INSTRUCTION XXVII
De l'E:i liaristie.— Son Institution.
J'ai dû vous parler fort au long du sacrement de pénitence., îj cause de son importance et de sa nécessité, et à cause aussi des nombreux abus dans lesquels une multitude de chrétiens tombent ordinairement en cette matière ; je pa;se maintenant au sacrement de l'eucharistie.
I! semble que j'aurais dû le traiter le premier, pour suivre l'or«
dre ordinaire des catéchismes ; car comme la nourriture, selon l'ordre naturel précède les remèdes et que ceux-ci ne sont nécessaires qu'en cas de maladie ; ainsi le sacrement de l'eucharistie qui est l'aliment spirituel de notre âme devrait aller avant la pénitence qui n'en est que le remède. Mais les maladies de l'âme étant malheureusement plus fréquentes que celles du corps, et d'ailleurs une âme, malade et même morte par le péché mortel, ne pouvant prendre avec fruit la nourriture eucharistique, à moins qu'elle n'ait été auparavant guérie et rendue à la vie par la pénitence, il convenait déparier d'akord de celui qui doit servir de préparation à l'autre.
J'entreprends donc de vous expliquer le sacrement de l'eucharistie qui est destiné à affermir en nous la vie spirituelle que nous avons reçue dans le tribunal de la pénitence, le sacrement le plus auguste, le plus saint, le sacre ::ent par excellence ; sacrement qui renferme les mystères les plus étonnants de la sagesse infinie de Dieu, les traits les plus merveilleux de sa toute puissance, les inventions les plus admirables de sa bonté, sacrement enfin dans lequel Jésus-Christ, selon l'expression du Prophète, a renfermé et réuni toutes ses merveilles : Memoriam fecit miraiilium suorum misericors et miserator Dominus, escam dédit limenlibus se (Ps. lxl, 4 ). Nous allons traiter successivement dans les articles suivants :
1° De l'institution de ce sacrement et des diverses parties qui le composent et le constituent à l'état de sacrement ;
2° Des principales vérités de foi que nous devpns croire sur ce mystère ;
3° Des diverses fins pour lesquelles il a été établi, surtout de la sainte communion ;
h° Des dispositions nécessaires pour le recevoir avec fruit;
5° Des effets admirables qu'il produit dans nos âmes et en conséquence du fréquent usage que nous devons en faire : voilà tout ce que nous aurons à traiter.
Qu'est-ce donc que le sacrement de l'eucharistie? C'est un sacrement qui contient réellement et en vérité le corps, le sang, l'âme et la divinité de notre Seigneur Jésus-Clirist, sous les espèces du pain et du vin.
Ce sacrement, comme vous le savez, a été institué par Jésus- Christ dans la dernière cène qu'il fit avec ses apôtres, la veille de sa passion : Pridiè quàm pateretur.
Nous lisons dans les évangiles qu'après avoir mangé l'agneau
paschal qui était la figure de ce sacrement, il se leva de table pour leur laver les pieds ; il se remit ensuite à table, prit du pain et élevant les yeux au ciel, il le bénit, le rompit et le donna h ses disciples, en disant: prenez et mangez : ceci est mon corps, accipile et manducate: hoc est corpus meum. Il prit ensuite une coupe de vin, la bénit et la présenta aux mêmes disciples en leur disant : prenez et buvez en tous : ceci est mon sang: accipite et bibite ex hoc omnes : hic est calix sanguinis mei (Matt. xxvi, 26 ; I. Cor. xi, 25). Ce fut alors que fut consacrée pour la première fois la sainte eucharistie. Les paroles prononcées par Jésus-Christ opérèrent invisiblement le grand miracle ; elles changèrent le pain et le vin en son corps et en son sang.
Mais comme ce miracle devait se perpétuer dans l'église, Jésus- Christ donna à ses apôtres et dans leur personne aux évêques et aux prêtres leurs successeurs, le pouvoir de faire, jusqu'à la fin du monde, ce qu'il venait de faire lui-même ; il leur communiqua ce pouvoir par ces paroles : Hoc facile in meam comme?norationem; ce qui veut dire, je vous donne le pouvoir de faire à perpétuité ce que vous m'avez vu faire; bénissez, en mon nom, le pain et le vin; dites les mêmes paroles que j'ai dites ; et ces paroles que vous prononcerez en mon nom, auront, dans votre bouche, la même vertu qu'elles ont eue dans la mienne : Hoc facile in meam commemo rationem.
Voilà les ordres que Jésus-Christ donna à ses apôtres en les or* donnant alors prêtres du nouveau testament, et en leur prescrivant la matière et la forme dont ils devaient se servir. Aussi la consécration se fait encore aujourd'hui, à la sainte Messe, de la même manière que Jésus-Christ la fit en instituant ce sacrement: le prêtre prend la même matière dont se servit Jésus-Christ, c'est-à-dire, du pair, et du vin, il prononce les mêmes paroles qu'il employa et qui constituent la forme du sacrement, ceci est mon corps, ceci est mon sang : et c'est par la vertu de ces paroles que cet adorable mystère se renouvelle chaque jour et se perpétue sur nos autels.
Voilà le mystère que l'Ecriture et les saints Pères appellent le mystère par excellence, le mystère de la foi, mysterium fidei : et avec raison; car nul d'entre les mystères n'exerce notre foi comme celui-ci, à cause des merveilles qu'il renferme en lui-même. Vous allez en voir la preuve, chrétiens, dans la courte exposition que je vais vous offrir de toutes les vérités que l'Eglise catholique nouf
propose à croire sur ce sacrement : je dis à croire, remarquet-le bien, et non pas à discuter et à examiner.
La première vérité est la présence réelle de Jésus-Christ dans l'Eucharistie , c'est-à-dire, qu'en vertu des paroles de la consécration prononcées par le prêtre sur le pain et le vin , Jésus-Christ devient réellement présent, non pas en figure comme le prétendent les calvinistes, mais véritablement, réellement, corporellement et substantiellement ; Jésus-Christ lui-même, le Fils de Dieu, vrai Dieu et vrai homme ; oui, ce même Jésus-Christ qui est né dans les entrailles virginales de Marie, qui est mort sur la croix, qui est ressuscité et qui est maintenant glorieusement assis à la droite de son divin Père. Nous sommes certains de cette vérité et par les paroles personnelles du Sauveur quand il promit d'instituer ce sacrement et par les paroles dont il se servit au moment où il l'institua.
Je dis premièrement lorsqu'il promit d'instituer ce sacrement. Jésus-Christ, après la multiplication miraculeuse des pains dans le désert, en prit occasion d'élever la foule, étonnée d'un tel prodige, à la considération d'un prodige infiniment plus merveilleux, d'un autre pain non corporel , mais spirituel et divin qu'il avait dessein de leur donner un jour, et ce pain, c'était lui-même. Je suis, leur dit-il, le pain vivant descendu du ciel ; je vous le donnerai et ce pain sera ma chair même que je dois offrir pour le salut du monde : Panis quem ego dabo, caro mea est pro mundi vitâ (Joan. vi, 52.) Ces paroles furent prises si littéralement que ses auditeur? étonnés et surpris se disaient les uns aux autres : cet homme rêve ou il radote ; comment est-il possible qu'il nous donne sa chair à manger : Quomodô potest hic nobis dare carnem suam ad manducandum ?
Mais Jésus-Christ, bien loin de leur répondre que ces paroles devaient être prises dans un sens figuré et non dans leur sens littéral, insiste de nouveau, et répétant encore avec plus de force ce qu'ij avait dit, il ajoute: Amen, amen, dico vobis ; nisi manducave» ritis carnem Filii hominis, et biberitis cjus sanguinem, nonhabebitis vilain in vobis ; en vérité, en vérité, je vous le dis : si vous ne mangez la chair du Fils de l'homme et si vous ne buvez son sang, vous n'aurez pas la vie en vous. Et même il répète et confirme encore plusieurs fois la même vérité par la suite ; celui qui mange ma chair et qui boit mon sang a la vie éternelle, parce que ma chair est vraiment une nourriture et mon sana est vraiment un brewvaffei
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Qui manducat meam carnem et biblt meum sangiiinem , in me inanet et ego in eo ; nous inculquant ainsi de nouveau plus fortement encore la même vérité.
En second lieu, les paroles dont Jésus-Christ s'est servi en l'instituant, ne sauraient être ni plus claires, ni plus formelles. Il ne dit pas : Prenez et mangez, ceci est la figure de mon corps ; mais il dit : Ceci est?non corps. Et pour être encore plus explicite, il ajoute qu'il leur donnait ce même corps qui allait bientôt être immolé et ce même sang qui allait être répandu pour la rémission des péchés : Corpus qnod pro vobis tradetur, sanguis qui pro vobis ejj'undetur, Or, le sacrifice de non corps et l'effusion de son sang sur la croix ayant été certainement très-réels, c'est aussi véritablement et réellement que ce corps et ce sang nous sont donnés dans la trèssainte Eucharistie. Il était donc impossible d'exprimer plus claire* ment la présence réelle de Jésus-Christ dans ce divin sacrement ; et le Sauveur ne pouvait non plus s'expliquer en termes plus formels, pour manifester l'intention qu'il avait de l'établir.
De cette première vérité concluez combien ce sacrement est audessus de tous les autres : son excellence ne souffre pas de compa raison: car les autres sacrements contiennent la grâce de Jésus" Christ diversement modifiée selon les diverses fins des sacrements mêmes, tandis que celui-ci contient l'auteur même de la grâce. Si les autres sont les canaux de la grâce, celui-ci en est le principe et la source.
2° N'allez pas croi e non plus, selon l'erreur condamnée par l'Eglise dans les luthériens, que le pain et le vin subsistent encore après la consécration conjointement avec le corps et le sang de Jésus- Christ. Non, sans doute; et c'est la seconde vérité que nous devons croire sur ce mystère. L'Eglise nous enseigne que par la consécration toute la substance du pain et du vin est détruite, et qu'elle est changée en la substance du corps et du sang de Jésus-Christ.
Mais que resle-t-il donc du pain et du vin ? Il n'en reste que les accidents, les qualités sensibles, je veux dire la figure, l'odeur, la couleur et la saveur. Si nous consultons nos sens, la vue, le tact, le goût,, l'odorat, il nous semble qu'il y a encore du pain et du vin; mais la foi nous apprend que ce qui paraît à nos yeux du pain et du vin, n'est plus du pain et du vin, mais le corps même de Jésus- Christ. C'est là le merveillewx changement que l'on appelle, avec une parfaite exactitude, transubstantiation, c'est-à-dire, changement d'une substance en une au're, changement prouvé incontestable iv. u
210 PART. IV. INST. Xifll.
ment par les paroles mêmes de Jésus-Christ que.j'ai déjà rapportées ; car Jésus-Christ ne dit pas : dans ce pain et dans ce vin est mon corps ; mais, ceci est mon corps.
Et ce changement ne doit pas nous paraître impossible ; car si Dieu a pu changer la femme de Loth en statue de sel, la verge d'Aaron en serpent^ les eaux de l'Egypte en sang et l'eau en vin aux noces de Cana, pourquoi ne pourra-t-il pas faire un pareil changement ? Ainsi, dit saint Ambroise, à ce sujet, si nous croyons que Dieu a pu faire toutes les choses de rien, ne devons-nous pas croire plus facilement qu'il peut changer une substance en une autre ? Si le pain et le vin, par une vertu naturelle et incompréhensible, se changent tous les jours au corps et au sang de celui qui les mange et les boit, pourquoi ne voudrons-nous pas croire que par la toute-puissance de Dieu, ils se chaugent au corps et au sang de Jésus-Christ.
Cette seconde vérité nous fournira l'occasion de remarquer une double différence qui e.\iste entre l'eucharistie et les autres sacrements.
La première, c'est que dans les autres sacrements la matière n'éprouve pas de changement, elle reste toujours la même, commf l'eau dans le baptême , l'huile dans l'extrêine-onction , etc., tandis que dans celui-ci la matière est changée en la substance du corps et du sang de Jésus-Christ, et il ne reste du pain et du vin que les seules qualités sensibles.
La seconde, c'est que les autres sacrements consistent dans une action transitoire, et ils n'existent, h proprement parler, qu'au moment où ils sont administrés ou reçus , tandis que celui-ci est un sacrement permanent. Le pain et le vin ayant été changés au corps et au sang de Jésus-Christ au moment où le prêtre prononce les paroles de la consécration , une fois ce changement opéré , Jésu» Christ resie sous les espèces du pain et du vin tant qu'elles subsistent elles-mêmes : sa présence réelle est tellement liée à ces accidents, qu'il ne cesse d'y être que lorsque ces accidents eux-mêmes sont détruits ou altérés au point que le pain ne puisse plus être appelé du pain, et que le vin ne puisse plu> être appelé du vin.
Puisque Jésus-Chrisi reste présent, d'une manière permanente, dans l'Eucharistie , sous les espèces sacramentelles , nous sommes donc obligés de l'adorer par un vrai culte intérieur et extérieur de latrie. En effet, si nous l'adorons dans la crèche ou sur la croix, à plus forte raison devons-nous l'adorer dans l'eucharistie, où il ré-
3k?e réellement avec toute la plénitude de sa divinité,, tout en mas rappelant cependant que nos adorations ne se rapportent pas aux espèces sacramentelles ,mais à Jésus-Christ qui est caché sous ces espèces.
La troisième vérité, c'est que Jésus-Christ est tout entier et dans l'hostie et dans le calice , et sous les espèces du pain et sous les espèces du vin, mais pour une raison différente.
Je m'explique : en vertu précisément des paroles de la consécration, qui n'opèrent que ce qu'elles signifient, le pain se change au corps seul et le vin au sang seul ; mais comme dans l'eucharistie Jésus-Christ est vivant, glorieux et immortel, ainsi par une concomitance naturelle, dans l'hostie, avec le corps se trouvent aussi le sang et l'âme, comme dans le calice, avec le sang, se trouvent aussi le corps et l'âme ; et enfin , par suite de l'union hypostatique de l'humanité avec la divinité, Jésus-Christ s'y trouve aussi tout entier et comme Dieu et comme homme.
Déplus, Jésus-Christ est non-seulement tout entier sous chacune des espèces, mais encore sous la moindre particule de ces espèces, comme notre âme qui est tiut entière et d'une manière indivisible dans tout notre corps et dans chaque partie de notre corps. Cette vérité se déduit clairement de l'Evangile , puisque Jésus-Christ ne consacra pas séparément toutes les portions avec lesquelles il communia les apôtres : mais il consacra en une fois toute la quantité nécessaire pour les communier tous ; et cependant il dit. à chacun d'eux qu'il recevait sa divine personne.
Il suit de là qu'en divisant l'hostie on divise bien les espèces, mais on ne divise pas le corps de Jésus-Christ, et qu'il reste toujours tout entier, et que vous le recevez aussi tout entier lors même que vous ne recevriez qu'une très-petite partie d'une hostie consacrée.
Oh ! quelabîme de mystères ne renferme donc pas ce divin sacrement ! Et avec combien de raison il est appelé par l'Eglise le mystère de la foi par excellence : mysterium (idei! En effet , dans les autres sacrements nous croyons ce que nous ne voyons pas , et ici nous devons croire non-seulement ce que nous ne voyons pas, mais encore le contraire de ce' que nous voyons^ Nous devons croire qu'à l'articulation d»e quelques paroles :
1° Toute la substance du pain et du vin est détruite sans qu'il f ait aucun changement dans leurs accidents ;
26 Que ces accidents subsistent sans l'appui de leur substance, et
212 paut. iv. i>st. xxvir.
opèrent tons les effets de cette substance même qui n'existe plus : on voit du pain, et il n'y en a point; on goûte du pain , et il n'y en t point ; on voit toutes les circonstances qui conservent , altèrent et corrompent le pain, et il n'y a point de pain;
3° Que le corps et le sang de Jésus-Christ, vrai Dieu et vrai homme, sont substituée à la substance du pain et du vin ;
4° Que le corps de Jésus-Christ, sans se rapetisser en rien , est renfermé dans le court espace d'une particule , et même, qu'à la manière des esprits, il y est tellement dans sa véritable substance, qu'il est tout entier dans chaque partie de l'hostie et du vin consacrés ;
5° Enfin que le même corps de Jésus-Christ restant toujours un seul corps, sans se multiplier , est en même temps dans le ciel et dans l'hostie, et même dans tous les lieux où l'on conserve des hosties consacrées.
Voilà une suite de miracle» d'autant pics certains pour notre foi , qu'ils sont plus supérieurs à notre intelligence et à notre capacité.
Mais quoi cependant , oserons-nous révoquer en doute ou refuser de croire ce que Dieu lui-même nous propose à croire ? Quelle idée nous formons-nous de Dieu , de sa sagesse , de sa véracité , de sa toute-puissance , de ce qu'il est ? Si les difficultés que notre faible raison trouve dans ce mystère étaient une raison suffisante pour ne pas le croire , nous devrions donc aussi nier tant d'autres articles qui ne sont pas moins incompréhensibles, comme la trinité , l'incarnation , la résurrection des corps et même tant d'autres vérités naturelles très- certaines, mais inexplicables. Ou il ne faut rien croire de ce qui surpasse notre raison, ou bien il faut se soumettre en tout à l'autorité de Dieu. Mais ne rien croire de ce qui surpasse notre raison , ce serait renoncer à l'évidence d'une foule de choses qu'on ne peut nier, quoiqu'on ne puisse les expliquer ; ce serait mettre des bornes à la puissance de Dieu qui peut tout : or, elle pourrait bien peu de chose si elle ne pouvait faire que ce qui est à la portée de notre intelligence.
Oui, dès que Dieu a clairement révélé une vérité , que vous la compreniez ou que vous ne la compreniez pas, il ne vous reste d'autre parti à prendre que de la croire , et c'est le seul parti raisonnable; car si les vérités qui sont proposées à notre foi sont obscures et impénétrables en elles-mêmes , elles ne laissent pas que d'être claires et très-lumineuses par la preuve extérieure sur laquelle elles reposent , je veux dire la révélation dàrine , ou l'infail-
libilité de la parole de Dieu. Résister à nne pareille autorité, serai! une affreuse témérité et le plus grand abus que nous puissions faire de notre raison. Ce qui émane de Dieu , vérité première et essentielle, ue peut être que très-vrai, et la puissance divine peut une multitude innombrable de choses que nous'ne pouvons imaginer ; voilà pourquoi saint Augustin dit : Demus Deum aliquid possc, quod nos fateamur invcstigare non posse.
Ranimons donc notre foi et protestons à Dieu que , quelle que soit la répugnance de nos sens et de notre raison, nous croyons fermement et avec une humble soumission l'auguste et ineffable mystère de l'Eucharistie, comme l'Eglise l'a toujours cru depuis le commencement jusqu'à nous. Les Juifs aussi se retirèrent en murmurant avec un air d'incrédulité, lorsqu'ils entendirent le Sauveur leur proposer un pareil mystère ; mais Jésus-Christ ne voulut pas pour cela satisfaire leur curiosité, et pour toute réponse il leur ordonna de croire , pour nous apprendre que dans les mystères divins il ne faut pas chercher le comment et le pourquoi], mais s'en rapporter aveuglément à la parole de Dieu ; c'est en cela que consiste le mérite de la foi : Beali qui non viderunt et crediclerun;, (Joan. xx, 29.)
Je suis persuadé que vous tous vous croyez sans hésitation un tel mystère , comme de bons catholiques ; mais cela ne suffit pas : vous devez de plus avoir à cœur de soutenir votre foi par une conduite analogue à la croyance que vous professez , afin de ne pas fournir aux hérétiques des motifs de s'obstiner davantage dans leur incrédulité.
Toutes les difficultés qu'ils nous font, peuvent se réfuter et sont en effet réfutées d'une manière péremptoire. Mais il y a une difficulté extrinsèque à laquelle je ne saurais que répondre et qui doit assurément nous couvrir de confusion. Ils nous reprochent, à nous catholiques, de ne pas même croire ce mystère : mais sur quoi appuient-ils cette prétention ? Sur les irrévérences, les profanations et les scandales qu'ils remarquent dans nos églises. Comment est-il possible, disent-ils, de supposer, en voyant le maintien irréligieux des catholiques dans les églises , qu'ils croient que Jésus-Christ, vrai Dieu et vrai homme, est réellement présent sous les espèces sacramentelles ? Que pourrait faire de plus un idolâtre el un hérétique qui n'y croient pas du tout ?
Voilà comment une si révoltante contradiction entre la croyance «ttla conduite tourne au méoris de b religion, au déshonneur de la
foi, et sert de prétexte aux sectaires pour persévérer dans tenrs erreurs : Propier vos blasphematur nomen in gentibus. (Isa. lu, 5.)
Ce prétexte est sans doute un prétexte vain et irraisonnabîe, mais nous n'y fournissons pas moins occasion ; d'an côté nous attirons à nous les hérétiques par la force de nos raisons qui sont appuyées sur l'autorité même de Dieu, mais nous les repoussons, d'un autre, parla force de nos mauvais exemples. Conduisonsnous donc de manière que chacun voie notre foi à ce mystère , et que nous inspirions à l'incrédulité une salutaire confusion: tenonsnous en la présence de Jésus-Christ dans le très-saint Sacrement avec cette décence, cette dévotion et cette modestie qui manifeste notre foi à tout le monde.
Nous y sommes d'autantrplus obligés, que la présence réelle de Jésus-Christ dans l'eucharistie est le plus grand excès de l'amour d'un Dieu fait homme pour nous ; maximum miraculorum Christi, comme dit saint Thomas, et comme nous le verrons par la suite en expliquant les diverses fins amoureuses pour lesquelles ce bon Sauveur a voulu instituer ce sacrement.