennent aussi plus facilement à la mémoire; mais il n'en est pas ainsi de ceux qui se consomment en nous avec rapidité, soit contre Dieu, soit contre le prochain , comme les doutes contre la foi , les
pensées et les désirs impurs, les jugements téméraires, les sentiments de jalousie, de haine et d'aversion , les projets ou l'intention de faire quelque mal, etc.
Ces péchés qu'on appelle péchés de -pensée, sont plus faciles à commettre et plus difficiles à trouver , car une pensée, une affection , un mauvais mouvement vient, passe, revient en un instant , et il ne faut qu'un instant, dès qu'il y a réflexion et consentement, pour faire un péché.
Il est donc nécessaire de vous attacher avec le plus grand soin à la recherche de ces péchés intérieurs, pour en découvrir la malice et !é nombre ; et n'allez pas vous imaginer qu'il suffise de dire en général : J'ai eu des mauvaises pensées; si vous y avez consenti avec advertance, il faut en expliquer la nature.
Ce n'est pas un péché d'avoir de mauvaises pensées ; quelque abominables qu'elles soient et quelque temps qu'elles restent dans notre esprit, elles ne peuvent souiller notre âme tant que nous ne nous y arrêtons pas avec aclvertance et délibération : aussi, dans ce cas, il n'y a besoin ni d'examen ni de confession. Mais si elles sont volontairement consenties, il faut bien les compter dans son examen et en distinguer formellement l'espèce , lors même qu'elles n'ont été qu'instantanées, qu'elles n'ont pas été suivies de l'exécution, et lors même qu'elles auraient été rétractées aussitôt après le consentement ; car la rétractation postérieure n'empêche pas que le consentement n'ait été donné. Chose singulière ! les âmes timorées sont toujours inquiètes sur ce point des pensées , et la crainte d'y avoir consenti les fait trembler aux pieds de leur confesseur, tandis que les âmes légères et dissipées , et même plongées dans les fautes les plus graves, n'éprouvent jamais de pareils scrupules ; elles sont, au contraire, toujours disposées à juger en leur propre faveur et à se regarder comme innocentes sur ce point.
Les péchés de parole sont plus faciles à connaître que les péchés intérieurs : cependant ils échappent encore bien facilement à la mémoire, parce que verba volant. On parle tout le jour, et on parle sans réflexion et sans motif. Combien, par conséquent, de famés échappent contre Dieu et contre le prochain ! Blasphèmes, parjures, malédictions , imprécations, injures, menaces , mensonge, faux témoignages, médisances , calomnies , discours obscènes o ; impies, etc. Il faut donc encore, sur cet article, faire son examen avec beaucoup d'attention et non à la légère, surtout les personnes qui iront point de modération et de réserve dans leurs pa-
rôles et qui disent tout ce qui leur vient à la bouche. Ces sortes de chrétiens se contentent ordinairement de s'accuser d'avoir dit de mauvaises paroles, et rien de plus.
Mais il faut expliquer sur quoi ; si c'est contre la religion, la pureté ou la charité ; il faut dire, par rapport aux détractions , si la chose que vous avez dite est vraie ou fausse , grave ou légère , et devant combien de personnes ; pour les discours déshonnêtes , si vous avez scandalisé quelqu'un , et combien de personnes ; dans quel but et dans quelle intention vous avez tenu ces discours, etc. Ces explications sont de toute nécessité ; or, vous ne pouvez les donner sans un examen sérieux.
Un autre point assez généralement négligé , et qui mérite cependant toute notre attention, ce sont les péchés d'omission. On entend par là toutes les obligations omises par sa faute.
Tous nous avons des obligations générales et particulières : nous avons des obligations générales comme chrétiens ; elles nous sont imposées par les commandements de Dieu et de l'Eglise : la prière journalière, l'accomplissement de nos serments et de nos vœux, la sanctification des saints jours, l'abstinence, le jeûne, les devoirs de charité corporelle et spirituelle, etc. ; des devoirs particuliers attachés à l'état de chacun, de maître ou de serviteur, de père ou de fils de famille, de mari ou de femme, et aux divers emplois que l'on exerce dans la société , comme négociant; juge , avocat , médecin, etc.
L'inaccomplissement de ces devoirs s'appelle péché d'omission ; péché assez fréquent, car pour une action que l'on fait et que l'on ne devrait pas faire, il y en a cent que l'on devrait faire et que l'on omet ; péchés, cependant, dont une foule de personnes ne se font pasjle moindre scrupule, parce qu'ils n'offrent pas quelque chose de positif comme les péchés d'action, mais qu'ils sont purement négatifs ; c'est la négligence d'un acte qu'on est obligé de faire. Mais que ces personnes comprennent bien que cet acte, quoique^ négatif, renferme toujours un acte positif de la volonté qui se décide sciemment à laisser une chose à laquelle elle est obligée ; que cet acte né gatif peut même quelquefois être beaucoup plus grave en lui-même qu'un péché d'action , et qu'en tout cas il suffit certainement pour nous faire encourir l'inimitié de Dieu et la damnation éternelle. On viole aussi bien la loi de Dieu en omettant ce qu'il commande qu'en faisant ce qu'il défend. Déclina à malo et fac bonum (l. Petr. riz, 1) , voilà les deux points essentiels de la vie chrétienne<
Aussi l'Evangile ne fait point de distinction entre le mauvais serviteur et le serviteur inutile, entre l'arbre qui ne produit point de fruits et celui qui en produit de mauvais.
D'après cela, ne faudrait-il pas faire un 6érieux examen sur les fautes que l'on commet sur ce point et surtout sur les devoirs de son état qui sont en général les plus mal observés? Les confessions que l'on entend ne renferment ordinairement que les péchés communs à tous les chrétiens ; vous n'entendez rien dire des obligations particulières et propres de son état ; c'est au point qu'il serait difficile d'après ces confessions de deviner quel état ou quel emploi vous exercez dans le monde. Mais pourquoi omettons-nous de déclarer tant de transgressions et même de transgressions graves qui produisent les conséquences les plus funestes? On raconte de Charles-Quint que, s'étant confessé un jour à un bon prêtre qu'il rencontra par hasard, ce prêtre, après avoir entendu sa confession, eut le courage de lui dire : « Mais, Sire, vous avez confessé les péchés de Charles, déclarez maintenant les péchés de César, c'est-àdire, ceux qui regardent le gouvernement dejvos états? Confessus es peccata Caroli; confitere peccata Cœsaris. » On pourrait dire la même chose à une foule de pénitents qui se confessent de choses générales et qui ne touchent en rien à leurs obligations personnelles : vous, chefs de famille, rendez compte de la manière dont vous élevez vos enfants, dont vous gouvernez votre femme et vos domestiques ; vous, domestiques, voyons le soin et l'attention que vous donnez aux affaires de vos maîtres; vous, négociants, comment exercez-vous votre commerce ; vous, avocats, comment soignez-vous les causes qui vous sont confiées; vous, médecins, comment remplissez-vous vos devoirs à l'égard de vos malades, etc. N'est-il pas vrai que chacun devra rendre à Dieu un compte très-rigoureux de tout cela? Et, si nous devons lui en rendre compte, pourquoi ne nous interrogeons-nous pas nous-même làdessus dans notre préparation à la confession ? A quoi sert-il de 'fermer les yeux sur ces devoirs? Si vous ignorez vos obligations, c'est là une ignorance qui ne vous excuse pas; et si les connaissant, vous ne vous inquiétez pas de vous examiner sur ce point, c'est encore pire. Examinez-vous donc et examinez -vous attentive- Tement sur vos devoirs d'état, pour voir comment vous les remplissez.
Mais j'ai ajouté qu'il faut examiner, dans chaque espèce, le nombre des péchés et aussi les circonstances de ces péchés.
La diversité spécifique des péchés se tire de leur opposition ou à des préceptes différents, car autre chose est de médire et autre chose de blasphémer ; ou à des vertus différentes, comme seraienf la religion, la justice, la tempérance, la chasteté, etc.; ou à des devoirs différents de la même vertu. Ainsi, que vous offensiez le prochain dans sa vie ou dans son honneur ou dans ses biens , vous péchez contre la justice ; mais ces trois offenses forment trois péchés d'espèce différente ; il ne suffirait donc pas de vous accuser d'avoir gravement péché contre la justice , vous devez expliquer de laquelle de ces trois manières vous y avez manqué. Il en est de même en matière de charité : on peut pécher contre cette vertu, en ne reprenant pas le prochain, en lui refusant l'aumône, en le scandalisant, en l'injuriant, en le méprisant, etc. ; mais ces péchés sont des manquements contre des devoirs différents, il ne suffirait donc pas de dire : J'ai péché contre la charité, sans autre explication . Voilà ce que comprend l'espèce de péché.
Il faut de plus le nombre de chaque espèce de péché ; car ce n'est pas la même chose de blasphémer une fois ou de blasphémer plusieurs fois. Que signifie la confession de certaines personnes qui s'accusent de diverses fautes sans jamais en préciser le nombre et auxquels le confesseur est obligé de demander à tout moment, combien de fois? Et même alors, au lieu d'entendre un nombre précis, le confesseur s*entend répondre : différentes fois, plusieurs fois, paroles vagues et qui peuvent s'appliquer à toute espèce de nombre .
Mais comment trouver ce nombre exact, surtout quand il s'agit d'une confession un peu longue ! Dieu ne demande pas l'impossible ; dites le nombre précis et exact, si vous pouvez le connaître ; autrement dites celui qui vous paraît le plus approchant, tant de /bt*s environ, un peu plus ou un peu moins. Et si même vous ne poi; vez pas trouver approximativement le nombre, dites combien d« fois vous avez commis ce péché par mois, par semaine ou par jour.
Quand il s'agit des péchés extérieurs, de paroles, d'action ou d'omission, il est moins difficile de trouver le nombre; mais la plus grande difficulté est pour les péchés intérieurs, par exemple, de haine, d'impureté, ou autres quand ils ont duré longtemps. Remarquez bien qu'il y a autant de péchés distincts qu'il y a de pensées ou d'affections mauvaises volontairement consenties et moralement interrompues. Ainsi, quelquefois yous rétractez une pensée ma*-
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Taise par un acte de repentir, puis vous vous y laissez ensuite aller, ou bien elle cesse quelques instants à l'occasion de quelque action capable de l'interrompre et puis vous la reprenez de nouveau ; dans tous ces cas il y a distinction numérique de péché ; tous ces actes font des péchés distincts. Voilà la règle à suivre pour fixer le nombre approximatif de vos fautes.
Enfin il est nécessaire de déclarer les circonstances du péché ; circonstances du lieu, de la personne, des intentions qu'on a eues, des moyens qu'on a employés, des conséquences qui en ont été la suite. Nous devons nous faire connaître tels que nous sommes ; or, nous sommes plus ou moins coupables selon la qualité du lieu où nous avons péché; selon le caractère de la personne avec laquelle nous avons péché ; selon les fins que nous nous sommes proposées ; selon la nature des moyens dont nous nous sommes servis, de calomnie, de fraude, de trahison, etc.; selon les dommages et les scandales que nous avons causés, s'ils ont été prévus; enfin selon la connaissance plus ou moins grande de notre intelligence et la délibération plus ou moins parfaite de notre volonté. Il faut expliquer tout cela.
Quelquefois ces circonstances donnent une nouvelle malice au péché et en changent l'espèce, par exemple, voler dans une église ; d'autres fois elles aggravent notablement la malice de ce péché dans la même espèce, par exemple, conserver de la haine contre une personne pendant un jour, et la conserver pendant une semaine, ou un mois est toujours le même péché, mais la longueur du temps en aggrave notablement la malice. Sans vous embrouiller par toutes ces distinctions des théologiens, je vous dirai en général : déclarez ces sortes de circonstances qui excitent en vous de plus vifs remords, et qui pèsent davantage sur votre conscience. Puisque vous prenez tant de soin pour déclarer à votre confesseur les circonstances qui peuvent la justifier ; pourquoi ne manifesteriez-vous pas de même celles qui augmentent la malice de vos péchés ?
Voilà tous les points sur lesquels doit rouler votre examen ; Je vous laisse maintenant à juger si c'est là une affaire qu'on puisse achever d'un coup-d'œil, surtout quand il y a longtemps qu'on ne s'est pas approché des sacrements, qu'on a vécu dans toute espèce de fautes , et qu'on les a oubliées avec autant de facilité qu'on les a commises.
Mais quels moyens faudrait-il donc prendre pour le bien faire? Les voici: Avant tout, nous avons besoin pour connaître nos fau«
DES SA.CHEUEXTS. ÎS7
tes, des lumières du Saint-Esprit ; or, ces lumières, nous ne pouvons les obtenir que de Dieu. La première chose donc à faire, c'est de le prier avec ardeur de dissiper les ténèbres de notre intelligence, îinèbres qui sont d'autant plus épaisses que nos péchés sont plus graves et que nos habitudes sont plus invétérées. Domine, ut videam , devons-nous dire avec l'aveugle de l'Evangile : Seigneur, dissipez les nuages et l'aveuglement de mon esprit, ouvrez mes yeux, afin que je puisse bien voir les plaies de mon âme, Deus meus, illumina tenebras meas.
Avec le secours de ces lumières que Dieu ne nous refusera pas si nous les lui demandons, nous entrerons dans notre conscience, dans tous les coins et recoins de notre cœur, nous en examinerons tous les plis et replis: débet conscientiœ sinus omnes et latebras explorare, dit le concile de Trente, faisant allusion à la parabole évangélique de cette femme qui , ayant perdu une drachme, alluma une lampe, parcourt, cette lampe à la main, tous les coins de sa maison, visite les recoins les plus cachés, remue tous les meubles et bouleverse tout : accendit lucernam et eoerrit domum. Puis sortant de sa maison, elle revient par tous les lieux.' par lesquels elle a passé, suit tous les pas qu'elle a faits, églises, boutiques, places, rues, elle repasse tout avec la plus grande attention. Nous aussi, descendons d'abord dans notre intérieur, examinons le fond de notre cœur, puis repassons dans noire esprit les lieux où nous avons été, les personnes que nous avons fréquentées , les occupations auxquelles nous nous sommes livrés; parcourons les commandements de Dieu et de l'Eglise, les péchés capitaux et les devoirs de notre état, nous jugeant sur tous ces points , d'après les maximes de l'Evangile et non pas d'après les préjugés du monde, nous jugeant en un mot sans amour-propre et sans passion. Si nous agissons autrement , nous chercherons nos péchés là où ils ne sont pas, nous nous perdrons dans des minuties et dans des bagatelles, et nous fermerons les yeux sur les défauts les plus graves et les plus saillants.
Les fautes sur lesquelles nous devons nous examiner avec le plus d'attention, ce sont celles que nous voudrions précisément éviter d'examiner, par la crainte de découvrir ce que nous ne voudrions pas quitter ni corriger, sous le faux prétexte qu'il n'y a point de mal. Cette disposition est une mauvaise marque, elle est une marque au contraire qu'il y a du mal ; il faut donc s'examiner avec graud soin sur certaines acquisitions et certains profits, sur cer-
laines affections ou inclinations pour des personnes de l'autre sexe, sur certaines aversions, antipathies et duretés pour le prochain, sur certaines paroles caustiques et mordantes, et enûn sur tous les manquements graves dans les devoirs de notre état. Toutes ces choses qui nous ennuient et que nous voudrions passer sous si-^. lence, doivent être le principal objet de nos recherches. Telle es{ la méthode que nous devons suivre, si nous ne voulons pas avoir. de remords sur l'examen que Dieu exige de nous.
Enfin, savez-vous quel est le moyen de n'être jamais embarrassé dans cet examen? C'est de s'examiner souvent, lors même qu'on ne pense pas à se confesser; c'est surtout de s'examiner tous les soirs avant de se coucher. Si vous ne pensez à vous-même et à votre conduite qu'au moment de la confession, il vous sera bien difficile de vous examiner ; mais si vous avez la salutaire habitude de vous examiner souvent, vous n'aurez pas de la peine à trouver vos péchés quand il faudra les confesser.
Ces retours fréquents sur soi-même nous sont fortement recommandés par tous les saiuts Pères et par tous les maîtres de la vie spirituelle, comme le plus puissant moyen non-seulement de nous faciliter la confession, mais encore de nous préserver du péché. Quelles sont en effet les personnes qui s'endettent le plus aisément? Ce sont précisément celles qui ne règlent jamais leurs comptes et leurs dépenses journalières; il en est de même dans les choses spirituelles. Quand on ne rentre jamais en soi-même, on multiplie les péchés sans mesure et sans fin. Si au contraire vous avez soin de vous examiner fréquemment , calculant , chaque jour , vos fautes journalières, il ne v; us sera pas difficile de connaître vos péchés lorsque vous voudrez les confesser; et, ce qui est encore plus important, vous trouverez dans ces revues continuelles un puissant motif de vivre saintement et de ne pas vous charger de dettes devant Dieu.
Instruction xix.
De l'intégrité de la confession.— De combien de manières on f manque.
Après vous avoir parlé de l'examen qui doit précède'' la coufes» sion, je vais maintenant vous parler de la confession elle-même et des qualités qu'elle doit avoir. La confession est une déclaration on une accusation de nos péchés, faite à un prêtre approuva pour en recevoir l'absolution. Les théologiens exigent qu'elle soit accompagnée de beaucoup de dispositions ; mais toutes ne sont pas absolument nécessaires : les unes sont de convenance seulement et les autres sont indispensables pour la validité du sacrement. Commençons par les dernières qui se réduisent à deux, l'intégrité et l'humilité.
Llntégrité consiste dans l'accusation distincte de tous les péchés mortels, même douteux, dont ou se sent coupable , de pensée', de parole, d'action et d'omission. Pour que la confession soit entière, il faut déclarer avec candeur et simplicité l'espèce de péché, avec le nombre et les circonstances qui changent l'espèce. Nous avons suffisamment expliqué tous ces points dans la dernière instruction; nous allons donc voir maintenant les diverses manières dont on peut se rendre coupable en manquant à celle qualité. J'en compte quatre principales : l'oubli, l'ignorance, la honte et la malice.
1° Par oubli. Quelques-uns omettent de déclarer beaucoup de choses dans leurs confessions, parce qu'ils ne s'en souviennent pas au tribunal ; cet oubli est-il une excuse suffisante ? D'après les principes que nous avons établis, il ne l'est pas toujours. Ou il est involontaire, c'est-à-dire précédé d'un examen convenable, ou bien il est volontaire, c'est-à-dire, la suite de la négligence à s'examiner. Le p rentier ne rend pas la confession invalide , mais bien le second. Assurément ils déclareraient les péchés qu'ils laissent en arrière, s'ils se les rappelaient; mais remarquez que cet oubli vient de leur précipitation à s'examiner et du peu d'attention qu'ils ont mis dans la recherche de leurs fautes ; si donc cette omission n'est pas directecie;u volontaire, elle l'est indirectement.
ikd PAI'.T. IV. IXST. XIX.
Concluez de là que les personnes qui vivent pendant longtemps dans l'oubli de Dieu et de leur âme, ont bien à craindre pour l'intégrité de leur confession, lorsque, après une telle vie, elles se contentent de faire leur examen d'une maaière toute superficielle. Pourra-t-on s'empêcher de voir une grave négligence à vous examiner, quand on voit que vous oubliez plus de fautes que vous n'en accusez en confession ?
2° Par ignorance. Il y a beaucoup de péchés qu'on n'accuse pas , parce qu'on ne les connaît pas, ou qu'on ne les regarde pas comme des péchés. Cette ignorance n'excuse-t-elle pas au moins ? Ici encore il faut distinguer entre l'ignorance qui est coupable et celle qui ne l'est pas. L'ignorance n'est pas coupable, lorsque malgré le soin qu'on met à s'instruire de ses devoirs, on ignore la malice de telle ou telle action. Comme cette ignorance est accompagnée de bonne foi, elle excuse de péché et par conséquent ne rend pas la confession mauvaise.
Elle est coupable au contraire lorsqu'on néglige de prendre les moyens nécessaires pour s'instruire. Combien ne trouve-t-on pas de gens qui vivent dans la plus grossière ignorance de la loi de Dieu et des devoirs du christianisme , qui ne connaissent pas les graves et nombreuses transgressions dont ils se rendent coupables chaque jour, les nombreuses et importantes omissions qu'ils font dans les obligations de leur état ? Quel profonde ignorance sur mille points différents et sur les matières les plus essentielles, par exemple, sur le vol, les contrats, les ventes, les ressentiments, les amitiés ! Or, cet abus n'existerait pas si on mettait plus d'empressement et de zèle à assister aux instructions et aux catéchismes. Cette ignorance est donc coupable et rend la confession nulle, à moins que dans votre préparation à la confession, vous ne l'ayez rétractée par un vrai repentir et par une sincère résolution de travailler sérieusement, à l'avenir, à vous instruire de vos devoirs et de vos obligations.
3* Par honte. Je veux parler de ceux qui étant tombés dans quelque faute grave, surtout contre la pureté, se laissent tellementdominer par la honte quand il faut s'en confesser, que, n'osant la déclarer, ils la laissent et s'accusent de tous leurs autres péchés, excepté de celui-là. Ceci arrive surtout aux jeunes gens et aux jeunes personnes qui parleur âge sont plus timides et plus honteux.
Or, il est inutile de chercher à vous prouver qu'une pareille confession est sacrilège; quelque répugnance que vous éprouviez à
vous confesser d'une faute, ce n'est pas un titre qui dispense de l'intégrité requise ; puisque dans les desseins de Dieu, cette honte doit servir d'expiation pour les péchés commis et de frein pour empêcher d'y retomber. En taisant donc cette faute, vous désobéissez en matière grave à une loi de Dieu; vous dites un mensonge formel et positif dans le tribunal de la pénitence ; vous vous ren« dez coupable d'un sacrilège et d'une véritable profanation.
Je ne crois pas pouvoir rien faire de mieux aujourd'hui que d'em« ployer cette instruction à vous inspirer l'horreur d'un si énorme abus, et en même temps, si vous avez le malheur de vous trouver dans un pareil état, à vous inspirer le courage et la hardiesse d'avouer franchement vos fautes; et je renverrai à la prochaine instruction de vous parler des diverses manières de manquer , par malice, à l'intégrité de la confession.
Je dois d'abord vous faire remarquer que la plus grande des ruses du démon, c'est de vous donner beaucoup de hardiesse pour pécher et ensuite de vous inspirer une grande crainte et une grande honte pour vous en confesser. Il vous ôte la honte du mal quand il s'agit de vous le faire commettre ; puis il vous la rend quand vous devez déclarer cette faute à votre confesseur. Mais si vous n'avez pas rougi de la commettre, pourquoi rougiriez-vous de l'avouer ? Si vous n'avez pas eu honte de souiller votre âme, pourquoi auriez vous honte de la purifier par une sincère confession? Oh! me direz-vous, comment voulez-vous que je ne rougisse pas de manifester certains mystères d'iniquité, certaines misères dégoûtantes et abominables? Je vous répondrai que je ne prétends point du tout vous ôter cette honte. On ne rencontre que trop de pécheurs qui n'ont pas plus de honte à confesser les fautes les plus humiliantes et les plus infâmes, qu'ils n'en ont éprouvé à les commettre : fronts endurcis et sans pudeur qui ne montrent que trop évidemment coin* bien ils font peu de cas de leurs péchés. Ce n'est donc pas mon intention de vous ôter cette confusion lorsque vous irez vous confesser; mais cependant elle ne doit pas aller jusqu'à vous lier la langue et à vous fermer la bouche le manière à vous empêcher de déclarer vos fautes. Rougissez, dit saint Bernard ; mais malgré cela manifestez franchement tout votre cœur : Erubesce, sed tamen re* vêla totum ; quelle que soit la honte qu'il vous faille essuyer, faitesvous-en un moyen de satisfaire pour vos péchés, et otfrez-la à îa justice divine en payeront de l'audace que vous avez eue de Pof» fenser.
Toutefois, je vous prie de rélléchir sérieusement à deux choses: la première, c'est que cette eonfusion n'est pas si grande que vous le croyez; la seconde, c'est qu'enfin, quelle qu'elle soit, il faut la surmonter, si vous voulez sauver votre âme.
Et d'abord , dites-moi, à qui et à combien de personnes devezvous déclarer votre faute? Est-ce à une nombreuse assemblée , sur une place publique ou dais une église, au milieu du concours des fidèles? S'il en était ainsi, j'aurai* vraiment compassion de vous; nais il ne s'agit pas de cela. Le Seigneur se contente que vous le disiez à un seul homme ; et à quel homme , encore? A un homme sujet aux mêmes faiblesses que vous ; à un homme enfin qui n'est ni votre supérieur, ni votre maître, ni une autre personne d'autorité, mais à un simple prêtre, quel qu'il soit, pourvu qu'il soit approuvé , que vous pouvez choisir partout où vous voudrez ; vous pouvez même en choisir un à qui vous soyez totalement inconnu. Comment donc pouvez-vous avoir de crainte et de confusion ? Ici t'év mouissent donc toutes les difficultés qui portent certaines personnes à taire leurs péchés. Voyons, en effet , ces difficultés.
La première vient donc d'un.' certaine crainte que votre confesseur ne se serve de votre confession pour vous porter quelque préjudice? Mais une telle pensée peut-elle entrer dans votre esprit? Ignorez-vous donc que le confesseur est obligé, par toutes les lois divines et humaines, à conserver le secret le plus inviolable sur tout ce qu'il a entendu au tribunal de la pénitence ? Il ne peut le violer en aucun cas, par l'espoir d'aucun bien, quelque grand qu'il soit, ni par la crainte d'aucun mal, quelque redoutable qu'il puisse être. Il ne peut le violer en aucun temps , pas plus après votre mort que durant votre vie ; il ne peut le violer en aucune manière, ni directement ni indirectement , ni par paroles , ni par signes ; il ;e peut se prévaloir en rien , ni pour lui ni pour les autres, des connaissances acquises au tribunal. En un mot, la confession finie, to ites vos fautes sont ensevelies dans un oubli éternel; et dans tous les rapports de paroles, d'actions ou d'affaires qu'il aura par la suite avec vous, il est obligé de se conduire comme s'il ne vous avait jamais confessé.
Jésus-Christ a prescrit ce sceau inviolable, afin que jamais personne ne pût avoir à craindre le moindre danger et le moindre préjudice de l'accusation sacramentelle , soit pour sa réputation , soit pour sa fortune , soit pour toute autre chose. On voit, en effet, que la Providence veille puc ce point d'une manière particulière ; car on
ne trouve pas un seul exemple d'infidélité en ce genre, quoique cependant le secret de la confession soit confié à toutes sortes de prêtres, et quelquefois à des prêtres dont la conduite répond bien peu à leur caractère. Voyez donc combien vous avei tort de craindre que l'accusation de vos fautes ue vous porte quelque préjudice.
Tout cela est très-bien, me direz-vous, mais que dira mon confesseur si je vais lui déclarer tel péché ? quel ne sera pas son étonnement ? — Oh ! voilà une autre difficulté; la mauvaise opinion que votre confesseur concevra de vous ! mais cette difficulté encore ne signifie rien. Votre confesseur va être surpris et étonné, dites-vous ? Mais serez-vous le premier qui lui disiez de semblables fautes ? N'est-il pas habitué à les entendre ? Et d'ailleurs, quel est le médecin qui soit étonné des maladies qu'il rencontre sur le corps humain ? Pourquoi Dieu a-t-il confié le pouvoir de remettre les péchés, qui est un ministère vraiment divin , non pas aux anges, mais aux hommes ? n'est-ce pas afin que le sentiment de leurs propres misères leur apprit à être indulgent; pour celle des autres ? Votre confesseur est un homme comme vous , sujet aux mêmes passions et aux mêmes faiblesses que vous ; peut-être a-t-il commis encore déplus grands péchés que vous, et s'il ne les a pas commis, il porte en lui le principe de corruption qui les lui ferait commettre, s'il ne recevait de Dieu un secours particulier. De quoi pourrait-il donc être surpris et étonné ?
Cependant , si je lui dis cette faute , je perdrai au moins de son estime. — Et alors même que cela serait, ne devriez-vous pas encore le supporter? Voulez-vous donc plus tenir à l'estime de votre confesseur qu'à l'estime, à la grâce et à l'amitié de Dieu ? Supposons donc que vous perdiez son estime ; mais par là vous sortez d'un état de damnation, vous gagnez l'amitié de Dieu et mettez votre salut en sûreté. Votre confesseur ne pourra jamais vous faire connaître en rien qu'il a peu d'estime pour vous; qu'il pense d'ailleurs ce qu'il voudra , que peut-il en résulter ? Il y aura sur la terre une personne qui n'aura pas confiance en vous, mais vous serez délivré du péché et du plus grand de tous les maux, qui est la haine de Dieu.
Vous vous trompez toutefois en pensant que cette accusation va diminuer son estime pour vous. Savez-vous quand le confesseur conçoit une opinion désavantageuse d'un pénitent ? C'est lorsqu'il e voit s'accuser des fautes les plus énormes, avec la dernière indifférence; c'est lorsqu'il le voit aveugle et insensible sur son affreux
i.'ji PAKT. IV. INST. XIX.
état ; c'est lorsqu'il le voit dans des rechutes, des habitudes et dos occasions, ni qu'il ne le trouve pas disposé à quitter ces mauvaise» occasions et à renoncer à ces habitudes^ criminelles. Oh ! oui, voilà ce qui l'étonné, voilà ce qui lui donne une mauvaise opinion! Mais donnez-moi un pénitent qui, touché de la grâce , effrayé intérieurement de l'horreur de son état, sincèrement décidé à changer de vie et à se consacrer à Dieu; qu'an tel pénitent vienne se jeter aux pieds d'un confesseur, celui-là, quelque grand pécheur qu'il soit, remplit de consolation le ministre sacré, qui admire et bénit en lui le triomphe de la miséricorde divine , et qui reste bien plus édifié de ses bonnes et saintes dispositions qu'il n'est scandalisé par le récit de ses désordres passés. En un mot , les péchés}, quelque énormes qu'ils soient , perdent jusqu'à un certain point toute leur laideur intrinsèque et toute leur difformité, quand ils sont rétractés et effacés par la pénitence. Combien, parmi les saints, qui ont été de grands pénitents après avoir donné de grand» scandales ! Et cependant ils sont devenus l'objet de notre culte, ils sont placés sur nos autels. Soyez-en donc certains , si voire confesseur aime Dieu et le prochain, il bénira mille l'ois Dieu de ce qu'il a bien voulu se servir de son ministère pour ramener à lui un pécheur qui était sur le point de se perdre ; et s'il n'a pas ces sentiments*, sachez qu'il est lui-même bien exposé à se damner , car il manque de l'esprit d'humilité et de charité nécessaire à ce ministère.
Si, malgré tout ce que je viens de vous dire , vous »e pouvez dissiper toutes vos inquiétudes et que vous craigniez encore qu'en avouant votre péché vous ne veniez à perdre l'estime de votre confesseur, vous avez un remède bien facile : changez et adressez-vous à un autre , à un prêtre à qui vous soyez totalement inconnu. Profitez de la liberté que Dieu vous laisse, et choisissez le confesseur qui vous convient.
Les parents, remarquez bien cet avis, ne doivent pas gêner cette liberté ; ils doivent, au contraire, la respecter. On voit quelquefois des parents qui ont l'imprudence d'obliger leurs enfants à s'adresser au même confesseur qu'eux , sans réfléchir que la crainte que ces enfants ont et qui est sans fondement, mais qui n'en existe pas moins, que ces confesseurs ne laissent apercevoir à leurs parents quelque chose de leur confession, peut les porter à cacher quelques péchés et à se charger de sacrilèges. Qu'on leur laisse donc sur ce point une pleine et entière liberté; ou, tout au moins, si vous voulez les adresser à un confesseur, que ce ne soit pas au voue même. ïl
DES SACREMENTS. iZj5
y a plusieurs inconvénients à ce que les supérieurs et le* inférieurs s'adressent aux mêmes confesseurs: d'un côté, les confesseurs, par la crainte de blesser en quelque manière le secret de la confession, et de laisser apercevoir aux supérieurs quelque chose de| ce qu'ils ont entendu, de la part des inférieurs, sont obligés d'être très-réservés et de bien se tenir sur leurs gardes, dans les avis qu'ils devraient leur donner ; d'un autre côté, si les supérieurs prennent des mesures pour le bon gouvernement de leur famille, de leurs eu» fants et de leurs domestiques , lors même qu'elles n'ont pas d'autre source que le sentiment de leur devoir, les inférieurs s'imagiieut qu'elles proviennent de quelque connaissance que le confesseur aura donnée de leur confession. La chose est donc très-délicate et très-dangereuse. Que cela vous serve de règle.
Après toutes les considérations que je vous ai faites jusqu'ici , je vous le répète , quelle difficulté et quelle honte trouvez-vous à découvrir vos misères à un seul homme, à un homme obligé à un secret inviolable, sujet aux mêmes misères que vous, et que vous pouvez toujours choisir à votre volonté ?
Mais, quoi qu'il en soit, quelque grande et quelque juste que soit votre hojite, il faut la vaincre et déclarer votre péché ; autrement, point de salut pour vous.
Point de salut, si le péché n'est pas enacé ; or, le péché ne peut être effacé que par la confession ; tout autre moyen est inutile. Les jeûnes, les aumônes , les pénitences pourront bien vous obtenir la grâce de vaincre votre honte et de faire la déclaration requise, mais il n'y a que le sacrement qui puisse remettre le péché. Par conséquent, voici le raisonnement que je ferai : Ou vous êtes décidé à avouer un jour ce péché qui pèse depuis tant de temps sur votre âme, ou vous ne voulez jamais l'avouer.
Si vous avez l'intention de l'avouer un jour, pourquoi ne le faitesvous pas tout de suite ? Ne voyez-vous pas que plus vous différez, plus les difficultés augmentent , sans parler du danger d'être surpris dans ce triste état. Au lieu d'un péché, plus tard vous en aurez cent à accuser ; vous devrez déclarer combien de fois vous l'avez caché,1 combien de fois vous l'avez commis , et combien de fois vous avez reçu l'absolution. Plus vous différez, plus vous multipliez les sacrilèges, et par là plus vous augmentez la difficulté de vous accuser ; vous vous forgez une chaîne que vous ne briserez plus ; vous vous enfilez dans un labyrinthe et dans un chaos d'où vous ne sortirez plus, pas même à la mort rnon, pas même à la mort, et je le dis à dessein, IV iO
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•Nous 'Avons 4 à l'appui de cette assertion, des histoires très-certaines et oième des révélations qui nous apprennent que des infnrtujiés qui, dévêtaient sur le point, à ce dernier moment, de confesser deure fautes, en ont été empêchés par le démon qui alors a attaqué leur Imagination et l'a effrayée par une plus grande honte encore, et a fait ainsi expirer la vérité sur leurs lèvres ; ils sont morts ainsi Bans confession, dans l'état du péché, et ont été damnés. Concluez de là que renvoyer l'accusation de vos fautes , c'est vous exposer à ne pas vous en confesser, lors même que vous auriez l'intention de le faire plus tard.
Si, d'un autre coté ;, vous êtes décidé à ne jamais avouer votre péché, c'en est donc 'fait de vous, votre perte est certaine, puisque rien ne peut suppléer au défaut de confession. Mais pensez-vous «voir, en cachant ce péché , bien mis votre réputation en suret • ? ■insensé que -vous êtes*! Pour éviter une légère., mais salutaire confusion, vous -vous-eniprépam une autre infiniment plus grant.e, une confusion inutile et désespérante. Oui, ce péché que vous refusez de déclarer en secret et pour votre salut , Dieu le manifestera nu jour à tout l'univers assemblé -., pour votre suprême ignominie et votre 'éternelle 'damnatiou. Ne vaudrai; -il donc pas mieux vous vaincre maintenant que de vous obstiner ainsi .pour votre malheur? Quel est le malade qui préfère mourir plutôt que de découvrir sou mal au médecin, quelque honteux qu'il puisse être ?
fiardez-vous donc bien de vous laisser aller à un péché si insensé •tià une folie si pernicieuse. Quelle que soit la faute dans laquelle vous soyez tombé, ne vous laissez jamais .fermer la bouche par une funeste honte. Ouvrez votre cœur avec la plus grande sincérité, et par un effort généreux,, commencez votre confession par l'aveu de la faute qui vous inspire k plus de confusion. Tout au moins, faites connaître à votre confesseur la difficulté que >vous éprouvez à vous îonfesser, et dites-lui : MoihPère,j'ui un péché dont je n'ose nCactuser, aidez-vnoi,'jevous prie, à le déclarer par quelques inler- -ogations. Leprêlre vous interrogera, il vous inspirera la confiance lie courage de le dire.
Que diriez-vous à unhomme qui, éprouvant de violents maux de dent et qui n'ayant pas la force de se la faire arracher, par la répugnance qu'il éprouve ipour une telle opération, préférerait souffrir des douleurs incessantes k jour et la nuit? Courage, lui diriezvous , quelque terrible que soit l'opération qu'il vous faudra subir, elle sera bien vite passée, et vous avez la certitude qu' 'au
momentmême, la douleur finira. Je vous tiendrai le mêtueian gage : Ce péché que vous garder sur votre âme sera toujours poui vous une source de tourments ei de remords ; quelque grande que soit la peine que yous ayez à vous en confesser , c'est une | peine d'un instant ; mais vous ne tarderez pas a en recevoir la récompense, et une récompense durable; cet aveu vous donnera la paix v la joie intérieures. Ayez donc, après Dieu, une entière confiance & votre confesseur, et si vous ne l'avez pas eue par le passé, ayez-la à l'avenir.