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INSTRUCTION XXI

De la satisfaction sacramentelle

La contrition et la confession sont les deux premiers actes du pénitent ; je vous en ai parlé jusqu'ici : contritio cordis, confessio oris ; il me reste maintenant à vous parler du troisième qui est la satisfaction, satisfactio operis. On peut dire sans craindre de se tromper que c'est la partie la moins connue. On en a ordinairement une très-petite idée, une idée qui ne correspond ni à l'enseignement de l'Ecriture et des saints Pères , ni à la nature de cette réparation que Dieu exige de nous, lorsque, par un prodige de sa miséricorde , il change, par ce sacrement, la peine éternelle que nous avions méritée en une peine temporelle. Cette satisfaction étant donc si peu connue, il n'est pas étonnant qu'on l'accomplisse si mal. A quoi se réduit-elle en effet ? A quelques pratiques légères pour des excès très-graves , à quelques instants de prière pour des années entières passées dans toute espèce de crime?. Vous allez vous en convaincre pleinement par l'exposition que je rais vous faire de la doctrine catholique sur ce point important.

La satisfarion , dit le catéchisme romain , est la compensation

que nous devons à Dieu pour les péchés que nous avons commis , ou la réparation de l'injure que nous lui avons faite. Tout chrétien est tenu à cette réparation , même avant d'avoir reçu, dans le sacrement, la rémission de ses péchés, puisque le Concile de Trente nous dit que le Seigneur, en nous pardonnant le péché, ne nous remet pas ordinairement toute la peine , mais qu'il substitue à la peine éternelle que nous avions méritée , une autre peine temporelle qu'il faut accomplir ou en cette vieou en l'autre: Si quis dixerit lotam siniul pœnam cum culpâ remilti, anathema sit. Pour quiconque y réfléchit sérieusement , cette peine seule devrait suffire pour l'éloigner du péché, lors même qu'il n'y en aurait point d'autre à craindre.

Les divines Ecritures nous fournissent une foule d'exemples de cette vérité. Dieu pardonna à Adam sa désobéissance ; mais il le chassa du paradis terrestre et le condamna à souliïir pendant toute sa vie , c'est-à-dire , pendant neuf cents ans, les travaux et les fatigues, et enfin à subir la mort. Dieu, à la prière de Moïse, pardonna aux Israélites le péché d'idolâtrie dans lequel ils étaient tombés ; mais en punition de cette faute, il furent exclus de la Terre-Promise et condamnés à errer pendant quarante ans dans le désert. David, coupable d'adultère et d'homicide, reçut du prophète Nathan l'assurance que ses péchés lui étaient pardonnes ; mais le même prophète lui annonça, en punition de ces péchés, la mort du fruit de son crime avec Betsabée et le déshonneur de sa femme. Or, ces faits et tant d'autres qu'il nous serait facile de citer , prouvent que Dieu punit sévèrement les péchés, même pardonnes, et en même temps qu'il exige que nous les punissions volontairement en nousmêmes.

J'ai dit que cela arrive ordinairement ; car quelquefois Dieu remet entièrement et la faute et la peine, sans rien exiger de plus, et c'est lorsque notre douleur est produite par un parfait amour de Dieu ou par la contrition parfaite. A cette contrition sont accordés toutes les exceptions et tous les privilèges. Elle nous justifie avant l'absolution et par le seul désir de recevoir le sacrement, elle nous délivre aussi de toute la peine , soit éternelle , soit temporelle qui est due au péché ; et si nous venions à mourir dans cet instant, notre âme serait immédiatement admise à la jouissance de la vision béatifique. Mais comme la contrition parfaite est rare, il est rare aussi que nous recevions la rémission de tonte la peine due au péché/ iors même que nous aurions le bonheur

de l'avoir, comme nous ne pouvons en être assurés que par une rêvé* lation formelle de Dieu , il faut toujours nous régler d'après ce qui arrive ordinairemet. Mais à part cette exception', c'est toujours une vérité indubitable, que nous devons satisfaire à la justice de Dieu pour les péchés, même pour ceux dont nous avons reçu le pardon.

C'est sur ce principe que sont fondées les pénitences que les confesseurs ont coutume d'imposer avant d'accorder le bienfait de l'absolution, pénitences qui doivent être proportionnées au nombre et à la qualité des péchés qu'on a commis. Lors même que ces pénitences seraient graves et considérables , ce qui n'est pas, elles ne seraient point du tout injurieuses aux satisfactions infinies de Jésus-Christ qui nous sont appliquées dans le sacrement, comme nous le reprochent certains novateurs ignorants ou de mauvaise foi : ignorants , s'ils ne comprennent pas la doctrine catholique, si claire et si évidente sur ce point ; et de mauvaise foi , s'ils font semblant de ne pas la comprendre.

En effet, si nous imposons de pareilles pénitences, ce n'est pas qu'il manque quelque chose aux satisfactions infinies de Jésus- Christ, mais c'est que Dieu ne nous les applique qu'à la condition d'y unir les nôtres. Et c'est avec raison : car est-il juste que le pardon que Dieu nous donne, ne nous coûte rien à nous-mêmes pendant qu'il a tant coûté à Jésus-Christ ?

Si lui qui était l'innocence même, a dû supporter tant de peines, souffrir tant de douleurs et jusqu'au sacrifice de la croix , uniquement parce qu'il s'était chargé de nos fautes, nous qui sommes le3 vrais coupables, nous serons exempts de toute peine ? Quel compte ferions-nous du péché, s'il ne produisait pour nous aucune conséquence fâcheuse ? Quelle ne serait pas notre facilité à le commettre et à le multiplier sans fin ? Voilà la nécessité de nos satisfactions. Bien loin , d'ailleurs , de déroger au mérite de celles de Jésus-Christ, c'est de ses satisfactions que les nôtres tirent toute leur valeur et toute leur efficacité ; et elles ne vaudraient rien par elles-mêmes , si elles n'étaient unies aux siennes. Après cette digression faite ici en passant, et qui m'a paru nécessaire pour réfuter les fausses interprétations que les hérétiques donnent à l'enseignement catholique, je reviens à mon sujet.

Quoique nous puissions satisfaire à Dieu par toutes sortes de pénitences volontaires, comme nous le verrons plus tard , cependant la satisfaction qui fait partie du sacrement, qui, pour cette raison, a plus de force et d'efficacité pour expier nos péchés , est "«llequ»

est imposée par ie confesseur et que Ton nomme communément p& niLence sacramentelle. Elle n'est pas partie essentielle du sacrement, car le sacrement obtient immédiatement son effet à l'instant même où le prêtre prononce la formule de l'absolution , et par conséquent avant qu'on ait accompli les œuvres prescrites; il arrive même quelquefois qu'il est impossible de la faire: comme lorsque la mort suit immédiatement l'absolution ; mais elle est partie intégrante, c'est elle qui met la dernière main au sacrement même et qui le complète ; sans elle il resterait imparfait. De même donc que le confesseur ne peut omettre de l'imposer, de même le pénitent ne peut négliger de l'accomplir , dès qu'il le peut ; car il y a pour le confesseur obligation d'administrer , et dans le pénitent celle de recevoir le sacrement, non-seulement dans son essence, mais encore dans toute son intégrité.

Cela posé, nous avons deux choses principales à considérer sur cette matière : 1° les manquements qu'on a coutume de faire par rapport à la pénitence sacramentelle ; 2* l'insuffisance de cette pénitence pour offrir à Dieu une satisfaction égale à nos fautes , et par conséquent la nécessité d'y joindre nous-mêmes des satisfactions volontaires.

Or, il y a trois défauts principaux dans lesquels les pénitents onteoutume de tomber, par rapport aux œuvres imposées: les refuser, ne pas les faire et les faire mal.

Le premier, c'est de les refuser, fl n'est pas à croire qull y ait des pénitents qui entendent refuser toute espèce de pénitence ; ce serait une preuve évidente qu'ils sont indignes d'absolution. Mais il n'est pas rare de voir refuser telle ou telle pénitence et demander à la changer contre une autre : ceci n'est pas toujours a blâmer, c'est même quelquefois une chose juste. Je suppose que votre confesseur, ne connaissant pas assez votre état et les circonstances dans lesquelles vous vous trouvez, vous impose une pénitence qu'il vous est moralement impossible ou très-difficile d'accomplir, vous pouvez faire vos observations et le prier de vous la changer ; et le confesseur lui-même n'hésitera pas à le faire , puisque , suivant la doctrine du Concile de Trente, il doit, dans l'imposition de la pénitence, avoir égard au nombre et à la grièvetê des péchés, à la vérité, mais aussi aux forces et à la position respective des pénitents : Attenta qualitate criminum, et pœnitentium facultate.

Les pénitents qu'il faut condamner, ce sont ceux qui refusent la pénitence qui leur est imposée et qui demandent qu'elle leur soit

changée, quoique ce soft une pénitente discrète et modérée, uniquement parce qu'elle les incommode et 'les gène tin peu, et qui, pour y parvenir, opposent tles prétextes frivoles et des impossibilités imaginaires. Mais , chrétiens, la satisfaction 'n'est pas une pore cérémonie ; c'est une peine afffictive qui doit mortiûer le corps et Pâme, téparer l'injure faite à Dieu, racheter 'les peines dues à nos péchés, •et nous préserver d'y retomber. Gr , après des pèches mortels, refuser dcs'assnjétir à quelque pénitence , est une preuve évidente qu'on manque de contrition. Un vrai pénitent, bien loin de 'redouter la pénitence, embrasse, au contraire, avecunehunible soumission tontes les satisfactions 'qui lui sont imposées.

Mais ce serait ibien fane plus gpawde présomption contre vous, <tfe 'refuser certaines 'pénitences qui devraient être bien agréables à un 'pénitent résolu de se conserver dans famitié de Dieu. Par 'exemple, si votre confesseur , pour déraciner en vous une habitude criminelle, 'vous 'imposait 'la salutaire pénitence de vous confesser deux ffolsnar mois pendant an -an, et 'que 'vous refusassiez de l'accepter, vous offrant à faire toute autre que 'Celle-là. Ditesimoi, 'd'où vient votre répugnance ét'votre'Oppositron ? Ne serait-ce point de ce que la confession fréquente est un eJjstacle au péché, et qu'elle est trop assojétissante 'pour une personne qui n'est pas résolue d'y renoncer complètement ? De même il y en a d'autres qui n'aiment pas une pénitence qui doit idarer 'longtemps, des mortili- 'fdtions, des prières, des méditations chaque jour pendant un temps ■donné; ils préféreraient une 'œuvre plus difiieife, mais qu'on pût faire en une seule fois. Mais cette pénitence journalière, quoique peu considérable , n'est-elle pas le meilleur moyen de vous rappeler le souvenir des fautes, pour lesquelles elle vous a été prescrite, ei par 'conséquent <de vous rappeler aussi chaque fois vos engagements et les promesses que vous avez faites à Dieu? En un mot, les difficultés que font quelques pénitents à'cet égard ne sont certainement pasunebien bonnemarque. Si vous aviez une vraiecontrition, toute pénitence ^ous paraîtrait légère.

(Le -second défaut, c'est d'accepter Ha pénitence et 'ensuite de 7-e pas VuccompUr. De ceux-là, 'qu'en dirons-nous? Il faut distinguer doux choses dans la pénitence ■: l'uccoaiplissement des œuvres s.v Usfactoires imposées par le confesseur et qui s'exécutent après 'je saoremont, et la volonté de l'accompSir, que l'on doit 'avoir au inoiiieritîde l'absolution jLapremière 'chose, ou, pour peenfire le taagag des théologiens, la satisfaction in ma, ne fait pas partie essentiel

du sacrement , elle n'est que partie intégrante , comme je l'ai déjà dit ; mais la volonté de satisfaire ou la satisfaction in voto est partie essentielle du sacrement, aussi essentielle que la douleur des péchés ; car on ne peut concevoir une vraie douleur des péchés san» une ferme résolution de les expier et de satisfaire à Dieu.

Cela posé, je dis que si l'on omet la pénitence parce qu'on n'avait pas la volonté de l'accomplir, même au moment où on l'a reçue, le sacrement evSt nul par défaut de dispositions ; celui qui, au co» traire, ayant eu la volonté de la faire, néglige ensuite de l'accomplir par paresse ou par négligence , a reçu validement l'absolution, pourvu qu'il n'y ait pas apporté d'autre défaut ; mais son omission sera peccamineuse ; il se rendra coupable de péché mortel si la pénitence était grave et avait été imposée pour des fautes graves. La pénitence étant une partie intégrante du sacrement, il n'est pas permis de la laisser; et de même que le confesseur est obligé de l'administrer intégralement et dans toutes ses parties, de même aussi le pénitent doit en accomplir toutes les parties ; autrement l'obligation de l'accepter serait inutile.

Comme il n'est pas permis au pénitent d'omettre la pénitence qui lui a été imposée, il ne lui est pas permis non plus de la changer de sa propre autorité, lors même qu'il s'en imposerait une plus grave et meilleure. Ce sacrement s'adrainistrant , d'après son institution, en forme de jugement, le coupable doit s'en tenir à la peine qui lui est infligée par le juge ; il ne peut en substituer une autre de luimême. D'où vous devez conclure que, si par hasard celle qui vous avait été enjointe devenait impraticable ou inopportune , vous devriez , pour en obtenir le changement, vous adresser au confesseur même qui vous l'a imposée.

Enfin, le troisième défaut est celui de ceux qui font la pénitence, mais qui la font mal, ce qui a lieu de deux manières.

Premièrement, eh différant trop longtemps son accomplissement. Si votre confesseur ne vous à pas fixé le temps où vous devez la faire, vous êtes alors obligé de la faire le plus tôt possible , san* cependant que vous deviez vous inquiéter de la faire avant votre communion. Si votre confesseur vous a fixé le temps de maniera que l'œuvre soit attachée à tel jour, vous devez la faire au temps fixé, sans l'avancer ni la retarder.

Secondement, en l'accomplissant avec négligence. Vous n'ignorez pas que la manière pieuse et dévole dont vous devez accomplir un précepte, entre dans la substance même de ce précepte. Par consé-

DES SACREMENTS. 1GÎ

quent, de même qu'une personne qui est volontairement distraite pendant la messe un jour de fête, ne satisfait pas au précepte , de idoine celui qui accomplit mal sa pénitence, ne satisfait pas non plus à son obligation.

Mais que dirons-nous de ceux qui retombent dans le péché avant d'avoir commencé une pénitence ou avant de l'avoir totalement accomplie ? Je dis que malgré cela il faut la finir, elle est encore bonne et suffisante pour l'intégrité de la confession. Mais sera-t-elle méritoire ? Non, certainement, puisque la source de tout mérite est l'état de grâce. Sera-t-elle au moins satisfactoire pour les fautes passées? Nullement, car le catéchisme romain nous dit que celui qui satisfait doit être juste et ami de Dieu: Requiritur in satisfactione ut qui satisfit , justus sit et amicus Dei. Cependant, ici encore il faut distinguer deux choses dans la pénitence : le précepte du confesseur et la rémission de la peine due au péché , qui est la fin de la pénitence. Vous satisfaites au précepte en accomplissant la pénitence en état de péché , mais vous n'obtenez pas la rémission de la peine, qui ne peut être remise tant que la coulpe existe. Cependant, comme il y a des auteurs graves qui prétendent que ces œuvres ont encore une valeur satisfactoire, pourvu qu'on renonce à toute affection au péché, je vous conseillerais donc, dans le cas où vous auriez perdu la grâce, de faire précéder votre pénitence d'un acte de véritable contrition.

Voilà les principales choses à remarquer relativement à la pénitence sacramentelle. Examinez-vous donc pour voir comment et dans quelles dispositions vous l'accomplissez ; et dans le cas où vous l'auriez omise en tout ou en partie, accusez-vous de ces omissions coupables et de vos négligences à les bien faire.

Surtout ne vous plaignez pas si vos confesseurs vous imposent quelquefois des pénitences un peu rigoureuses, puisque c'est pour votre bien ou votre intérêt. Les pénitences imposées par le confesseur ont plus de vertu, puisque c'est à elles que sont spécialement appliqués les mérites de Jésus-Christ. Ce sont elles qui produisent la grâce appelée ex opère operalo ou produite en vertu du sacrement. Je n'hésite pas à dire qu'un Pater et un Ave qui sont imposés par le prêtre, valent plus qu'un Rosaire récité de votre choix.

Une raison encore plus forte et même décisive, c'est que si la pénitence enjointe par le confesseur, suffit pour l'intégrité de la confession, elle ne suffit cependant pas pour payer la satisfaction que nous devons à Dieu. Quelle que soit donc la pénitence qu'on

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