‹ Cours d'instructions familières (volume 2)Chapitre 21 sur 43 · INSTRUCTION XXII · texte numérisé non relu

INSTRUCTION XXII

De la aêeesitté des autres pénitences, outre la pénitence sacramentelle.

Je vous ai parlé de la pénitence sacramentelle , c'est-à-dire, de celle qui est imposée par le prêtre au tribunal de la pénitence j mais cette pénitence est-elle suffisante pour payer et éteindre les dettes que nous avons contractées envers Dieu ou pour accomplir entièrement la satisfaction qu'il exige de nous ? Non, certainement : voyons-en la raison et voyons en même temps la manière d'y suppléer et la nécessité de le faire.

Il est certain que la pénitence doit avoir une certaine proportion avec les péchés commis; de sorte que plus les péchés ont été graves e" nombreux, plus la pénitence doit être sévère et rigoureuse. C'est pour cela qu'anciennement l'Eglise, comme si elle ne se ûait pas à ses ministres pour l'imposition de la pénitence, avait fixé par des lois la peine à imposer à chaque péché.

Réfléchissez -y bien , vous tous qui contestez et vous fâchez lorsque votre confesseur vous impose une pénitence tant soit peu grave , et voyez quelle est la peine que votre péché mérite.

Sans parler de certaines fautes énormes pour lesquelles on imposait une pénitence qui durait toute la vie, et de certains grands pécheurs auxquels on n'accordait une entière réconciliation qu'à la

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nifTt; quelquefois trois, quelquefois cbq, citantes fe$ s ipi et nième dix ou douze ans d'une rigoureuse pénitence, de cilices, de macérations, de jeûnes, telles étaient les satisfactions que l'Eglise exigeait des pécheurs, même pour un seul péché mortel ; pénitences bien !o::gues quant à leur durée, et bien rigoureuses quant à leur qualité,' et qui cependant ont été en vigueur pendant plusieurs siècles. Il est vrai que par la suite, l'Eglise, pour s'accommoder à la faiblesse et à la lâcheté des chrétiens, a laissé l'imposition de la pénitence au jugement et au choix du confesseur ; mais quoique sa discipline ait changé sur ce point, son esprit est bien toujours le même; car l'obuion de la pénitence qui nous a été ordonnée par Jésus-Christ , e'a pas changé ; le Dieu qui est maintenant offensé par le péché est toujours le même que celui d'autrefois ; les péchés qui se commetîent aujourd'hui sont aussi graves que ceux qui se commettaient

s. Ainsi, quoique l'Eglise ne nous oblige plus aujourd'hui à l'observation des canons pénitentiaux, elle exige cependant que les confesseurs les connaissent, afin de proportionner autant que possible les pénitences qu'ils imposent à cette sévérité primitive; elle leur ordonne de les rappeler à leurs pénitents , afin que ceux-ci , par la rigueur de la pénitence qu'on infligeait autrefois , se forment une juste idée de leurs p,chés, et en conçoivent une vive horreur ; elle leur ordonne enfin d'enjoindre des pénitences salutaires, réglées, à la vérité , sur les principes de la discrétion et de la prudence, mais qui cependant aient quelque proportion avec les péchés confessés ; des pénitences qui ne soient pas trop graves pour ne pas décourager les pénitents et les leur faire omettre , ni trop

res, de peur que le pénitent ne fasse plus aucun cas du péché, et que le confesseur, par cette indulgence excessive, ne devienne co nplice des fautes d'autrui.

lais dites-moi, je vous prie , les pénitences qu'on impose aujour- (V .ui, ont-elles quelque proportion avec les fautes confessées? Ali . combien les confesseurs, sur ce point, sont plus portés à l'indu gence qu'à la sévérité ! Soit crainte de donner aux pénitents m nouvelle occasion de péché eu négligeant leur pénitence, seil crainte de rendre le sacrement odieux à leur faiblesse , le fait a . qu'ils donnent des pénitences bien légères pour des fautes considérables. Quel rapport et quelle proportion j a-t-il entre d'innombrables péchés d'impureté , d'ivrognerie, de médisance, de parjures, d'injustices, etc., dont certaines personnes s'accusent, et quelques prières, quelques pratiques de mortification chaque jour?

Est-il à croire que ces quelques pratiques si légères soient une satisfaction suffisante pour tant de fautes ? que quelques courts moments de prière soient une compensation suffisante pour des aimées entières passées dans toutes sortes de péchés ? Si la satisfaction en elle-même est un échange de la peine éternelle; que Dieu nous remet, si elle a pour fin de réparer l'injure qui lui a été faite et de la réparer avec quelque proportion sinon d'égalité, ce qui est imposable, au moins de convenance, n'est-il pas évident que ce n'est pas jne chose aussi insignifiante qu'on se l'imagine ?

En outre, quelle que soit la pénitence qui nous est imposée, comment pourrons-nous nous assurer qu*elle ait quelque proportion avec nos crimes ? Savons -nous quelle est la somme de nos dettes envers la justice divine, et quelle est aux yeux de sa miséricorde la valeur delà pénitence qui nous est prescrite? Nous ne serons donc jamais certains d'avoir payé intégralement nos dettes spirituelles à Dieu. Nous pouvons nous flatter d'avoir beaucoup fait, mais il est fort probable qu'il nous reste beaucoup h faire. Voilà donc la nécessité évidente de ne passe contenter des légères pénitences que le confesseur impose, mais d'y ajouter des pénitences volontaires et de notre choix, si nous ne voulons rester débiteurs à la justice divine. Quel sera donc le moyen de suppléer à l'insuffisance de la pénitence sacramentelle? C'est ce que nous allons voir maintenant.

Dans quelque état et condition que l'on soit, on peut faire des pénitences volontaires , car les actes et les mortifications varient à 1 infini; et quoique tous ces actes et tous ces exercice» ne soient pas applicables à tout le monde, cependant il y en a toujours dans le nombre qui conviennent à toutes espèces de personnes. Les théologiens réduisent toutes ces pratiques de pénitence à trois classes : la prière, le jeûne et Yawnône. Sous le nom de prière ils comprennent tous les actes qui se rapportent à la vertu de religion, ia messe, les sacrements, les prédications, les lectures spirituelles, la visite des églises et toutes les prières, soit vocales , soit mentales; par le jeune on entend toutes les mortifications intérieures et extérieures; et par Yaumône, toutes les pratiques de charité, tant spirituelles que corporelles.

Ces trois genres de pénitences sont directement opposés aux trois grandes passions dont parle saint Jean : Omne quod est in mundo, concupiscèntia carnis est, concupiscent ia oculorum et superbia vitœ (1. Joan. h, 16) ; et comme les contraires doivent

Des sacrements. J6S

se guérir par les contraires, il s'ensuit que chacun de nous, comme l'enseigne le Concile de Trente, doit préférer et choisir, parmi ces pénitences , celle qui est la plus directement opposée à sa passion dominante. Si c'est la passion charnelle et l'esprit impur qui domine en vous, il faut vous appliquer au jeûne et à l'abstinence , qui sont les moyens de mortiGer et de dompter la chair ; si c'est l'avarice, faites des aumônes et des actes de charité; enfin, si c'est l'orgueil , livrez-vous à la prière et aux autres pratiques de piété par lesquelles on s'humilie devant Dieu. De cette sorte, vos pénitences serviront non-seulement à expier vos péchés passés, mais encore à vous en préservera l'avenir. En opposant ainsi en nous, au vice dominant, la pratique de la vertu contraire, nous détruirons peu à peu celte mauvaise racine et ce mauvais principe qui ne manqueraient pas de nous faire retomber, s'ils étaient négligés.

Il pourrait cependant arriver que l'esprit de pénitence qui serait le plus propre à guérir notre maladie , fût incompatible avec les circonstances dans lesquelles nous nous trouvons; mais alors Dieu nous permet de la remplacer par une autre, et il se contente que nous lui offrions une pénitence quelconque en satisfaction de nos fautes passées. D'ailleurs, parmi les trois sortes de pénitences dont je viens de parler , il y en a plusieurs qui conviennent à tous les éiats et à tous les tempéraments. Si vos occupations ne vous permettent pas de faire de longues prières, elles ne vous empêchent pas de vous mortifier par le jeûne et l'abstinence ; si votre santé ne vous permet pas de jeûner , elle ne vous empêche pas de faire des pratiques de piété et de charité. C'est ainsi qu'un genre de pénitence supplée à l'autre. Jésus-Christ nous a prescrit la pénitence à tous; mais parmi les innombrables œuvres que nous pouvons faire, il ne nous a pas prescrit l'une plutôt que l'autre, il nous a laissé le choix. Si vous avez véritablement la volonté de remplir cette obligation, vous en trouverez beaucoup qui conviendront parfaitement à votre état.

Ce n'est pas tout : si les pratiques de pénitence que les maîtres de la vie spirituelle appellent positives ne peuvent vous aller, faites celles qu'ils appellent négatives.'et qui consistent dans le retranchement de certains plaisirs et de certaines satisfactions qu'absolument parlant on pourrait se permettre sans péché. Les plaisirs de la table, du jeu, des spectacles, de la société, vous flattent, vous attirent et vous entourent de toutes parts ; et pourquoi n'en feriez-vous pas en tout ou en partie le sacrifice à Dieu ?

Je vais plus loin : les emplois même que vous occupez dans le monde, que de peines et de dégoûts ne vous procurent-ils pas chaque jour ! Les peines et les fatigues qu'ils vous occasionnent ne sont-elles pas le sujet continuel de vos plaintes? Mais tout cela ne vous fournit-il pas une matière très-abondante et très-méritoire de pénitence, si vous supportez avez patience les peines de votre état en expiation de vos péchés ?

Outres ies peines et les obligations de votre état, il vous arrive à tout instant des croix, des tribulations, des malheurs , qui tantôt proviennent de quelques causes libres, comme les persécutions, les calomnies, les procès, les injustices, etc., et tantôt de quelque cause nécessaire, comme les douleurs, les maladies, la perle des parents : voilà des pénitences dont nul n'est exempt dans cette vallée de larmes. Or, telle sst la bonté de Dieu, dit le Concile de Trente, qu'il veut bien accepter en paiement de nos fautes,toutes ces misères, quoiqu'elles soient inévitables, pourvu que nous les supportions avec un véritable esprit de pénitence : Temporalibus flagellis à Deo in[liclis , et à nobis -patienter toleratis. Au lieu donc de nous laisser aller aux plaintes et à la révolte , ne vaudrait-il pas mieux nous humilier sous la main de Dieu qui nous frappe justement, et lui dire : Mérita heec patimur, quia peccavimus ! C'est par une secrète disposition de la Providence que ces maux nous arrivent; c'est Dieu lui-même qui nous impose ces pénitences. Recevons-les donc avec soumission, et puisqu'il faut absolument les supporter , proûtons-en au moins pour expier nos péchés et payer les dettes que nous avons contractées envers lui.

Ne venez donc pas me dire que vous ne pouvez faire pénitence. Yoyez, en effet, que de moyens pour tous et pour chacun de nous ; il suffit de vouloir la pratiquer ; il n'y a besoin pour cela ni ie cilices, ni de discipline, ni de macérations. Disons plutôt, et Bous dirons vrai , que c'est la volonté qui nous manque. Nous ne voulons pas supporter la moindre souffrance ; nous sommes fnnemis de toute pénitence, et peu nous importe que Dieu se réserve de nous faire payer nos dettes en l'autre vie. Oh ! quel aveuglement ! Quelle longue pénitence nous aurons à faire en purgaloire,si nous n'en faisons pas davantage en celle-ci !

Ici-bas nous pensons fort peu , et souvent nous ne pensons pas du tout à ces punitions que Dieu nous infligera; nous croyons que c'est assez, après avoir gravement offensé Dieu, de retourner à lui par une humble confession. Une fois cette c^s^n finie . "ous

perdons le souvenir de nos péchés et nous les regardons comme entièrement expiés, sans nous occuper de la pénitence par laquelle il faut absolument nous purifier avant d'entrer au ciel. Mais dans l'autre vie nous reconnaîtrons avec quelle rigueur la justice divine te paie de ce qui lui est dû. Nous comprendrons alors, mais trop tard, combien il aurait été avantageux de payer nos dettes ici-bas, puisqu'un jeûne , une aumône, un travail, un mal de tête supporté en ce monde par amour pour Dieu et en pénitence de nos péchés, prend en quelque sorte une valeur infinie par son union avec les soérites de Jésus-Christ , et suffit pour une pénitence plus grande crjue vous n'en paieriez par plusieurs années de purgatoire.

Mais si, en négligeant les œuvres de pénitence en cette vie, vous l'aviez que le purgatoire à craindre en l'autre , votre conduite serait peut-être excusable , mais vous avez toute autre chose que le purgatoire à redouter ; vous avez à craindre de tomber plus bas, je leux dire de vous damner et de vous perdre. Oui, certainement , et pour deux raisons très-fortes que je vous prie de bien peser : 1* parce que l'omission des œuvres satisfacloires prouve que vous avez peu de douleur du passé ; 2° parce qu'elle est une source de rechute pour l'avenir.

Si la douleur que vous avez portée au tribunal de la pénitence est une vraie douleur, elle ne saurait s'évanouir entièrement et finir avec !e sacrement lui-même. Elle est durable de sa nature et semblable à une plaie profonde ; elle ne doit pas se fermer si promntement. Or, si elle dure , elle doit vous porter à faire de dignes fruits de pénitence. Le souvenir des outrages que vous avez faits à Dieu, la bonté avec laquelle il a daigné vous en accorder le pardon, quelque indigne que vous en fussiez, la peine qu'il a prise de vous i'oil'rir, alors même que vous ne l'aviez pas encore reçu , tout doit vous exciter puissamment à venger sur vous-mêmes \es offenses que vous avez faites à Dieu, et à prendre conire vous le parti de la justice divine. C'est ainsi qu'eu ont ueé tous les pénitents (Sont il est fait mention dans les Ecritures et dans l'histoire de l'Eglise , un David, une Madeleine, un Pierre et tant d'autres. Ils n'ont pas cessé, tant qu'ils ont vécu, de faire pénitence de leurs fautes, lors même qu'ils étaient assurés de leur pardon. A combien plus forte raison devons-nous ies iuiilu', nous qui sommes toujours dans l'incertitude!

Vous me direz peut-être que ce sont des modèles de pénitence hors de la sphère ordinaire.. J'en conviens ; mais vous conviendreai aussi avec moi qu'eutre beaucoup et ùm il j a une grande clifTé-.

rence. Sous prétexte qu'on n'exige pas de vous ces pénitences rigoureuses dont ils vous ont laissé de si beaux exemples , vous n'en devrez donc point faire, ni beaucoup ni peu? Point de vigilance, point de mortification, point de pénitence. Jamais ni sacrifice , ni abstinence, ni privation. Au contraire, une recherche continuelle . je vos aises , une avidité toujours nouvelle pour les plaisirs; vous lous permettrez tous ceux que vous pouvez vous procurer, sans fous priver d'un seul ? Votre vie sera un cercle sans fin de vanité, (l'amusement et de dissipation ? Mais alors, je le répète, que peut-on penser de votre contrition , de cette douleur dont il ne reste pas vestige après la confession, et qui ne vous empêche pas de rentrer tout de suite dans la plus parfaite assurance, comme s'il ne vous était rien arrivé, quoique vous ayez porté au tribunal une multitude innombrable de péchés ? Pensez-y sérieusement.

Mais ce qui est plus malheureux encore , c'est qu'on ne peut guère mieux augurer de l'avenir que du passé. J'envisage la pénitence non-seulement par rapport aux péchés passés qu'il faut expier, mais encore par rapport à ceux que l'on peut commettre, et je dis qu'elle est nécessaire pour nous préserver des rechutes et pour nous prémunir contre l'extrême facilité avec laquelle on retombe dans les péchés dont on a reçu le pardon : Ad novœ vitœ custodiam, comme dit le Concile de Trente ; autre motif puissant de ne pas nous borner aux quelques prières et aux légères pratiques qui nous sont imposées par notre confesseur.

Vous vous êtes donc confessé, et je suppose que vous l'avez bien fait. Fort bien , vos péchés sont effacés : mais les effets du péché sont-ils aussi effacés ? Non, sans doute , tout n'est pas fini avec ïa confession. Votre état ressemble à celui d'un convalescent qui relève d'une grave maladie. Le mal est fini, et on peut dire que le malade est guéri , mais il conserve encore les conséquences et les suites de la maladie : le manque de force et d'appétit, une faiblesse d'estomac, une grande difficulté à digérer, à dormir, à marcher, etc. Son état n'est pas précisément la maladie, mais ce n'est pas non plus la santé parfaite ; le moindre excès qu'il fasse, la moindre imprudence qu'il se permette, il est exposé à retomber dans son premier état

Ainsi en est-il de vous lorsque vous êtes réconciliés avec Dieu au tribunal de la pénitence, après une vie déréglée et criminelle. Vos péchés vous sont pardonnes, la santé vous est rendue ; mais il vous reste toutes les suites du péché , qui sont comme les débris

encore fumants d'un incendie à peine éleint; il vous reste une grande difficulté pour faire le bien et pratiquer les œuvres auxquelles vous n'étiez pas habitué ; il vous reste un grand fond de malice, mille imaginations deshonnêtes, mille souvenirs dangereux, fruits de la licence de votre vie passée ; il vous reste une grande faiblesse pour vaincre les tentations auxquelles vous aviez coutume de succomber; il vous reste enGn toute la force des mauvaises habitudes et toute la violence des mauvaises inclinations qui se sont enracinées en vous depuis longtemps. Or , quoique vos fautes soient pardon nées , combien n'est-il pas dangereux que leurs funestes suites ne vous fassent retomber dans vos premiers désordres ! Comment vous tenir debout, sans la pratique constante de la pénitence chrétienne ? N'est-ce pas cette vie pénitente qui vous fera recourir à Dieu par de ferventes prières, veiller avec soin sur vos sens, pratiquer quelques jeûnes et quelques mortifications, et renoncera tant de choses licites et permises en elles-mêmes , mais très-dangereuses pour vous?

Si le seul penchant naturel et la seule inclination au mal, qui sont communs à tous les hommes , obligent les âmes, même les plus innocentes et les plus pures, à veiller sévèrement sur elles-mêmes, et si elles n'ont pas d'autre moyen que la pénitence pour conserver le précieux trésor de l'innocence, à combien plus forte raison vous qui, par tant de mauvaises habitudes, avez centuplé les forces de ces malheureux penchants ?

Cependant c'est là une vérité que ne veulent pas comprendre la plupart des pénitents ; aussitôt qu'ils ont déposé leurs fautes aux pieds du prêtre, ils se regardent comme parfaitement et entièrement guéris, et ils n'usent plus d'aucune précaution, d'aucune mortification et d'aucun soin ; ils se conduisent comme s'ils n'avaient lien à craindre et comme s'ils n'avaient jamais été malades.

C'est précisément pour cela qu'ils n'ont aucune fermeté et aucune constance dans la grâce qu'ils ont reçue ; de là ces rechutes continuelles ; de là ce cercle infini de repentir et de péchés, de péchés et de repentir , qui finit par les jeter en enfer. Et ce sera toujours le même résultat, tant que vous ne voudrez pas vous considérer et vous traiter comme des gens qui sortent de maladie , qui sont encore faibles et convalescents, qui n'ont encore ni force ni courage, et qui par conséquent ont besoin de beaucoup de soins.

Détrompons-nous donc : il est moralement impossible de nousi préserver des rechutes sans l'exercice continuel de la pénilencq

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chrétienne. Nous y sommes obligés comme pécheurs; en cette qualité nous devons à Dieu, une réparation pour les injures que nonlui avons faites ; nous y sommes obligés aussi pour prouver que nous avons la contrition ; mais nous en avons encore plus besoin pour nous préserver du péché et pour détruire les mauvaises impressions laissées en nous par nos péchés passés. Nisi -pœniteniiur.i "geritis , nous dit formellement Jésus-Christ , omnes similiier ■prribitis. Il ne nous parle pas ici seulement de la pénitence intérieure, de cette pénitence du cœur qui détruit le péché; mais il parleencore de la pénitence extérieure, de la pénitence des œuvres, par laquelle on satisfait pour la peine qu'on a méritée, et par feiquelle on détruit les funestes suites qui portent à de nouveau:, chés. Jésus-Christ dit que celle-là nous est nécessaire à tous po;r nous préserver delà damnation; nécessaire air. âmes mtc pour les soutenir et leur conserver le trésor de leur innocen e ; nécessaire aux pécheurs pour leur obtenir la grâce du repentir e« du changement de vie ; nécessaire enfin aux pénitents pour les affermir dans la grâce. Tous, quels qu'ils soient et quel que soit teur état, doivent s'attacher à cette planche de salut, sans laquelle le :u..;. frage est certain et inévitable : Nisi pœnitentiam egeritis , marna similiter peribitis. (Luc. xm, 3.)

La vérité que je viens de vous exposer , chrétiens , est une des vérités les plus importantes du christianisme , mais aussi des plus ignorées du mom e. Pratiquez-la donc avec beaucoup d'exactitude ït de constance, si vous désirez vivre et mourir saintement.

nstkuction XXM.

Des e.Tei;. tlu sacrement de péuiience.

Maintenant que nous connaissons suffisamment la nature do f>«creiacirt de pénitence el les trois parties qui la composent et : ::i , i i. lent le pénitent, je veux dire la contrition , la confession et la satisfaction, nous allons examiner les effets qu'il produit en nous, tifin de bien comprendre les sentiments dont nous devons cire ani« t ...oir reçu.

DES SACr.ElIEXTS. 17J

Si nous pouvions voir des yeux du corps les effets intérieurs que la grâce opère en nous d'une manière invisible, au moment où ie prêtre profère les paroles de l'absolution, nous aurions une idée bien plus haute et bien plus subiiuie de ce sacrement ; nous mettrions bien plus de soin à nous y bien préparer, de zèle et d'empressement à nous en approcher et d'attention à en conserver les fruits. Or, pour être invisibles à nos yeux , ces effets n'en sont pas moins récis. Mais la foi doit suppléer aux sens et nous montrer dans le pénitent ce changement merveilleux, qu'on ne pourrait trop reconnaître et admirer. Voyons donc ces effets les uns après la autres.

Le premier effet du sacrement de pénitence, c'est de remettre tous les péchés que nous pouvons avoir sur la conscience. Lorsque nous nous en approchons en état de péché nnrtel , nous sommes sous la puissance et sous l'esclavage du démon ; et lors même que nous avons déjà renoncé au péché par un sincère repentir , ce repentir, à moins que ce ne soit la contrition parfaite, nous dispose bien à recevoir le pardon de nos fautes; mais il ne nous l'obtient pas, il ne nous le mérite pas par lui-môme. Si nous nous repentons du mal que nous avons commis, nous avons les dispositions que nous devons avoir; mais l'offense que nous avons Faite à Dieu subsiste tant qu'elle n'est pas effacée par une juste réparation; et comme nous sommes absolument incapables de faire cette réparation , voilà pourquoi nous nous approchons de ce sacrement, aDn de nous appliquer les mérites infinis de Jésus-Christ.

Nos péchés nous sont donc tous remis sans exception, quel qu'en soit le nombre et l'espèce, ea vertu même du sacrement , et non en vertu de nos dispositions , quoiqu'elles soient requises et nécessaires. Le pouvoir que Jésus-Christ a accordé à ses ministres ne conuatt point de bornes : Qu ec unique solverilis super terrain, erunl solutaelxn cœils. (Matth. xvm, 18.) Gomme Dieu a le -pouvoir de remettre tous les péchés, quel s qu'en soient le nombre et la grièveié, de même le prêtre, dépositaire de l'autorité de Dieu, a aussi le pouvoir de remettre tons vos péchés , queis qu'ils soient. Ainsi, à l'instant même où il prononce ce> paroles efficaces : Ego le absolve à peccatis luU, tous nos péchés sont effacés, pourvu que nous ayons les dispositions requises, et ils sont tellement effacés , que Dieu nous proteste, dans les divines Ecritur es, qu'il les ensevelit dans un gternél oubli et qu'il ne s'en souviendra plus jamais (\Iich. vu, 15) J qu'il les jettera comme une pierre pesant- au plus profond de U mer, ue sorte qa iY- irt reparaitro al jamais : Pro)ici:t lu profit**

dum maris iniquitates vest?-as (Ezech. xvm, 22); et qu'enfin il les éloignera autant de nous que l'orient est éloigné de l'occident : Quantum distat ortus ab occidente, elongavità nobis iniquitates nostras (Ps. en, 12) ; et cela, non pas une fois, ni deux, ni trois, mais autant de fois que nous viendrons à lui avec repentir. 0 bonté, ô miséricorde munie de Dieu !

Cependant c'est encore là le moindre de ces effets : n'allez pas tous imaginer que Dieu, en nous pardonnant nos péchés, se conduise comme les hommes. Ceux-ci , quoiqu'ils se décident quelquefois à pardonner les offenses qu'ils ont reçues , ne reprennent cependant plus ces bons sentiments dont ils étaient auparavant animés envers ceux qui les ont offensés , ils ne les voient plus du même œil qu'auparavant. Oh ! vous vous tromperieï grossièrement si vous aviez ces pensées ! Dieu , en nous remettant nos fautes, nous rend en même temps sa grâce , la grâce sanctifiante, le plus grand de tous les dons , le premier et le principal effet de ce sacrement, le plus précieux, celui qui renferme tous les autres.

Cette grâce sanctifiante, que l'on appelle aussi habituelle, est différente de cette autre qu'on nomme actuelle : la première est un don surnaturel inhérent à notre âme , et qui la rend semblable à Dieu lui-même. Oui , la grâce dont Dieu nous enrichit n'est pas comme les faveurs que distribuent les hommes , et qui peuvent noua faire beaucoup de bien extérieurement, mais qui ne peuvent changer ni perfectionner notre intérieur. Dieu, eu nous donnant sa grâce, nous enrichit d'un bien qui ne reste pas hors de nous, mais qui réside en nous d'une manière intime, et qui, en nous élevant à une vie surnaturelle et divine , nous rend semblables à Dieu en sainteté, en beauté et même en nature : Ut divines eflïciamur consortes naturœ. Comme un nuage environné des rayons du soleil, perd son obscurité naturelle, est tellement pénétré de sa lumière, qu'il se transfigure et semble être devenu un second soleil lui-même, ainsi notre âme, ornée de la grâce , participe en quelque sorte à la lumière incréée, et acquiert une ressemblance et une forme divines.

Oh! voilà, chrétiens, voilà notre véritable grandeur aux yeux de Dieu! Grandeur qui ravit les regards , l'admiration et l'amour des ang«s du ciel; grandeur devant laquelle toutes les dignités, toutes les richesses et tous les honneurs de la lene ne sont que fumée et qu'ombre vaine. Donnez-moi une personne aussi pauvre que vous voudrez,

DES SA6REMENTS. 173

une personne misérable, méprisable et abjecte aux yeux du monde, si elle possède un seul degré de cette grâce, elle possède en ellemême un bien qui la met au-dessus de tous les monarques de l'univers ; car tous les grands de l'univers ne sont qu'un pur néant devant Dieu, tandis qu'un juste, non-seulement est quelque chose, mais même quelque chose de grand devant lui.

De cette participation delà nature divine que la grâce produit en. nous, résulte un état d'amitié vraie et réelle avec Dieu. Voyant notre âme si belle, si grande , si conforme à son amour et si ressemblante à son être infini, il se complaît en elle, il se complaît dans ses propres dons , et il la trouve digne de son intimité et de son amour, Et comme il est dans la nature même de l'amour de nous rap* procher de l'objet aimé, et de nous unir à lui, ainsi Dieu établit spécialement sa demeure et son habitation dans l'âme juste ; de sorte que, lors même qu'il ne serait pas présent partout par l'immensité de son être , il serait cependant en elle par une complaisance et une affection très-tendre. C'est pour cela que les justes sont appelés temples vivants du Saint-Esprit : Vos templum Dei eslis, et Spiritus Dei habitat in vobis. (I. Cor m, 16 et II. Cor. vi , 16. )

Mais l'amitié de Dieu et son habitation dans l'âme du juste n'est pas encore le plus haut degré auquel la grâce nous élève. Saint Jean nous en découvre un bien plus sublime encore lorsqu'il s'écrie avec étonnement : Viclete qualem cliaritatem dédit nobn Pater, ut filii Dei nominemur et simus. ( I. Joan. ni , 1 ) , c'est-à-dire que par là nous devenons dans un sens très-étroit , les enfants de Dieu, non plus par nature, car en ce sens, le Pèra éternel n'a qu'un seul Fils qui est le Verbe divin ; mais par adoption , adoption bien différente de celles qui se pratiquent sur la terre ; car ces dernières n'opèrent en nous aucun changement intrinsèque , tandis que l'adoption divine nous transforme en un être qui représente et qui exprime la filiation du Verbe divin. En effet, la même essence que le Père éternel communique de toute éternité, par identité de nature, à son divin Fils, cette même essence, il la communique temporellement aux justes par la grâce et par l'union infinie qu'elle opère. Voilà pourquoi Dieu , dans les divines Ecritures, ne fait pas difficulté de les appeler d'autres divinités: Ego dixi , Du estis et filii Excelsi omnes. (Ps. lxxxi, 6.)

Enfin de cette divine filiation dérive pour nous un vrai et plein droit d'entrer un jour en possession de l'héritage dont Jésus*

Christ jouit dans le ciel , Si filii, et lveredes\ héritage infini, permanent et assuré , dont personne ne peut nous exclure si nous n'y renonçons pas nous-mêmes de notre propre volonté. Voilà ce que c'est que la grâce sanctifiante. Combien nous devons l'estimer et nous appliquer à ne pas la perdre si facilement, si nous avons le bonheur de la posséder , et à la recouvrer promptement si nous avons le malheur de la perdre ! Nous devons encore remarquer ici deux effets que produit la grâce sanctifiante : premièrement elle nous restitue les mérites que nous avons perdus par le péché , secondement elle nous rend capables de faire des actions méritoires.

lo Elle nous restitue les mérites des bonnes œuvres que nous avions perdus par le péché. Je ne parle pas ici des œuvres qui ont été faites en péché mortel , et qui pou;* cela étant faites dans un état de mort spirituelle , sont radicalement mortes elles-mêmes, et tellement mortes que lors même qu'on recouvre la grâce , 'lies ne peuvent devenir méritoires pour le ciel et pour réternité. Perte bien déplorable qui devrait seule su Km pour vous faire sortir promptement de l'état du péché ; et déplorable pour tous , mma surtout pour ces personnes qui, tombant quelquefois par surprise ou par fragilité dans une faute grave , conservent cependant leurs bonnes habitudes , et continuent leurs pratiques de piété, assistent chaque jour à la sainte messe , tous les jours aussi font bien leurs prières, et remplissent exactement les devoïs de leur état , et à qui il ne manque que la grâce sanctifiante pour "s'enrichir de mérites devant Dieu. Chacune de leurs œuvres aurait sa récompense et sa couronne si elle était faite en cet état ; mais ce péché dont elles restent souillées , empêche tous ces mérites , de sorte que toutes ces œuvres resteront éternellement sans aucune valeur, lors même qu'elles auront ensuite le bonheur d'être sauvées. Or peut-on imaginer une plus grande perte ?

Je ne parle donc pas de ces œuvres ; mais de celles qui Ont été faites en état de grâce , et dont on a perdu le mérite par le péché mortel qui dépouille de tous les biens surnaturels. En recouvrant la grâce sanctifiante, on recouvre le mérite de ces œuvres; ces œuvres revivent alors et elles sont de nouveau inscrites dans le livre de vie d'où le péché les avait effacées : aussi les théologiens ne les appellent pas mortes , mais mortifiées , c'est-à-dire , susceptibles d'une nouvelle vie. Ainsi nous l'assure le Seigneur, par le prophète Joël t Reddam vo'As avnos , quos come4.il locusla , bruchus , et

rubigo, et eruca. (Joël m, 25.) Or, quel avantage, chrétiens I C'est un avantage qui nous donne droit à un plus haut degré de gloire dans le ciel. Ah ! si nous savions l'estimer comme l'estiment les saints dans le ciel, ou au moins, comme nous apprécions le bonheur de retrouver une perle ou un autre objet précieux que nous aurions perdu !

Un autre avantage précieux de la grâce sanctifiante, c'est de nous rendre capables de faire des centres méritoires. Elle est, nous dit Jésus-Christ , cette source d'eau vive qui rejaillit jusqu'à la vie éternelle : Fons aquœ salientis in vilam cetemam (Joan. îv, 14). Par cette figure il voulait nous faire entendre que la grâce sanctifiante est la racine qui communique le mérite à toutes nos œuvres : c'est la giâce qui leur donne cette valeur surnaturelle et divine qu'elles n'ont pas en elles-mêmes , et qui les rend bonnes et dignes d'une récompense éternelle. J'ai dit qu'elles n'ont pas celte valeur par elles-mêmes ; car la distance entre Dieu et nous étant infinie , nos œuvres elles-mêmes, quelque parfaites qu'elles soient , ne pourront jamais mériter les complaisances de Dieu. Ce qui leur donne du prix et les ennoblit , c'est la grâce sanctifia nte qui est en nous et qui les produit. Et comme les œuvres humaines de Jésus-Christ à raison de l'union hypostatique de l'humanité avec le Verbe divin , avaient toutes un mérite infini , à cause de la dignité infinie de la personne divine qui les rendait siennes ; de même , avec une certaine proportion , les œuvres des justes ont un mérite digne du céleste et immortel héritage , parce que ce sont les œuvres de la grâce du Saint Esprit qui habile en nous. Aussi Dieu les agrée et les juge dignes d'une récompense éternelle, chacune produisant en nous, selon le langage du Concile de Trente , une augmentation de grâce en cette vie , et un pareil degré de gloire en l'autre : Auginentum gratiœ et augmentum gloriœ*

Figurez-vous donc quel immense trésor de mérites peut amasser une âme dans cet état ! Chacune de ses actions , chacune de ses affections, chacun de ses soupirs peut devenir méritoire. Les actions, même les plus basses et les plus indifférentes , comme boire , manger , dormir , s'amuser , pourvu que; ce soit selon l'ordre et la volonté de Dieu : tout peut devenir uni? source de nouveaux mérites. Or , quel trésor de grâces et de mérites à la fin d'un jour , d'un mois, d'une année ! De même que le soleil répand sa lumière bienfaisante sur toutes les créatures , même les plus viles et les plus méprisables, et qu'il les embellit toutes, les vivifie et les ré-

chauffe de ses rayons ; ainsi la grâce sanctifiante , comme une vive lumière du soleil divin , se répand sur toutes les affections intérieures et sur toutes les œuvres extérieures du juste ; les éclairant de sa splendeur et les échauffant de ses divins rayons , elle les rend dignes de l'amour et des complaisances du Seigneur, Si donc d'un côté la grâce élève l'ame juste qui la possède à une haute dignité , elle est aussi, d'un autre côté , pour lui une source intarissable de mérites , parce qu'elle donne un haut prix à ses œuvres qu'elles sanctifie et divinise en quelque sorte.

Tels sont les admirables effets que produit en nous le sacrement de pénitence. Je ne vous parle pas ici des secours particuliers qu'il nous communique , pour nous affermir dans la grâce et nous préserver de retomber dans le péché ; je pourrai vous en parler plus à propos dans l'instruction suivante en vous montrant la nécessité de vous en approcher souvent.

Tout ce que je vous ai dit jusqu'ici, vous prouve, avec la dernière évidence, le bienfait inestimable que Jésus-Christ nous a accordé , en instituant ce moyen vraiment divin de sanctification et de salut , pour purifier notre âme de tous les péchés, et nous communiquer sa grâce , moyen que la divine miséricorde tient toujours ouvert aux hommes : Fons patens domui David , in ablutionem peccatorum.

Concluez de là de quels sentiments vous devez être pénétrés, lorsqu'après avoir été réconciliés avec Dieu, vous vous retirez du tribunal sacré: Videte quia mundali estis. Ah! qu'une vive lumière vous ouvre les yeux et vous montre l'heureux changement qui s'est opéré en vous ! Comparez-vous vous-mêmes à vous-mêmes : ce que vous étiez auparavant, avec ce que vous êtes devenus par la vertu de l'absolution. 0 Dieu ! quelle différence et quel changement ! Avant l'absolution votre âme était impure, couverte de blessures et de plaies, horriblement défigurée et abominable aux yeux de Dieu ; elle était au pouvoir du démon et suspendue sur l'abîme ; après l'absolution, au contraire, elle est purifiée de toutes ses fautes et de toutes ses souillures, ornée de la belle et précieuse robe de l'innocence, aussi agréable et aussi chère à Dieu qu'à ses anges; et par une faveur sublime elle est devenue son amie, sa fille et son héritière : Videte quia mundali estis.

Mais à cette pensée et à cette vue comment votre cœur ne se remplirait-il pas des plus vifs sentiments de reconnaissance et d'amour? Le pardon de vos fautes et la grâce sanctifiante que vous avez

reçus, sont des actes d'une telle bonté de la part de Dieu et en même temps un si grand bonheur pour vous, qu'ils doivent vous attacher irrévocablement à votre souverain et céleste bienfaiteur. Vous devez donc ensuite vous jeter de nouveau aux pieds du Seigneur, et répandre votre cœur en de tendres affections et en de vises actions de grâces ; vous confondre toujours plus en sa pré- BC.sce de l'avoir offensé et détester plus amèrement votre malice qui rc-sort encore plus à la vue d'une telle miséricorde ; vous renouveler dans les résolutions que vous avez prises de le servir fidèlement et lui en demander la grâce avec ardeur; vous prescrire enfin une bonne règle de vie, soit pour expier le passé, soit pour vous diriger à l'avenir, vous souvenant sans cesse du bienfait que vous avez reçu et vous appliquant à le conserver soigneusement.

Hélas ! ce n'est pas ainsi que se conduisent la plupart des pénitents ; comme ils ont reçu l'absolution, se sentant soulagés et déchargés d'un poids énorme, ils se hâtent de sortir de l'Eglise, et bientôt tout est oublié, et les péchés qui leur ont été remis, et la grâce qu'ils ont reçue. De là, ils ne s'inquiètent pas le moins du monde de se corriger, ils ne tardent pas à retourner dans les mêmes dangers et dans les mêmes occasions qu'auparavant, ils retombent souvent dans les mêmes péchés et portent toujours les mêmes fautes au tribunal de la pénitence.

Mais quel profit tirez-vous de ce divin remède qui vous a été préparé , si jamais il n'opère en vous une guérison durable , si votre état empire sans cesse par vos indignes rechutes ? En voyant votre conduite après vos confessions, pourrai-je croire que vous êtes vraiment guéri, que vous avez réellement recouvré la santé et la vie? Est-il possible que le grand, l'excellent, l'inestimable don de la grâce fasse si peu d'impression sur votre cœur, que vous en perdiez tout de suite le souvenir et que vous vous exposiez immédiatement à la perdre sans la moindre précaution ! Ah ! combien de pareils pénitents ont sujet de douter de leurs confessions !

Nous devons d'autant plus nous empresser de montrer à Dieu noire fidélité et notre reconnaissance, que l'efficacité du sacremenf dont je vous ai parlé tout-à-1'heure, ne doit jamais nous dispense! d'.ine sainte et salutaire crainte. Je m'explique : qu'une confession faite comme il faut et avec sincérité nous obtienne le pardon de nos fautes, c'est une vérité incontestable de notre foi : Quorum re» miseritis peccata, remitluntur eis. Mais il n'est pas également certain que nous, de notre côté, nous ayons fait tout ce que nouspouiv. 12

vions et (levions faire. Noos pouvons bien avoir nne confiance plus ou moins fondée, selon la préparation plus ou moins parfaite que nous y avons apportée ; mais nous ne pouvons avoir à cet égard une .certitude absolue. Aussi le Saint-Esprit nous avertit de ne pas être Rans crainte sur les péchés confessés, alors même qu'il nous semble avoir fait noire devoir pour en obtenir le pardon,, et que nous nous flattons que Dieu nous a pardonné: De propitiato peccato noli esse sine metu. (Eccl. v. 5.)

Celte incertitude dans laquelle nous demeurons toujours , à savoir si nous sommes les amis ou les ennemis de Dieu, est assurément bien pénible et bien déchirante ; cependant elle est un effet de la providence et de l'amour de Dieu pour nous, parce qu'elle est une source féconde de très-grands biens; et ces biens nous ne les aurions pas si nous étions assurés que nous avons reçu la grâce. D'abord, la crainte dans laquelle nous vivons sans cesse, de n'avoir pas obtenu le pardon de nos fautes, est pour nous un puissant motif de redoubler sans cesse d'efforts et de soins pour l'obtenir, et par là nous nous disposons à l'obtenir réellement, si toutefois nous ne l'avions pas encore reçue. Ensuite elle est un frein puissant pour nous retenir et nous préserver du péché : comment en effet aurions nous l'audace d'en commettre de nouveaux lorsque nous ne sommes pas même assurés d'avoir reçu le pardon de ceux que nous avons commis par le passé ? Ne serait-ce pas rendre notre condition toujours pire, et notre état toujours plus dangereux ?

Que ce soit donc là le fruit de cette instruction ; que le prix de iz grâce que nous avons reçue dans le sacrement de pénitence et l'importance de nous l'assurer , nous engagent à être, après nos foiïfessions, toujours plus fidèles à Dieu, toujours plus humbles, |iujours plus fervents, toujours pins fermes et plus constants dans |es bonnes résolutions que nous avons prises. C'est le moyeu et de conserver la grâce de Dieu, si nous l'avons reçue, et de la mériter réellement si nous ne l'avions pas encore obtenue.

iBÏSTRUGTION XXIV*

De la confession fréquente.

Tels sont les effets du sacrement de pénitence, dont je vous ai i*arlé dans ma dernière instruction , qu'ils doivent nous inspirer un saint empressement pour nous en approcher fréquemment. D'où vient donc tant d'éloignement pour la confession, d'où vient ce dégoût général, pour ne pas dire., cette aversion pour ce sacrement? d'où vient que cette pratique, étant sans contredit la plus nécessaire des pratiques de piété, est cependant peut-être la plus négligée ? Visites au saint Sacrement, assistance à la messe, aux prédications, eux cérémonies de l'Eglise, etc.; on est très-exact et très-assidu à tout cela: mais la confession, on n'y pense pas, lors même qu'on se trouve depuis longtemps en mauvais état. Il n'y en a pas d'autre cause que la mauvaise conduite. Le corruption des mœurs produit l'éloignement de la confession , et Péloignement de la confession augmente toujours plus la corruption des mœurs. On se confesse rarement parce qn'on vit mal, et on vit toujours plus mal, parce qu'on se confesse rarement.

Je me propose donc aujourd'hui de vous portera la confession fréquente, en vous en montrant l'importance ; et , pour arriver à mon but, je me contenterai de mettre sous vos yeux une simple antithèse, c'est-à-dire, les tristes effets de l'éloignement de la confession, et les effets salutaires d'une bonne et fréquente confession.

Le premier effet des confessions rares , c'est d'exposer au sacrilège. Je dis exposer, remarquez-le bien : ce serait une exagération et une témérité de vouloir, d'une manière absolue, taxer ces confessions de sacrilèges : je serais en contradiction avec la doctrine de l'Eglise, qui, en n'obligeant les ûdèles à se confesser qu'une fois l'an, croit, sans aucun doute, qu'ils peuvent y apporter les dispositions nécessaires et se confesser avec fruit. Je ne condamne pas absolument cette pratique; je dis seulement que, lorsqu'on s'approche rarement du sacrement de pénitence, on s'expose beaucoup à \i profaner, et en voici la raison : c'est que plus on diffère sa cou-

fession, plus les difficultés delà bien faire augmentent sous tous les rapports.

Une plus grande difficulté du côté de l'examen. Cet examen doit être très-exact : il faut rechercher, avec beaucoup de soin, nonleulement les actions mauvaises qui se remarquent facilement, mais encore les omissions, les paroles, les pensées et les affections. Or, qui ne voit que plus on attend, plus il est difficile de se souvenir de tout cela, et qu'on arrive à ne plus savoir par où commencer cette recherche de tant d'actions, de paroles, de pensées et d'omissions contraires à la loi de Dieu?

Vous me direz que le Seigneur n'exige pas de vous l'accusation exacte de toutes les fautes que vous avez commises, mais seulement de celles que vous vous rappelez après un examen diligent. Vous avez parfaitement raison ; mais c'est précisément la question, il s'agit donc pour vous d'apporter à cet examen une diligence proportionnée aux temps que vous avez passé sans vous confesser, au nombre et à la nature de vos fautes. Comme c'est là une chose difficile, aussi il arrive ordinairement que vous vous examinez d'ane manière tout à-fait superficielle et insuffisante. Cette insuffisance produit pour l'ordinaire le défaut de l'intégrité requise dans l'accusation ; elle est cause que votre confession est imparfaite, confuse et très-mal digérée.

Une plus grande difficulté du côté de la contrition : car plus le péché reste dons voire âme, plus vous en perdez le sentiment, l'horreur, le remords. A force de le garder sur votre conscience et de vous familiariser avec lui, vous avez plus de peine à le détester ; vous n'en avez plus la même horreur ; il vous arrive ce qui arrive ordinairement aux enfants qui, à la première vue d'un chien, s'enfuient épouvantés et tremblants ; mais qui , une fois habitués à l'avoir tous les jours sous les yeux, perdent bientôt toute crainte et finissent par le caresser, l'embrasser et faire mille badinages avec lui.

Ce que je dis de la contrition, il faut le dire aussi du bon propos ; il devient, de jour en jour plus difficile pour ceux qui, conservent longtemps le péché dans leur cœur, parce qu'ils s'y affectionnent eï s'y habituent sans cesse davantage, et qu'ils en deviennent toujours plus esclaves. Or, tout cela est directement opposé à cette généreuse résolution qui est requise pour obtenir le pardon de ses péchés.

11 est donc très-facile qu'après avoir, par cette longue habitude du péché, contracté une affection et uue liaison très-étroite avec lui.

Tons en veniez à le regarder du même œil, même dans ces rares solennités où vous avez coutume de vous présenter au tribunal sacré pour vous confesser. Et voilà précisément ce qui arrive à une foule de personnes : elles viennent se confesser avec un cœur glacé, un cœur insensible, sans contrition, avec des résolutions sans fermeté, avec un profond dégoût de tous les remèdes, et par conséquent elle! n'y apportent aucune ou presque aucune disposition. Je m'en rapporte à votre expérience et à votre propre sentiment ; pour peu que vous consultiez votre cœur, vous tous qui vous confessez rarement , n'est-il pas vrai qu'au moment où vous venez au tribunal, vous sentez en vous-même un certain fond d'indifférence et de froideur, et comme une secrète indisposition.Oui, cela est vrai et même ce n'est que trop vrai.

Aux difficultés dont je viens de parler, s'enjoint une autre qui regarde le confesseur même ou le temps où ces personnes ont coutume de s'approcher du sacrement de pénitence. Comme elles n'aiment pas à être trop connues et qu'elles ne veulent pas qu'on voie trop clairement dans leur conscience, elles se présentent ordinaire • ment aux jours de plus grand concours, et elles se mêlent à la foule pour se confesser. Mais qu'arrive- t-il? le confesseur, accablé par le nombre, ne peut ni leur faire les interrogations, ni mettre sous leurs yeux les réflexions dont elles 'auraient besoin. Tout est donc fini en un instant. Mais n'est-il pas vrai que si les soins du confesseur, accablé parla foule des pénitents , ne répondent pas à vos besoins, il peut, lui aussi, contribuer à vous faire recevoir ce sacrement sans les dispositions requises?

Toutes ces circonstances réunies nous prouvent très-clairement qu'une confession longtemps différée est exposée à tant de difficultés, qu'il est bien rare qu'on les surmonte et qu'on ne la fasse pas mal. Cela est d'autant plus vrai, que, plus on renvoie, plus on voudrait renvoyer : on fait comme un débiteur qui pouvant payer une dette ne le fait pas, et qui , plus il diffère de la payer, moins il a la Volonté de le faire ; de même plus on diffère de se confesser, plus on en perd la volonté. Arrivent ces solennités ou ces époques où on avait résolu de s'approcher des sacrements et on ne le fait pas ; le moindre obstacle qui se présente suffit pour renvoyer encore plus loin. Ainsi en est-il de toutes les choses que l'on est obligé de faire et que l'on ne fait qu'avec répugnance. Mais pourquoi les faiton avec répugnance ? Parce que plus on diffère, plus les difficultés augmentent.

Mais supposons qu'en différant votre confession vous ne soyei

182 PART. If. KNa». •-'n-

pas exposés au danger de la mal faire, votre conversion, cependant, sera toujours moins durable : second effet déplorable des con< fessions rares, je veux dire, le danger de la rechute.

Ce danger est la suite des mauvaises habitudes que l'on a contractées et fortifiées par l'éloignement de la confession. Combien , en effet, ne vous en coûtera-t-il pas ensuite pour reprendre une conduite vertueuse, après une vie longtemps déréglée et licencieuse ! Pendant ce long intervalle de temps qui s'écoule d'une confession à l'autre, votre âme est semblable à une vigne abandonnée qui se couvre d'orties, de ronces et d'épines; je veux dire que des fautes innombrables naissent, croissent et s'enracinent en vous. Pour arracher ensuite toutes ces mauv aises herbes , pour renoncer à ces péchés que vous avez nourris si longtemps en vous , il vous faudra une attention et des moyens extraordinaires que vous ne voudrez pas prendre ; ou, si vous les prenez, vous vous en fatiguerez bientôt et vous ne tarderez pas à les abandonner. De là ces rechutes qui suivent de si près la confession; de là ces péchés dans lesquels on retombe quelquefois le jour même.

Tel est l'effet de cette maxime sotte et insensée, qu'on n'a pas plus de peine à se confesser de plusieurs péchés que d'un seul, et que par conséquent il ne faut pas se gêner pour multiplier les fautes à l'infini. Imprudents ! Vous ne savez donc pas que, comme je l'ai déjà expliqué, la confession efface bien le péché, mais elle n'en détruit pas les suites? elle ne détruit pas surtout l'habiiucle, qui rend l'àme si faible et si facile à tomber, à moins qu'on ne veille sur soi avec un soin extrême. Et comme peu de gens ont le courage de faire les choses difficiles, ainsi il y en a peu, parmi ceux qui se confessent rarement, qui retirent des fruits durables de leurs confessions. Et ceci est d'autant plus vrai, qu'à la longue, la douleur, diminue, les bonnes résolutions s'évanouissent , le sentiment de la grâce s'efface , tout enfin contribue à anéantir tous les effets et tous les fruits du sacrement.

Or, n'est-ce pas déjà un grand malheur qu'en vous confessant si rarement vous vous exposiez à faire mal vos confessions , ou tout lu moins à en perdre tout de suite les fruits?

Il en est tout autrement de la confession fréquente, et je n'ai pas besoin de beaucoup d'explications pour vous le prouver.

Quand on examine souvent sa conscience, on parvient à mieux connaître son état , ses imperfections et ses manquements , et on n'a plus besoin de beaucoup d'examen pour s'en bien accuser.

DES SACREMENT?. *3i

La douleur souvent renouvelée se conserve plus vive dans le cœur ; les résolutions, à force d'y revenir, se gravent plus profoadéinent.

On trouve ensuite dans la confession un frein puissant pour se préserver du péché; car la seule pensée qu'il faudra bientôt retourner se confesser, suffit pour retenir dans le devoir.

On trouve aussi un puissant motif, pour s'exciter à la vertu, dans les avis, les instructions et les conseils que l'on reçoit conformément à ses besoins. On trouve surtout un grand secours pour la persévérance , dans ces grâces spéciales que le sacrement donne pour affermir l'âme et la fixer dans le bien. Ceci est un point qu'il faut bien méditer : je l'ai déjà indiqué clans ma dernière instruction, en parlant des elfets du sacrement , mais je ne l'ai pas expliqua.

Remarquez donc bien que tout sacrement, disent les théologiens, confère à l'âme un seconde grâce appelée sacramentelle, c'est-à-dire, un droit à certains secours puissants destinés à nous faire o'., .. r la fin spéciale pour laquelle ce sacrement a été institué. Cela posé, comme la fin du sacrement de pénitence est la destructio!:) du péché, ainsi il n'efface pas seulement les péchés passés , mais ii nous donne encore une force qui lui est propre et qui nous sert de remède contre les rechutes. Ce n'est pas qu'il nous rende tout d'un coup impeccables, mais il nous aide à le devenir; c'est ainsi que pour guérir radicalement une maladie corporelle, il ne suffit pas de prendre un remède, mais ilj faut en réitérer l'usage. Cet heureux eCfet s'obtient au moyen de certaines grâces de défense et de force que Dieu nous donne pour combattre le péché, vaincre les tentations et nous soutenir contre notre propre faiblesse : Pœnitentia , dit saint Thomas , non solùm removet peccata prceterita, std etiam prœservat hominem à fiiluris.

En conséquence, un pécheur qui a bien fait sa confession peut, sans présomption, attendre cie Dieu non-seulement les grâces communes, mais encore les grâces spéciales , pour conserver l'amitié de. Dieu. Il a plu au Seigneur d'attacher ces grâces à ce sacrement, et vous ne les trouverez nulle part ailleurs. Si vous voulez donc les obtenir, il faut recourir à la source où Dieu les a placées : Haurietis aquas in gaudio de fontibus Salvatoris. (Isa. xir, 3.)

De ce principe incontestable, vous pouvez tirer trois conclusions: la première, c'est que plus la confession sera fréquente, plus on recevra abondamment les grâces et les secours qui y sont attachées j

comme pc la raison des contraires, plus elle sera rare , moins oa participera à ces grâces.

La seconde, c'est que vous ne devez pas attendre , pour vous confesser, que votre âme soit de nouveau ensevelie dans le péché mortel ; votre conscience ne vous reproche encore, à la vérité, aucune faute grave, mais cependant vous pouvez y tomber, et voui avez besoin de vous fortifier contre le relâchement auquel nous sommes tous naturellement portés. Et qui ne sait pas qu'il y a dans la vie, des temps, des jours, des moments où on est plus faible et où les tentations sont plus fortes? Oh ! que de péchés on éviterait, si on n'attendait pas d'être arrivé à la dernière faiblesse pour recourir au remède que Jésus-Christ nous a préparé ! En un mot, si pour votre santé vous avez la prudence de ne pas toujours attendre la maladie pour prendre des remèdes , et si souvent vous les prenez uniquement pour la prévenir, pourquoi ne feriez-vous pas la même chose pour le salut de votre âme ?

La troisième, enfin, c'est que la fréquente confession est nécessaire à tous ; elle est nécessaire aux pécheurs pour devenir vertueux, et aux vertueux pour ne pas devenir méchants , mais pour devenir encore meilleurs. Car la parfaite conversion du cœur , et la persérance ne dépendent ni de nous ni de nos forces , mais bien de la grâce de Dieu; or, la source ordinaire de ces grâces est précisément le sacrement de pénitence.

Voilà donc combien fl importe de s'en approcher souvent, et combien on se trompe grossièrement, quand on regarde la confession fréquente comme une pratique vulgaire de dévotion, bonne, tout au plus, pour certaines femmes qui veulent passer pour dévotes. Il est aussi important de se confesser souvent qu'il est important de sa sauver ; or, le salut est une affaire qui regarde tous les hommes en général et chacun en particulier, sans nulle exception.

Tenez-vous donc en garde contre certaines maximesque l'on entend sortir de la bouche de certaines personnes, braves peut-être selon le monde, mais peu chrétiennes dans le fond..A quoi sert, dit-on, de se confesser si souvent ? Il faut avoir plus de respect pour les sacr ments. Il ne faut pas tant se familiariser avec les choses sainte; ; on s" expose à faire des sacrilèges. Ces dévots et ces dévotes qui sont continuellement autour des tribunaux ne sont pas meilleurs que les autres, si toutefois ils ne sont pas pires. Ce sont là des sottises, et des sottises de premier ordre.

DES SACREMENTS. JS5

A quoi sert de se confesser si souvent? — Et moi je vous'demanderai à mon tour : Pourquoi vous lavez-vous si fréquemment ? Pour vous tenir dans une propreté parfaite. Or, ces bains que vous pre» nez si souvent pour conserver la propreté de votre corps, pour quoi les critiquez-vous lorsque nous les prenons pour conserver la pureté de notre âme, qui est bien autrement importante ?

Il faut respecter les sacrements, il est vrai ; mais ce respect doit-il consister à s'en éloigner ? Ne doit-il pas, au contraire, consister à nous en approcher avec les dispositions requises ? Le vrai respect d'un sacrement est toujours accompagné du désir de le recevoir et des efforts nécessaires pour le bien recevoir. Mais ce n'est pas le respect qui vous en éloigne, c'est l'attachement à votre vie criminelle. Vous aussi vous savez qu'on ne peut allier la fréquentation des sacrements avec la vie que vous voulez mener, la fréquentation des sacrements avec les habitudes vicieuses, avec la satisfaction des passions et avec les mauvaises occasions de toute espèce ; vous abandonnez donc les sacrements afin de ne pas ëire forcé de quitter le péché. Vous appellerez ensuite cela un vrai respect? Dites plutôt une affection au péché à laquelle vous ne voulez pas renoncer.

De même encore : qu'est-ce que cette crainte que vous semblez avoir de commettre des sacrilèges ? n'est-ce pas une crainte affectée ? Que me parlez-vous de sacrilèges ? On ne commet jamais de sacrilège quand on craint de le commettre, quand on ne veut pas le commettre, quand on fait tout ce qui dépend de soi pour ne pas le commettre.

Mais est-il vrai que les personnes qui fréquentent les sacrements ne sont pas meilleures que les autres ? Non, sans doute: cette proposition est une fausseté évidente : l'expérience nous montre et nous fait toucher au doigt que ce sont au contraire généralement les personnes les plus sages, les plus réglées et les plus chastes. Sans doute elles ne sont pas exemptes des faiblesses et des imperfections qui sont le triste apanage de notre nature, et dont on ne serajamais entièrement délivré pendant cette vie ; mais ces faiblesses , le monde les exagère énormément , parce qu'il trouve son intérêt à les grossir, soit pour justifier son relâchement, soit pour rendre odieuse et ridicule la piété des autres ; et en somme, ces misères des âmes dévotes n'ont encore aucune proportion avec les vices abominables, avec les crimes et les scandales de tout genre que l'on remarque dans ceux qui vivent éloignés des sacrements. La

ÎSG PART. IV. l.NST. .UiV.

raison en est évidente : celui qui les fréquente, à moins que ce ne soit un hypocrite achevé , trouve dans les sacrements un puissant motif de devenir meilleur , ou au moins un frein puissant pour l'empêcher de devenir pire ; tandis que celui qui s'en tient éloigné n'a plus aucun frein et va de crime en crime jusqu'au dernier excès.

Cependant je ne nie pas qr'il ne puisse exister des abus dans ceux qui les fréquentent comme par habitude et par coutume, sans en tirer aucun profit; mais en conclure de là qu'il vaut mieux s'en tenir éloigné, c'est un pitoyable raisonnement. L'abus qu'on en fait n'ôte rien au prix, à l'excellence et aux avantages de la confession. Détruisons donc l'abus qui vient uniquement de nous , mais retenons l'usage fréquent de la confession , qui est saint et salutaire pour tous. Vous nous le prouvez vous-même : si une personne pieuse se trouve surprise par une mort subite et imprévue , vous dites aussitôt : Le Seigneur Caura trouvée en bon état. , car on la voyait souvent s'approcher des sacrements ; mais si on voit mourir ainsi quelqu'un qui ne s'était pas confessé depuis longtemps, chacun gémit et dit , sinon de bouche, au moins de cœur : Quel malheur 1 Quelle triste mort ! Dieu sait...

Que devons-nous conclure de tout cela ? Si nous tenons à noire salut, allons souvent à ce bain salutaire, nous y trouverons un remède contre les péchés passés et un antidote contre les péchés à venir.

Et d'abord, ne différez jamais votre confession lorsque vous vous trouvez en état de péché mortel, car les maux auxquels vous vous exposez sont affreux ! La perle de tant de bonnes œuvres que vous faites en cet état, le danger d'être surpris par une mort subite, l'habitude du péché que vous contractez et qui rend votre conversion toujours plus difficile et toujours moins durable , toutes ces considérations doivent vous déterminer à ne pas rester en cet état, mais à ensorlirsans délai, selon l'avis si souvent réitéré du Saint- Esprit : Non tardes converti ad Dominum. (Eccli. v, 8.)

Non, ce n'est pas par le péché, mes très-chers frères, ce n'est pas en commettant le péché que la plupart des chrétiens se perdent, mais c'est en demeurant et en s'endormant dans le péché. C'est là ce qui entraîne après soi, comme une suite naturelle, et l'inutilité et l'abus du sacrement.

Si, après avoir eu le malheur de souiller votre âme par une faute grave, vous alliez promptement la purifier dans le tribunal sacré, le péché ne jetterait pas de si profondes racines dans votre cœur ;

alors, n'étant pas encore aveuglés et endurcis, mais étant encore tendres et sensibles aux impressions de la grâce, vous vous approcheriez avec fruit de ce sacrement. Promptitude donc à sortir du péché, promptitude à vous relever dans le cas d'une chute grave.

Mais si une bonne confession suffit pour vous remettre en état de grâce, elle ne suffit pas pour vous affermir dans cet état, à moins que vous n'y reveniez souvent. Quoique le sacrement donne au pénitent de grands secours pour ne pas retomber , cependant il les donne avec mesure, comme la nourriture donne des forces au corps, mais aon pas pomr toujours. Pour guérir Naaman de la lèpre , le prophète Elisée lui prescrivit de se laver dans les eaux du Jourdain, non pas une fois, mais sept fois : Lavare septies. (IV. Reg. v, 10.) Nous devons en faire autant si nous voulons nous purifier entièrement de la lèpre du péché : nous devons nous laver et nous laver encore dans le bain de la pénitence.

Remarquons enfin que c'est une confession bien faite qui doit décider de notre salut, à l'article de la mort ; mais cette bonne confession de la mort est le fruit de la fréquente confession pendant la vie. Ne nous flattons pas de bien faire alors ce que nous aurons fait rarement et par conséquent mal pendant la vie. La bonne mort est l'œuvre par excellence de la grâce divine ; mais a-t-on droit de l'attendre de la libéralité de Dieu, lorsqu'on s'est si peu soucié de son amitié pendant la vie ? Je vous laisse à en juger.

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