INSTRUCTION EU
Du baptême. —De ses effet*.
Nous avons vu dans l'instruction précédente les conditions requises pour la validité du saint baptême ; or, ces connaissances pourront servir aux autres, dans le cas où vous vous trouveriez obligé par une nécessité urgente de l'administrer , et non pas à vous qui l'avez déjà reçu. Il me reste donc sur cette matière deux points très-importants qui vous regardent vous-même et qui sont de nature à vous faire réfléchir sérieusement : je veux dire les effets que le sacrement produit en nous et les obligations qu'il nous impose. Le premier point vous fera comprendre la grandeur du bienfait que vous avez reçu , et le second , ce que Dieu exige de vous en reconnaissance d'un si grand bienfait.
Commençons par le premier. Rien de plus propre que les cérémonies de l'Eglise pratiquées avant de conférer le baptême, pour nous faire comprendre le malheureux état de la personne, adulte ou enfant, qui se présente pour le recevoir. Vous avez été souvent témoins
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vous-mêmes de ces cérémonies; mais d'ordinaire on ne les comprend pas, on les regarde purement par curiosité, souvent avec mépris et non avec l'œil de la foi. Pourquoi arrête-t-on l'enfant à la parte de l'église ou au moins dans le vestibule, avant de l'introduire ? Que signifient tous ces exorcismes , ces prières que le prêtre fait sur l'enfant, cet ordre qu'il intime au démon de quitter cette créature ? Que signifie ce souffle répété trois fois sur sa figure, souvenir de ce souffle divin par lequel Dieu, après avoir créé l'homme, anisja son corps d'une ame vivante, et inspiravil faciem ejus spiraculttm vitœ ? Et celte salive dont le ministre frotte les narines et les oreilles, pour rappeler ce que fit Jésus-Christ lorsqu'on lui pré« senta une personne possédée d'un démon sourd et muet ? et enfirc tant de signes de croix répétés sur le front , de cette croix qui a détrait l'empire du démon ? Toutes ces cérémonies et tant d'autres, que j'omets pour abréger, nous montrent assez clairement le malheureux état de cet enfant; elles nous montrent qu'il n'est pas cligne d'être admis au nombre des fidèles; car étant exclu du ciel, il devrait être aussi exclu de l'église, qui est la figure et le vestibule du ciel ; elles nous apprennent aussi qu'il est souillé et chargé d'uii3 faute, soumis à la puissance et à la servitude du démon, et par conséquent dans un état de souillure, de mutisme, de cécité et de mort spirituelle dont il ne peut être délivré que par la grâce de Jésus* Christ, qui lui est appliquée parce sacrement. Toutes ces cérémo» nies dont se sert l'Eglise sont une preuve authentique du péché originel, qui d'Adam s'est répandu sur tous ses descendants, et des fatales conséquences qui en ont été la suite.
Mais à peine les eaux du baptême ont-elles coulé sur l'enfant, à peine les paroles sacramentelles ont-elles été prononcées sur lui, qu'un changement subit s'opère dans son âme : il renaît à une nouvelle vie, non plus à une vie terrestre et coupable comme celle q'-'il tire d'Adam, mais à une vie céleste et divine, à la vie de Jésus- Christ. Voilà en quelques mots l'efficacité du baptême: mais pour le mieux comprendre, il faut en considérer les divers effets.
Le premier effet du baptême, c'est la rémission des péchés, nonseulement du péché originel, mais encore des péchés actuels et personnels, si celui qui le reçoit était un adulte et que déjà il en eût commis. Le baptême efface toutes les fautes que le baptisé a sur l'âme, et il les efface d'une manière si parfaite , qu'il ne lui reste pas la moindre tache et qu'il recouvre l'innocence et la pureté d'Adam au moment où il sortit des mains de son Créateur.
Dieu nous avait annonce cet heureux effet par la bouche du prophète Ezéchiel : Ejfundam super vos aquam miindam, et munda* bimini ab omnibus inquinamentis vestris. (Ezech. xxxvi , 25.) Aussi l'apôtre saint Paul , après avoir fait aux Corinthiens une ion*1 guc nomenclature dépêchés, leur ajoute: Vous étiez souillés de tous ces crimes , mais maintenant vous en êtes purifiés par le sain* baptême; vous avez été sanctifiés au nom de notre Seigneur Jésus- Ciirist : Sed abluli eslis, sedjusti/lcati eslis, sed sanctificad estis innomme Domini JcsuChrisii (I. Cor. VI, 11.)
Le second effet , c'est une entière rémission de la peine due au péché, tant éternelle que temporelle. Toute la satisfaction due à ia justice divine est payée par le baptême d'une manière si parfaite, qu'il ne reste rien au baptisé à expier dans cette vie ni dans l'autre, et que s'il venait à mourir aussitôt après, il irait tout droit au ciel, parce que les mérites de Jésus-Christ lui sont appliqués sans réserve et sans limite : Nihil damnationis remanel in us qui cum Christo consepulti sunt per baptùmum in mortem.
C'est pour cette raison que l'Eglise n'a pas coutume d'imposer de pénitence aux adultes qui reçoivent le baptême, comme elle en impose aux fidèles qui s'approchent du tribunal de la pénitence. C'est là une des grandes différences qui existe entre ces deux sacrements: l'un et l'autre remettent les péchés ; mais le baptême les remet sans exiger aucune satisfaction , tandis que le second, pour l'ordinaire , ne l'ait que changer la peine éter»elle en une peine temporelle qu'il faut subir ou en cette vie ou en l'autre. La justice [divine veut nous montrer, par cette différence, que ceux qui ont été infidèles à Dieu et qui, par leur faute, ont perdu la grâce du saint baptême, doivent tire traités avec plus de rigueur et de sévérité.
11 ne faudrait cependant pas vous imaginer qu'un adulte baptisé soit dispensé de toute espèce de pénitence ; cette idée serait en opposition formelle avec les maximes de l'Evangile , qui imposent la pénitence à tous les hommes, sans distinction : JSisi pœnitentiam eyrritis, omnes similiter peribitis. (Luc. xm, 3.) S'il était question d'une pénitence destinée à effacer les péchés commis avant le baptême, et qui ont été ellacés parce sacrement, il est clair qu'ils on sont totalement exempts ; mais ils ne peuvent être dispensés de celle qu'on appelle préservatrice, et qui est destinée à nous faire éviter le péché à l'avenir. Jamais personne n'est parvenu et jamais personne ne parviendra à conserver longtemps la précieuse robe de son innocence, sans l'usage et la pratique de la mortification iv. 2
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chrétienne. Aussi les saints les plus illustres par l'innocence et la sainteté de leur vie ne se sont pas crus exempts de la pratiquer. Et d'ailleurs, sans la mortilication , quelle ressemblance aurions-nous avec Jésus-Christ crucifié? Où serait cette conformité indispensable avec iui, dont nous avons été revêtus dans le baptême ? Quicur.nquebaptizatiestis, Ckristum induislis (Gai. m, 12). L'obligatic. et la nécessité de la pénitence sont donc fondées sur d'autres r«y 6ons; mais elles n'en existent pas moins.
D'autant plus que, selon la foi, le baptême remet bien le péché et la peine due au péché ; mais il ne détruit pas toutes les suites du péché originel, par lesquelles il faut entendre non-seulement les inlirmités corporelles, les misères et la mort, mais aussi l'ignorance, la concupiscence, le penchant au mal , la révolte de nos appétits déréglés ; toutes ces funestes suites subsistent encore en nous et nous obligent de nous tenir toujours les armes à la main, de veiller et de combattre sans cesse. Dieu, dont les conseils sont pleins de droiture et de sagesse, a voulu que ces suites restassent en nous pour nous rappeler la chute de notre origine et les misères qu'elle a produites, pour nous être un sujet d'humilité, pour éprouver notre fidélité et nous fournil' l'occasion de plus grands mérites. Mais il nous déclare en même temps, pour notre consolation, que tout cela ne saurait nous faire commettre une seule faute , si notre volonté s'y oppose ; que nous pouvons vaincre toutes les passions avec le secours de ces grâces, auxquelles le saint baptême nous donne un :lroit spécial ; et qu'enfin nous en serons un jour entièrement délivrés par l'effet de ce même sacrement, qui nous donne droit au loyaume des cicux. C'est le troisième effet du baptême.
Cet effet en renferme plusieurs en lui-même : la grâce sanctifiante, fcrâce de candeur , de justice et d'innocence, qui nous rend agréables aux yeux de Dieu ; elle est figurée par cette robe blanche dont i'Eglise revêt les nouveaux baptisés ; c'est une grâce de douceur et de force, figurée par les onctions que l'Eglise fait sur la poitrine et sur les épaules avec l'huile des catéchumènes; c'est une grâce enfin qui, en nous rendant participants de la nature divine, divinœ consortes naturœ , nous fait contracter une alliance particulière avec les trois personnes divines au nom desquelles nous sommes baptisés.
Non-seulement donc nous devenons les amis de Dieu ; non-seulement il conçoit pour nous le plus ardent amour, mais nous devenons ses enfants , sinon par iiuuic. comme Jésus-Christ, du moins
par arinption : Videte quulem ckaritatem dédit nubis Deu& , ut filii Dei nominemur etsiinu*. (I. Joan. m, 1.)
En vertu de cette divine filiation adoptive, nous devenons les frères de Jésus-Christ, qui ne dédaigne pas de nous admettre et ne nous élever à l'honneur de cette divine fraternité, non confundilur fratres nos vocare.
De plus, le baptême fait de nous les temples vivants du Saint- Esprit, qui établit en nous sa demeure, qui embellit et sanctifie nos âmes par les diverses habitudes de la foi, de l'espérance et de la charité , et par l'infusion des autres dons surnaturels ; ce divin Esprit régénère jusqu'à notre corps, dans lequel il répand un germe fécond de la résurrection bienheureuse.
Enfin, et en conséquence de tout cela, nous acquérons un droit vrai et réel d'entrer un jour en possession du royaume céleste : .Si filii et hœredeSy. h&redes quidam Dei, colurredes aillent Chris! i. (Uom. vit, 17.) Oh ! quels précieux effets ! Mais ce n'est pas tout.
Le quatrième et dernier effet du baptême, c'est d'imprimer en nous un caractère ineffaçable , caractère spirituel, il est vrai, mais réel, qui brille comme un astre lumineux sur l'âme du baptisé, et que nous appelons caractère du baptême.
Ce caractère, signifié par le saint chrême imprimé sur notre front, nous consacre spécialement à Dieu; nous met au nombre des fidèles et nous distingue des infidèles, de la même manière que la consécration d'une église distingue et sépare ce lieu de tous les édifices profanes. Celte qualité de chrétiens nous donne droit aux autres sacrements et nous fait participer à tous les biens et à tous Ici avantages dont jouissent les membres de la vraie Eglise.
Tels sontles excellents effets que produit en nous le saint baptême: c'est donc avec raison qu'on l'appelle sacrement de régénération , vie nouvelle et illumination. Nous étions, 'dit saint Paul, les enfants infortunés de notre premier père, héritiers de sa faute, esclaves du démon, ennemis de Dieu, bannis à tout jamais du ciel, notre chère et belle patrie , eramusnalurd filii irœ (Rom. vm, 17); mais dès l'instant que nous avons été plongés dans les eaux de cette nouvelle piscine probatique, bien supérieure à celle de l'ancienne loî, non? avons été purifiés de toutes nos souillures et de tous nos péchés, nous avons reçu une autre vie, une vie surnaturelle et divine , el nous avons été élevés à la gloire d'enfants de Dieu et d'héritiers du ciel. 0 grâce inappréciable ! A puissance admirable du baptém:!
si peu comprise cependant de tant de chrétiens , qui ne sentent point la grandeur de ce bienfait !
Pour apprécier cette grâce autant qu'elle le mérite , il faut mesurer avec les yeux de la foi rénorme différence qu'U y a entre une personne baptisée et celle qui ne l'est pas. Chose étonnante! Nous savons parfaitement voir la différence qu'il y a entre des choses bien moins importantes : par exemple, si vous rencontrez un homme qui soit aveugle depuis sa naissance, ou estropié, boiteux, imbécille ou tout-à-fait misérable et déguenillé, oh! Dieu ! vous écriezvous tout-à-coup, si le Seigneur m'avait fait naître dans un pareil état, que je serais malheureux ! Vous voyez tout de suite la miséricorde particulière et l'amour spécial dont Dieu a usé envers vous en vous faisant naître dans un état différent, je veux dire , sains et dispos de vos membres , abondamment pourvus des biens de la terre, ou de vous avoir donné une industrie et des talents pour vous le3 procurer. Et cependant , toutes les inlirmités corporelles ne sauraient être un obstacle au salut éternel , elles peuvent même devenir un moyen de l'acquérir plus facilement.
Mais pourquoi donc comprenons-nous si peu le bienfait que Dieu nous a accordé par le saint baptême , en nous tirant, de préférence à tant d'autres, d'un état, non pas de misère temporelle, mais de damnation éternerie ? Sans le baptême il n'y aurait point eu de salut pour nous : c'est cette grâce qui nous donne le premier droit au salut ; c'est elle qui est le fondement et le principe de toutes les autres : elle est le plus excellent des dons de Dieu, un don d'autant plus précieux que nous n'aurions jamais pu le mériter. C'a été par un effet purement gratuit de sa miséricorde qu'il nous a fait naître dans un pays chrétien et qu'il nous a accordé la grâce du saint baptême : Non ex operibus justitice , quœ fecimus, sed secundùm misericordiam suammagnamsalvos nosfecit per laçaa'um regeneradonis. (Tit. ni, 5.)
Quelle conclusion pratique allons-nous tirer de toutes ces vérités ? Evidemment, c'est de faire une grande estime de la grâce de notre baptême. Vous tous donc qui avez le bonheur inestimable de la posséder encore, conservez-la avec le plus grand soin , puisqu'elle est le plus grand trésor de votre âme. Vous devez donc regarder sa perte comme le plus grand malheur qui puisse vous arriver ; et quoique après l'avoir perdue vous puissiez la recevoir encore par le sacrement de pénitence, cependant cela n'est pas facile, et même Tous ne serez jamais absolument certains de l'avoir recouvrée.
DES SACr.EMESTS. 5]
Et vous, pères et mères, si vous avez un peu de foi , vous ne devez rien avoir plus à cœur que de veiller à la conservation de '.innocence baptismale de vos enfants. Vous devez les recevoir avec plus de joie lorsqu'on vous les rapporte au sortir des fonts sacrés, que lorsqu'ils viennent au jour ; car cette première naissance est une naissance purement charnelle, qui leur est commune avec toutes les créatures môme privées de raison , tandis que la seconde, celle qu'ils ont reçue dans le baptême, est une naissance surnaturelle et divine. Mais n'oubliez pas non plus que Dieu et l'Eglise confient à votre sollicitude ces chers dépôts, afin que vous en soyca les gardiens et les anges tutélaires ; ils sont sous votre responsabilité, et v«us en rendrez un compte rigoureux.
Enfin, nous devons tous nous rappeler et bien peser les paroles que le prêtre nous a adressées après notre baptême, au moment de placer sur nous cette robe [blanche f symbole de la grâce qui nous avait été conférée : Recevez cette robe blanche ; conservez-la sainte et sans tache, et portez-la dans une pureté parfaite au tribunal de notre Seigneur Jésus-Christ, afin que vous obteniez la vie éternelle : Accipe vsstem cundidam, sanctam et immaculatam, quant perferas sine macula ante tribunal Domini nostri Jesu Chrisli, ut habeas vitant œternam. Les paroles qu'il ajoute immédiatement après, en nous mettant entre les mains un cierge allumé, ne sont pas moins significatives : iîecevez, nous dit-ii, cette lumière ardente; conservez votre baptême par une vie pure et irrépréhensible; observez les commandements de Dieu , aGn qu'au jour où le divin Epoux viendra pour célébrer les noces avec ses élus, vous puissiez aller au devant de lui avec tous les saints et recevoir la vie éternelle : Accipe lampadem ardentem , irre~ prckensibilem custodi bap tismum tuum, serva Dei mandata, ut, cùm Dontinus venerit ad nuplias, possis occurrere et cunt omnibus sanclis in aulâ cœlesti et habeas vilain ceternam. Nous ne devrions jamais oublier ces paroles, mais nous devrions les graver profondément dans notre cœur, parce qu'elles seront un jour pour nous la matière d'un rigoureux examen au tribunal de Dieu; et Dieu veuille qu'elles ne deviennent pas le sujet de notre éternelle réprobation !
Mais je ^'aperçois que j'entre dans les obligations que nom avons contractées à notre baptême ; c'est par notre fidélité ù remplir ces obligations que nous devons témoigner à Dieu notre amour et notre reconnaissance pour un si grand bienfait. C'est le se»
cond point que je me suis proposé , mais il ne me reste pa« ^er, de temps pour le développer et vous l'expliquer ; je ie renverrai donc à l'instruction suivante.