‹ Cours d'instructions familières (volume 2)Chapitre 23 sur 43 · INSTRUCTION XXVI · texte numérisé non relu

INSTRUCTION XXVI

Sur le choix d'un confesseur.

Le fruit de notre confession dépend en grande partie de la qualité du ministre auquel nous confions le soin et la direction de notre âme. Mais sur ce point un grand nombre se laissent conduire par le hasard ou par des intentions mauvaises. Se laissent conduire par le hasard , ceux qui vont de côté et d'autre, s'adressant tantôt à celui-ci, tantôt à celui-là, et ne se fixant jamais à aucun ; agissent avec des intentions mauvaises , ceux qui cherchent le guide le moins capable de les conduire. Devraî-je vous laisser dans 'illusion sur un point si important? ne dois-jepas au contraire vous inspirer une juste défiance de votre conduite ? Voici donc quelques avis à cet égard.

La première chose que je vous conseille, c'est d'avoir un directeur fixe et stable , et de vous en tenir autant que possible à un seul. Je ne veux pas vous dire qu'il ne soit jamais permis d'en changer : Vous devez au contraire vous adresser à un autre toutes les fois que le vôtre ne peut plus vous convenir, par exemple , parce que vous n'auriez pas la force de lui déclarer franchement vos fautes, ou pour tout autre motif; quand il n'est pas libre oa qu'il est absent , et surtout quand il est du caractère de ceux dont je parlerai tout à l'heure.

Je suis loin de. vous dire , qu'absolument parlant vous ne puissiez faire de bonnes confessions , en changeant de confesseur. Je sais au contraire que ce sont les dispositions du pénitent qui produisent et assurent l'effet du sacrement ; mais comme les soins du confesseur sont d'un puissant secours pour obtenir ces dispositions , surtout par rapport aux personnes ignorantes et peu instruites , je dis que c'est un grand avantage, soit pendant la vie soit à la mort, d'avoir toujours le même confesseur.

198 pa:\t. iv. i.vsr. xxyi.

Pendant la vie : car plus le confesseur nous connaît, plus il est à même de bien nous diriger. Il en est des maladies de l'âme comme de celles du corps. Si un médecin n'est pas arrivé, par une lo expérience , à la connaissance pratique du tempérament et des habitudes d'un malade , il agira au hasard , et souvent il lui prescrira des remèdes qui lui seront nuisibles ; de môme si vous allez , montrer vos plaies spirituelles , tantût à un confesseur, tantôt à un autre , aucun ne parviendra à connaître à fond votre état , et par conséquent aucun ne parviendra à vous guérir radicalement. Au contraire en vous confessant à un seul , celui-ci ayant sous les yeux la suite de toutes vos confessions , et connaissant toutes les affections bonnes et mauvaises de voire âme , pourra facilement connaître et vous prescrire les remèdes pour vous sortir du péché et vous affermir dans la vertu.

Cela est d'autant plus vrai , que c'est aussi votre sentiment quand il est question des affaires temporelles. Vous ne changez pas de médecin pour votre corps , sous le prétexte que le vôtre a la counaissance et la pratique de votre tempérament et de votre constitution ; vous ne cherchez pas un autre agent ou un autre procureur, par la raison quo votre procureur ordinaire est trop au courant de vos affaires ; vous ne prenez pas un autre domestique , parce que le vôtre connaît trop votre caractère.

Pourquoi donc ce motif suffirait-il quand il est question du salut de votre âme , pour vous faire changer de confesseur ? Le soin de votre âme est-il une affaire plus facile ou moins importante que le soin de votre corps et de vos intérêts temporels ? n'est-ce pas là traiter les intérêts de votre âme avec trop d'indifférence, et leur refuser la préférence qu'ils méritent sur tous les autres ?

Mais les avantages d'un confesseur stable se foni surtout senîir à la mort, dans ce moment où il est si important d'êire puissamment et efficacement assisté et consolé !

Quel malheur en effet d'être obligé de se confesser à la mort, à un prêtre qui n'a jamais connu notre conscience pendant la vie? Le confesseur se trouve alors dans un grand embarras et le pénitent dans un grand danger ; car le pénitent ne peut avoir confiance à son confesseur, ni le confesseur en son pénitent. Il faudra tout au moins perdre beaucoup plus de temps et faire un bien plus long examen : temps que la violence du mal n'accorde pas toujours, ei. examen que l'état du malade ne permet souvent pas non plu:. Au ,r.,... ..;..., ( ,„■'„ consolation d'avoir no:ir confesseur à la mors

celui qui nous a dirigés pendant la vie? Lors même que MMgf pourriez vous expliquer parfaitement, vous pourriez néanmo* vous faire aisément comprendre à celui qui est au courant de' votre conscience; et, s'il vous arrivait d'avoir alors quelques doutes sur la validité de vos confessions passées, par défaut d» douleurs et de bon propos, vous ne seriez pas obligé de redire vos péchés pour cela, il suffirait de les accuser en génén«« Voyez donc combien il importe et pendant la vie et à la mort d'avoir un confesseur stable et habituel.

Il ne servirait cependant de riea d'avoir un confesseur stable, si nous n'avions pas soin de le bien choisir. Ce serait encore le pire de tous les maux d'avoir pour directeur ordinaire un mauvais confesseur, car ce serait nous égarer continuellemet et irréparablement.

Vous vous tenez en parfaite sûreté, vous abandonnant à la conduite du premier venu, pourvu qu'il soit approuvé pour recevoir les confessions ; mais vous êtes dans Terreur. Cette entière confiance ne repose sur aucun fondement; car, quoiqu'il soit vrai de diro que Jésus-Christ a donné à tous les prêtres le pouvoir de remettra les péchés, cependant ce pouvoir a des limites au-delà desquelles il ne sert plus de rien. Et Jésus-Christ ne fîous a-t-il pas avertis luimême que dans les voies du salut tous les guides ne sont pas également bons, mais que plusieurs nous conduisent dans les précipices : Si cœcus cœco ducatum preestat, nonne ambo in foveam cadunt {t. Joan. iv, 1) ? Ne nous a-t-il pas avertis enfin de nous tenir bien en garde contre les faux prophètes: Attendue à falsis prophetis (Matth. vu, 15) ? Or, quels sont ces guides trompeurs, ces esprits mensongers, ces faux prophètes? Selon le sentiment des interprètes, ce sont ces directeurs des consciences qui, au lieu de faire marcher dans la bonne voie les âmes qui leur sont confiées, les mènent à la perdition, ou par ignorance, ou par connivence, ou par une autre cause.

La vérité de ces paroles sacrées étant incontestable, la prudence chrétienne exige donc que, parmi ceux qui sont à votre disposition; vous choisissiez celui qui est le plus capable de vous bien conduire, à la vertu, à l'habileté et à la science duquel vous puissiez le mieux vous fier, autant du moins que vous pouvez en juger humainement. Car si vous réussissez mal, ce ne sera pas votre confesseur seulqui en subira les conséquences ; mais vous aussi vous les subirez avec

Vous ne pourrez pas vous excuser en disant que vous vous êtes trompé, puisque votre erreur est venue de ce que vous avez négligé les précautions que vous prenez pour tant d'autres choses bien moins importantes. En effet, si vous êtes gravement malades, il ne vous suffit pas, pour vous mettre entre les mains d'un homme, qu'il ait des patentes de docteur en médecine; mais vous vous informez soigneusement de la réputation dont il jouit. Pareillement si vous avez un procès important, vous ne prenez pas pour le défendre le premier avocat venu: mais vous cherchez le plus habile, celui qui est le plus capable de gagner votre cause. Bien plus, dans les travaux même ordinaires de la vie , vous ne prenez pas le premier ouvrier qui se présente. Cependant, vous savez bien que tous ceux-là sont approuves dans leur partie ; mais persuadés d'ailleurs que de telles approbations sont sujettes à l'erreur, sachant que tous n'ont pas la même habileté, qu'il s'introduit un grand nombre de personnes dans chaque profession sans avoir les qualités requises pour l'exercer , vous croyez ne devoir pas vous fier tellement au premier venu, et vous vous croyez au contraire obligés de faire votre choix avec beaucoup de soins.

En conséquence, si, dans ton* le reste, vous vous croyez obligés de choisir avec la prudence la plus attentive, comment pourriezvous vous dispenser de suivre celte règle, quand il est question de votre âme, quand le danger que vous courez est plus facile et le malheur qui vous menace infiniment plus grand ? Je vous le répète donc, si vous faites un mauvais choix par votre imprudence , les suites en retomberont aussi sur vous et vous ne pourrez vous excuser ni vous justifier sur votre bonne foi. C'est précisément ici que se vérifie l'oracle de Jésus-Christ : Si cœcus cœco dacatwn prœstat, ambo in foveam cadunt. Oh ! qu'ils sont grands, les dangers et les malheurs auxquels vous evpose un mauvais confes* seur ! Il vous déchargera de vos obligations essentielles, il vous laissera dans de mauvaises occasions, il vous donnera de mauvaises absolutions, il vous laissera immuablement dans vos défauts, et enfin, il vous inspirera une fausse sécurité qui vous conduira à la perdition.

Tout cela vous montre de quelle importance il est pour vous de faire un bon choix, et de ne prendre pour votre confesseur que celui que vous trouverez muni des qualités requises ; qui soit éclairé pour bien connaître voire état et vous donner les avis qui conviennent; prudent pour bien adapter sa direction 5 vos besoins parti*

culiers, sans se jeter dans les extrêmes ni dans une trop grande sévérité ni dans une trop grande indulgence ; qui enfin soit animé de l'esprit de Jésus-Christ et d'un vrai zèle pour la gloire de Dieu et pour le salut de votre âme. C'est cela seul qui peut le rendre plein de douceur et d'affection pour vous, tout en conservant la rigueur nécessaire.

Mais, me direz-vous, comment et à quelleg marques pourrai-jc distinguer ce confesseur habile et muni des qualités nécessaires, puisque ce n'est pas à moi à juger de ces qualités ?

Je vous dirai d'abord : mettez autant de soin à ce choix que vous en mettez à choisir un médecin, un avocat. Sans doute il ne vous appartient pas de juger de l'habileté d'un avocat, d'un médecin : cependant il ne vous manque pas de moyens et de marques pour rendre votre choix prudent, comme la réputation dont ils jouissent, le jugement des personnes éclairées, les succès de leur ministère. Prenez ici les mêmes moyens : Ex fructibus eorum cognoscetis eos ; vous pourrez les reconnaître par les doctrines qu'ils enseignent , par la vie qu'ils mènent, par la réputation dont ils jouissent , par les bons résultats qu'ils obtiennent dans leurs pénitents.

Ajoutez-y une prière fervente pour obtenir de Dieu qu'il vous éclaire dans ce choix. Il ne permettra pas qu'une personne qui le cherche avec sincérité et droiture de cœur, se trompe dans les voies du salut.

Le mal vient de ce que l'on ne cherche pas Dieu et son propre salut avec sincérité : on ne cherche qu'à endormir sa conscience par quelques démonstrations de religion et de bonne volonté. Ceus qui auraient le plus besoin d'une direction exacte et sévère, sont précisément ceux qui cherchent le plus à l'éviter. Et tandis que les âmes pieuses choisissent un directeur spirituel parmi les plus dignes et les plus renommés, les mauvais chrétiens, pour assurer leur damnation, choisissent celui qu'ils croient le plus indulgent, le plus relâché et le plus facile à donner l'absolution ; qui la donne tou' jours, dans tous les cas et à tous les pénitents qui se présentent, ré», cidifs, habitudinaires, vivant dans l'occasion, quels qu'i's soient. Ils ont coutume de dire qu'ils ne veulent pas des confesseurs rigoristes: accusation vague, confuse et mal déterminée. Il suffit qu'un confesseur dise franchement la vérité sur certains points qui attaquent au vif les passions des pénitents ; qu'il soit ferme pour exiger certains remèdes nécessaires, mais difficiles ; qu'il ne veuille pas hasarder l'absolution sans pouvoir juger avec fondement de la sin-

cérité des dispositions des pénitents, pour qu'aussitôt on le traite de rigoriste et qu'on le quitte pour toujours.

Mais cette accusation ne tombe pas tant sur le confesseur que sur Jésus-Christ lui-même. Et ne savez-vous pas que Jésus-Christ est le premier rigoriste? N'est-il pas le premier à dire que la voie de fa perdition est large et spacieuse, et que beaucoup la suivent, tandis que la voie qui conduit à la vie est étroite et que peu de personnes la trouvent ? Que pour y entrer il faut se faire violence à soi-même, porter sa croix à sa suite, haïr même, s'il le faut, son père et sa mère, s'arracher l'oeil, se couper la main et le pied quand ils sont pour nous une source de scandale ? Tous ces oracles et tant d'autres que j'omets pour être plus court, sont des oracles de l'évangile qui nous prouvent assez que l'esprit de l'évangile est plutôt un esprit de rigueur que de relâchement, et justifient pleinement la conduite de ces directeurs qui, avec de telles maximes sous les yeux, ne peuvent se plier à certaines exigences incompatibles avec la mo raie de Jésus-Christ.

Le confesseur devra-t-il donc porter au tribunal les maximes du monde qui ne connaît pas l'évangile et traite tout de scrupule et de préjugé ? Eh bien ! sachez que ceux même que l'on taxe de rigorisme, ont souvent à se reprocher devant Dieu une indulgence excessive à laquelle ils sont comme entraînés malgré eux, et jamais au contraire une rigueur excessive. Mais avant d'aller plus loin, écoutons un instant vos plaintes.

Que de fois, dites-vous, nous croyons d'aller recevoir l'absolution et on nous la refuse absolument ou bien on nous la diffère : voilà ce qui nous remplit de mauvaise humeur et de dépit ! — Ne jetez donc pas sur votre confesseur une faute qui vous appartient tout entière. Un pénitent qui a la contrition et les dispositions requises, a droit de recevoir l'absolution, et on ne peut la lui refuser sans injustice ; mais celui qui n'a pas ces dispositions, qui n'en donne aucune marque, est si loin de la mériter, que le confesseur même ferait un péché si , par un excès d'indulgence, il la lui accordait. Ne comprendrez-vous donc jamais que le confesseur n'est pas le maître de l'absolution et qu'il n'est pas libre de l'accorder ou de la refuser à son gré ; mais que cette absolution est un jugement qu'il doit prononcer et qui doit être fondé sur les dispositions qu'il voit dans son pénitent? Si donc il vous refuse ou vous diffère l'absolution, c'est qu'il ne vous trouve pas les dispositions suffisantes. Faudra-t-il que, pour vous donner une absolution qui ne vous servira de rien, il se

cbûrge lui-même d'un crime énorme? Portez au tribunal les dispositions requises, et vous recevrez l'absolution.

— Mais, répliquez-vous, je suis bien disposé, j'ai la contrition, fai le ferme-propos de ne plus pécher ; malgré cela mon confesseur ne veut pas me croire.

— Justement il ne vous croit pas, parce qu'il voit en vous des preuves évidentes que vous n'avez pas ces dispositions que vous prétendez avoir. Ces mêmes protestations, vous les avez déjà faites mille fois ; et cependant vous êtes toujours retombé dans les mêmes fautes, dans des fautes aussi graves, aussi volontaires et aussi nombreuses qu'auparavant. Le confesseur peut-il se fier à un homme qui a déjà tant de fois manqué aux promesses qu'il a faites à Dieu ? Vous-même ▼ous tieriez-vous à quelqu'un qui vous aurait déjà si souvent manqué de parole ? Et vous voudriez que votre confesseur crût à la vôtre, après que vous y avez manqué des milliers de fois?

— Si on me donnait l'absolution, dites-vous encore,/^ m'en irais Tpluscontent et ce seraitbien mieux pour moi. — Erreur, chrétiens, erreur; ce serait pour vous un véritable malheur, comme ce serais un malheur pour un malade, de rencontrer un médecin qui lui laisserait ignorer sou mal, qui se conten.erait de le visiter et de lui prescrire un régime et des remèdes, et resterait indifférent sur sa conduite, qui garderait le silence ou ne l'avertirait que faiblement lorsqu'il lui verrait faire des excès qui aggravent son mal et vont le conduire au tombeau. Quelle différence, je vous prie, y a-t-il entre ces deux cas? et puisqu'un pareil médecin ne vous conviendrait pas pour le corps, pourquoi vous conviendrait-il pour l'âme ? La rigueur et la fermeté dans ce cas, soit de la part du médecin, soit de la part du confesseur, n'est-elle pas une obligation et un devoir de charité?

En un mot, tous ceux, et ils ne sont pas rares, qui se mettent à contester et à plaider avec leur confesseur, qui courent de côté et d'autre pour accrocher une absolution dont ils sont indignes, ne sont pas des gens qui cherchent sincèrement leur salut. Ce sont des gens qui cherchent à $« tromper, qui aiment à être trompés; il n'est donc pas étonnant qu'ils trouvent ce qu'ils cherchent, qu'ils soient réellement trompés et que Dieu les abandonne à une fausse direction qui les conduit insensiblement à l'enfer. Semblables à Aohab, comme lui, ils arrivent à une fin aussi déplorable. Ecoutez ce fait, il ne saurait être plus instructif.

Achab, roi d'Israël, conçut le projet de déclarer la guerre à Bénadab, roi de Syrie; mais avant de l'entreprendre, i! alla consulter

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les prophètes sur le succès de son expédition. Quatre cents prophètes réunis autour de lui, lui promettent la victoire , le prophète Michée cependant, et lui seul, lui prédit des malheurs. Mais celui-ci était un vrai prophète, un homme divinement inspiré de Dieu et qui ne savait pas dissimuler la vérité, quelque dure et quelque désagréable qu'elle fût : aussi le monarque détestait-il le prophète rigide et austère qui ne savait lui prédire que des malheurs : Prophetat mihi semper malum ; tandis que les premiers étaient de faux prophètes, des prophètes de Baal, une troupe de menteurs et d'adulateurs vils et méprisables. Le sentiment des premiers pré- Taîut donc sur l'esprit du roi qui aimait mieux entendre un mensonge agréable qu'une vérité qui le choquait.

Hélas ! l'infortuné, il apprit, sur le champ de bataille, combien Il avait su tort de se fier à eux ; mais c'était trop tard : il vit son armée enpleine déroute ; lui-même, frappé à l'improviste d'un coup mortel, perdit tout à la fois et la couronne et la vie. (III. Reg. , xxn.)

Voilà ce qui vous arrivera , à vous qui cherchez des directeur» selon votre goût et non selon la conscience et la vérité, qui vous éloignez des meilleurs confeiseurs, de ces Michées francs et sincères que Dieu vous avait préparés pour votre bien, mais que vous quittez bientôt pour ne plus retourner à eux. Vous reconnaîtrez un jour, mais trop tard, combien vous avez mal choisi, alors qu'aux pieds du souverain juge, vous verrez avec étonnement tant de réparations que vous deviez faire et que vous avez négligées ; tant d'occasions coupables que vous deviez quitter et dans lesquelles vous êtes demeurés ; tant de mauvaises habitudes que vous deviez détruire et que vous avez conservées ; tant de confessions et de communions que vous avez faites par routine et par habitude, sans la moindre disposition et qui ont été indignes et sacrilèges; lorsque vous verrez, en nn mot, votre perte consommée sans retour ; et tout cela en conséquence d'une mauvaise direction que vous avez voulue et cherchée à dessein.

Pensons-y sérieusement, aujourd'huiqu'il en est encore temps, afin de ne pas répéter inutilement alors : Ergo erravimus. Chacun veut se sauver, mais on veut se sauvera sa manière et non pas selon la volonté de Dieu. Voilà pourquoi on fait violence à la loi de Dieu pour l'interpréter «>elon ses inclinations, on fait violence à sa conscience pour étouffer ses cris; et enfin on va jusqu'à faire violence aux confesseurs en n'en cherchant, contre toute raison, que de faciles, d'indulgents et de relâchés. En un mot il faut que tout se plie

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à nos caprices. Mais peine inutile, vains efforts, prétention fatale! puisque les dispositions de Dieu, par rapport à notre salut, sont immuables, inflexibles et incapables de se plier à tous ces expédients.

Si nous tenons sérieusement à notre salut, prenons d'autres mesures, et soyons bien persuadés qu'un bon confesseur nous est un puissant secours pour le salut, comme un mauvais confesseur est un grand obstacle ; n'épargnons rien pour faire un bon choix ; adressons-nous de préférence à ceux qui, zélés pour nous éclairer, nous convertir et nous sauver, nous disent franchement la vérité, nous inspirent une crainte et un trouble salutaire, mettent un terme à nos péchés et nous assujettissent à une obéissance exacte. Qu'importe qu'un pareil confesseur vous gronde., vous réprimande et vous éprouve quelquefois ? Sa rigueur est une rigueur charitabie, elle vient d'un amour sincère de votre bien et par conséquent elle sera toujours accompagnée d'un véritable esprit de douceur et de charité. S'il tient fortement à ne pas manquer à ses devoirs et à ne pas compromettre son salut en compromettant le vôtre, il aura aussi assez de bonté pour ne pas vous rebuter par des duretés irritantes, pour ne pas vous abattre et vous décourager.

Mais lorsqu'un jour vous vous trouverez au port du salut, oh ! alors, comme vous bénirez pendant toute l'éternité les soins, la sévérité et le zèie de ce bon confesseur qui , comme un ange gardien, vous a dirigé sur la route du ciel et vous a conduit au salul éternel !

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