INSTRUCTION XXV
De la confession générale.
Il me reste deux points à examiner pour finir tout ce que j'avais à dire sur le sacrement de pénitence : le premier concerne les confessions générales, et le second le choix d'un confesseur: c'est par ces deux points que je terminerai cette matière , et nous parlerons aujourd'hui du premier. Les prêtres qui se livrent au ministère de la confession ont souvent l'occasion de remarquer une singulière contradiction. Il y a des pénitents qui voudraient à tout moment , et 6ans aucun motif, refaire leurs confessions; d'autres, au contraire,
précisément ceux qui en ont besoin , ne veulent pas se décider à les refaire. Or, voici à cet égard les observations que j'ai à vous proposer pour règle de conduite.
J'établis trois propositions relativement aux confessions que l'on appelle générales et auxquelles on donne ce nom , parce qu'elles embrassent toute la vie ou grande partie de la vie. Pour les uns elles sont inutiles, si toutefois elles ne sont pas nuisibles ; pour d'autres elles sont d'une absolue et indispensable nécessité , et pour d'autres enfin, sans être précisément nécessaires, elles sont cependant très-utiles, et il ne faut pas les négliger. Après avoir distingué ces trois classes de personnes, je vous montrerai les avantages des confessions générales, et ensuite je tâcherai de vous montrer aussi la futilité des raisons qui vous détournent de les faire.
J'ai dit premièrement qu'elles sont quelquefois inutiles , et à qui ? A ceux qui en ont déjà fait une et qui l'ont faite avec toute l'application dont ils sont capables ei qui n'ont pas de solides raisons de la refaire.
Deux raisons engagent ordinairement à refaire ses confessions : la crainte de ne s'être pas assez bien expliqué ou la crainte de n'avoir pas eu une contrition suffisante. Quant au premier motif, vous devez bien vous rappeler qu'on n'est jamais obligé de répéter ses confessions, dès qu'on y a apporté un soin convenable. Si quelque chose échappe par inadvertance ou par oubli, on peut suppléer à ce défaut dans les confessions suivantes ; mais on n'est pas obligé de tout recommencer.
Pour la douleur , il faut remarquer qu'un doute purement négatif, c'est-à-dire le défaut de certitude absolue et évidente, ne sufiit pas pour vous faire douter de la validité de vos confessions. Dieu ne donne à personne une assurance parfaite qu'il a eu la contrition et obtenu la grâce, afin que chacun vive toujours dans la crainte et dans l'humilité; mais pour vous tranquilliser, il suffit de pouvoir juger prudemment que vous avez bien fait votre confession. Or, vous trouverez une excellente preuve de la bonté de votre confession dans l'horreur que vous conserverez de vos péchés et dans votre persévérance dans le bien.
Ou reste, n'allez pas vous imaginer vous guérir de vos inquiétudes en répétant vos confessions à tout instant. Vous ne faites par là que les augmenter et les multiplier toujours davantage. C'est là une maladie semblable à certaines fluxions ou à certaines démangeaisons que l'on irrite toujours plus à mesure qu'on les frictionne d>
•des sacrements. Î89
tantage. C'est ainsi que vos inquiétudes augmentent à mesure que vous repassez et fatiguez votre conscience par de nouvelles confessions ; car il vous restera toujours la même incertitude, savoir, si vous vous êtes bien confessé, si vous avez tout dit , si vous avez eu la contrition.
Tout ce que je puis vous conseiller et tout ce que vous avez à faire , c'est de vous abandonner, pour le passé, avec une entière confiance entre les mains de Dieu, et de tout attendre de la divine bonté , sans avoir la prétention de passer les limites qu'il a établies, et d'arriver à obtenir sur votre état une certitude et une évidence qu'il n'a pas plu à Dieu de vous accorder. Les péchés de votre vie passée doivent bien être pour vous un sujet continuel de regret , mais non une matière incessante d'examens et de discussions fatigantes et sans fin. A plus forte raison lorsque votre confesseur, qui connaît depuis longtemps votre conscience, vous dit de vous tranquilliser et de ne plus revenir sur vos péchés passés, devez-vous vous e* remettre entièrement à ses avis , lui obéir aveuglément et ne pas vous obstiner dans votre sentiment. L'obéissance vous décharge de tout péché devant Dieu, tandis que la désobéissance et l'obstination sont toujours coupables.
Mais vous n'êtes peut-être pas de ce nombre ; et en effet, ce n'est pas à cette classe que le plus grand nombre appartient. Pour la plupart des chrétiens, la confession générale est absolument nécessaire ou au moins très-utile.
Nécessaire premièrement à ceux qui sont certains d'avoir mal fait leurs confessions, ou du moins qui ont des doutes très -fondés à cet égard. Et ici remarquez bien une chose : quand je parle des mauvaises confessions, je n'entends pas seulement parler de celles dans lesquelles vous avez caché par malice quelque péché morte), comme se l'imaginent certains pénitents qui , lorsque leur confesseur les engage à refaire leur confession, ont coutume de répondre que c'est une peine inutile , puisqu'ils ne se rappellent pas d'avoir caché aucun péché ; comme si la confession ne pouvait être mauvaise que par défaut de sincérité. Vous ne devez pas ignorer qu'il y a plusieurs choses nécessaires pour faire une bonne confession; vous devez par conséquent savoir que les confessions peuvent être mauvaises pour d'autres raisons que pour avoir caché ou déguisé des péchés.
1° Elles peuvent être mauvaises par défaut d'examen; il ne su£ iit pas de faire un examen à la hâte, d'une manière superficielle, de
se borner à ramasser de gros en gros quelques-unes des fautes le» plus considérables , et d'en laisser une foule d'autres qui sont moins graves en apparence, mais dont la malice n'est pas moindre en réalité. Oh ! que de manquements sur ce point ! Qu'une personne qui se confesse souvent et vit d'une manière réglée , ne fasse pas un long examen, cela se comprend ; mais , ce qui est incompréhensible, c'est que des gens qui ne se confessent que fort rarement et qui sont livrés à toute espèce de désordres , aient si tôt fait leur examen de conscience.
2° Elles peuvent être mauvaises par défaut de sincérité ; or, on ne tombe pas seulement dans ce défaut en cachant formellement quelque faute par honte ou par malice , mais encore d'une foule d'autres manières. On y tombe quand on passe sur certains doutes et sur certains remords qui ne sont point à mépriser , et dont cependant on prend le parti de ne pas parler; on y tombe quand on déclare ses fautes avec tant d'artifice et d'obscurité, qu'il est impossible au confesseur de s'en former une idée juste ; on y tombe en se servant de certaines formules vagues et générales qui ne disent rien , et qu'on supprime les circonstances les plus importantes du péché. Et sous ce secœad rapport, encore , combien de confessions mal faites !
3° Mais les confessions peuvent être mauvaises surtout par défaut de contrition et de bon propos. La confession n'est pas l'affaire purement de la langue, comme se l'imaginent quelques-uns qui croient s'être bien confessés quand ils sont parvenus à tout déclarer. L'accusation, quelque nécessaire, qu'elle soit, n'est que la partie la moins essentielle du sacrement; la partie la plus nécessaire pour la rendre valide, c'est la contrition, c'est-à-dire la douleur du péché et la résolution de n'y pas retomber. Si cette condition manque, la confession sera toujours invalide et sacrilège. Vous pouvez avoir plusieurs marques, et des marques non -douteuses, que vos confessions ont été accompagnées de ce défaut. Voici les principales : Être resté volontairement dans l'occasion prochaine du péché ; n'avoir pas fait , quoique vous le pussiez , les réparations et les restitutions que vous deviez faire au prochain ; avoir conservé dans votre cœur des haines, des aversions, des rancunes auxquelles vous n'avez jamais sincèrement renoncé ; être retombé dans les mêmes fautes graves avec la même fréquence et la même facilité ; avoir négligé les moyens qui vous ont été prescrits pour vous empêcher de retomber. Toutes ces marques, comme nous l'avons déjà
dit, ne peuvent se concilier avec une véritable contrition et un véri. table bon propos. Voyez donc combien de défauts peuvent rendre vos confessions radicalement nulles et sacrilèges. Quiconque s'aperçoit être tombé dans un de ces défauts, ne s'est jamais bien confessé, et par conséquent il est rigoureusement obligé , s'il veut se sauver , de réparer ses confessions passées par une confession générale.
Je la ferai plus tard, répondent quelques-uns , lorsque j'en aurai mieux le temps ; je vous en prie3 donnez-moi Cabsolution pour cette fois. — Oh ! pour cela, non; ce serait tous faire ajouter un nouveau sacrilège à tant d'autres dont vous êtes déjà coupables ; je puis bien vous permettre de la différer lorsque ce n'est qu'une confession de conseil et de prudence ; mais quand elle est nécessaire, c'est par elle qu'il faut commencer. Il faut vous conduire comme si vous ne vous étiez jamais confessés pendant toutie temps qu'elle embrasse. 11 n'y a qu'une seule différence, en effet, c'est que par vos confessions vous n'avez fait que rendre pire voire état, parce que votre vie n'a été qu'une suite de profanations et de sacrilèges dont vous devez aussi vous accuser.
Et ne venez pas me dire que vous êtes dans la bonne foi sur les sacrements que vous avez reçus, et que vous ne voulez pas troubler votre conscience et la mettre dans l'inquiétude car je vous répondrai que la bonne foi ne consiste pas à se fermer les yeux pour marcher à l'aventure , sans se mettre le moins du monde en peine de ses confessions, lors même que l'on a de fortes raisons de présumer qu'elles sont mauvaises ; mais elle doit consister dans la conviction que l'on a fait ce que l'on pouvait et ce que l'on devait faire. S'inquiéter sans motifs et sans fondement , est la marque d'une conscience scrupuleuse; mais mépriser des doutes et des ré. mords fondés comme si c'étaient de vains scrupules, est la marque d'une conscience large et relâchée.
Eniin la confession , sans être absolument nécessaire, est assez souvent très-avantageuse à plusieurs et ils ne doivent pas la négliger.
1* Avantageuse d'abord à ceux qui n'en ont jamais point fait. Quoique vous soyez dans la bonne foi sur la validité de vos conft ssions passées et que vous n'ayez aucun motif raisonnable d'en douter, il est cependant toujours bien de faire au moins quelquefois une revue générale de sa vie. C'est ce que l'on pratique dans le commerce par prudence humaine : les négociants , maigre le3 di-
vers comptes particuliers qu'ils font de temps en temps , croient cependant devoir quelquefois faire un inventaire général, pour voir au juste où en sont leurs affaires. Or, n'était-il pas encore plus im> portant de faire cet inventaire spirituel des intérêts de notre âme, repassant les diverses parties de notre conscience , afin de réparer autant que pos^ble les négligences et les défauts qui peuvent s'être glissés dans nos confessions ordinaires ? Si l'on n'a pas d'autre raison, il sera au moins bon de faire celte revue pour remédier aux confessions faites pendant son enfance. Hélas ! souvent on a, à cet âge, assez de malice pour pécher mortellement, et on n'a pas assez de réfle.Jon et de jugement pour s'en repentir et s'en confesser comme il faut. En outre, combien de péchés que l'on omet de :lé. clarer , sous le prétexte mal entendu qu'on ignorait que ce fût ua péché ! Excuse que l'on peut difficilement admettre quand il est question de certaines fautes tout-à-fait honteuses , dont la nature même nous montre assez la malice. Peut-on bien compter sur les confessions faites pendant cet âge ? Ne serait-il pas au moins fort utile de les renouveler quand on est arrivé à un âge mûr ?
2° La confession générale est utile à ceux qui sont sur le point d'embrasser un état de vie ; par exemple , avant de s'engager dans l'état du mariage ou dans l'état ecclésiastique, et cela afin d'ôter tous les obstacles aux grâces dont on a besoin pour bien remplir les obligations que l'on va contracter. Oh ! si on suivait toujours bien ces avis, on n'aurait pas tant de scandales à déplorer dans les divers états de ce monde.
3° EnGn la confession générale est utile à ceux qui ont mené pendant longtemps une vie, sinon mauvaise , du moins tiède et relâchée, et qui par là n'ont retiré aucun ou presque aucun fruit des sacrements qu'ils ont toujours reçus avec langueur et indifférence. La confession générale est alors le moyen de réveiller le chrétien de son assoupissement , de le ranimer et de le renouveler d«ns la ferveur.
Combien de fois n'arrive-t-il pas à des pénitents qui commencent une confession générale purement par dévotion et par prudence , de reconnaître ensuite qu'elle leur était nécessaire , parce qu'ils découvrent des défauts essentiels dans leurs confessions passées? C'est ainsi qu'en visitant une construction , on croit au premier abord qu'elle est solide et sûre ; mais ensuite en examinant avec plus d'attention chacune de ses parties , on ia trouve pleine de àéfauis . ou dans les fondements , ou dans les murs, ou dans le toit , et
on s'aperçoit enfin qu'elle menace ruine. On est quelquefois bien prompt à refuser de la faire sous prétexte qu'on n'en a pas besoin ; mais qu'on s'examine un peu soigneusement, et on ne tardera pas à découvrir bien des choses qu'on n'avait pas remarquées jusque-là,
Mais quels sont les avantages de la confession générale ? Les maîtres de la vie spirituelle en indiquent trois principaux.
Premièrement elle nous inspire une plus grande confusion et une douleur plus vive et plus intense de nos péchés. Dans les confessions ordinaires le pénitent ne considère que les péchés commis dans un court espace de temps , et il se trouve peu coupable ; mais dans la confession générale , il voit tous ceux qu'il a commis, il les voit tels qu'ils sont dans leur ensemble, il voit comment il les a multipliés à mesure qu'il a avancé en âge. A la vue de cette multitude épouvantable de fautes, son cœur en est effrayé et pénétré de repentir, comme le roi Ezécbias, ce roi d'ail- Jeurs pieux et vertueux, l'éprouva un jour qu'il se mit à examiner toute sa vie passée : Recogilabo tibi omnes annos meos in amaritudine animœ meœ. ( Isai, xxxvm , 15. ) Combien plus ne doivent pas éprouver les mêmes sentiments , tant de chrétiens qui soin bien loin d'avoir la piété de ce grand roi ! L'affreux éloignement de notre fin dernière , l'abus énorme que nous avons fait du temps et des grâces de Dieu , la patience et la longaminité dont Dieu a usé à notre égard, toutes ces pensées, et d'autres semblables font des impressions plus vives sur le pécheur , elles ne peuvent manquer de l'ébranler puissamment, à moins qu'il n'ait entièrement perdu la foi.
En second lieu la confession générale procure cette paix de la conscience et ce calme que l'on ne peut avoir tant que l'on con- Benre des remords et des inquiétudes fondées , à cause de la tiédeur et des désordres de vie passée. J'ai fait tant de confessions, mais quel fruit en ai-je retiré ? J'ai tant de for: pris la résolution de me corriger de tel défaut, et jamais je ne m'en suis corrigé! Quelle a été ma douleur et ma résolution ! ont-elles été bonnes ! Qui le sait ? S'il fallait mourir en ce moment , il me semble que je ne mourrais pas tranquille. Tels sont les pensées , les inquiétudes et les remords qui, de temps en temps, viennent tourmenter notre cœur. Or une confession générale bien faite nous délivre de toutes ces craintes et de tous ces troubles , et nous donne, avec la grâce de Dieu , la paix et la sérénité du cœur.
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Le troisième et dernier etï'ei de cette confession est de nous affermir dans la vertu , et de nous donner les forces et les secours nécessaires pour persévérer. Lorsqu'il en a coûté beaucoup de peine pour acquérir une chose, on ne veut pas en perdre si facilement le fruit ; ainsi après avoir recouvré la paix de la conscience par une bonne confession générale , nous nous trouvons par là même engagés à la conserver, et ce calme intérieur nous /ait marcher avec ardeur dans la nouvelle route que nous avons prise. De même qu'une personne qui a mis un habit neuf prend toutes sortes de précautions pour ne pas le tacher ; ainsi une âme fevêtue par ce moyen de la grâce sanctifiante , se tient sur ses gardes pour ne pas souiller de nouveau son cosur. Combien et combien qui sont parvenus par ce moyen à réformer parfaitement leur vie , et à se délivrer de ces vices et de ces mauvaises habitudes qui auparavant leur paraissaient incurables ! Et l'expérience ellemême prouve qu'on ne réussit jamais bien à quitter le péché et à embrasser la vertu , si on ne commence par une telle confession. Voilà pourquoi les maîtres de la vie spirituelle en font tant d'éloges et la recommandent si instamment, Saint Vincent de Pauî la conseillait beaucoup , et saint François de Sales la recommande à sa Philothée comme le fondement d'une véritable conversion, pour quiconque veut se consacrer sincèrement à Dieu.
Mais pour en retirer les avantages dont on vient de parler , il ne faut pas la faire comme que ce soit. Pour vous à qui elle est nécessaire , si vous ne voulez pas perdre votre temps et votre peine , fatiguer inutilement votre confesseur , et vous mettre dans un plus mauvais état encore , c'est-à-dire , dans une fausse et dangereuse sécurité , vous devez mettre à cette confession toute l'application dont vous êtes capable , et ne rien épargner pour en obtenir les fruits que vous en attendez.
L'expérience nous prouve, avec la dernière évidence , que les confessions générales faites à la hâte et sans une préparation convenable , sont plus nuisibles qu'utiles. Et pourquoi? Parce qu'ensuite on a coutume de compter beaucoup, quoique sans aucun fondement, sur cette confession. Sous prétexte qu'on c. fait une revue générale , on oublie tous les péchés de sa vie passée et on n'y pense plus du tout : mais quel fond pouvez-vous faire sur une pareille confession, puisque, par la manière dont vous l'avez faite, vous avez autant de raisons débouter de celle-ci que de toutes les autres. Il est donc bien important de la faire avec beaucoup de
soin afin qu'il ne vous reste ancune inquiétude sur la cOngrfénce. C'est alors que vous en recueillerez les avantages dont je vous al | : il ié.
nfin il ne faut pas vous laisser effrayer par les difficultés de cette entreprise. Beaucoup de personnes s'épouvantent au nom seul de confession généralerelles la regardent comme une entreprise difficile et même impossible ; voilà pourquoi elles refusent de la faire. .Mais ce n'est là qu'un vain épouvantai!.
Et d'abord les difficultés que vous appréhendez ne sauraient être la contrition et le bon propos ; car ces actes sont les mêmes dans la confession générale que dans toutes les autres ; et il est même d'autant plus facile de les exciter en soi par cette confession , que , comme je le disais tout-à-1'heure , elle porte vos regards effrayés et confus sur la totalité des fautes que vous avez commises. La seule difficulté, c'est donc l'examen et la recherche des fautes qu'il faut accuser , fautes qui sont de différents genres , et qui ont été commises dans les diverses circonstances et dans les divers âges de votre vie. Comment en effet débrouiller ce chaos inextricable de péchés? comment expliquer celte multitude infinie de fautes ?
Mais d'abord rappelez-vous que vous n'êtes pas obligé à l'impossible ; dans le cas où vous oublieriez quelque chose sans qu'il y eût de votre faute, cela n'empêcherait certainement pas votre réconciliation avec Dieu.
11 faut ensuite remarquer qu'en vous mettant entre les mains d'un bon confesseur, il vous rendra, par ses questions , cette entreprise beaucoup plus facile. Quoique vous ne deviez pas vous reposer sur ce prétexte pour négliger votre examen , cependant, après que vous avez fait ce qui dépend de vous, les interrogations de votre confesseur peuvent vous être d'un très-grand secours, pour vous aider à trouver les fautes que vous n'avez pas su ou pu apercevoir.
Remarquez enfin que si Dieu n'exige pas de nous une précision mathématique , même dans les confessions ordinaires , à plus forte raison ne l'exige-t-il pas dans une confession générale. Ainsi un confesseur qui connaît son devoir n'ira pas vous tourmenter inutilement pour obtenir une accusation matériellement exacte et minutieuse de vos péchés. Il faut qu'il connaisse l'ensemble de votre \;e, et il peut le connaître suiïisament en peu de mots. Il y a une foule de fautes que vous déclarez, et une foule d'autres que comprend nécessairement, quoiqu'elles ne soient pas exprimées , un
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confesseur qui connaît la nature du cœur humain et les suites iné*
vilables de certaines liaisons et de certaines passions.
D'après ces observations, il me semble [que c'est là une affaire dont tout le monde est capable, lors même qu'il s'agirait d'une confession, non d'un an, mais d'un siècle. Bannissez donc toutes ces difficultés que le démon grossit à votre imagination pour vous détourner de la confession générale.
Si cette confession vous est nécessaire , plus vous la renvoyez „ plus elle devient difficile. Le voyageur qui doit sur sa route franchir un torrent , et qui trouvant le gué trop difficile , se dit en lui-même, je le passerai plus lard , trouve enfin les eaux tellement grossies qu'il desespère de pouvoir le passer. Ainsi en sera-t-il de vous, si tous différez de la sorte : les embarras de votre conscience s'accroîtront à tel point que vous ne saurez plus par où commencer.
Si cette confession ne vous est pas nécessaire, mais seulement Utile, vous ne devez pas encore la laisser à cause des difficultés que vous y rencontrerez ; vous devez au contraire considérer que vous serez amplement dédommagé de la peine que vous vous serez donnée, par les consolations que vous en retirerez pendant toute votre vie , et surtout à l'article de la mort.
Oh ! quel soulagement pour votre cœur à la fin de votre vie , lorsque vous viendrez à réfléchir que vous avez d'avance réglé toutes les affaires de votre conscience ! quelle consolation alors pour vous tous de pouvoir dire : Omnia composni; il n'y a pas longtemps qu'avec le secours de mon confesseirr , j'ai tout réparé ! Comparez, mes chers frères, ces délicieux sentiments, avec les pensées déchirantes qu'éprouve une personne qui, sur le seuil de l'éternité, voit sa vie souillée de* péchés graves, sans trouver un motif de confiance, pas même dans ses confessions qui au contraire sont pour elle un nouveau sujet d'angoisses et de terreurs.
Quiconque a un peu de religion voudrait, à ce moment décisif, faire une confession générale ; mais est-il toujours possible alors de la faire ! Et lors même qu'on le pourrait, ne scra-t-elle pas alors toujours plus difficile et moins méritoire ? Si donc vous remarquez, d'après ce que nous venons de dire, qu'elle vous est utile et à plus forte raison si elle vous est nécessaire , ne la renvoyés pas davantage ; faites-la maintenant , puisque vous en avez le loisir, que vous pouvez la faire avec soin , ayant une parfaite liberté d'esprit, avec moins de difficulté , avec plus de mérites eî avec plus de fruit.
voilà ce que j'avais à vous dire sur cette matière ; tâchez de vous l'appliquer et d'en tirer votre profit pour, le bien de votre